CHAPITRE VI -<78i
Pitt est élu par l'université de Cambridge, et Wilberforce par le comté d'York. — Lutte électorale de Fox à Westminster. — Nombreuses défaites des amis de Fox. — Nouvelles pairies. — Réunion du Parlement. — Prédominance de Pitt. — Désordre des finances.
— Fraudes sur le revenu. — Budget de Pitt. — Son bill de l'Inde.
— Scrutin de Westmi aster. — Restitution des biens confisqués en Écosse. — Lettres à lady Chatham. — Promotions à la chambre des lords. — Lord Camden président du conseil.
Alors s'éleva dans toute l'Angleterre le cri de guerre des élections. Presque sur tous les points, la bannière de Fox fut déployée, et presque sur tous les points elle fut abattue. La première élection par ordre de date fut, comme de coutume, celle de la Cité. On porta Pitt sans qu'il le sût et sans qu'il y eût consenti, et le vote à main levée fut en sa faveur; mais lorsqu'il en fut informé il refusa de se porter. Il fut pressé de se présenter dans plusieurs autres villes et cités, surtout par la ville de Bath que son père avait représentée, et le roi fut contrarié de lui voir refuser cette offre. Mais le choix de Pitt était déjà fait; il avait résolu, comme nous l'avons vu, de se présenter pour la seconde fois à l'université de Cambridge.
Le second candidat du même parti était le fils aîné du duc de Grafton, l'ami de son père. Ils avaient pour adversaires les membres sortants, M. John Townshend et
M. Mansfield, tous deux ayant occupé une place dans le ministère delà coalition. Après une lutte fort vive, M. Pitt et lord Euston furent nommés, M. Pitt le premier sur la liste. Ce fut un grand triomphe, et un triomphe durable, car Pitt continua toute sa vie à représenter l'université.
On raconte que Paley, qui était alors à Cambridge, suggéra un soir comme un texte convenable pour un sermon d'université : « Il y a bien ici un jeune garçon avec cinq pains d'orge et deux petits poissons, mais qu'est-ce que cela pour tant de gens? » Mais l'auteur de la plaisanterie, quel qu'il pût être, se trompait sur la disposition du public à ce moment-là. Dans la plupart des cas les électeurs votèrent sans s'inquiéter de leur intérêt personnel; dans certains cas, ils votèrent môme contre leur intérêt personnel.
Ce fut, par exemple, le cas dans les grandes terres où se retranchaient les whigs. Dans le Norfolk, le membre sortant était M. Coke, propriétaire des vastes domaines de Holkham ; ce gentilhomme avait, à son avis, joué « un rôle important» en s'opposant à la guerre d'Amérique, comme il le déclara dans son adresse au comté; mais en dépit des titres qu'il se croyait à la considération et de ses titres beaucoup plus positifs à la fortune, M. Coke se vit contraint d'abandonner l'arène.
Mais de toutes les luttes électorales de cette époque la plus importante fut celle du comté d'York; ce grand comté, qu'on n'avait pas encore divisé pour les élections en Ridings *, avait toujoursété sous l'empire des grandes maisons whigs. Bolton Abbey, Castle Howard et Went-
1 Le comté d'York est maintenant divisé en West-Riding et East- Riding, partie de l'ouest et partie de Test.
worth Park réclamaient le droit de dicter les élections. Ce fut en 1780 seulement que l'esprit du comté se réveilla : « Jusqu'ici, » disait cette année-là sir George Savile, « j'ai été élu dans la salle à manger de lord Rockingham ; cette fois j'ai été élu par mes électeurs.» En 1784, l'animation du comté alla plus loin; les francs tenanciers indépendants du comté d'York soutinrent hardiment la lutte côntre les grandes maisons, et réclamèrent le droit de nommer, à côté de l'héritier de Duncombe Park, le fils d'un banquier, jeune encore et dont les talents étaient à peine connus, bien qu'il fût destiné à tenir une grande place dans les annales de son pays, M. Wilberforce. Avec l'aide des gentilshommes campagnards on lit une souscription de 18,662 liv. sterling pour les dépenses de l'élection, et le nombre et la résolution des partisans de Wilberforce étaient si imposants que les candidats de l'autre côté n'osèrent pas engager la lutte. Wilberforce fut également nommé par ses anciens électeurs de Hull, à la tète de la liste : « Je ne puis assez vous féliciter de ce glorieux succès, » écrivait le premier ministre à son jeune ami.
Ce fut ainsi que, dans toute l'Angleterre, le parti de l'opposition fut dispersé à droite et à gauche. Pour employer une métaphore de jeu, que Fox n'eût pas dédaignée, bien des gens jetèrent leurs cartes, beaucoup d'autres jouèrent la partie et la perdirent. On leur donnait un plaisant surnom ; par allusion à l'histoire des victimes de la persécution catholique, écrite par George Fox, on les appelait « les martyrs de Fox. » Il se trouva cent soixante de ces martyrs.
Les pertes du parti de la coalition ne portèrent pas uniquement sur les rangs inférieurs. Plusieurs des orateurs et des chefs succombèrent également. A Heriford,
M. Baker fut battu par le baron Dunsdale; à Portsmouth M. Erskine fut vaincu par un frère de lord Cornwallis, comme le général Conway à Bury par un (ils du duo de Grafton. Lord Galway, pair irlandais, sans grandes prétentions, l'emporta dans la ville d'York sur l'ami et le collègue le plus fidèle de Fox, lord John Cavendish. Quelques-uns gagnèrent leur partie, mais après l'avoir échappe belle. Dans le comté de Bedford, M. St John fut nommé à une seule voix de majorité ; à Norwich, M. Windham eut pour lui près de treize cents voix, mais seulement cinquante-quatre voix de majorité. Burke réussit à Malton, Sheridan à Stafford et lord North à Banbury.
Au milieu de tous ces revers, le fier courage de Fox ne faiblit pourtant pas. Le 8 avril, il écrivait à l'un de ses amis : « Les mauvaises nouvelles abondent de tous les côtés; mais il me semble que les malheurs, quand ils viennent en troupes pressées, ont pour effet de remonter mon courage plutôt que de l'abattre 1 .»
L'affaire personnelle de Fox dans les élections doit arriver la dernière, puisqu'elle dura bien plus longtemps que les autres. Il avait de nouveau fait appel à ses anciens électeurs de Westminster. Son ancien collègue, sir Cecil Wray, en avait fait autant. Celui-ci avait non-seulement été son collègue, mais encore son partisan ; la funeste coalition de Fox l'avait pourtant séparé de lui et il penchait maintenant vers le gouvernement de Pitt.
Le gouvernement portait à Westminster, pour son principal candidat, lord Hood, pair d'Irlande et marin d'une grande réputation. On se convainquit bientôt que lord Hood passerait le premier et que la véritable lutte s'éta-
1 Mémoires par lord John Russell, vol. II.
blirait entre Fox et Wray. Les votants arrivaient lentement, et le scrutin resta ouvert de jour en jour et de semaine en semaine, c'est-à-dire du 1 er avril au 17 mai. Dans cet intervalle on usa, des deux parts, de tous les moyens imaginables. Plusieurs femmes à la mode et d'un haut rang se présentèrent comme amies de Fox; à leur tête était Georgiana, lille aînée du comte Spencer et femme du cinquième duc de Dcvonshire depuis 1774. Douée d'une grande beauté et d'une ardeur indomptable, elle exerça toute sa puissance de persuasion sur les boutiquiers de Westminster. D'autres femmes, qui ne pouvaient rivaliser de beauté avec elle, pouvaient au moins suivre son 'exemple; à peine y avait-il une rue ou une allée qu'elles ne visitassent dans un but électoral, au service de celui qu'elles persistaient à appeler « l'homme du peuple,» au moment où la voix populaire se prononçait partout contre lui.
Fox avait un partisan d'un rang et d'un poids encore supérieurs. Le prince de Galles, après avoir accompagné le roi à une revue, traversa à cheval les rues de Westminster, portant les couleurs de Fox, et il assista au banquet qui fut donné à son ami, àDevonshire House. A partir de ce moment l'influence de Carlton House se déploya en opposition contre celle de Saint-James. Ce n'était plus seulement Fox contre Pitt, c'était le prince contre le roi.
Sur les hustings de Covent-Garden , heure après heure, les orateurs cherchaient à triompher par leurs arguments, et les deux foules par leurs clameurs. Tout le jour l'espace libre qui s'étendait devant la salle retentis- 4 sait de cris contraires, les niurs étaient blancs d'affiches, et les journaux fourmillaient d'épigrammes. Les tavernes
et les cafés étaient ouverts à grands frais. Pes bandes de partisans furieux, ornés des rubans de leur parti, échauffés par le genièvre et par le vin, se livraient dans la rue des combats terribles, d'où résultaient souvent de graves blessures; un jour môme, il y eut un homme tué.
Au vingt-troisième jour du vote, Fox était en minorité, en dépit des immenses efforts tentés en sa faveur. Le parti du ministère espérait bien lui enlever ce bourg, le plus considérable et le plus éclairé, à ce qu'on pensait alors, de tous les bourgs qui avaient en Angleterre des représentants.
« Westminster va bien, en dépit de la duchesse de Devonshire et des autres femmes du peuple, mais on ne sait pas encore quand le vote sera fini, » écrivait Pitt à Wilberforce le 8 avril. Voici une autre lettre qu'il écrivit quelques jours après à son cousin James Grenville, celui qui devint lord Glastonbury en 1797.
« Downing-street, vendredi 23 avril 1784.
» Mon cher monsieur,
» L'amiral Hood me dit qu'il a laissé àBath lord Nugent, disposé à venir en ville si une voix devenait importante à Westminster. D'après l'état du vote, je ne doute pas de l'importance. Voici les chiffres de la fin de la journée :
H. 6,326. — Wray. 5,699. — F. 5,615,
et sir Cecil a gagné quatre voix sur Fox aujourd'hui. Il n'y a pas de doute du succès définitif, à ce que je crois, si on en vient au ballotage et que nous y soyons forcés ; mois c'est une grande affaire pour nous de les faire pas-
ser tous les deux du premier coup, et par conséquent l'intérêt de Fox à l'empêcher est tout aussi grand. On ne sait pas combien de temps le scrutin peut continuer, mais il est assez évident que cela ne peut pas être fini avant lundi. Si vous voulez avoir la bonté d'expliquer ces faits à lord Nugent et de l'encourager dans ses bonnes intentions, nous vous serons fort obligés, et nous le serons plus encore si votre santé ou des affaires importantes ne vous retiennent pas et que vous puissiez ajouter au service que vous nous rendrez, en le décidant, celui de nous accorder votre concours personnel. En tous cas, j'espère que vous me pardonnerez mon importunité et que vous ferez la part de l'indiscrétion et de l'endurcissement d'un meneur électoral.
» Nous avons reçu de Bath des nouvelles qui nous inquiètent pour M. H. Grenville, mais j'espère que vous l'aurez trouvé mieux. Je n'ai pas encore appris le résultat du comté deBucks, mais William était sûr de son affaire, et d'après le scrutin du premier jour la situation d'Aubrey semblait bonne. Mainwaring etWilk.es ont eu une grande avance dans leMiddlesex, et lord Grimston a été élu dans le comté de Herts à la place de Halsey.
» Adieu, mon cher monsieur, croyez-moi toujours fidèlement et affectueusement à vous.
» W. PlTT. »
Fox se releva enfin de la minorité qu'il avait eue au début; le vingt-troisième jour de l'élection il dépassa sir Cecil, et il continua à maintenir son avantage jusqu'au quarantième jour qui fermait légalement le scrutin. Lo 17 mai les chiffres donnèrent :
lord Hood 6,694, M. Fox 6,233, et sir Cecil Wray 5,598.
11 y avait cependant de fortes raisons de soupçonner des manœuvres frauduleuses dans les jours précédents, puisqu'il semblait évident que le nombre des voles rapportés surpassait de beaucoup celui des électeurs inscrits. Par cette raison sirCecil Wray demanda aussitôt une enquête, et le grand bailli l'accorda, illégalement, disait Fox; mais . en outre le grand bailli, M. Corbett, qui n'était point des amis -de Fox, refusa d'annoncer un résultat officiel tant que celle question de l'enquête ne serait pas décidée. Westminster se trouvait donc pour le moment dépourvu de représentants, et Fox n'aurait point eu de siège dans le nouveau Parlement sans l'amitié de sir Thomas Dundas qui l'avait déjà fait nommer représentant du bourg clos de Kirkwall.
En examinant les causes qui, dans leur ensemble, a menèrent cette accession presque sans exemple aux rangs ministériels, il faut l'attribuer en partie au dégoût causé par la coalition et en partie à l'effroi causé par le bi!i de l'Inde. Ce fut aussi l'effet du respectueux souvenir que l'on conservait à lord Chalham, et de la réputation croissante de Pitt. Mais surtout il ne faut pas oublier que, par toutes ces raisons, Pitt disposait du concours de partis jusqu'alors divisés dans la vie publique. Il avait pour lui beaucoup de dissidents et beaucoup de membres de l'Église, beaucoup d'amis de la prérogative royale et beaucoup de partisans des droits du peuple. Il avait, d'un colé, des hommes comme Jenkinson etThurlow, de l'autre côté, des hommes comme Sawbridge et John Wilkes. Car la coalition, comme le remarque justement lord Macaulay, avait éloigné de Korlh les plus ardents des torys et de Fox les plus ardents des whigs.
En jelant un coup d'œil rétrospectif sur ces quatre
mois si pleins d'événements, de décembre 1783 à avril 1784, on s'apercevra peut-être que le moment de notre histoire qui ressemble le plus à cette époque, c'est le premier ministère de sir Robert Peel, cette autre période de quatre mois, de décembre 1834 à avril 1835. A la vérité, sir Robert Peel lui -même en a fait ressortir les différences. Mais il y avait de nombreux points de ressemblance qu'il n'a 1 pas indiqués et ne pouvait indiquer. Les deux ministres possédaient la même supériorité oratoire; tous deux se trouvaient privés de collègues eflicaces dans la discussion ; tous deux eurent donc la gloire d'avoir soutenu seuls une pareille lutte. On peut dire, je crois, avec vérité, de Pitt comme de Peel, qu'outre la capacité que leurs adversaires ne leur ont jamais contestée, ils firent preuve du plus haut degré de courage, de prudence et d'empire sur eux-mêmes, au milieu de circonstances faites pour mettre à l'épreuve ces éminentes qualités. On n'a peut-être pu leur reprocher; à cette époque, ni une expression imprudente ou inconsidérée, ni une seule fausse démarche. Tous deux avaient pour adversaires des antagonistes éloquents et habiles, exaspérés par une chute récente, provenant, à ce qu'ils croyaient, d'un injuste usage de la prérogative royale. Dans les deux cas, la violence de la presse dépassa toutes les limites ordinaires. Dans les deux cas, on fit appel au jugement au jugement du peuple par une dissolution, bien que dans l'un des cas l'appel eût précédé la lutte dans la chambre des communes, et qu'il l'ait suivie dans l'autre. Cependant, combien les résultats ont été différents, puisque, sans que cela implique une infériorité de génie
* Mémoires de sir Robert Peel, par lui-même, vol. II.
chez le second homme d'état, Pitt fut vainqueur et Peel renversé !
Les élections terminées, le roi témoigna sa complète approbation pour son ministre en créant, peut-être avec une libéralité excessive, sept pairies nouvelles. La plupart étaient déjà des baronies, mais sir James Lowther, dont on n'avait pas oublié l'influence à Appleby, fut élevé du premier coup à un rang plus élevé sous le titre de comte de Lonsdale. Le roi accorda aussi trois titres de comte, et dans le courant de l'été il en conféra encore trois autres à des pairs déjà barons.
Le roi consentit aussi, à la prière de Pitt, à nommer M. Archibald Macdonald avocat général à la place de sir Lloyd Kenyon, qui devint maître des rôles. Mais il faut remarquer que déjà à cette épuque le roi exprima sa préférence personnelle pour M. Scolt.
Le 48 mai le nouveau Parlement, se réunit, et le 19 le roi l'ouvrit en personne. Après plusieurs jours passés à recevoir les serments, la discussion s'ouvrit le 24. M. Pitt raconta lui -môme, dans la soirée, ce qui s'était fait à la chambre des communes, dans une lettre au duc de Rutland.
« Downing-street, 24 mai 1784.
» Mon cher duc,
» Je ne puis laisser partir l'exprès sans vous féliciter de la perspective que nous assure l'ouverture de la session. Notre première bataille a précédé l'adresse ; elle roulait sur l'élect ion de Westminster. L'ennemi a imaginé de se mettre sur un mauvais terrain en soutenant qu'on
aurait dû envoyer les deux membres à la chambre, sans entendre d'abord les raisons que le grand bailli pouvait donner de sa conduite. Nous les ayons battus là-dessus à 283 voix contre 4 36. Le grand bailli doit se présenter aujourd'hui, et d'après les circonstances, on lui donnera Tordre de procéder à l'enquête, ou d'envoyer immédiatement deux membres, ce qui amènerait l'affaire devant un comité. Dans l'un et l'autre cas, je ne doute pas que Fox ne soit battu, bien que les délais, les embarras et la dépense puissent être considérables dans l'un et l'autre cas, et que l'alternative soit délicate à décider. Nous en sommes ensuite venus à l'adresse, à laquelle on n'a fait aucune objection, si ce n'est à l'article qui remercie expressément le roi de la dissolution. L'opposition a soutenu faiblement la discussion sur tous les points; elle avait l'air d'un parti vaincu, ce qui a été encore plus manifeste au moment du vote.: nous avons eu 282 voix contre \ \ i. Il n'y a guères de doute que la marche de la session ne doive offrir un agréable contraste avec la dernière. Nous n'avons autre chose à craindre que la chaleur de la saison, et certains sujets délicats qu'il faudra aborder. Adku. » Toujours à vous de cœur,
» W. Pitt. »
La prédominance de M. Pitt, dont ces premiers votes étaient la preuve, se maintint non-seulement pendant cette session, mais pendant toute la durée du Parlement et de celui qui suivit. L'historien peut donc glisser dorénavant sur les débats plus légèrement qu'il n'était possible au moment où le sort d'un ministère ou d'un parti était en question.
Il y avait alors deux sujets qui réclamaient impérieuse-
ment l'attention de la législature : 1° les finances publiques, et 2° les affaires de la compagnie des Indes orientales. è
Quant aux finances, le désordre était déplorable. Lord North ne manquait ni de connaissances ni d'habileté dans son département, mais il manquait complètement de la résolution nécessaire pour regarder les difficultés en face. Son administration des finances n'avait été qu'une série d'expédients. Comme c'était le moyen de répondre le plus aisément .aux besoins pressants, il avait permis à la dette flottante de prendre de telles proportions que les bons du trésor émis pendant la guerre s'escomptaient à quinze et vingt pour cent. Les consolidés eux-mêmes n'étaient qu'à 56 ou à 57, à peine plus haut qu'au plus mauvais moment de la dernière guerre. La contrebande était si considérable, les fraudes sur les douanes étaient si nombreuses que, l'année précédente, le budget du pays s'était trouvé fort au-dessous des dépenses, quelque réduites qu'elles fussent ; et on prévoyait la nécessité presque inévitable, (quelle Lvrible épreuve pour la popularité d'un ministère!) de célébrer le retour de la paix par l'établissement de nouveaux impôts.
De tous ces maux si nombreux et si effrayants, les fraudes sur les douanes étaient peut-être ce qui demandait le plus prompt remède. Le thé était alors l'article fondamental de la contrebande. Tous les autres objets d'un commerce illicite paraissaient sans importance à côté de celui-là. D'après les calculs de Pitt, on consommait tous les ans en Angleterre treize millions de livres de thé, tandis que la compagnie des Indes n'en vendait que cinq millions et demi, en sorte que le commerce illicite de cette denrée était presque le double du trafic légal. La
contrebande avait été érigée en système ; on disait que quarante mille personnes, tant sur terre que sur mer, y trouvaient leur occupation, et on croyait que les capitaux nécessaires étaient fournis* par des hommes d'un rang élevé et de bonne réputation dans Londres. Des vaisseaux, quelques-uns de 300 tonneaux, tenaient la mer et distribuaient leurs cargaisons à des barques et à de petits caboteurs, qui les déchargeaient sur divers points le long de la côte ; des bandes d'hommes armés les attendaient pour les recevoir et les protéger. « Non-seulement les douanes souffrent de la contrebande, ce qui ferait déjà bien assez de mal, » disait le capitaine Macbride, « mais l'agriculture et les manufactures de notre île marchent à leur perle. Les fermiers des côtes ont déjà changé d'occupation, et, au lieu d'employer leurs chevaux à labourer la terre, ils s'en servent pour transporter les marchandises de contrebande à une certaine distance de la côte ; cela leur est plus avantageux. Les manufacturiers subiront la contagion et abandonneront la navette et l'enclume. Autrefois, pendant la guerre, les contrebandiers ne se conduisaient pas en ennemis de leur pays ; mais dans la dernière guerre, ils ont fait déserter les matelots des vaisseaux du roi ; ils ont caché les déserteurs, donné des renseignements à l'ennemi, et fait tout ce qui était en leur pouvoir contre les intérêts de la Grande-Bretagne
Telles étaient les dispositions qui avaient grandi sous lord North, et que Pitt avait résolu d'éloufler. Il proposa d'abord, contre la contrebande, une mesure générale, dans
1 Comparez sur ce sujet la Fie de Pitt, par Tomline, avec l'Histoire du Commerce de Mac-Pherson, vol. îv, et Yliistoire du Jievenu de Sinclair, vol. II.
laquelle il introduisit certaines clauses nouvelles ou plus sévères. Par exemple, le droit accordé aux officiers douaniers de saisir des vaisseaux en certaines circonstances suspectes fut porté de deux à quatre lieues du
rivage. Mais ce n'étaient là que des palliatifs, et Pitt voulait atteindre à la racine du mal. « Le comité de cette chambre a cru,» dit-il, « que le meilleur moyen d'arriver à ce résultat serait d'abaisser les droits sur le thé, de façon à enlever aux contrebandiers tout intérêt à continuer leur commerce illicite, et cette idée a ma pleine approbation. » Dans la discussion qui suivit, Pitt dit de lord Manon que son noble ami avait tout particulièrement le droit de parler sur cette question, puisque c'était lui qui avait le premier suggéré l'idée que la réduction des droits pourrait être avantageuse au revenu.
Poursuivant le plan qu'indiquait son discours, le ministre proposa de réduire les droits sur le thé, qui rapportaient plus de 700,000 livres sterling par an, de manière à ce qu'ils ne rapportassent très-probablement pas plus de 169,000 liv. sterling. Pour contrebalancer ladiminution des droits, on comptait sur le déclin assuré de la contrebande, en sorte que le négociant honorable ne se trouverait plus exposé à une concurrence inégale. Mais, au premier abord, la perle pour le revenu devait être considérable, et Pill proposa d'y remédier au moyen d'un nouvel impôt qu'on appela par la suite impôt de commutation, qui devait porter sur toutes les maisons, à l'exception des plus pauvres, et qu'on devait régler d'après le nombre des fenêtres.
Ce projet prit tout de suite grande faveur dans le Parlement t k t dans le public, et fut voté à une immense majorité. Il était évidemment Lrès-favorabte aux classes infé-
Heures, qu'on soulageait ainsi de l'ancien impôt sur le thé, sans les soumettre au nouvel impôt sur les fenêtres. Fox souleva cependant une objection au nouveau projet, en prétendant qu'il était compulsoire, en ce qu'il obligeait tout propriétaire au-dessus de la classe inférieure à payer un équivalent pour le droit de prendre du thé, qu'il en prît ou non. Mais on ne trouva pas grande valeur à cet argument spécieux en théorie, puisqu'en fait il n'y avait peut-être pas dans le royaume une famille riche ou pauvre où l'on ne consommât tous les jours du thé, d'une espèce quelconque. Tel était le changement opéré depuis le temps de Locke qui, un siècle auparavant, donnait au tea son nom français de thé, et l'énumérait parmi les « boissons étrangères » qu'on trouvait dans les cafés de Londres ».
Pitl appliqua le même principe aux droits sur les alcools. Là encore les fraudes avaient pris un tel développement que par exemple les distilleries de mélasse dans la cité de Londres, qui avaient en 1778 rapporté au trésor 32,000 livres sterling, ne produisaient plus que 1,098 livres en 1783. Le ministre présenta donc et fit passer une mesure réglant les droits sur les alcools anglais et réduisant extrêmement les droits sur les alcools étrangers. Mais comme il espérait une grande augmentation de consommation sur les alcools légalement importés, il ne crut pas nécessaire, comme pour le thé, de proposer à la place un nouvel impôt.
C'étaient là les mesuivs préliminaires. Mais le 30 juin, Pitt développa son plan de finances tout entier, le premier de tous les budgets si lumineux et si habiles que la
1 Voir ses Memoranda de 1G70, »;t son journal du mois d'avril 1685, dans sa vie, par lord King, vol. I er .
.chambre des communes entendit d'année en année tant qu'il fut ministre et qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait égalés. C'était, dit-il, un pénible devoir que de proposer non-seulement de nouveaux impôts, mais un nouvel emprunt, la seconde année de la paix; mais les nécessités de TÉiat lui en faisaient une loi, et ce n'était pas lui, mais d'autres qui avaient à répondre de ces nécessités. La dette flottante ou non consolidée pouvait être évaluée à quatorze millions sterling. Pitt désirait beaucoup consolider toute cette dette durant la session présente, mais . les hommes d'argent lui assuraient qu'une si grande quantité de rente, arrivant tout d'un coup sur le marché, ferait nécessairement tomber les autres valeurs publiques et les empêcherait de souscrire le nouvel .emprunt à des conditions favorables. « Après avoir fait d'énergiques efforts pour la totalité, » dit Pitt, « j'ai été obligé départager le différend et je propose donc de consolider seulement six millions et demi sur les quatorze millions de la dette flottante. »
« J'ai toujours cru, » continuait le ministre dans son grand discours, « que des fonds à un intérêt élevé valaient mieux pour le pays que de petits intérêts, que quatre pour cent valaient mieux que trois pour cent, et cinq pour cent mieux que quatre pour cent. La raison en est simple : dans toutes les opérations de finances, il faut toujours avoir en vue un plan de rachat. Tout gouvernement sage devrait toujours chercher à racheter et à éteindre la délie. Tous les plans et toutes les opérations de finances devraient tendre à ce bul, et être conçus dans cette vue. »
On pouvait regarder alors une pareille maxime comme une grande innovation dans les idées reçues. La conduite que tint Pitt au sujet de l'emprunt de six millions sterling
dont il avait besoin ne fut pas moins nouvelle. Les ministres précédents avaient disposé de pareils emprunts en faveur de leurs protégés, pour faire gagner leurs amis et leurs partisans. Pitt résolut fièrement de ne consulter que -l'intérêt public. Il lit savoir, par le gouverneur et le sousgouverneur de la Banque, qu'il était prêt à traiter de l'emprunt avec ceux qui offriraient les conditions les plus avantageuses, et que les billets de loterie seraient distribués parmi les personnes qui prêteraient l'argent, en proportion des sommes prêtées, fies offres cachetées qui arrivèrent furent ouvertesen présence du gouverneur et du sous-gouverneur. Pitt accepta sur-le-champ les propositions les plus avantageuses, et comme il le déclara sur son honneur à la chambre des communes, il ne lui resta pas entre les mains un schelling de l'emprunt à distribuer. L'exemple qu'il donna ce jour-là servit de précédent et de modèle pour tous les emprunts subséquents.
Il est bon de remarquer en passant la différence de l'esprit que lord Rockingham et lord John Cavendish d'une part et M. Pitl de l'autre apportaient à traiter les affaires de finances. Tout le monde reconnaissait qu'il y avait danger d'amener des abus d'influence lorsqu'on permettait aux membres du Parlement de prendre part aux contrats pour les emprunts ou pour les loteries. Rockingham et Cavendish traitaient le mal en émondant les branches, en promulguant un bill qui défendait à tout contractant de siéger à la chambre des communes. Pitt traitait le mal en le frappant à la racine, en veillant à ce que les contrats ne pussent porter aucune trace de faveur politique.
Pour revenir au premier budget du nouveau ministre, nous le voyons estimer dans son discours le budget de
l'armée comme s'élevant à plus de quatre millions, la marine à plus de trois millions, l'artillerie à plus de 600,000 livres sterling. Los services divers pouvaient monter à 300,000 livres sterling à peu près, en y comprenant un arriéré considérable sur la liste civile que Pitt eut le chagrin d'annoncer. Les intérêts de la dette nationale sous toutes ses formes pouvaient se monter à neuf millions. D'autre part, les recettes devaient être en déficit de 900,000 livres sterling sur les dépenses indispensables, et Pitt proposa de suppléer au déficit hardiment et sur-lechamp par l'imposition de nouvelles taxes : « Quelque pénible que soit aujourd'hui ma tâche, » dit-il, « les nécessités du pays m'interdisent de reculer, et je me fie au bon sens et au patriotisme du peuple anglais. » Il ajouta la maxime qu'il comptait suivre comme ministre dès finances, « ne rien cacher au public. »
Les impôts que Pitt proposa pour trouver cette énorme somme, comme il disait et comme il pouvait bien le dire d'après les estimations de son temps, portaient sur les chnpeaux, les rubans, les gazes, le charbon non employé dans certaines branches de nos manufactures, les chevaux qui ne servaient pas à l'agriculture, un droit additionnel sur les toiles et les calicots, un droit additionnel d'un sou par livre sur les chandelles, un droit sur les patentes accordées aux trafiquants en marchandises sujettes à l'exercice, un droit sur les permis de chasse, sur le papier, sur les carrosses de louage, sur les briques et les tuiles. Pitt calculait qu'on consommait tous les ans trois cents millions de briques, et que, sur cette quantité, Londres et ses environs en absorbaient cent cinq millions. Il défendit et expliqua tous ces impôts dans son discours avec tant de netteté et une connaissance si
exacte des délails que ses amis pouvaient à bon droit en être ravis, et ses adversaires déconcertés.
Agissant d'après les vues développées dans son discours, Pitl proposa dans une seule soirée cent trente-trois résolutions financières. Il en ajouta plusieurs autres les jours suivants, et de nombreuses lois en résultèrent. Ses nouveaux impôts passèrent pour la plupart sans grande difficulté, excepté celui sur le charbon qui rencontra tant de graves objections que le ministre consentit à le retirer, en y substituant d'autres petits impôts et de nouveaux règlements.
L'impôt sur les briques et les tuiles rencontra aussi quelque opposition. Lord Mahon l'attaqua dans un long discours, où il alla jusqu'à déclarer que les arguments avancés à l'appui de la proposition par M. George Rose étaient ce qu'on pouvait imaginer de plus faible, de plus ridicule et de plus absurde. Il était évidemment du devoir de M. Pitt de soutenir son secrétaire de la trésorerie. Il répondit à lord Mahon sur un ton d'ironie, et ce fut, il me semble, le premier dissentiment entre des amis naguère encore si intimes.
Plusieurs des nouveaux règlements financiers que Pitt proposa portaient sur le privilège d'affranchissement accordé aux pairs et aux membres du Parlement. Jusqu'alors on n'exigeait rien de plus que la signature delà personne, et il n'y avait point de restrictions ni sur le nombre ni sur les lieux. Il y avait des maisons de banque qui conservaient des boîtes pleines d'enveloppes en blanc signées par quelque ami ou quelque associé, et qui s'en servaient pour leurs affaires. On adressait sans cesse des lettres à quelque membre- du Parlement dans un endroit où il n'avait jamais résidé , afin de permettre, par un
arrangement secret, à d'autres personnes de recevoir leurs correspondances gratis. On calculait, probablement avec quelque exagération, que le trésor perdait ainsi par an 4 70,000 livres sterling environ. Les nouveaux règlements restreignirent à dix lettres par jour le nombre d'affranchissements permis à un membre de l'une ou de l'autre chambre, et chacune de ces lettres devait porter, outre sa signature, le jour du mois et de l'année, le nom de la ville de poste, et l'adresse tout entière de sa propre main. 11 ne devait recevoir des lettres franches de port que là où il résidait véritablement. Ces règlements sont reslés en vigueur jusqu'à l'abolition des affranchissements pour les membres du Parlement en \ 839 ; ils avaient été soigneusement rédigés, et amenèrent une grande économie. Cependant la prévoyance publique n'est jamais en mesure de lutter absolument contre l'adresse des particuliers, et on cite bien des cas d'ingénieuses tromperies. Ainsi par exemple, les affranchissements d'un représentant écossais, sir John Hope, ayant été contrefaits, la personne accusée à cette occasion soutint qu'elle n'avait pas fait autre chose que d'écrire au bord de ses lettres freelhope (franche, j'espère). On racontait qu'un pair de ma connaissance avait affranchi la nouvelle de sa mort, c'est-à-dire qu'étant mort subitement un matin, en laissant dans son pupitre des enveloppes toutes prêtes qui portaient l'adresse de quelques-uns de ses amis, sa famille en profita pour communiquer la triste nouvelle.
L'arriéré sur la liste civile, que le premier ministre avait fait connaître pour la première fois dans son discours sur le budget, fut ensuite plus officiellement communiqué par un message du roi. Il s'élevait à 60,000 liv.
sterling qui furent votées sans opposition et sans grandes remarques.
Il est bon d'observer que l'acte d'appropriation de celle année-là était conçu de manière à comprendre les subsides votés dans la session précédente comme ceux de la session actuelle. Il passa sans bruit, sans un mot de remontrance, sans soulever même une observation. Les ministres ne demandèrent pas et leurs adversaires ne réclamèrent point de bill d'indemnité. Telle fut la valeur de la résolution votée à cet effet par la dernière chambre des communes. Telle fut la fin de loutes les menaces prononcées avant la dissolution.
Après la question des finances, se présenta l'affaire du gouvernement de l'Inde. Le 6 juillet, Pitt déposa sur le bureau et expliqua sa nouvelle mesure à cet effet. Elle différait peu du projet qu'il avait développé devant le dernier parlement au commencement de l'année; et en établissant un « Bureau du contrôle », il posait pour l'Inde le fondement de ce système de double gouvernement qui a subsisté avec quelques modifications jusqu'à la loi de 1858. Fox, Burke, Sheridan et Philip Francis qui siégeait pour la première fois dans la chambre des communes, soulevèrent contre le bill toutes les objections possibles ; mais ils n'obtinrent pas grand succès. Dans le seul vote qu'ils eussent osé provoquer sur les principes généraux de la loi, 60 membres seulement volèrent contre, 271 votèrent pour. Le bill passa plus aisément encore à la chambre des lords.
L'enquôte de Westminster présentait une autre question féconde en difficultés. Elle amena l'un des plus admirables discours de Fox qui a fait tant d'admirables discours, et c'est l'un des moins mal rendus par les journaux. Le grand
bailli se défendit à la barre. On examina des témoins et on prit Favis des jurisconsultes. Dans le nombre, Erskine, qui ne faisait plus partie du Parlement, résuma l'affaire au nom de Fox. La chambre finit par déclarer la légalité de l'enquête à une grande majorité, et elle ordonna qu'on y procédât le plus tôt possible, décision funeste pour les intérêts de tous les intéressés. « J'ai fait faire une quantité de calculs sur celte enquête, » dit Fox dans son grand discours du 8 juin, «et la moins considérable des estimations se monte à 18,000 liv. sterling.» On dit que Pittfut induit en erreur sur cette question par l'autorité de sir Lloyd Kenyon, le nouveau maître des rôles 1 .
La dernière mesure de cette session eut le bonheur rare d'être soutenue par tous les partis. Le 2 août, Dundas présenta un bill destiné à rendre à leurs légitimes héritiers les biens confisqués en Ecosse à la suite de la dernière rébellion. « Le feu lord Chatham, » dit Dundas, « a le premier donné l'exemple d'un retour à un système plus conciliant lorsque avec un jugement admirable et un succès complet il a levé des régiments de Highlanders pour se battre au nom de notre commune patrie, déclarant qu'il ne cherchait que le mérite et qu'il l'avait trouvé dans les montagnes du nord. Il est d'un heureux présage,» continuait Dundas, « que le premier coup ait été porté à cette exclusion par le comte de Chatham; cela peut justifier notre espérance d'en voir disparaître les restes sous l'administration de son fils qui achèvera ainsi la bonne œuvre qu'a commencée son illustre père. Mais je n'entends pas dire que mon très-honorable ami ait seul le mérite de cette mesure. Pour rendre justice au noble lord au ruban bleu,
* Souvenirs du règne de George» III, par Nicholls.
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lord North;, je dois «lire que j'ai en plusieurs conversations à cet effet avec lui pendant qu'il était à la tête des affaires, je l'ai toujours trouvé prêt à agir dans cette entreprise d'après les principes les plus libéraux, les plus généreux et les plus nobles. J'ai trouvé la môme disposition favorable cnez les ministres qui ont immédiatement précédé ceux qui sont maintenant au pouvoir, et je sais que, s'ils eussent conservé plus longtemps leur poste, ils auraient présenté la proposition que je suis aujourd'hui chargé de faire. » Fox se leva pour exprimer la chaleureuse approbation qu'il conservait au projet, et le bill passa à la chambre des communes sans un mot d'objection. Les lords n'y firent pas plus d'opposition. Le chancelier seul se • laissa aller à un accès de mauvaise humeur dont on peut
probablement trouver la cause au début de son discours, lorsqu'il « regrettait, comme homme privé, de n'avoir pas entendu parler de l'intention où l'on était de porter cette mesure au Parlement jusqu'au moment où elle avait été présentée. » 11 déclara qu'il ne comptait pas voter contre le bill, et il se contenta de ranger en bataille une kyrielle de doutes et de scrupules.
Dans le cours de la session, Talderman Sawbridge présenta une proposition pour la réforme du Parlement. Pitr, Wilberforce et quelques autres cherchèrent à l'en dissuader à cause de l'accumulation des affaires. «A mon avis, » dit Pitt, « la proposition serait hors de saison dans celte conjoncture; mais j'ai la mesure fort à cœur et je m'engagerai, si on veut, dans les termes les plus formels, à la présenter à la première occasion, dans la prochaine session. »-L'alderman persista néanmoins, et une longue discussion s'ensuivit. La motion fut rejetée par 199 voix contre 4 25. Pitt faisait partie de la minorité.
j^e 20 août, cette session si courte mais si remplie, qui était la seconde de l'année, fut fermée par un petit discours que le roi prononça en personne.
Le 3 septembre suivant, on publia la composition du nouveau conseil de l'Inde. On avait compté laisser entre les mains de Dundas tout le pouvoir exécutif; mais cet arrangement ne put s'effectuer sans quelques difficultés de la part des autres commissaires, comme on le verra dans une lettre que l'un d'eux adressa à cette époque à M. Pitt, pour se plaindre surtout du nombre exagéré de places accordées à des Écossais.