‹ William ShakespeareChapitre 33 sur 38 · I.E DIX-NEUVIEME SIECLE · texte numérisé non relu

I.E DIX-NEUVIEME SIECLE

La Révolution, tournant climatérique de l'humanité, se compose de plusieurs années. Chacune do ces années exprime une |)éri()de, représente un aspect ou réalise un organe du phénomène. UIJ, tragicpie, est une de ces années colossales. Il faut quelquefois aux bonnes nouvelles une bouche de bronze. 93 est cette bouche.

Ecoutez-en sortir l'annonce énorme. Inclinez-vous, et restez effaré, et soyez attendri. Dieu la première fois a dit lui-même fuit lux, la seconde fois il l'a fait dire. Par qui?

Par 93.

Donc, nous hommes du dix-neuvième siècle, tenons à honneur cette injure : — vous êtes 93.

Mais qu'on ne s'arrête pas là. Nous sommes 89 aussi bien que 93. La Révolution, toute la Pvévolution, voilà la source de la littérature du dix-neuvième siècle.

Sur ce, faites-lui son procès, à cette littérature, ou son triomphe, haïssez-la ou aimez-la, selon la quantité d'avenir que vous avez en vous, outragez-la ou saluez-la ; peu lui importent les animosités et les fureurs ! elle est la déduction logique du grand fait chaotique et génésiaque que nos pères ont vu et qui a donné un nouveau point de départ au monde. Qui est contre ce fait, est contre elle; qui est pour ce fait, est pour elle. Ce que ce fait vaut, elle le vaut. Les écrivains des réactions ne s'y trompent pas; là où il y a de la révolution, patente ou latente, le flair catholique et royaliste est infaillible; ces lettrés du passé décernent à la littérature conteinporaine une honorable quantité de diatribe; leur aversion est de la convulsion ; un de leurs journalistes, qui est, je crois, évêque, prononce le mot « poète » avec le même accent que le mot « septembriseur «; un autre

moins évêque, mais tout aussi en colère, écrit : Je sem dans toute cette littérature -là Marat et Robespierre. Ce dernier écrivain se méprend uq peu; il y a dans « cette littérature-là » plutôt Danton que Marat.

Mais le fait est vrai. La démocratie est dans cette littérature.

La Révolution a forgé le clairon; le dix-neuvième siècle le sonne.

Ah! cette affirmation nous convient, et, en vérité, nous ne reculons pas devant elle ; avouons notre gloire, nous sommes les révolutionnaires. Les penseurs de ce temps, les poètes, les écrivains, les historiens, les orateurs, les philosophes, tous, tous, tous, dérivent de la Révolution française. Ils viennent d'elle, et d'elle seule. 89 a démoli la Bastille; 93 a découronné le Louvre. De 89 est sortie la Délivrance, et de 93 la Victoire. 89 et 93; les hommes du dix-neuvième siècle sortent de là. C'est là leur père et leur mère. Ne leur cherchez pas d'autre filiation, d'autre inspiration, d'autre insufflation, d'autre origine. Ils sont les démocrates de l'idée, successeurs des démocrates de l'action. Us sont les émancipateurs. L'idée Liberté s'est penchée sur leurs berceaux. Ils ont tous sucé cette grande mamelle; ils ont tous de ce lait dans les entrailles, de cette moelle dans les os, de cette sève dans la volonté, de cette révolte dans la raison, de cette flamme dans l'intelligence.

Ceux-là mêmes d'entre eux, il 3^ en a, qui sont nés aristocrates, qui sont arrivés au monde dépaysés en quelque sorte dans des fiimilles du passé, qui ont fatalement reçu une de ces éducations premières dont l'effort stupide est de contredire le progrès, et qui ont commencé la parole qu'ils avaient à dire au siècle par on ne sait

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