VINCI! ESTER
D’ordinaire, pour amuser le public, vous tirez de votre cer-
fl2 WILLIAM SHAKSPEARE
velle des conceptions boulTonnes et fantasques, fables sans îaison d’être, imbroglios sans aucune portée...
'WILLIAM
Pardon... le poêle dramatique exploite aussi, et avec ardeur, cette mine féconde qu'on appelle l'histoire.
WINCHESTER
L’histoire! Eh bien, voyons?... Comment vous y prendriezvous si vous aviez à écrire une tragédie sur une femme qui a subi tout récemment le dernier supplice... sur Marie Stuart?
WILLIAM
Question brûlante, milord...
Ah! vous n’osez pas me' répondre?
WILLIAM
J’ose toujours dire ce que je pense.
WINCHESTER
Eh bien, parlez donc...
WILLIAM
Marie Stuart! je la peindrais comme je la vois, comme elle a été, coupable trop souvent, mais toujours éloquente, passionnée, pleine de séductions. Sondant les mystères de cet esprit rare, de ce cœur déçu, je voudrais l’attaquer et la défendre avec elle-même ! je la montrerais déchue et lumineuse, les pieds dans la fange et le front dans l’azur, expiant sa vie par sa mort, et du crime s’élevant jusqu’au martyre!...
WINCHESTER
Ah oui' lepouret le contre... Vousn’y êtes pas, monsieur... Mais enfin, celte pièce, je vous la commande, moi, et je vous la paye d’avance cent guinées.
WILLIAM
C’est beaucoup trop.
WINCHESTER
Deux cents même! Seulement... vous êtes bon Anglais et loyal sujet, n’est-ce pas ?
WILLIAM
J'en réponds, milord.
WINCHESTER
Eh bien, comme cette Marie Stuart a encore de nombreux partisans qui cherchent à émouvoir le peuple sur ses mal-
A Cl K 111
heurs, à incriminer ses juges, je suis du nombre, à jcler sur notre souveraine tout l’odieux du supplice, il faudrait, dans l'intérêt public, dire enfin courageusement la vérité, faire de. cette Écossaise une Messaline -coupable de tous les crimes..
(William regarde cl cherche amour de lui.) Que faites- VOUS?...
WILLIAM
Je regarde, milord, si nous sommes trois ici.
AVI NCHF.STER.
Pourquoi ?
\\ ILLIAM.
J’espérais que vos paroles s’adressaient à une autre personne.