‹ William ShakespeareChapitre 32 sur 38 · LE DIX-NETJVIEME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE DIX-NETJVIEME SIÈCLE

Le groupe grec a été la civilisation, étroite et circonscrite d'abord à la feuille de mûrier, à la Morée; puis la civilisation, gagnant de proche en proche, s'est élargie, et a été le groupe romain; elle est aujourd'hui le grouj)e français, c'est-à-dire toute l'Europe; avec des commencements en Amérique, en Afrique et en Asie.

Le plus grand de ces commencements est une démocratie, les Etats-Unis, éclosion aidée par la France dès le siècle dernier. La France, sublime essayeuse du progrès, a fondé une république en Amérique avant d'en faire une en Europe. Et vidit qund esset honiim. Après avoir prêté à Washington cet auxiliaire, Lafayette, la France, rentrant chez elle, a donné à Voltaire éperdu dans son tombeau ce continuateur re-^ doutable, Danton. En présence du passé monstrueux, lançant toutes les foudres, exhalant tous les miasmes, soufflant toutes les ténèbres, allongeant toutes les griffes, horrible et terrible, le progrès, contraint aux mêmes armes, a eu brusquement cent bras, cent têtes, cent langues de flamme, cent rugissements. Le bien s'est fait hydre. C'est ce qu'on nomme la Révolution.

Rien de plus auguste.

La Révolution a clos un siècle et commencé l'autre.

Un ébranlement dans les intelligences prépare un bouleversement dans les faits; c'est le dix-huitième siècle. Après quoi la révolution politique faite cherche son expression, et la révolution littéraire et sociale s'accomplit. C'est le dix-neuvième. Romantisme et socialisme, c'est on l'a dit avec hostilité, mais avec justesse, le même fait. Souvent la haine, en voulant injurier, constate, et, autant qu'il est en elle, consolide.

Une parenthèse. Ce mot, romantisme^ a, comme tous

les mots de combatj l'avantage de résumer vivement un groupe d'ide'es; il va vite, ce qui plaît dans la mele'e; mais il a, selon nous, par sa signification militante, l'inconve'nient de paraître borner le mouvement qu'il représente à un fait de guerre: or ce mouvement est un fait d'intelligence, un fait de civilisation, un fait d'ame; et c'est pourquoi celui qui écrit ces lignes n'a jamais employé les mots romantisme ou romantique. On ne les trouvera acceptés dans aucune des pages de critique qu'il a pu avoir occasion d'écrire. S'il déroge aujourd'hui à cette prudence de polémique, c'est pour plus de rapidité et sous toutes réserves. La même observation peut être faite au sujet du mot socialisme^ lequel prête à tant d'interprétations différentes.

Le triple mouvement littéraire, philosophique et social du dix-neuvième siècle, qui est un seul mouvement, n'est autre chose que le courant de la révolution dans les idées. Ce courant, après avoir entraîné les faits, se continue immense dans les esprits.

Ce mot, 93 littéraire, si souvent répété en 1830 contre la littérature contemporaine, n'était pas une insulte autant qu'il voulait l'être. Il était, certes, aussi injuste de l'employer pour caractériser tout le mouvement littéraire qu'il est inique de l'employer pour qualifier toute la révolution politique; il y a dans ces deux phénomènes autre chose que 93. Mais ce mot, 93 littéraire^ avait cela de relativement exact qu'il indiquait, confusément mais réellement, l'origine du mouvement littéraire propre à notre époque, tout en essayant de le déshonorer. Ici encore la clairvoyance de la haine était aveugle. Ses barbouillages de boue au front de la vérité sont dorure, lumière et gloire.

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