‹ William Pitt et son tempsChapitre 7 sur 29 · CHAPITRE XXVIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIIl

Invasion du Mysore. — Sëringapatam pris d'assaut. — Bonaparte avance dans la Syrie. — Siège de Saint-Jean-d'Acre. ~ Sir Sidney Smith. — Retraite des Français. — Les Turcs battus à Aboukir. •». Victoires de Souwarow en Italie; sa retraite en Suisse. — Débarquement du duc d'York en Hollande. — Reddition de la flotte hollandaise. — L'armée anglaise se rembarque.^ Retour en France de Bonaparte. — Révolution du dix-huit brumaire. — Bonaparte premier consul ; sa lettre à George III. — Expédition secrète projetée. — Réunion du Parlement. — Discussion sur l'expédition de Hollande. — Traité avec l'empereur et les princes allemands. — Pétition de la cité de Londres. — Mesures financières de Pitt. — Récolte insufSsante. — Union avec l'Irlande.

L'année 4799 fut marquée par une large extension des hostilités. Pour commencer par le pays le plus éloigné de TÂngleterre , nous nous trouvâmes pour la seconde fois aux prises avec Tippoo. Par la paix conclue avec lord Gornwallis, le sultan de Mysore avait dû renoncer à une portion considérable de son territoire, et donner ses deux fils en otage ; mais bien qu'on les eût traités avec toutes sortes d'égards et qu'on les lui eût rendus avec tout Thonneur et le respect dus à leur rang, son animosité ne s'était pas ralentie. La conquête de i'Égypte par les Français mettait en mouvement son imagination et le flattait d'un espoir de secours, tandis que, de leur côté, les agents français étaient infatigables dans leurs efforts

pour obtenir son alliance. Quelques-uns d'entre eux, dans leur empressement à lui donner le titre qui leur paraissait le plus honorable, s'adressaient à lui sous le nom de « citoyen sultan I »

Au début de Tannée 1799, lord Mornington conservait encore l'espoir de maintenir la paix. Il se rendit de Calcutta à Madras pour conduire en personne et de plus près les négociations avec Tippoo. Mais il se convainquit bientôt qu'on n'avait d'autre désir dans le camp opposé que de traîner en longueur jusqu'à l'arrivée des secours français déjà promis par un traité secret. Sûr de son fait, et aussi habile en administration qu'en diplomatie, il prit habilement et promptement ses mesures. Au commencement de mai, une armée bien équipée de plus de trente mille hommes envahit le royaume de Mysore. Le général Harris commandait en chef; à côté de lui marchait un jeune colonel encore inconnu à la renommée, mais destiné à occuper sous peu l'une des plus belles pages des annales de son pays, l'honorable Arthur Wellesley, frère cadet de lord Mornington.

En avançant dans l'intérieur des terres, l'armée an* glaise délit Tippoo dans plusieurs rencontres et l'assiégea à Seringapatam. Le 4 mai , après une lutte prolongée, la ville fut prise d'assaut. Le sultan fit preuve d'un courage digne d'un meilleur sort; il tomba en défendant l'une des portes, où le général Baird, qui commandait l'attaque, retrouva plus tard son corps percé de quatre blessures et enseveli sous un monceau de cadavres. Sa mort termina la guerre. Le royaume de Mysore tout entier se trouvait entre les mains du gouverneur général, qui résolut de le partager entre la compagnie, le Nizam et le Peishwah.

Il est intéressant de retrouver, dans les papiers que j'ai

SOUS les yeux , les traces de rintimité qui s*était formée en Angleterre entre lord Mornington et M. Pitt. Les lettres du gouverneur général au premier ministre sont toutes écrites sur le ton le plus familier. Voici quelques passages d'une lettre écrite après la réduction du Mytore.

« Fort-SaintrGeorge, S août 1700.

» Mon cher Pitt,

» Je TOUS renvoie aux dépêches et aux pièces imprimées que je vous transmets pour vous mettre au courant de l'état des affaires dans ce pays-ci, et du détail des récents et glorieux événements. Quant à mol, je continue à me porter très-bien, quoique je sois souvent bien fatigué des affaires. Quelque splendides qu'aient été nos succès, quelque brillantes que soient nos perspectives, et quel que puisse être le plaisir d'être encensé par toute rinde, du Caboul à Assam, ce trône ne me platt point, et je soupire ardemment après le moment où je pourrai repartir functus offieio. Avec cette manière de voir, je puis me permettre de dire que je suppose que vous me

ferez pendre ou que vous me traiterez magnifiquement en récompense de mes actions (bonnes ou mauvaises, elles sont miennes). Dans tous les cas, je serai satisfait, car une potence anglaise vaut mieux qu'un trône dans rinde; mais ensevelissez ces mots dans votre sein, car je fais mine ici d'être fort heureux et fort modeste.

» Je pense que vous vous amuserez du citoyen Tippoo et du citoyen Sultan dans les papiers trouvés & Seringapatam.

» J'admire votre conduite à l'égard de l'union irlandaise. J'espère que vous persévérerez , mais je compte que vous

ne confierez pas l'Irlande à mon vieil ami.Hobart. C'était un excellent garçon, mais d'après ce que j'ai entendu dire de son règne ici, il est parfaitement hors d'étal de gouverner, en quelque lieu que ce soit.

» Toujours à vous très-affectueusement.

€ Je saisis cette occasion de vous rappeler vos bonnes intentions de faire de mon frère Gérard un gras pluraliste*; il est pour le moment un maigre singulariste, et la singularité équivaut presque au crime d'hérésie et de schisme,

» Je vous envoie par Henry une paire de pistolets montés en or ; le feu roi de France les avait donnés au citoyen sultan. J'espère qu'ils vous seront plus utiles à votre premier duel de jacobin que ceux dont vous vous êtes servi sous le gibet d'Abershaw.»

Je ne sais ce que sont devenus les pistolets dont parle lord Mornington ; mais l'un des officiers qui commandaient l'attaque de Seringapatam envoya également à M. Pitt une part du butin : c'était une petite poire à poudre en or que Tippoo avait portée, le jour de sa mort, suspendue à son cou par un cordon de soie. Ce souvenir est maintenant en ma possession, M. Pilt l'ayant donné à sa nièce, lady Rester Stanhope.

Dans le courant de l'année, une promotion dans la pairie vint récompenser les services delordMornington.il prit le titre de marquis de Wellesley, ayant changé de nom de famille à peu près à la môme époque. Les lettres de la jeunesse du duc de Wellington sont signées : « Arthur Wesley. »

« C'estrà-dire, possesseur de plusieurs bénéfices.

En Egypte, le général Bonaparte, voyant ses communications avec TEurope interrompues par la destruction de sa flotte , avait projeté pour son armée une autre conquête. Au commencement de Tannée, il était entré en Syrie avec la fleur de ses troupes. Les petites places qu*il rencontra sur son passage furent réduites sani^ difficulté, et les Turcs ne lui donnèrent pas plus d'embarras sur le champ de bataille. Djczzar Pacha se renferma dans sa forteresse de Saint-Jean-d*Acre et attendit le siège. Sans aucun doute les Français l'eussent emporté, si le pacha n'eût compté que sur ses recrues asiatiques. Par bonheur pour lui, il obtint en cette conjoncture Tardent concours d'un officier anglais. C'était sir Sidney Smith.

Sir Sidney, que nous avons laissé captif dans les prisons du Temple à Paris, avait réussi à s'échapper à force d'habileté et de courage. Il s'était fait donner en Angleterre le commandement de l'escadre destinée à croiser sur la côte d'Egypte. Débarquant avec l'équipage de quelques-unes de ses chaloupes, il fit preuve, ainsi que ses hommes, d'un courage infatigable pour la défense de Saint-Jean-d'Acre. En vain le général Bonaparte déploya toutes les ressources de son génie; en vain les Français avec leur ardeur accoutumée s'élancèrent à Tassant à plusieurs reprises, versant leur sang avec une gracieuse prodigalité. Le soixante et unième jour du siège, ils se virent contraints d'abandonner leur entreprise et de commencer en toute hâte leur retraite vers TÉgypte. C'était le premier revers que Napoléon eût rencontré dans ses campagnes, et ce fut le seul pendant longtemps.

Les Turcs cependant avaient trop espéré de cet unique échec. Préoccupés de reprendre TÉgypte, ils débarqué-

rent sans grande précaution une armée considérable, mais mal disciplinée, sur la côte d'Aboukir. Le général Bonaparte attendait au Caire et saisit Toccasion favorable. S*élançanl d'un seul bond sur ces hordes barbares, il leur infligea le â6 juillet une complète déroute, en passa un grand nombre au fil de Tépée, et dispersa le reste dans toutes les directions, sans artillerie, sans tentes, sans bagages ; tout était au pouvoir des Français.

L* Italie était alors le théâtre de vicissitudes étranges. Vers la fin de 1798, le roi de Naples, enhardi par l'absence de Bonaparte et par la présence de Nelson, avait Imprudemment déclaré la guerre aux Français. Ses troupes, commandées par le général autrichien Mack, s'étaient avancées en triomphe jusqu'à Rome, où elles avaient proclamé l'ancien gouvernement et commencé un système de réaction. Mais le général français Championnet ne tarda pas à les mettre en déroute sans retour. Le roi et la famille royale se virent contraints de s'embar^ quer pour Palerme, tandis que Cham^onnet entrait à Naples, où il établissait un nouveau gouvernement connu sous le nom de République Parthénopienne.

Au printemps de 1799, l'alliance des deux empereurs flt changer de face aux affaires. Les Autrichiens et les Russes parurent en force sur l'Adige. Le roi de Naples revint de Sicile sous la protection de lord Nelson et de la flotte anglaise. Les Français 'se retirèrent de Naples à Rome , et de Rome à Florence. Dans le nord, le maréchal Souwarow, à la tête des troupes alliées, remporta une série de brillantes victoires. A la bataille de laTrebbia, le général Macdonald fut défait; à la bataille de Novi, le général Joubert fut battu et tué. Milan et Turin ouvrirent leurs portes aux aUiés, Mantoue se rendit à la suite d'un blocus. A l'automne,

Grénes restait seule en Italie au pouvoir des Français.

£d Allemagne, les généraux français subirent également des rerers » et furent obligés de repasser le Rhin. Les armées françaises ne conservèrent cette année leur ascendant qu'en Suisse. On y avait envoyé un corps russe sous les ordres du général Korsakow, pour venir en aide à Tarchiduc Charles. Le général Masséna les battit dans une grande bataille près de Zurich, et le maréchal Souwarow fut appelé en toute hÂte dltalie pour réparer lés fautes de son lieutenant. Mais le mal était irréparable. Il fut obligé de battre en retraite, lui qui se vantait de ne s'être jamais retiré pendant ses quarante années dé service militaire. Il déploya cependant son énergie et son habileté accoutumées. Il fit traverser les montagnes h son armée par des défilés que les chevriers et les chasseurs de chamois avaient seuls foulés jusqu'alors. C'était Tunique moyen qui lui restât pour tirer son armée d'une situation dangereuse et pour la ramener dans ses frontières à la fin de la campagne.

M. Pitt désirait ardemment prendre une part active au mouvement belliqueux de cette année. Il portait ses vues sur la Hollande, ou la République Batave, comme on rappelait alors. On le flattait d'assurances positives; on lui répétait que les Hollandais étaient las de la domination française, et qu'un grand nombre d'entre eux se rallieraient autour de l'étendard du prince d'Orange dès qu'il serait déployé. Il projeta donc, dans cet espoir et avec le concours de M. Dundas, une double expédition. Trente mille hommes de troupes anglaises et quinze mille Russes devaient débarquer quelque part dans la province nord de la Hollande» et marcher sur Amsterdam. Le duc d'York devait cumuler les honneurs et les embarras du comman-

dément en chef, et lord Chatham devait servir en qualité de major général.

Un excellent officier, sir Ralph Abercromby, commandait la première division des forces anglaises, qui s*élevait à douze mille hommes. Elles étaient campées sur les dunes de Barham, et s*embarquèrent à Ramgate et à Deal. En arrivant sur la côte de Hollande, nos gens apprirent que Tennemi était déjà instruit de leurs desseins. Ge^ pendant, s'ils avaient pu pousser en avant à 1* instant même, ils eussent pëut-êlre réussi dans leur entreprise. Mais au moment où le débarquement était prêt, un violent orage s*éleva et repoussa les bâtiments en pleine mer. Au bout de quinze jours, lorsqu*ils reparurent, Télat des choses était bien changé. Le général hollandais Daendels^ avait réuni toutes les iroupes de la province avec beaucoup d'aclivité et de vigueur, et en avait formé des lignes de défense du Helder à Harlem. Cependant, le 23 août, les généraux anglais parvinrent à débarquer, h repousser les troupes hollandaises et à réduire le fort du Helder. Un second succès plus important s'ensuivit. Le reste de la flotte hollandaise était alors dans le Texel, et se montait encore à treize vaisseaux de guerre, sans compter quelques petites frégates. Privés de tout secours du côté de la terre, et bloqués du côté de la mer par Tamiral Milchell, ces navires se rendirent par capitulation. Dans la lutte navale que nous avions alors h soutenir, cette prise était de la plus grande importance, et elle avait joué un grand rôle dans les calculs de Pitt et de Dundas lorsqu'ils avaient projeté Texpédilion.

Sir Ralph Abercromb; Qt alors un mouvement en avant, et, repoussant victorieusement les attaques du général hollandais Dacndels et du général français Brune, il s'éta-

blit sur le Zype poar attendre Tarrivée du duc d*Tork. Son Altesse royale arriva vers le milieu de septembre, amenant la principale division des Russes de la Baltique et trois brigades de troupes anglaises. L'armée tout entière comptait trente-trois mille hommes d*effectif; .les ennemis étaient inférieurs en nombre, mais ils avaient le grand avantage d'avoir des vivres à leur portée, et de recevoir tous les jours des renforts ; tandis que les partisans du dernier Stathouder, probablement en majorité comme en 1813, ne donnaient aucun signe de l'enthousiasme qu'ils avaient déployé si victorieusement cette année-l& au cri d'Orange-Boven. Il n*y avait aucune trace d'un soulèvement populaire, et le duc d'York vit bien qu'il n'avait & compter que sur ses propres forces.

Espérant compenser l'absence de secours indigènes à force d'activité et de hardiesse, le duc s'avanga le i 9 septembre, à la tête de Tarmée formée en quatre colonnes. Là, le défaut de concert entre les alliés se fit sentir. Une colonne russe, en dépit de ses instructions, poussa trop avant> dépassa le village de Bergen, et, ses munitions épuisées, fut repoussée en désordre et avec quelque perte. Le désordre se communiqua à une seconde colonne, composée en partie de leurs compatriotes, en sorte que le succès complet des deux autres colonnes devint inutile.

Le â octobre, on reprit l'attaque sur les positions de l'ennemi. Cette fois les Russes commirent la faute contraire, et on ne put venir à bout de les faire avancer à temps. Les Anglais cependant remportèrent la victoire ; mais elle fut chèrement achetée : on eut plus de deux mille hommes tués ou blessés. Le 6, une nouvelle action fut accompagnée de pertes nouvelles, sans résultat décisif.

Pendant ce temps» M. Pitt était préoccupé du désir d'épargner toute inquiétude aux deux ladys Chatham, et il leur envoyait le plus tôt possible des nouvelles de la santé de leur fils et de leur mari. Voici Tune de ses lettres :

« Downin^tfedt, dim&ttche 12 octobre i70d.

» Je suis bien heureux, ma chère mère, de pouvoir commencer par vous dire que mon frère se porte bien, après une nouvelle affaire fort vive et très*4iohorable à laquelle il a pris grande part. Nous avons sujet de remercier Dieu, car il Ta échappé belle ; une balle morte est venue le frapper à Tépaule, mais son épaulette Ta détournée. Nous avons reçu cette nouvelle d'un des officiers qui écrit après Tavoir vu et avoir causé avec lui le lendemain de la bataille, et qui a eu la bonté de nous donner les renseignements, prévoyant, ce qui est arrivé, que mon frère, à cause de sa position, ne pourrait pas envoyer sa lettre au quartier général à temps pour le courrier.

» L'action a eu lieu le 6 ; nous avons attaqué, et nous sommes restés maîtres du champ de bataille au grand honneur de nos troupes, mais l'avantage n'était pas assez décisif pour nous permettre d'avancer beaucoup dans cette saison et dans un pays si dangereux; notre armée a donc repris son ancienne position. J'écris en toute hâte, et en recevant ces nouvelles, de peur qu'un accident ne vous apporte quelque récit mensonger ou exagéré.

» Toujours, ma chère mère^ etc.

» W. Pitt. *

Combien était fragile le fil duquel dépendait alors le gouvernement de l'Angleterre 1 Une balle, en terminant

la vie de lord Chatham, eût terminé du même coup le ministère de M. Pitt, du moins en ce qu'il avait de plus important, la direction de la chambre des communes.

Après Faction du 6 octobre, sir Ralph Aberçromby et les autres officiers généraux adressèrent au duc d^York leurs représentations sur Tétat d'affaiblissement de Tarmée, déjà diminuée d'environ dix mille hommes depuis le débarquement, et placée en face des forces toujours croissantes des Français. Ils lui firent remarquer toutes les difficultés que rencontrait leur entreprise en présence de la froideur des Hollandais, qui ne voulaient pas se soulever, et cela à Ventrée de Thiver; ils conseillèrent donc de ramener Tarmëe à son ancienne position dans le Zype*. En conséquence de ces avis, on effectua sur-le-champ la retraite; cinquante blessés anglais ou russes seulement restèrent en arrière.

Mais arrivée dans le Zype , son Altesse royale resta fort préoccupée. Elle avait devant elle le choix des maux et des difficultés. On reconnaissait qu'il était impossible d'avancer; en gardant sa position, elle livrait ses troupes aux fièvres des marais sans arriver à aucun résultat utile. Pour se rembarquer sous les yeux d'un ennemi vigilant, il fallait sacrifier, pensait-elle, trois mille hommes au moins. Dans cette situation, le duc résolut d'essayer l'effet des négociations. Plusieurs conférences eurent lieu aux avantpostes, et on finit par signer une convention. Il fut convenu que les troupes alliées se rembarqueraient sans obstacle, vers la fin de novembre. D'autre^parl on devait rendre la forteresse du Helder avec toute l'artillerie qui garnissait les remparts, et on devait restituer huit mille

^ Canton marécageux de la Hollande septentrionale.

prisonniers , hollandais ou français, au choix des agents de ces deux nations. Ainsi se termina sans gloire une expédition qui avait coûté si cher et sur laquelle on avait fondé tant d*espérances. j

A la fin de la campagne, M. Pitt termina sa correspondance avec sa belle-sœur par la lettre suivante :

« Holwood, dimanche 21 octobre 1799, k h. après midi.

» Ma chère lady Chatham,

» Nous venons de recevoir des nouvelles de Hollande; j*apprends que mon frère va & merveille et que tout sujet d'inquiétude ou de préoccupation a heureusement disparu, puisqu'on a conclu une convention d'après laquelle notre armée doit évacuer la Hollande dans un temps donné, à condition qu'on ne mettra aucun obstacle & sa retraite. C'est assurément un grand désappointement que de se voir obligé de se retirer par un compromis, au lieu de chasser l'ennemi devant nous, comme nous avons eu un moment des raisons de l'espérer; mais au milieu de toutes les difiScultés qu'ont amenées la saison et les circonstances, ce doit être une grande satisfaction que de savoir notre précieuse armée sur le point de nous être rendue saine et entière. Le soulagement personnel que cette nouvelle vous apportera, comme à moi, ajoute fort à mes consolations. Huskisson, en m'envoyant les nonvelles, n'a pas dit s'il y avait des lettres de mon frère pour vous. S'il n'y en a pas, je l'ai chargé de vous faire passer la lettre que mon frère m'avait adressée; maisjs'il y a des lettres pour vous, il enverra la mienne à Dundas; je tiens à la lui faire lire, parce qu'elle contient plus de détails sur les raisons de la convention que n'en donnent

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les documents ofiSciels ; elle ne laisse aucun doute sur la convenance de cet acte.

» Toujours à vous de cœur, W. Pitt. »

Au début de l'expédition de Hollande, le Parlement anglais siégeait déjà. Le roi prononça le discours d'ouverture le 24 septembre. Sa Majesté annonça qu'elle avait convoqué les lords et les communes à cette époque inusitée, afin qu'ils pussent juger de l'utilité qu'il y aurait à se mettre sur-le-champ en mesure de profiter des services volontaires de la milice. Aussitôt après, M. Dundas présenta un bill qui donnait de nouvelles facilités à cet effet; la proposition passa sans opposition & la chambre des communes, et n'en rencontra guère & la chambre des lords. Cette affaire terminée dès le 12 octobre, le Parlement fut prorogé pour plus de trois mois, et ne se réunit qu'après les vacances de Noël.

Hais dans son discours d'ouverture, le roi ne s'était pas borné à parler de la milice. Il avait exprimé d'un ton triomphant les espérances qu'inspirait le cours de la guerre. On pouvait regarder le nord de Tltalie comme délivré déjà de la servitude des Français. Naples avait rejeté leur joug, leurs armées avaient été repoussées en Syrie, et leurs intérêts réprimés dans l'Inde, c et de notre côté, » ajoutait Sa Majesté, c il y a tout lieu d'espérer que la tentative destinée à délivrer les Provinces Unies ser^ couronnée de succès. » Avec des paroles semblables dans la bouche du souverain et tombées solennellement du trône, il dut être doublement pénible, quinze jours après, d'avouer les déceptions complètes qu'avait subies cette brillante espérance.

En dépit de la retraite du duc d'York des plaines de

Hollande, et du mouvement rétrograde du maréchal Souvarow sur les montagnes de la Suisse, le résultat général de la campagne restait pourtant fort contraire aux Français. Depuis plusieurs mois, le général Bonaparte était sans nouvelles d*Europe. Enfin, grâce à la courtoisie, dit-on, du commandant de Tescadre anglaise, il reçut un paquet de journaux allant jusqu'au mois de juin. Il apprit là, pour la première fois, tous les désastres qu'avait subis le faible gouvernement du Directoire. € Les misérables! » cria- 1- il à Murât en lui jetant les journaux, « ils m'ont perdu Tltaliel» Il prit à Tinstant son parti de quitter son armée et de revenir en France. Il sentait qu'il le pouvait en tout honneur et sans inconvénient pour sa renommée, depuis la victoire qu'il venait de remporter sur les Turcs à Aboukir.

La politique exigeait néanmoins que la résolution restât parfaitement secrète jusqu'au moment 4e l'exécution. Le général Bonaparte avait déjà donné des ordres à l'amiral Ganteaume de tenir les deux frégates qui lui restaient prêtes à mettre à la mer, et sans en donner avis & son armée, il s'embarqua à minuit, le 22 août. Il emmenait avec lui quelques-uns de ses adhérents les plus dévoués, tels que Murât, Berthier, Lannes, et il laissait le commandement de l'armée d'Egypte au général Kleber, brave soldat alsacien. Les vents contraires prolongèrent étrangement son voyage, mais il parvint à éviter la flotte anglaise. Enfin, le quarante*cinquième jour, il aborda en France à Fréjus. Dès que la population de la ville apprit que le vainqueur de l'Italie était de retour, sa joie ne connut point de bornes, et sans s'inquiéter des lois de la quarantaine, on le porta en triomphe à terre.

Dans sa marche vers Paris, le jeune général fut salué

parles mêmes témoignages de la faveur publique. Grâce à ce concours, qui pourtant ne le dispensa pas de celui des troupes, il put effectuer la révolution connue dans rtiistoire de France sous le nom du 18 brumaire d*aprës le calendrier républicain, ce qui équivaut pour nous au 9 novembre. Le Direcloire fut renversé, et une nouvelle constitution remit le pouvoir exécutif aux mains de trois consuls. Leur autorité n'était pas égale, bien que leur nom fût le même. Le premier consul, qui n^était autre que le général Bonaparte, s'arrogea les principau?^ pouvoirs de rÉtat, et devint au moins aussi puissant que le souverain dans une monarcbie constitutionnelle.

Maniant celte autorité d'une main vigoureuse, le premier consul réduisit bientôt tous les partis à la soumis^ sion par divers moyens. Il prit des mesures poiy apaiser la Vendée, mettre fin à la guerre civile, et étouffer les complots encore fort actifs des jacobins entêtés; il s'appliqua à relever les finances ruinées; il chercha à remettre et à animer de son esprit les armées amoindries et découragées. Mais tout en se préparant activement à la guerre, surtout pour reconquérir l'Italie, il fil à l'Angleterre au moins une offre de négociation. Soit qu'il désirât véritablement rentrer en paix avec notre pays, soit qu*il voulût seulement se donner en France la réputation d'une politique pacifique et modérée, il prit le parti inusité d'écrire directement à George IIl pour lui proposer de traiter.

Cette lettre fut envoyée à Londres par un courrier, accompagnée d'un billet de M. deTalleyrand pour prier lord Grenville de la remettre à Sa Majesté Britannique. A cette époque, le premier ministre d'Angleterre était extrêmement préoccupé d'une expédition secrète qu'il

destinait aux côtes de France. On démêlera facilement ses vues dans ses lettres confidentielles au ministre de la guerre, qui était allé passer quelques semaines en Ecosse.

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