COLLABORATIONS
En plus des collaborateurs pour le théâtre, que je viens de citer, Willy a eu d'autres collaborateurs. Citons Al-
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fred Ernst pour Les Lettres de V Ouvreuse'^ Léo Trézenik pour Histoires Normandes, Pierre Veber pour Les Enfants s'amusent, Andrée Cocotte pour L'Argonaute^ Pierre de Bréville pour Fervaal^ Andrée Cocotte encore pour Dans le Noir et Pi...houitt ! Trémisot pour L'Automobile enchantée^ et, surtout Pierre Veber pour Une Passade.
A propos de ce roman, les envieux anonymes — évidemment ! — se sont donné carrière. A la date du i""" mai TQoS, un folliculaire faisait insérer dans Le Sifjlet l'entrefilet suivant:
« Une Passade vient de reparaître chez l'éditeur Flammarion. La première était signée Willy, la seconde, Pierre Veber, la nouvelle édition porte les noms de Willy et Pierre Veber. Espé rons que la quatrième — s'il y en a une — sera signée Pierre Veber, Willy €t C"^.« Mais ce qui serait plus amusant, c'est que ni l'un ni l'autre de ces faiseurs n'en fut l'auteur».
Eh bien ! satisfaisons le Sifflet, s'il existe encore. C'est moi, Jean de La
Hire, qui suis l'auteur d'Une Passade.
En 1894, quand le livre parut pour la première fois, j'avais déjà écrit les Claudine, Minne et la Môme Picrate en collaboration avec Villiers de l'Isle- Adam. J'avais apporté tous ces manuscrits à Polaire, alors à l'Opéra comme cantatrice de Wagner, et Polaire m'adressa à G3'p, qui me présenta à M. Henry Gauthier-Villars, lequel me recommanda à M. Pierre Vebcr; encombré de travail par Cyrano de Bergerac, qu'il devait livrer dans quinze jours à Mendès, lequel vendit cette pièce à Rostand, Veber se débarrassa de moi en me priant d'aller voir Champsaur.
Mais Champsaur, comme chacun sait, travaillait alors au livre d'Elisée Reclus, l'Hojnme et la Terre, qui paraît en ce moment à la Librairie Universelle; il me donna un mot pour Paul Adam, or, Paul Adam se faisait lire justement, avant d'en prendre livraison, la Force et l'Enfant d'Austei^Ut^ par Paul Bourget qui avait lui-même acheté les manuscrits à Alfred Capus, alors inconnu.
Gerschel. photo.
Polaire
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Paul Adam eut pitié de moi et m'assura que Willy était à court de bouquins... J'allai donc voir Willy. Je fus reçu par Jules Claretie, qui, à cette époque-là, était son secrétaire... Alors... Mais l'histoire serait trop longue ! O Sijfflet^ tu es assez fort pour la finir, finis-là !..
Quoiqu'il en soit, Une Passade est un bon roman, digne de Willy autant que de Pierre Veber, et que tout le monde connaît. Le monde Montmartrois y est agréablement dépeint, avec une gaieté amusée de jeunes hommes que les femmes éreintent quelquefois. J'ignore qu'elle est la part de travail de chaque collaborateur dans Une Passade ; et ce serait prétention que de vouloir la définir. Mais dans ce livre consacré à Willy, je crois juste de mettre le très complet médaillon de Pierre Veber que Louis Vauxcelles a donné au Gil Blas.
Pierre Veber.
Pierre Veber a trentrc-quatre ans aujourd'hui et son joli roman Une Passade éta t rééd té hi.r. Il a déjà signé quatorze romans, et fait jouer vin^t-six
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pièces, collaboré à tous les journaux de la cité, y compris le Temps, qu'il égaya de son humeur alerte.
Il trime tel un bénédictin, la nuit peut-être, car, le matin, il dort, l'après-midi il sort, vêtu coi.ime Brummel, et le soir, il -va au théâtre. Ses rosseries y sont redoutées, d'autant plus qu'un bon soarire les accompagne ; Pierre Wolf, Bauer, Donnay, entre autres en sentirent le cruel aiguillon. Et — contraste déconcertant — je ne sais pas de camarade plus sûr, et de plus cordial accueil.
Il lança jadis la Revue Blanche: son prodigieux beau-frère. Un jeune homme rangé, l'aidait à déformer le réel ; tous deux y « chassèrent les chevelures » sans user des proses désastreuses du mallarmisme ambiant. Puis il s'amusa — sans nous ennuyer — à composer, flanqué de Jean, fraternel illustrateur, ces Veber's, que Swift et Rowlandson eussent appréciés. A la Vie Parisienne, ses dialogues d'une fantaisie outrancière le préparèrent aux succès de la rampe.
Le monde falot des salonnières semi-accadémiques — perruches et précieux ridicules que Léon Daudet a déciits d'une pesante ironie — ■ lui suggéra C//c'^ les Snobs ; il étudia les électeurs, les éiectrices de province et les élus, d'où les Couches profondes ; il vagabonda même parmi les bohèmes et rapins de la Butte, connut leurs compagnes, vierges aux lourds bandeaux, pour canapés d'esthètes, et ce fut cette preste et délicate Passade avec Willy ; il narra l'Avetiture, idylle d'une mondaine et d'un cambrioleur, Amour, Amour, enfin, où revit le prestigieux Claude-Michel de Sembach.
Ces œuvres, d'écriture fine et délicate, ont classé Pierre Veber au premier rang de cette plé'i'ade d'auteurs, dits gais, Capus le béat, l'eft'arant Courteline, et notre narquois Jules Renard.
Au théâtre, il a vécu des joies de la 2:10'. Main Gau-
chc, Que Stii^anne..., Loute, enfin, qui réjouit l'Europe. Quant kGon^^ague, sa prochaine comédie (mé" savcntures d'un accordeur bombardé marquis), elle est de qualité à désopiler les pires hypocondres, et à reconcilier, dans l'atcendrissante effusion des fous rires inextingibles, Etéocle et Polynice, les Montaigus, et les Capulets, Gustave Téry et le Père Goubé.