‹ Wissembourg:Chapitre 19 sur 39 · LES PASSAGES DU RHIN · texte numérisé non relu

LES PASSAGES DU RHIN

NifTer avait élé choisi comme lieu d'embarquement : en cet eadroît, la Rhin était assez resserré, et l'oa pouvait y jeter ua pont avec le petit nombre de bateaux qu"oQ avait. Mais les bords opposés ofifraietit, ainsi que sur toute la rive droite, un escarpement difticile, et des hauteurs de Rheinweiier, l'ennemi découvrait sans peine les moindres mouvements des républicains.

Enfin, parut le <6 septembre, impatiemment souhaité par les commissaires de la Convention. Les bateaux envoyés de Colmar se trouvaient sur leurs baquets derrière la forêt de la Harl, et devaient être à minuit sur la rive et à trois heures sur ie fleuve. Mais l'ordre du départ ne parvint que très tard à l'officier qui les gardait. Les chemins n'étaient pas jalonnés à travers les bois ; les ordonnances chargées du message, puis les officiers, puis l'adjoint, puis l'adjudant-général Fontenay qui coururent successivement hâter l'arrivée des bateaux, s'égarèrent dans la Harl par la nuit obscure et la pluie ballante. Au lieu de partir à àix heures du soir, le convoi ne s'ébranla qu'au grand jour.

Les représentants auraient mieux fail de remettre l'entreprise au lendemain. Ils commandèrent de jeter le pont incontinent et de lancer les bateaux au fur el à mesure qu'ils arriveraient. En attendant, deux bataillons passeraient sur l'autre bord pour se saisir des hauteurs de Rheinweiier et douze canons protégeraient leur descente. Mais, sur l'ordre des représentants, les pièces tirèrent aussitôt, avant l'embarquement des troupes, comme pour avertir l'adversaire et annoncer l'attaque.

On accouple les bateaux trois à trois. Un intrépide offi. cier, Roumilhac, adjoint à l'état-major et capila régiment, part avec 130 hommes. Mais au milieu du fleuve il est assailli par uu feu roulant; les hateUç.'a

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effrayés ne veulent pas accoster, et voilà Roumilhac qui dérive au gré des eaux. On vole à son aide; trois autres bateaux sont à peine assemblés que le brave Goste, commaadaat du 4^ bataillon de la Côte-d'Or, s'élance avec une partie de ses volontaires ; il a le môme sort que Roumilhac; il essuie une grêle de balles et ses mariniers épouvantés refusent d'atterrir. On fait un troisième accouplement de bateaux, et dans leur impatience de secourir leurs frères d'armes, les républicains n'attendent même pas que la troisième barque soit ajoutée. Mais eux aussi sont accueillis par une violente mousqueterie, et que peut leur feu divergent contre le feu convergent de l'ennemi qui tire sur eux à coup sûr? Vainement un bataillon, posté dans une petite île près de Nifler, les soutient de son mieux par une très vive fusillade. Les trois détachements, emportés par le courant, finirent par prendre terre, et criblés de projectiles, accablés sous le nombre, incapables de se déployer sur un bord escarpé, se rendirent à merci.

Pendant ce temps Labruyère et les représentants s'efforçaient d'attacher et de jeter le pont. Mais les pontonniers rassemblés à la hâte ne se connaissaient pas les uns les autres et n'étaient aucunement exercés à des manœuvres qui demandent une longue habitude et une parfaite entente. Quelques-uns disparurent à la première salve. Des volontaires du 3° bataillon de la Gironde se présentèrent en assurant qu'ils étaient experts dans la navigation. Mais ils avaient plus de bon vouloir que d'expérience. Bientôt le désordre fut extrême ; chacun menait la main à la besogne et ne prenait conseil que de son zèle ; les matériaux s'accumulaient inutilement sur la grève. Les murmures succédèrent aux cris d'enihousiasme. Ou plaignit Roumilhac et ses compagnons.

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