ET TRADUCTIONS
Comme historien, et très apprécié, Willy a écrit le Alaî^iage de Louis XV^ en prépare un autre sur Charlotte-Elisabeth d'Orléans, et dans différentes revues (i) a donné différents articles,
(i) V(,iir au chapitre Journaux et Périodiques.
dont les principaux sont : Toussaint- Louverture au fort de Jeux ; Le Carnet d'un officier bavarois ; La bataille de Leipzig ; Une question de préséance au XVII P siècle ; Le général Thiebaut pendant les Cent-Jours ; Lettres de Sophie Arnould ; Les amours du prince Alexandre de Wurtemberg; Lavater, etc., etc.
Ce qu'il faut louer surtout dans les œuvres historiques de M. Henry Gauthier-Villars, c'est la clarté rapide du récit et l'abondance, la précision, le choix et la vérité des documents. — Willy est un historien scrupuleux et clairvoyant.
En attendant la publication en volume des études disséminées dans des revues et l'apparition du livre sur Charlotte- Elisabeth d'Orléans, c'est Le Mariage de Louis XI" qu'il convient d'analyser.
On sait la stupeur qui s'empara de toute la France quand elle apprit les fiançailles de Louis XV avec la fille d'un polonais détrôné et tombé dans une noire misère. On connaît moins le rôle du chevalier de Vauchoux qui, pour servir
les rancunes de la marquise de Prie, « maquignonna » cette mésalliance sans exemple dans notre histoire. M.
Henry Gauthier-Villars a découvert de très nombreuses lettres, toutes inédites," adressées au factotum de l'intrigante,' par Stanislas Leczinski ; il a publié dans Le Mariage de Louis A' F, après en avoir' montré les raisons et les conséquences, cette correspondance qui éclaire d'un' jour entièrement nouveau les marchandages auxquels donna lieu cette affaire ; le faible Stanislas s'y montre père infiniment plus préoccupé de marier sa fille sans dot, que de conserver si peu de dignité que ce soit. — On se rend compte en parcourant ces lettres des complications extraordinaires de ce mariage royal. — Rien ne fut épargné : méchancetés, calomnies intéressées, intrigues' se nouant et se dénouant autour d'une princesse qui allait devenir, en même temps que reine de France, la plus malheureuse des femmes...
Ce « grave bouquin », comme l'appelle Willy en souriant, est écrit avec une
Dessin de Leandrc
verve dont nul ne s'étonne ; il abonde en détails ignorés, parfois cocasses, souvent scabreux : l'Histoire, ici, offre
tout l'attrait d'un roman de mœurs...
Mais, dit M. Henri Albert « la prédilection de M. Gauthier-Villars pour cette pure image du passé qu'est la Reine nous peut fournir quelques indications sur la psychologie de Willy. El'e nous révèle une pitié secrète, une âme sensible qui s'attendrit devant la solitude et la souffrance. Jadis, un orateur connu retrouvait le cœur ému du Concourt de la Fille Elisa dans l'historien de Marie- Antoinette ; de même, pour le chercheur d'états d'àme, le Renaud de Claudine est moins loin qu'on ne pense du Chevalier de la reine méconnue par un époux frivole et débauché. »
J'aime à voir un autre que moi exprimer les pen'^ées que m'a données la lecture du Mariage de Louis XV. Aux lignes de M. Henri Albert je n'ajouterai qu'un document très personnel, qui jettera encore un peu plus de lumière sur la « psychologie de Willy. » En dédicace au volume du Mariage de Louis XV que je possède, l'auteur a écrit:
« ...ce livre qui n'a pas eu — fichtre
non ! — autant de lecteurs que les Claudine, qui m'a donné plus de mal qu'elles^ et que je leur préfère peut-être,..
« Henry Gauthieu-Villars. »
Comme travaux « graves » en dehors de ses graves études sur la musique, Willy a donné des traductions de livres de science photographique (i), un manuel de Ferrotypie, une traduction fort élégante des Mémoires d'uii Grenadier anglais par William Lawrence, et une édition, avec annotations, des Mémoires d'un Vétéran de la Grande- Armée, i jg i- 1800.1 de J.-C. Vaxelaire.
Enfin, parmi les études historiques publiées dans les revues par M. Henr}' Gauthier-Villars, une mérite mention particulière. C'est l'étude sur Toussaint Louverture au fort de Joux^ d'après des documents inédits. L'auteur a pris en mains la cause de Toussaint, qu'il nous présente comme un martyr de la liberté. Cette manière de voir fut fort discutée. M. Visenot, dans Le? Polj'biblion, écrit:
(i) Voir le chapitre Bibliographie. — Les œuvres.
« Toussaint ne fut-il pas aussi un rebelle et sa révolte n'a-t-elle pas, en somme, coûté à la France l'une de ses plus belles colonies? L'histoire de sa captivité au fort de Joux, situé aux confins de la Franche-Comté, vers la frontière helvétique, sous un climat rigoureux, a conquis à ce prisonnier des sympathies qui nous paraissent exagérées, au moins de la part des Français. Il suffira, d'ailleurs, de méditer le portrait moral que M. Gauthier-Villars nous fait, à la fin de son travail, du trop célèbre nègre, pour que ces sympathies, en dehors de toutes autres considérations, s'attiédissent sensiblement. Ces pages n'en sont pas moins très curieuses. » — M. Visenot me paraît avoir mal compris le sentiment de M. Gauthier-Villars, — Toussaint fut un noble combattant pour la liberté de son pays : quoique notre ennemi, ou justement pour cela, il méritait, vaincu, plus d'égards que ne lui en a accordés le gouvernement français qui, peu généreux, a envoyé cet homme du soleil mourir misérablement
si-
WiLLY
à différents âges
d'ennui, de tristesse et de froid dans un paj^s d'hiver. — Et l'intérêt que porte à Toussaint M. Gauthier-Villars part d'un cœur juste et d'une âme sensible, sans nuire pour cela au patriotisme du Français.
A noter encore l'article que donna M. Henry Gauthier-Villars à La Nouvelle Reinie du i*-''" février l'S^jy, intitulé Un paquet de Lettres. Ces lettres sont de Sophie Arnould. — Concourt doit les avoir ignorées, car il y aurait pu prendre les indications nécessaires pour montrer mieux un côté du caractère de Sophie Arnould, l'emprunteuse. M.
Gauthier-Villars reproduit ces lettres en les accompagnant de commentaires courts, rapides, et merveilleusement lucides. Ils éclairent ce fratras de lettres, et mettent mieux à nu l'âme gracieuse, coquette, « la fantaisie agressive, raisonnante, philosophique, en paniers et en poudre, la gauloiserie avec du rouge et des mouches » de celle qui les écrivit. — Et ce déballage est exquis de parfums, de passions légères et de mélancolie.
Comme historien chercheur de faits inconnus ou mal connus, comme conteur des choses du passé, M. Heniy Gauthier-Villars s'est donc fait une place assez importante pour n'être pas jaloux du succès de Willy.