‹ Wissembourg:Chapitre 17 sur 39 · LUS PASSAQES DU RHIN · texte numérisé non relu

LUS PASSAQES DU RHIN

perdit plusieurs heures ; le jour parut, et l'opération fut 1 abandoDEée. Le 1=^ balaillou de la légion strasbourgeoise s'était si mal comporté que Bizy, indigné de cet 1 ■ égarement Tuneste o, jura d'employer la rigueur si " la discipline el la trauquillité ne renaissaient p

Sparre commandait la colonne du centre. Il détacha 150 chasseurs du Rhia qu'il chargea de traverser 1 ileuveet d'examiner les mouvements de l'adversaire au dessus du pont, à droite de KehI. Les chasseurs débarquèrent dans une lie séparée de la rive allemaude par ua i petit bras qui ne contenait que très peu d'eau. Le capi- \ taiûB el uu officier du génie passèrent facilement ce bras, et virent une batterie rasante dont on avait jusqu'alors iguoré l'existence. Ils allèrent plus loin; une sentinelle fil feu, et à ce coup de fusil, les Autrichiens tirèrent de toutes parts sur l'Ile où étaient les chasseurs. On regagaa l'autre bord au milieu des boulets. 7 hommes furent blessés et uu bateau coula, heureusement tout près de la rive française.

Cependant Sparre s'elforçait de rétablir la dernière travée du pont qu'on avait coupée après la déclaration de guerre. Mais l'eunemi s'aperçul du travail ; il comprit que les républicains se préparaient à passer, et, sur-le-champ, 11 mil le .'eu à l'autre extrémité du pont'. I

» Le coup est manqué, on brûlera Kehllu s'écria 16 I représentant du peuple, lorsqu'il entendit tonner les ]

■ Lfpraiid prëtend qu'on n'aurait pas dO, àès le début de la guern couper la dernière Iravâe du côté Trançais. Un bras du Hhia ne sépbraît-il pas le pontet la citadelle? Les eunemia pouTaieut-ils eurprcndia la (çarde du ponl, et, cette garde surprise, s'établir dans l'ilo, à l'eittémité du poot, bous le feu même de la citadelle ? Bizy avait praposj de faire soutenir la Iravéo sur des bateaux atlacbéa a un cible Ir6s fort : il BufSssit de couper le cSlile au dernier momeDl, et la cspiditj du courant entraînait la travée.

432 WISSBMBOURa

pièces d'artillerie de la rive droite. Kehl fut brûlé. Le 43 septembre, à cinq heures du matin, Sparre iDstallait sept batteries de douze mortiers et huit canons servis à boulets rouges. Le bombardement dura trois jours et trois nuits. La maison où Beaumarchais avait établi son imprimerie, plusieurs maisons du village, toutes les maisons du fort furent consumées par les flammes. Mais à quoi bon ces incendies ? Kehl n'appartenait pas à l'Autriche, et les Slrasbourgeois y avaient un très grand nombre de villas et de propriétés. La citadelle était abandonnée depuis longtemps. Ne devait-on pas songer que Kehl fournissait une excellente tète de pont, soit qu'on voulût franchir le Rhin pour entrer en Allemagne sans obstacle, soit qu'on dût, après des revers, y chercher un abri pour repasser le fleuve et préparer vivement un retour offensif * ?

a II est urgent, disaient les commissaires de la Gonvenlion, de prolonger les attaques dans le Haut-Rhin, v Il y avait, en celte partie de TAlsace, une division improprement qualifiée d'armée. Elle était naguère commandée par Falck, homme infatigable qui passait le jour et la nuit à cheval, veillait sans cesse à toutes choses et semblait se multiplier. Mais les volontaires du 4^ bataillon du Var arrêtèrent le général Monter dont ils détestaient la sévérité, sous prétexte qu'il portait un sabre fleurdelisé. Falck, indigné, se plaignit aux représentants.

> Note de Legrand ; rapport de rofûcier • placé à l'observatoire de la plateforme de la métropole de Strasbourg • ; Tholmé à Dièche, 10 sept.; Dièche à BouchoUe, 14 sept.; Landremont à Schauenburg, 13 et 15 sept. ; Bizy à Sparre et au commandant de la \'* léj^ion strasbourgeoise, 12 sept. (A. G.) ; Compte rendu par Ruamps, Borie, etc.,

p, 229 /lettre de Kaclot à Sparre); Strobel-Engelbardt, VaterL Gesch,

des misasses, V, 1849, p. 196,

LES FASSAOKS DU KHl.N M'.

Malgré sea plaiales, RuBiaps et Borie ciivoyèrenl Monter et son aide-de-camp Malliieii dans les prisons de Strasbourg, puis au tribunal révolutionnaire de Paris. Falck donna sa démission : pouvaii-ii rester dans uue armëfli qui se mettait en insurrection et qui menacail de pendre ses lîhefs ou do leur couper la télé? Vieusseux le remplaga. l'iein d'activité, d'intelligence, il aurait été, avec le temps et un peu plus d'expérience, un excellent générai ; mais son commandement ne dura pas un mois.

Les représentants Lacoste et Guyardin étaient venus à Huningue et oriionnaicnt de passer le Rhin dans la matinée du 12 septembre. Vicusseus tint conseil de guerre et répondit aux commissaires que l'entreprise était impossible : il n'avait pas de cavalerie ; sa division manquait de tout cl se composait de nouvelles levées ; pas de radeaux, pas d'ouvriers pour les construire, pas de pontonniers : il faudrait, durant plusieurs jours au moins, à l'aide des bateliers du pays, dresser des volontaires à monter et à démonter un pont. Les membres du Conseil, Tadjudant-géoéral Fonlenay, le capitaine d'arlillerie Fucbsamberg, l'officier da son arme le plus instruit peut-être et le plus acllT qui servît la République, le général d'Arçon qui visitait alors les frontières du nordest, les chefs de bataillon, tous partagèrent l'opinion de Vieusseux. Mais Lacoste, à demi couché sur la table, 9'écria que le passage devait s'exécuter. VainemenI Guyardin essayait de l'apaiser. Lacoste, en proie à un. accès de colère, ne cessait de répéter que les sateilitef des tyrans avaient passé le Bliin et ijub les homme» libres ne pouvaient être moins hardis que les esclaves.. « Nous oserons tout, dit un des officiers, et nous pa^ serons le Rliin sur l'heure, si vous nous fournissez moyens. — Ces moyens, répondit Lacoste, je vous

434 WISSBMBOURQ

promets. — Eh bien, nous passerons », répliquèrent unanimement les membres du Conseil.

Vieusseux demanda des renforts à Landremont. Mais le général objecta que les ennemis ne lui donnaient pas de relâche, qu'il se battait soir et matin, qu'il réclamait luimême de la cavalerie, qu'il était obligé de renforcer son infanterie par les agricoles des districts de Wissembourg et de Haguenau. Quelques jours plus tard, Vieusseux fut destitué et remplacé par Labruyère *.

Labruyère semblait tomber des nues; il ne connaissait personne dans la division du Haut-Rhin, il n*avait jamais vu le terrain et il venait diriger une opération difficile. Il s'empressa de déférer à la volonté des représentants. Le commandant de Huningue eut ordre de faire construire sans délai, pour le 43 septembre, quatre grands radeaux, capables de porter chacun une pièce de campagne et cent soldats. Ces radeaux ne furent achevés que le 16 septembre; mais le 47, sur Tinjonction des commissaires, le passage eut lieu. On avait vaqué, la veille au soir et jusque dans la nuit, à tous les préparatifs. On entraîna de vive force les bateliers de Village-Neuf. On prit, où Ton put, de méchantes cordes qui servirent de câbles. On transporta sur la grève les radeaux démontés, on les assembla tant bien que mal et, à la pointe du jour, on les mit à Teau. Les bateliers reculèrent d'effroi : les poutres, disaient-ils, étaient d'un bois trop vert; elles avaient été grossièrement réunies; ils n'oseraient jamais diriger vers l'autre bord ce plancher si frêle, si peu solide, qui s'affaisserait sûrement sous la charge des soldats

1 Parce qu'il avait alarmé les Suisses en rétablissant la batterie de Huningue qui menaçait Bâle, et n'avait pas su « concilier les mesures qu'exigeait la sûreté de nos frontières avec les égards que commandait Ja neutralité iieJFétique • [Papiers de Barthélémy, III, 28).

Page 1