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COMPTE RENDU DE LA SEANCE DU CONSEIL, 46 JUIN

Présents : Lord chancelier, lord président, duc de Portland, comte Spencer, lord Grenville, marquis Cornwallis, M. le secrétaire Dundas, M. Pitt.

Le cabinet conseille humblement à Votre Majesté de faire passer à Paris, en réponse à la dernière communication, une note officielle conforme au compte rendu ci-joint.

Lord Grenville tient à exprimer son dissentiment. '

W. Pitt.

Le roi ne fit aucun effort pour soutenir Grenville. On ne trouve dans la correspondance de M. Pitt aucune lettre de Sa Majesté sur ce sujet, ni en date de ce jour. Le

^ Papiers de lord Malmesbury, vol. III.

lendemain, Gren ville se vit donc dans la désagréable nécessité d*écrire une dépêche contraire à ses vues. Dans cette dépêche adressée à M. Delacroix, il annonça que le gouvernement anglais consentaft à ouvrir les négociations à Lille, et choisissait lord Malmesbury pour son négociateur. Il indiquait ses objections à la forme du passe-port, et espérait bien en recevoir un second, ajoutant, par rapport à l'idée d*une négocialion séparée, que € le roi se trouverait obligé de stipuler en faveur de son allié le roi de Portugal. »

Le ton de la réponse de M. Delacroix fat peu courtois, bien que le fond fût assez satisfaisant. Il dit que le Directoire consentait à recevoir lord Malmesbury comme négociateur de la part de l'Angleterre, mais qu*on aurait regardé un autre choix comme d'un plus heureux augure pour la prompte conclusion de la paix. Il donnait des assurances qui détruisaient les réserves indiquées par le passeport, et il exprimait en outre le désir que les courriers ne fussent pas trop fréquents, aiBrmant que la multiplicité des dépêches avait été Tune des grandes causes de la nonréussite de la dernière négociation.

Avec des dispositions si peu gracieuses chez M.- Delacroix, et une répugnance si décidée de la part de lord Grenville, il était aisé de prévoir de grands obslacles à toute conclusion. Mais Pilt était fermement résolu en faveur de la paix, et c'était sur Pitt que comptait lord Malmesbury : « Soyez bien assuré, » lui dit le premier ministre lors de son départ pour Lille, « que, pour arriver au résultat que je désire, je saurai étouffer jusqu'au moindre sentiment d'orgueil ^ »

* Papiers de lord Halmesbury, vol. m.

Le 3 juillet, lord Malmesbury débarqua à Calais, et le lendemain il se rendit à Lille. Là il trouva trois plénipotentiaires qui Taltendaient de la part de la France : premièrement M. le Tourneur, qui avait fait partie du Directoire, puis M. Pléville de Pelley, amiral an service de la France, et enfln M. Maret, qui revenait d*une ambassade à Naples. Tous trois étaient des hommes d*esprit, bien élevés, francs et agréables dans leurs rapports. € Il eût été impossible, » écrit lord Malmesbury à la fln de la négociation, « de se conduire avec plus de cordialité, de bonne humeur et de franchise que ne l'a fait la légation française tout entière*. >

 la seconde conférence, qui eut lieu entre eux le 8 juillet, le ministre d'Angleterre présenta son projet de traita. L'Angleterre était disposée à restituer toutes les conquêtes qu'elle avait faites pendant la guerre sur la France et les alliés de la France, à l'exception de l'île de la Trinité, prise aux Espagnols, et du cap de Bonne-Espérance, enlevé aux Hollandais. On désirait en outre obtenir des Hollandais l'échange de leurs possessions à Ceylan et en Cochinchine contre Négapatnam sur la côte de Tanjore. Le traité contenait également quelques stipulations relatives aux propriétés privées du prince d'Orange, et d'autres conditions destinées à garantir le roi de Portugal de con* ditions onéreuses.

Les plénipotentiaires français référèrent naturellement de ce projeta leur gouvernement. Dans l'intervalle, d'après les instructions qu'ils avaient reçues de Paris, ils présentèrent trois articles séparés; on demandait : 1® que le roi d'Angleterre renonçât expressément au titre de roi de

1 A lord Gren ville, 11 septembre 1797.

France, qu'il portait depuis le temps d'Edouard III; %^ qu*on restituât les vaisseaux pris à Toulon, et qu'on payât une compensation pour ceux qui avaient été détruits; 3° qu'on renonçât formellement à toute hypothèque sur la Belgique, en conséquence des avances faites à l'empereur par le roi d'Angleterre.

Ces trois conditions nouvelles irritèrent et exaspérèrent grandement lord Gren ville ; mais Pitt était disposé à voir les choses sous un jour moins défavorable. Il écrivit : f J'avoue que je ne suis pas sans espoir de voir les difficultés sur ces questions séparées cesser d'être longtemps un obstacle à la négociation, s'il était possible de s'entendre sur les autres points ^ »

La même divergence entre les deux hommes d'État se manifesta quelques semaines après, lorsque le gouvernement français, par une manœuvre assez peu loyale, signa une paix séparée avec le ministre de Portugal à Paris : € Vous verrez par vos instructions publiques, > écrivit Pitt à Malmesbury, « l'impression faite ici par la manière dont s'est conclu le traité avec le Portugal, et encore plus par les conditions. L'interdiction du plein et libre usage des ports du Portugal à notre endroit est en soi une ques* tion pratique des plus importantes.... Sur ce terrain, je sens vivement la nécessité de résister; mais j'avoue que je ne suis pas aussi découragé par cette circonstance que certaines personnes^. »

Mais à Lille, on n'avançait pas. Les plénipotentiaires

« A lord Malmesbury, 13 Juillet 1707.

^ A lord Malmesbury, 19 août 1796. « Faisant allusion à lord Grenville, » telle est l'annotation de lord Malmesbury. Le ministre de Portugal avait fort dépassé ses instructions ; il fut subséquenmient désavoué par sa cour.

français passèrent plusieurs semaines sans recevoir de nouvelles instructions. Us ne pouvaient ni discuter le projet de lord Malmesbury, ni même présenter un contre-projet comme il le demandait. Il devint évident que deux partis opposés étaient en présence à Paris ; la lutte se préparait» et chacun voulait rejeter sur l'autre le reproche des concessions qu'on pourrait faire aux réclamations de l'Angleterre. Le parti en faveur de la modération, qui avait récemment gagné du terrain, possédait la majorité dans les deux chamhres; mais trois des membres du Directoire sur cinq y étaient contraires. Il devenait difficile, dans cette circonstance, de prévoir comment l'un des partis pourrait triompher sans coup d'État.

Avant la fin de juillet survint un changement de ministère. M. de Talleyrand, naguère évéque d'Autun, remplaça M. Delacroix aux affaires étrangères. En soi, le changement était de bon augure pour les amis de la paix. M. Delacroix s'était montré roide, capricieux et pointilleux, « avec les airs d'un évéque, » disait Wolfe ToneS qui n'avait pas l'intention de lui faire un compliment. Le véritable évéque, au contraire, avait non-seulement un grand talent de diplomate, mais ses vues étaient modérées et conciliantes. Une négociation extrêmement secrète surgit tout d'un coup entre lord Malmesbury et M. Maret, qui était fort avant dans la confiance du nouveau ministre ; les autres diplomates français n'y prenaient pas encore part, et le cabinet anglais n'était pas tout entier au courant. Quelques questions difficiles étaient sur le point de s'arranger, si elles ne l'étaient pas encore tout à fait. L'Angleterre aurait pu consentir à renoncer à ses prétentions sur le

« Journal, 1 5 r6nler|;i706.

8i5 WILLIAM PITT ET SON TEMPS.

Cap, silesHoIlandaisavaieatvoulus*engageràne pas céder cette colonie à la France. La France aurait pu consentir à user de son influence à Madrid pour obtenir Fabandon de la Trinité. Mais Tobstacle primitif, laluite imminente à Paris, subsistait toujours, etXalleyrand était un diplomate trop consommé pour se compromettre sans retour.

Enfin, l'orage éclata. Le coup d^Ëiat qu'on redoutait depuis longtemps arriva le 4 septembre , ou, d'après le nouveau calendrier, le 18 fructidor. La majorité des membres du Directoire, avec Barras à sa tête, lança un mandat d'arrôt contre deux de ses collègues, Barthélémy et Carnot. Ils envoyèrent de même en prison et condamnèrent ensuite à la déportation leurs principaux adversaires dans le Conseil des anciens et dans la Chambre des représentants. Par ce procédé simple et facile, ils recouvrèrent la majorité dans les deux chambres, et établirent ainsi momentanément au pouvoir le parti semijacobin, qui était malheureusement opposé à la paix.

Les résultats du 18 fructidor se firent bientôt sentir à Lille. Les anciens plénipotentiaires furent rappelés, et on nomma à leur place deux patriotes d'une humeur plus austère, MM. Treilhard et Bonnier. Cependant, on n'abandonna pas grand'chose à la prudence de ces nouveaux négociateurs. Ils étaient obligés d'agir d'après des ordres péremptoires. Ils reçurent pour instruction de demandera lord xMalmesbury (ce qu'ils firent en exigeant la réponse le jour môme) si ses pouvoirs lui permettaient de restituer à la République française et à ses alliés toutes les conquêtes qui, depuis le début de la guerre, étaient tombées aux mains des Anglais. Lord Malmesbury répondit qu'il croyait la question de ses pleins pouvoirs vidée depuis longtemps ; mais que , pour éviter tout malen-

tendu, il se croyaH tenu de déclarer, comme il rayait déjà fait, qu*il ne pouvait ni ne devait traiter sur aucun autre principe que celui des compensations. En recevant cette communicalion, MM. Treilhard et Bonnier répondirent sur-le-champ au ministre d'Angleterre pour lui faire connaître un décret du Directoire exécutif: € Dans le cas où lord Malmesbury déclarerait qu*il n*a pas les pleins pouvoirs nécessaires pour consentir à toutes les restitutions que les lois et traités de la République française rendent indispensables, il devra retourner dans les vingtquatre heures auprès de sa cour, pour demander les pouvoirs nécessaires. » MM. Bonnier et Treilhard jugèrent bon d*ajouter à cette étrange communication, presque sans exemple dans les annales de la diplomatie, cette annotation de leur cru : € Lord Malmesbury ne doit voir autre chose, dans cette résolution du Directoire exécutif, que rintention de hâter le moment où Ton pourra poursuivre la négociation avec la certitude d'une prompte conclusion. )»

« J*avais le désir, » écrit lord Malmesbury à cette occasion « de faciliter autant que possible aux plénipotentiaires français les moyens de revenir sur la mesure violente qu'ils avaient prise, et de les convaincre, s'il était possible, de son extrême inconvenance *. » Dans ce but, il demanda et obtint une nouvelle entrevue. Il trouva les plénipotentiaires conciliants et sérieux dans leur langage, mais ils avaient les mains liées par leurs instructions. Il ne restait plus d'<iutre alternative que d'obéir. Lord Malmesbury quitta Lille le 48 septembre, de bon matin, et le surlendemain il arrivait à Londres.

' Dépèche à lord Grenville, 17 septembre 1707.

Le désappointement fut grand, non-seulement à Londres, mais à Paris. Les membres du Directoire se crurent obligés de s'excuser. Ils protestèrent que leur démarche n'avait aucune signification hostile, et ils donnèrent à leurs plénipotentiaires Tordre de rester à Lille, comme pour attendre le retour de lord Malmesbury. Mais lord Malmesbury, sur les instructions du cabinet, écrivit de Londres aux plénipotentiaires pour déclarer f que le roi ne pouvait plus consentir à traiter dans un pays ennemi sans être certain que les coutumes établies chez les nations civilisées, par rapport aux ministres étrangers, seraient respectées à l'avenir en la personne de son plénipotentiaire * . »

En examinant de sang-froid toute cette affaire, on ne trouve pas, ce me semble, de raison valable d'accuser ni Tune ni l'autre partie de mauvaise foi; mais il y a lieu de déplorer amèrement que la négociation de Lille ait coïncidé avec le coup d'État de Paris, et s'en soit trouvée entravée. Les membres du Directoire se crurent tenus d'adopter une conduite grossière et même insultante en l'honneur de leur cri de ralliement, et le gouvernement anglais ne pouvait manquer d'en être choqué. Ainsi, les deux nations désiraient sincèrement la paix , mais la prolongation de la guerre pendant plusieurs années leur fut imposée. Pitt était sincère et décidé dans son zèle pour la paix, quoi qu'on ait pu dire, dans le temps, de sa conduite. Il était prêt, s'il eût trouvé quelques traces de désir de conciliation chez nos adversaires, à lutter, au nom de la paix, contre les formidables obstacles qu'elle rencontrait en Angleterre, contre les préjugés violents du

^ Note aux plénipotentiaires ft'ançais, 5 octobre 170*7.

roi, contre le caractère inflexible de lord Grenville, et contre Thumeur belliqueuse de quelques-uns de ses collègues. Lord Malmesbury, après une longue conversation qu'il eut à celte époque avec Windham , dit « qu'il persistait toujours dans son idée de bellum intemecinum et d'une invasion en France. »

Mais cette histoire eut une suite, et même une suite étrange. A peine lord Malmesbury eut*il quitté Lille que M. Pitt reçut une ouverture secrète de la part de Barras ; il offrait la paix aux conditions demandées par l'Angleterre, pourvu qu'on payât une somme énorme, rien moins que deux millions sterling , à Barras et à ses amis. On trouvera la proposition tout entière rapportée en détail dans la lettre de M. Pitt au roi. Le lendemain, après avoir reçu l'assentiment du roi, il répondit à l'agent secret:

u Holwood, 23 septembre 1797.

» Dites à monsieur que je ne puis prendre aucun engagement sans connaître les conditions, mais que je n'aurais pas d'objection à donner 450,000 livres sterling, si les conditions étaient satisfaisantes, en supposant qu'on pût arranger commodément le moment et le mode de payement, et que l'affaire restât secrète. Avant d'en dire davantage, il faut qu'on produise le papier auquel on a fait allusion, et qu'on s'explique catégoriquement sur tous les points. Cela fait, on recevra une réponse positive. »

On trouve encore quelques détails sur cette affaire dans le journal de lord Malmesbury, à la même date. « Barras est le seul, » dit-il, « qui soit du secret; on compte persuader Reubell , et le décider à prendre sa part de Tar-

gent. » En définitive, ce beau projet tomba dans Teau, je ne sais par quelle raison. ^

Au môme moment et presque le même jour où le ministre recevait la triste nouvelle de Téchec de la négocialion publique, il fut frappé d'un cruel malheur de famille. Son ami et son parent Edward Eliot mourut à Tâge de trente-neuf ans. M. Pitl reçut cette nouvelle le 20 septembre au matin, le jour de l'arrivée de lord Malmesbury à Londres. Je ne trouve dans la correspondance de Pitt avec sa mère aucune lettre relative à cette affliction; quelques jours s'écoulent même sans autre lettre. Il est probable qu'ici, comme à plusieurs autres époques, quelques lettres ont été perdues.

Voici cependant quelques lignes que Pitt écrivait à Addington le même jour :

« Holwood, 20 septembre 1707.

» Je suis bien fâché d*avoir à vous dire, et vous serez, j'en suis sûr, bien fâché d'apprendre qu'un retour de la maladie d'Eliot s'est terminé d'une manière fatale. La nouvelle m'en est arrivée ce matin de Cornouailles, au moment où je ne m'attendais pas du tout à cet événement; vous ne vous étonnerez pas que je ne puisse pas vous parler d'aulre chose. Lord Malmesbury est revenu par la raison que j'avais prévue.

» Toujours à vous, W. Pitt. »

Voici également un extrait d'une autre lettre que Wilberforce écrivit à lord Muncasler à la même occasion.

« Bath, 37 Beptembre 1707.

» .... Je puis dire avec vérité qu*à peine connais-je un homme dont j'eusse autant de raisons de regretter la perte... Que la paix soit avec lui! Que ma Qn puisse être semblable à la sienne I Vous serez bien aise de savoir que d'après ce que me dit Rose, qui en a été témbin oculaire, TefTet produit sur M. Pltt par cette nouvelle, qui lui est arrivée par la poste avec toutes ses autres dépèches dans une lettre de lord Eliot, a dépassé toute imagination. Rose dit qu'il n*a jamais vu et qu'il ne croit jamais voir rien de pareil. Pour Pilt, la perte d'Eliot est une perte immense. Et cette pauvre petite fille 1 » .

Il est bon de remarquer que peu de mois auparavant, au mois de février de la même année, M. Wilberforce et quelques autres avaient fortement insisté pour obtenir. la nomination de M. Eliot comme gouverneur général de rinde. Le choix semblait assuré, nous dit-on, € M. Dundas et lord Cornwallis le préférant à tout autre. » Mais une maladie violente vint dès lors l'obliger à refuser celte honorable situation ^

Quinze jours environ après la mort de M. Eliot, nous apercevons dans la correspondance de M. Pitt, pour la première fois peut-élre depuis bien des années, une allusion à sa mauvaise santé. Les fatigues du pouvoir et du Parlement dans une crise si grave commençaient & réagir sur une constitution naturellement délicate. Il souffrait beaucoup de maux de télé, comme sir Robert Peel en <846.

* Vie de FUberforce, voL II.

En écrivant de Holwood à Dundas, Pilt rend d'abord compte de quelques détails de la négociation de lord Malmesbury ; puis il ajoute :

« 6 septembre 1797.

» Ceci m'empêchera naturellement d'aller à Walmer pour le moment; d'ailleurs, mon frère et lady Chatham sont encore ici ; et ce qui est une raison moins agréable, j'ai un retour de maux de télé dont je ne puis me débarrasser depuis quelques jours, en sorte que je suis encore moins disposé à faire un long voyage qu'à écrire une longue lettre. J'espère que lady Jane et vous profitez de ce retour d'été, qui va, je le crains, nous dire adieu pour la seconde fois. »

Quelque remplie qu'eût été cette année pour le premier ministre, il trouvait cependant quelques instants, peutêtre même au moment dont nous parlons, pour se livrer à d^autres études. L'évêque Tomline, presque au début de sa biographie, y fait ainsi allusion : « J'ai eu de fréquentes occasions de remarquer la connaissance exacte que M. Pitt avait de la Bible, et on me pardonnera, j'espère, de citer l'anecdote suivante : € Je lui lisais, en 4797, le manuscrit de mon exposition du premier des trente-neuf articles que j'ai publiés depuis dans les Éléments de théologie chrétienne. Il y avait plusieurs citations de l'Écriture ; il se les rappelait toutes et ne fit aucune observation. Enfin nous en vtnmes à une citation qui l'arrêta, et il dit : « Je ne me rappelle pas ce passage dans la Bible ; cela ne m'a pas l'air de faire partie de l'Écriture. » C'était une

citation des livres apocryphes, qu*il n*avait jamais lus. » Ce fut peut-être aussi pendant cette indisposition que Pitt chercha à se distraire en traduisant une des odes d*Horace \ La même récréation a quelquefois amusé de nos jours M. Gladstone et lord Derby. Le dernier secrétaire particulier de M. Pitt avait conservé, écrite de sa main, une traduction ou plutôt une paraphrase de cette ode. Le manuscrit ne porte point de date, mais le papier est timbré au nom de € Portai et C, 4796.»

Deux événements fort importants pour notre politique étrangère survinrent sur le continent avant la fin de l'année. Le traité de paix définitif entre l'empereur d'Allemagne et la République française fut signé à Campo- Formio le 17 octobre. Les dépouilles de la malheureuse Venise servirent d'indemnité à la cour de Vienne pour la cession de la Belgique et de la Lotnbardie, tandis que les affaires relatives à l'empire germanique furent remises à un congrès qui devait se tenir à Radstadt.

Le 46 novembre, le roi de Prusse mourut après une longue maladie. Il laissait le trésor de son royaume vide et la réputation de son pays fort endommagée ; en sorte que son fils et son successeur, Frédéric-Guillaume IV,' jeune prince animé des meilleures intentions, mais timide et sans confiance en lui-même, se borna, au début de son règne, à des projets de réforme financière.

Le mois suivant, écrivant de Walmer-Castle à son ami Addington, le jour même de la bataille de Camperdown, M. Pitt parle ainsi de sa santé :

* Hcfoi, Carm, UK m, ode 2.

« 11 octobre 1707.

> •.. Je reviens d'une belle promenade à cheval qui prétendait au nom de chasse, et je suis déjà tellement mieux, grâce à la continuation des remèdes de Farquhar, ou , ce qui est peut-être plus efficace, à l'air de Walmer, que je ne désespère pas d*avoir bientôt peu on point d'occasion de parler de moi. »

Le relard de l'équipement de la flotte hollandaise, jusqu'à l'apaisement de la sédition de la nôtre, fut un bonheur signalé pour TÂngleterre. Ce fut seulement vers la fin du mois de juin que les préparatifs furent achevés dans les ports de Hollande. On invita alors Wolfe Tone et un autre exilé irlandais, nommé Lewines, à se rendre en toute hâte à La Haye. Ils y trouvèrent le général Hoche, qui y était arrivé avant eux. € Voilà de bonnes nouvelles pour vous!» s'écria-t-il, « les deux généraux hollandais, le gouverneur général Daendels et l'amiral de Winter veulent faire quelque coup d'éclat pour tirer leur pays de sa décadence. Grâce à d'infatigables soins, ils ont réuni au Texel seize vaisseaux de ligne et huit ou dix frégates, tous prêts à mettre à la 'mer, et dans les meilleures conditions. Ils ont en vue l'invasion de l'Irlande. Dans ce but, ils embarqueront toute leur armée, quinze mille hommes, trois mille fusils avec leurs munitions et quatre-vingts pièces de canon.»

Mais là se présentait un obstacle. Le gouvernement français demandait que cinq mille Français au moins fissent partie de l'armée d'invasion, et que le général Hoche eût le commandement en chef de toute l'armée.

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D'autre part, le gouyeroement boUaDdais, qui arait fait tons les frais, voulait avoir toute la gloire de Texpédition. En définitive, le général Hoche renonça généreusement à ses prétentions, retourna à Paris, et de là à son armée de Sambre-et-Meuse. Les membres du Di* rectoire, fort irrités, envoyèrent Tordre de préparer à Brest une expédition française, à la tête de laquelle ils comptaient placer Hoche. Cependant la négociation de Lille était en train, et on ne se faisait point scrupule d*exciter Tardeur des exilés irlandais en les flattant d'espérances fort agréables, mais absolument vaines. Le général Simon fut autorisé par le gouvernement français à déclarer, dans une lettre qui fut communiquée à Lewines et à Wolfe Tone, que le Directoire ne conclurait jamais avec TAngleterre une paix où les intérêts de Tirlande ne seraient pas pleinement satisfaits selon les vœux de la population*.

Les deux Irlandais se séparèrent Lewines quitta la Hollande pour aller rejoindre le général Hoche, tandis que Wolfe Tone s'embarquait sur le vaisseau amiral de la flotte du Texel. L'escadre hollandaise était prêle à mettre à la voile, et son début se faisait sous de favorables auspices, puisque l'amiral Duncan n'avait alors près du Texel que onze vaisseaux de ligne. Mais il advint que les vaisseaux hollandais furent retenus tout l'été dans le port par des vents contraires. Toutes les fois qu'une brise favorable s'élevait, elle changeait ou tombait au bout de quelques heures. Pendant ce temps, la saison propice s'écoulait et la flotte anglaise recevait des renforts. Le journal de Wolfe Tone, à celte époque, abonde en annotations

« Journal de Wolfe Tone, 21 juin 1707.

lamentables : « 49 juillet. Le vent est toujours mauvais I Horrible I Horrible! L'amiral de Winler et moi, nous chercboDs à passer le temps en jouant de la ilûle ; il joue bien, et nous faisons de jolis duos. — 26 juillet. Je suis depuis dix-huit jours à bord, et nous n'avons pas eu dixhuit minutes de bon vent. Allons ! ce n'est pas à un soldat de se plaindre I »

Enfin, vers le milieu d'août, l'amiral appela Wolfe Tone à une conférence secrète. Il lui fit remarquer que la fiotte de Duncan avait reçu, des renforts, qu'il avait maintenant dix-sept vaisseaux de ligne, et que par conséquent les Anglais du Texel étaient supérieurs en force aux Hollandais. £n outre, les troupes hollandaises , si longtemps enfermées à bord , avaient déjà consommé presque toutes les provisions. Même une victoire remportée sur Duncan ne permettrait (fonc pas de pousser en avant. Dans ces circonstances, il devenait nécessaire de renoncera l'expédition en Irlande, bien qu'il pût être possible d'entreprendre encore quelque petite descente moins importante sur quelque point des côtes d'Angleterre. Tone, amèrement désappointé, n'avait cependant rien à répondre à ces considérations. Il partit bientôt après pour aller rejoindre ie général Hoche à son quartier général de Wetzlar. Une autre contrariété non moins amère l'y attendait. Wolfe Tone trouva Hoche très-souffrant, et il mourut quinze jours après. Le général n'avait pas encore trente ans, et on a souvent attribué sa maladie au poison que lui auraient fait donner ses ennemis en France. Cependant Wolfe TOne , qui ne pouvait avoir aucun intérêt dans la question, dit nettement, dans son journal, qu'un rhume négligé, amenant une phthisie galopante, fut la cause de sa mort.

WILLIAM PITT Ëî SON ItUPê. 01

Le général Hoche était Vàme des expéditions irlan'» daisesy étoiles expirèrent avec lui. Dès lors tes armements de Brest procédèrent lentement et languissamment. Mais en rompant la négociation de Lille, le gouvernement français résolut de porter on grand coup près du Te?ieL Il ilsa de toute son influenco -sur le gouvernement hollandais pour faire donner à Tamiral de Winter Tordre de sortir du port et de livrer bataille à Tescadre anglaise. Winter mit donc à la voile au premier vent favorable. Duncaui d*autre part, ayant un peu souiïert des ré* cents coups de vent, nvait repris le chemin de Yarmouth. Mais il avait laissé derrière lui plusieurs sloops armés en guerre» pour surveiller l'escadre ennemie, et à peine eutil appris son approche qu'il revint & force de voiles. Les vaisseaux de l'amiral de Winter n'avaient pas encore perdu de vue la côte hollandaise entre Gamperdown et Bgmont' DuDcan passa immédiatement entre le rivage et l'ennemi, de façon à rendre l'action inévitable si lesHol'» landais eussent eu le désir de se replier sur les ports« Les deux escadres étaient k peu près de force égale, puisque le» Anglais avaient seize Vaisseaux de ligne et deux fré« gatesi et les Hollandais quinze vaisseaux de ligne et quatre frégates ; mais les vaisseaux anglais étaient plus forts et mieux montés. Un peu après midi, le 4 1 octobre* la Hotte anglaise, formée en deux lignes d'attaque, eiH gagea le combat. L'amiral Onslow tenait la tète sur la Monarque. Tout en marchant, son capitaine lui fit remarquer que le» vaisseaux ennemis étaient bien serrés, et qu'il ne trouverait pas de passage entre leurs flancs : « Im Monarque s'ouvrira un passage',» répondit Onslow en

* Histoire navale de Brenton, vol. I.

continuant sa course. Le vaisseau hollandais qui se trouvait en face de lui plia, et Onslow, traversant les lignes ennemies, attaqua aussitôt le vice-amiral hollandais, oi&cier du môme rang que lui ^

Une bataille commencée sous de pareils auspices faisait espérer la victoire. Duncan, à bord du Vénérable, à la tôte de la seconde ligne d*attaque, vint aborder le Vryheid {Liberté^, vaisseau amiral qui portait le pavillon de Winter. Ces deux bâtiments rivaux, portant chacun 74 canons, soutinrent pendant plus de trois heures une lutte égale, à portée de pistolet. Le feu était si vif qu*à la iln Tamiral hollandais se trouva sur son pont le seul qui ne fût pas tué ou blessé. Ce ne fut pas le Vryheid seulement, mais toute la flotte hollandaise qui combattit avec un courage et une obstination bien dignes de son ancien renom. Mais la fortune se déclara contre eux. A quatre heures, Tamiral hollandais avait amené son pavillon devant Duncan, et le vice-amiral devant Onslow. L'action cessa, et les Anglais se trouvèrent en possession de neuf vaisi^aux de ligne hollandais et de deux frégates. Les faibles restes delà flotte de Tamiral de Winter, profitant des basses eaux près de la côte, se réfugièrent dans le Texel, tandis que Duncan, en dépit d*un vent violent, emmenait ses prises àlaNore. Les deux flottes avaient beaucoup souffert. Les Hollandais eurent plus de onze cents hommes tués ou blessés, et les Anglais plus de mille ^

On raconte que le soir de cette rude journée, les amiraux Duncan et de Winter firent ensemble une partie de whist dans la cabine du Vénérable; et le Hollandais, ayant

* Histoire navale de James, vol. II. Dancan déclare lui-même, dans son rapport officiel, que le courage à bord des deux vaisseaux amiraux était impossible à décrire.

perdu la partie, dit tranquillement qu'il était un peu dur d'être battu deux fois dans la journée par le même adversaire.

La bataille de Camperdown (tel est le nom qu'elle reçut) fut saluée en Angleterre par de justes acclamations. On sentait que l'honneur national avait été dignement soutenu contre nos anciens rivaux maritimes, et qu'il n'y avait plus d'invasion à craindre de ce cdté-là. On éprouvait surtout une satisfaction qu'on ne disait pas, celle de voir les vaisseaux qui s'étaient si récemment ré* voltés, qui avaient envoyé leurs ofQciers à terre, qui avaient bloqué la Tamise en opposition au gouvernement de leur pays, relever avec tant d'éclat leur réputation et faire si noblement leur devoir. Le jour môme de son arrivée à la Nore, l'amiral victorieux, qui touchait au terme de sa carrière active, puisqu'il avait déjà soixante-sept ans, fut élevé à la pairie avec le rang de vicomte. Le viceamiral Onslow fut fait baronnet, et deux capitaines, Trollope et Fairfax, furent nommés chevaliers. Le Parlement vota des remerctments et fit frapper une médaille en souvenir de la victoire.

£n portant nos regards sur les événements de cette année en dehors de l'Europe, nous voyons l'amiral Nelson se distinguer h diverses reprises , mais sans grand résultat pour son pays. Au mois de juillet, le comte de Saint- Vincent l'envoya attaquer la ville fortifiée de Santa-Cruz, dans l'île de Ténériffe. Il commandait une escadre de trois vaisseaux de ligne et de trois frégates, mais il n'avait pu obtenir le corps de troupes qu'il avait demandé. Les difficultés de la côte et le défaut de soldats firent échouer cette entreprise et l'attaque de Nelson. Mais les officiers et les matelots firent preuve, dans l'assaut, du plus indomptable

Qûurage; Nelson lui-môme fut grièvement blessé et perdit la bras droit.

Dans les Indes occidentales, au commencement de Tannée, une expédilion anglaise, commandée par sir Ralph Abercromby, s'était emparée d'une autre colonie espagnole, la Trinité, et c'était cette conquête que legoavernement anglais avait manifesté le désir de conserver lors des conférences de Lille.

Nous avons vu que Pilt était sur les côtes du Keht au moment de la bataille de Camperdown. La lettre qu'il écrivit de là à lady Chatham présente un grand intérêt *

« V^almer-Castle, 22 octobre 1798.

» Ma chère mère,

» Je n'ai pas besoin de vous dire quelle satisfaction et quel repos d'esprit m'a causés votre bonne lettre, qui m'est arrivée hier et qui m'a donné la meilleure preuve du re* tour de vos forces. J'espère cependant que votre envie de faire plaisir aux autres ne vous entraînera pas à réitérer Tefïort d'écrire lorsque cela peut vous fatiguer. Vous avez un secrétaire * qui aura toujours la bonté de nous donner de vos nouvelles, ce qui est le plus important. Mon projet de visiter la flotte en venant ici a échoué; ni les vaisseaux ni leurs prises n'étaient arrivés à la Nore lors de notre passage; mais ce désappointement a été amplement réparé par une visite de lord Duncan, qui est ici avec lord Ilood. Ce dernier est venu avec nous de Londres, et je lui dois la justice de dire qu'il est aussi fier et aussi

< Sa petite-flUe miss Eliot.

heureax de la victoire d'un amiral qui est pourtant de Técole de Keppel, qu'il le serait de la sienne propre. Lord DuDcan nous a rejoints fort à propos vendredi, au château de Douvres, où nous étions allés la veille pour assister aux feux de joie en Thonneur de sa victoire. Nos amiraux nous quittent demain ; mais nous resterons probablement ici jusqu'à la fin de la semaine, pour yisiter ensuite la Qotte en nous en retournant, de demain en huit, le roi ayant Tintention de s'y rendre. Cette cérémonie ne sei-a pas un mauvais prélude pour l'ouverture de la session.

» Toujours, ma chère mère,

» W. PiTT. >

Le comte de Mornington faisait partie de la réunion de Walmer-Castle. II venait d'être nommé gouverneur gé* neral de l'Inde par M. Pitt, et de recevoir une pairie anglaise ; il se préparait donc à commencer la brillante carrière qu'il devait fournir en Orient. Dans un mémorandum écrit bien des années après, et portant la date du mois de novembre 4 836 , il décrit ainsi sa visite à M. Pitt :

« Au mois de septembre 4797, j'allai à Walmer-Castle pour y voir M. Pitt et M. Dundas, et recevoir mes dernières instructions. Je trouvai M. Pitt fort en train, recevant les officiers et les gentilshommes des environs avec son hospitalité accoutumée. L'amiral Duncan , entre autres, était un bôle habituel et fort choyé. Sa flotte était alors dans les Dunes et se préparait à la mémorable victoire de Camperdown. L'amiral était un bon et joyeux compagnon, et il semblait enchanté de la société de M. Pitt. Je m'embarquai pour l'Inde au commencement

du mois de novembre 4797, et je revins en Angleterre au mois de janvier 1806*. »

Le Parlement s'ouvrit le 2 novembre. Dans son discours d*ouverture, le roi exprima un grand regret de réchec des dernières négociations, qu'il attribuait uniquement « aux faux prétextes, aux prétentions inadmissibles et à l'ambition désordonnée de ceux auxquels nous avions affaire, et par-dessus tout à leur animosité invé. térée contre nos royaumes. » Fox, Grey, Sheridan et leurs principaux partisans continuèrent à s'abstenir de prendre part aux discussions, mais leur abstention fut loin de produire l'effet qu'ils en avaient espéré. En général, autant qu'on en peut juger aujourd'hui, le public les désapprouvait. A plusieurs reprises, on les blAma sévèrement dans la chambre des commuQes. Dans les rares occasions où Fox et ses amis reparurent à leurs places, ils se virent dans l'obligation de se défendre eux-mêmes avant de pouvoir attaquer les ministres.

Ce fut peut-être à cette époque qu'Erskine exprima quelque intention de se rallier au gouvernement s'il y eût été invité. Du moins voici ce qu'écrivait M. Rose en 1 806 : — « Son attachement politique pour M. Fox n'a pas toujours été constant et égal. Je me rappelle avoir entendu dire à M. Pitl, il y a bien des années, qu'un jour, en le rencontrant à l'Opéra, M. Erskine avait saisi l'occasion de lui dire qu'il n'avait point d'affections politiques bien décidées *. »

On ne peut guère douter que dans ce cas-ci, comme presque toujours dans les cas d'abstention parlementaire,

* Quarterly^Review, uT CXIV.

> Journaux, t. IL

ceux qui s'abstinrent perdirent du terrain au lieu d*en gagner. Non-seulement on tenait leur retraite pour injustiliable et peu patriotique , non-seulement leurs noms re* tenlissaient moins souvent aux oreilles du public, mais la petite minorité qui restait à son poste offrait un contraste honorable. Certains membres de Topposition qui continuèrent à prendre part aux discussions montèrent tout à coup de la seconde à la première place. Ce fut surtout le cas pour sir Francis Burdelt et M. Tierney.

George Tierney était né à Gibraltar en 1761 ; il était fils d'un négociant faisant le commerce avec TËspagne. II avait été élevé pour le barreau, et il entra au Parlement en 1789 comme représentant de Colchester. Mais en 1796, après une élection contestée à Soutbwark, le comité électoral le déclara élu. L*absence de Fox laissa pour la première fois le champ libre à ses rares talents. A une grande connaissance des finances, il joignait une vraie habileté d*exposition, et il semblait posséder naturellement le don de Tironie et du sarcasme. Il s'attaqua tout particulièrement aux budgets de Pitt, dont il Ht une critique constante, impitoyable et habile. Mais il était loin de borner ses attaques aux questions de finances. Dans son discours du 7 novembre, il ditfranchement : « Je suis résolu à refuser mon assentiment non-seulement à celte proposition, mais à tous les actes de ce gouvernement. Je puis assurer à la chambre que je suis, engagé contre toutes les questions pendant toute la session. » 11 ne manqua point à ses engagements, et il déploya toujours dans sa conduite Topposition sans réserve que promettait son langage.

Le premier budget où se développèrent dans toute leur étendue les talents de M. Tierney fut présenté à la

14 MfILLIAM PITT ET SON TEMPS.

chambre le 24 novembre. C'était sans aucun doute une rude charge pour le pays. Le déficit était de dix-neuf millions sterling. Le ministre proposait de couvrir ce déficit effrayant, en partie par un nouvel emprunt de douze millions, en partie par un impôt général qui devait produire sept millions dans Tannée. « Je sais bien, » dit M. Pitt, « que cette somme dépasse de beaucoup tout ce qu'on a jamais levé d'un seul coup; mais j'espère que j'ai donné de bonnes raisons pour prouver que la mesure est nécessaire et sage. » Il proposait de tripler dès l'abord la contribution directe et d'arriver à la quadrupler, en faisant certaines déductions et exceptions en faveur de ceux qui ne pouvaient pas payer. Cet impôt portait environ sur huit cent mille personnes, d'après le calcul de M. Pitt. Une si énorme augmentation de taxes déjà regardées comme inquisitoires et oppressives ne pouvait manquer d'exciter le mécontentement public. Celte circonstance suffirait à elle seule pour expliquer le mauvais accueil que reçutPitl lorsqu'il se renditàSaint-Paul trois semaines plus tard. Les électeurs de Fox à Westminster et ceux de Sheridan à Stafford leur demandèrent de rentrer au Parlement et de s'opposer à la mesure. Enchantés, peut-être, d'un prétexte pour reparaître à leurs places, ils se levèrent à la seconde lecture et parlèrent avec tout leur talent accoutumé. « Quel est le but de la guerre? » dit Sheridan; « la guerre se continue uniquement pour maintenir à leur poste neuf ministres sans valeur. » « Quel sera* le résultat de ce^bill?» dit Fox; « il tend à la destruclion immédiate de notre commerce, à la perte de notre fortune et peut-être à celle de la liberté pour nos personnes... On a l'air d'oublier que nous nous intitulons les représentants du peuple; je sais bien qu'il n'en est

WiLLUM PITT ET SON TEMPS. 75

pag ainsi, mais enfin c'est le titre que nous prenons. Eh bienl jusqu'à cette heure, il ne s'est trouvé dans In chambre que quinze membres pour voter contre une mesure qui, hors de la chambre, rencontrerait non-^eule* ment la majorité, mais l'unanimité pour le rejet* ! > Mais Pitt répondit à ces deux orateurs éminents par una répliqueà laquelle le calme et la dignité n'enlevaient rien de sa vigueur et de son efficacité :« Je laisse,» dit-il, < à la chambre le soin d'apprécier jusqu'à quel point ceux qui donnent en principe à nos ennemis le droit de tout demander, ceux qui décrient nos ressources et leur inspirent ainsi la confiance de mettre en avant toutes leurs prétentions, pour les avertir amicalement ensuite que nous ne pourrions résister à tout ce qu'ils demandent , je laisse, dis-je, à la chambre le soin d'apprécier si ce sont là de vrais amis du pays ou des avocats éclairés de la paix I 9

La nécessité était si urgente et si évidente qu'en dépit de Tagilalion extérieure, la minorité contrôla seconde lecture du bill n'alla qu'à cinquante voix. En comité,Pitt fit divers changements et apporta plusieurs modifications au pro** jet; mais l'agitation populaire allait croissant, et lors de la troisième lecture, à laquelle Fox et Sheridan assistaient de nouveau, la minorité s'éleva à soixante^quinze voix.

On crut devoir célébrer par un service solennel les trois grandes victoires remportées par lord Howe, lord Saint- Vincent et lord Duncan sur les Français, les Espagnols et les Hollandais. On choisit le 49 décembre pour rendre à Dieu des actions de grâces publiques ; un service spécial eut lieu -à Sainte Paul, Le roi, la reine, la famille

*• Histoire parlementaire, vol. XXXIII.

royale, le cabinet et le corps diplomatique, les deux chambres du Parlement, tes principaux commandants maritimes ou leurs représentants, se rendirent en procession à Saint-Paul, escortés d*un corps de matelots et de soldats de marine. Dans Tensemble, la disposition de la population répondait à la solennité du jour ; maisM. Pitt, en se rendant à la cathédrale, fut insulté plusieurs fois et poursuivi par les huées de la -populace. Celte conduite fut cause qu'il ne rentra pas immédiatement chez lui dans sa voiture, mais qu'il dîna avec l'orateur et quelques autres personnes dans la salle de Doctors Gommons, et le soir il fut escorté jusque chez lui par un escadron des chevau-légers de Londres*.

Voici une lettre que M. Pitt adressa à sa mère à la fin de celte année si orageuse.

« Downing-street, vendredi 29 décembre 1797.

» Ma chère mère,

* Le petit nombre de membres présents n'ayant pas permis aujourd'hui d'avoir une séance de la chambre des communes, je me trouve une soirée de loisir, et l'occasion de vous écrire, queje cherche depuis longtemps. Je n'ai rien de nouveau à vous dire sur ce qui se passe ici. La mesure financière, qui occupe la plus grande partie de notre temps, marche exactement comme on pouvait s'y atlendre. Toul le monde reconnaît la nécessité, mais tous ceux qui peuvent sentir le fardeau sont disposés à faire de grandes objections. Cependant, à tout prendre, je ne doute guère que cette affaire ne soit terminée d'une

1 Registre annuel, 1797.

maDiëre trës-satisfaisante h la fia de la semaine prochaine.

» Je continue à me porter à merveille, et j*ai assez de loisir entre les semaines pour compenser la fatigue des autres moments ; du reste, j*ai eu moins à faire que d*ordinaire pendant la session .

» Vous serez bien aise de faire plaisir à M. Mitchell en lui apprenant que je suis en mesure de lui donner la cure d*Easl-Mersea, dans le comté d'Essex, maintenant vacante, et qui vaut, me dit-on, de trois à quatre cents livres. On ne sera pas, je crois, obligé de résider, mais il faut traiter libéralement le vicaire. La cure dépend de la couronne et est dans le diocèse de Tévéque de Londres. Si votre secrétaire ordinaire, ou quelque autre, veut me faire savoir si M. Mitchell accepte, je ferai expédier tout de suite la nomination. Mon frère et lady Chalham sont à Aplhorp, comme vous le savez probablement. Le retour de mon frère, comme celui de lord Westmoreland, dépend de la nécessité de leur présence à la chambre des lords. Je penche à croire qu'elle ne sera pas nécessaire.

» Dites tous mes bons souvenirs à mistress Stapleton et mes tendresses à ma chère nièce, qui conserve, j*espère, toutsonaltachement pour Burton.

» Toujours, ma chère mère,

» W. PiTT. »

En 1796, le roi ne créa pas moins de seize pairies, et en 1797, il en accorda encore quatorze : multiplication excessive de tels honneurs, et difficile à défendre, même dans un temps pareil. Dans ce nombre étaient plusieurs adhérents politiques de M. Pitt dans la chambre des

communes. M. RoUe deviot lord Relie ; M. Lascelles de« vint lord Harewood ; sir Gilbert Elliot devint lord MintO; sir John Rous devint lord Roua; M. Thomas Powys de^ vint lord Lilfofd; M. RoberlSmilh devintlord Carrington.

Qa'il me soit permis de m*arrêter un instant sur ce dernier nom. Ce n'est pas que je veuille entreprendre ici, comme je Tai fait il y a longtemps, de retracer le caractère d'une personne bien chère : ce n'est pas dans un ouvrage comme celui-ci que j'aurais le droit d'exprimer tôuie ma reconnaissance des généreuses bontés de mon grand-père. Si je parte de lui, ce n'est pas uniquement parce que je suis fier de descendre d'un homme descendant lui-même d'un bourgeois de Nollingham, et qui, sans prétention de naissance, sut, par l'intégrité de son caractère et par sa profonde connaissance des affaires, s'élever du bureau d'un banquier à la pairie ; ce n'est pas uniquement parce que je le tiens pour un digne collègue de lord Overstone, et du premier lôrd Ashburton ; mais une circonstance se rattache à son élévation que je suis tenu de faire remarquer, non en qualité de descendant de lord Carrington, mais en qualité de biographe de M. Pitt.

Je me crois donc obligé de rappeler des mémoires que sir Nathaniel Wraxall avait laissés k publier après sa mort, et qui, par le fait, n'ont paru qu'en 4836. Ces mémoires laissent percer, en bien des endroits, le sentiment amer d'un prétendant malheureux aux honneurs officiels et parlementaires. C'est dans celte disposition d'esprit <|u'il fait allusion à la pairie de M. Robert Smith. Il attribue la concession de cette pairie à des motifs corrompus delà part de M. Pitt, et en retour de services pécuniaires, ce qui fait croire que « cette &me élevée pouvait, elle aussi, s'accommoder aux circonstances. »

WILLIAM PITT ET dON TKMt^d. 79

Cette calomnie ne devait pas rester impunie* Lord Carrington lui-même y répondit par une lettre publiée dans le Quarterly^Review de la même année. L'auteur de cet article fit précéder la lettre des réflexions suivantes :

« Sir Nathaniel croyait sans doute qu'il n*était pas possible que lord Carrington pût vivre assez longtemps pour réfuter personnellement la calomnie lancée contre son illustre ami. Par bonheur, lord Carrington vit encore ; il conserve dans une vénérable vieillesse toute la lucidité d'esprit, tout le charme de caractère et toute la délicatesse de sentiment qui lui avaient valu, il y a cinquante ans, l'amitié de M. Pitt, et nous sommes heureux de pouvoir communiquer à nos lecteurs une lettre écrite par lord Carrington, sans aucune intention de publicité, à Tami et au contemporain de M. Pitt, également son ami et son contemporain, le très-honorable Thomas Grenville, aussitôt après la publication des mémoires de Wraxall :

« Wycombe-Abbey, 7 août 1836.

» Mille remerdments, mon cher monsieur, du bon souvenir que vous voulez bien me garder. Cela me remet en mémoire le plaisir que je goûtais autrefois dans votre société. Je ne me rappelle jamais votre nom sans un sentiment affectueux.

» J'aurais fait irruption dans votre retraite deDropmore, pour présenter mes respects à lady Grenville et pour vous voir, si je n'étais retenu depuis trois semaines sur mon canapé par un accidenta la jambe, que j'ai négligeât qui a fini par devenir fort incommode. Dès que je pourrai mettre le pied par terre, j'irai vous trouver à Dfopmore.

80 WILLIAM PITT ET SON TÈMt>â.

» Âvez-Youslula récente publication, les mémoires posthumes de sir Nalhaniel Wraxall? Cela remonte à plus de cinquante ans, et contient à peu prés le môme genre de calomnies qu'on pouvait reprocher à son.premier ouvrage. II a trouvé bon de dire, dès les premières pages , que je devais la pairie h des affaires d'argent avec M. Prit. Vous qui connaissiez si bien notre illustre ami, vous vous figurerez Tindignation avec laquelle il eût accueilli une pareille offre de ma part, quelque voilée et déguisée qu'elle pût être, et je suis sûr que vous me croyez également incapable de l'avoir faite. Sir N. Wraxall fait égalemenl allusion, dans un autre endroit, à la « reconnaissance de M. Pitt envers moi, » et dit qu'à sa mort, une élévation dans la pairie se préparait pour moi. Il ne m'a jamais rien offert de semblable , et je ne l'ai jamais désiré. Le silence qui a régné pendant quarante ans sur ces accusations aura certainement eu l'effet, comme sir N. Wraxall le désirait, de le mettre à l'abri de toute responsabilité personnelle, mais je crois que ce sera le seul effet. Il nomme également lord Abercorn comme ayant pris part à ce honteux trafic ; je suis convaincu que cette assertion n'est pas mieux fondée.

» Je puis affirmer, avec une confiance et une véracité absolues, que pendant les vingt-cinq années durant lesquelles j'ai joui de l'amitié de M. Pitt, non-seulement aucune transaction pécuniaire n'a jamais eu lieu entre nous, mais que ni l'un ni l'autre n'a jamais dit un mot qui pût faire allusion à un pareil sujet. Vous pouvez vous rappeler les diverses offres que M. Pitt reçut à la fin de sa vie, et comment il refusa toute assistance; vous savez avec quel secret' ses amis particuliers firent une souscription pour répondre à quelques demandes urgentes.

sans qu'il en sût rien alors, ni, je crois, par la suite.

» Je dois remercier la Providence de ce qu'elle a prolongé ma yie jusqu'à quatre-vingt-quatre ans en bonne santé de corps et d'âme, mais je la remercie surtout de m'avoir permis de réfuter moi-même une calomnie si peu fondée '.

» Je suis, mon cher monsieur....

» Carrington. »

Au mois de novembre 4797, parut le premier numéro de YAnti-Jacobin, Ce fut une publication périodique paraissant deux fois par semaine jusqu'au milieu de Tété suivant, et l'effet politique fut certainement très-grand. Le ridicule et la gaieté de bon aloi s'y trouvaient mis au service du gouvernement. Le cours de la poésie ironique, qui avait coulé jusqu'alors en opposition à H. Pitt, passa cette fois de son côté. Le principal fondateur et soutien de l'ouvrage fut M. Canning. Dans le numéro qui suivit l'introduction, il publia en vers saphiques anglais sa fameuse chanson du Rémouleur, pour ridiculiser les fausses prétentions d'un « ami de l'humanité » à la nouvelle mode française:

« Dis-moi, Rémouleur, comment en es-tu venu à repasser des couteaux? Quelque riche a-t-ii usé de tyrannie envers toi? Était-ce le propriétaire ou le curé de la paroisse? ou le notaire? »

Les saphiques que M. Canning voulait tourner en ridicule étaient les vers de M. Southey, et l'allusion à

l'ami de l'humanité s'appliquait à M. Tierney.

* Lord Carrington mourut le 15 septembre 1838.

£n prose, M. Canning donna également de rudes coups de boutoir. II imita avec beaucoup de yerve le style pompeux et décousu d*Ërskine, toutes les fois qu'il ne s'adressait pas à un jury. Voici un fragment d'un discours prétendu au club whig : « M. Ërskine conclut par un élan de Téloquence la plus poignante et la plus pénétrante. Il dit qu'il avait été soldat et matelot, et que son fils était au collège de Winchester. Il avait éié retenu d'avance pendant Tété pour plaider des causes dans plusieurs parties du royaume) quelquefe-unes fort éloignées, et il aralt surtout voyagé en chaise de poste. Il était là, lui, Utr homme^ sous Toôil, tnéme soub la main de Dieu, duquel il faisait solennellement appel en présence de toute la cotnpagnie et des garçons, tl était de noble naissance, petlt*-ètre de naissance royale; il avait une maison à Hampstead , et il était convaincu de la nécessité d'une réforme complète et radicale. »

Ceci n'est qu'une caricature, mais on peut dire en passant qu'elle ne diffère guère des portraits. De graves observateurs ont parlé d'Erskine à peu près dans les mômes termesi Le D^ Somerville, par exemple, ministre à Jedburgh et historien de la reine Anne , vint à Londres en 1791 pour travailler au retrait de l'acte du Test. Il assista, chez lord Malmesbury, à une réunion de quelques membres de Topposition , et il a décrit de la manière la plus animée la scène qui s'était passée devant lui:

« Je me souviens de m'étre amusé à regarder M. Fox, dont la physionomie exprimait une profonde attention à tout ce qui se disait, mais dont les doigts étaient toujours en mouvement; il attrapait les gouttes de cire qui tombaient des bougies pour en faire dea boulettes*

M. Erskine se leva deux fois de sa place, en insistant sur raccumulation d'affaires qu'il avait entre les mains, et en annonçant la nécessité où il allait se trouver de quitter la compagnie, à cause des nombreuses affaires qu'il devait être en mesure de plaider le lendemain à Westminster. Je ne me rappelle pas le chiffre, mais c'était quelque chose de si énorme qu'après son départ je ne pus m'empécher d'exprimer ma surprise* M. Windham répondit : t Vous € n'êtes pas obligé de croire tout ce que dit M. Erskine, » et chacun sourit ^ »

Après M. Ganning, le principal fondateur do VAnti-Jacobinf fut M. George EUïs, qui s'était rallié à M. Pitt, mais qui avait autrefois fait partie des auteurs de la Rolliade. Un jour, dans un dîner ministériel, on lui de* manda l'histoire secrète de ce premier poëme. M. Ëllïs était un peu embarrassé, mais Pitt, se penchant en avant d'un air de bonne humeur, comme pour l'écouter, cita ce vers de Virgile * :

Immo âge, et a prima die, hospes, origiae nobis.

On admira fort l'à^propos de la citation. Comme le terme hospes s'appliquait bien à une recrue de date récente! et avec quel tact M. Pitt évita les errortsqne tuos du vers suivant I

V Anti-Jacobin ne se bornait pas à attaquer les principes ou la politique venus de France. Il publia un poëme intitulé Les Amours des Triangles, parodie des Amours des Plantes, parle D'' Darwin. Il publia une pièce intitulée Les Coureurs, en imitation des premiers drames de

^ Ma vie et mon temps, par le P* SomenriUti ^Enéide ^ Uv. I, vers. 753ê

Kotzebue et de Schiller. M. Canning plaça dans cette tragédie un admirable récit de la signature de la grande Charte, dans le style d'un journal moderne : « Voyez , s'écrie le patriote Beefington, là, au-dessous des annonces. Et voici encore des détails : Extrait d'une lettre d'Egham : « Mon cher ami, nous sommes tous ici fort en train,... à cause de l'intéressant événement qui a eu lieu ce matin à Runnymede, dans le voisinage de la ville.... on a aussitôt dépéché des messagers au cardinal Pandulfo. Leurs Majestés, ayant accepté une collation froide, sont retournées à Windsor. »

C'est dans les Coureurs que M. Canning a également inséré la chanson restée peut-être la plus populaire de toute la collection, celle de Rogero en prison, se rappelant sa jeunesse:

A ru

niversité de Gottingae niyersité de Gottingae.

On raconte que lorsque M. Canning montra à H. Pitt les cinq premiers couplets de la chanson, le ministre en fut si diverti qu'il prit une plume et composa le dernier couplet sur place. Voici ce couplet, qui est peut-être le meilleur de tous; du moins , je l'ai souvent entendu dire :

Soleil , lune , et monde vain , adieu , Là où complotent rois et prêtres ; Condamné ici à vivre de gruau à Teau , Je ne reverrai jamais TU

niversité de Gottingue

niyersité de Gottingue.

On a dit aussi que dans le poème intitulé Morale nouvelle, en date du 9 juillet 4798, H. Pitt était Fauteur des beaux vers commençant par ces mots : t Ainsi ton chêne, etc. *. » Hais je cherche en vain des témoignages authentiques ou contemporains à Tappui de ces assertions, et je ne suis pas convaincu que M. Pitt ait jamais ajouté an seul vers à cette fameuse collection.

Les vers latins contenus dans le volume étaient de lord MorningtOD, et la traduction du latin de lord Carliste.

Le talent et Tâpreté de VAnii-Jacobin ne pouvaient manquer de soulever de nombreuses réponses, ou plutôt des attaques du parti opposé. La plupart furent fort inférieures en mérite. Il y eut cependant une épttre à Téditeurde l' A nli-/aco6in, écrite par lord Melbourne, qui fut premier ministre bien des années plus tard, mais qui était alors Thonorable William Lamb, jeune homme de dix-neuf ans, tout frais émoulu de Cambridge. Canning se chargea lui-même de répondre, et la réplique commence ainsi :

« Barde d'une lyre empruntée à qui appartiennent les restes et les coupures de toutes les chansons vieillies, tes amis cherchent en vain de Tesprit dans ta poésie et ne comptent qu*un bon vers sur quatre-vingt-quatre. »

La tradition raconte que « le bon vers » de M. Lamb auquel M. Canning faisait allusion était le dernier du couplet suivant :

« Par la démarche importante, fière et pesante de Horpeth, par la perruque imitant les cheveux de Leveson Gower. »

^ Notes sur VAnti-Jaeobin^ par M. Charles Edmonds.

Lôrd Granville Leveson Gower, depuis le premier lord Granville, portait une perruque brune imitant les cheveux Téritables; c'était, en 4798, une nouveauté qui lui attira les remarques du satiriste. Ce fut ainsi qu'après bien des années les plaisanteries de la Rolliade reçurent une réponse.

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