CHAPITRE IX
BUNDENTHAL
I, Lci gorgïs lis d'Arlande.— Pej LiniIsDschinidt e
* I. LaadremoQt échouait dans toutes ses tentatives. Les efTorts opiniâtres de ses bataillons oe pouvaient briser la résistance des Impériaux dans la forôt de Bien- ■wald. Ses essais de diversioa sur la rive droite du Rhin avaient avorté ; comme disait le commandant de Strasbourg, Dièche, on devait passer le fleuve, et on ne l'avait pas fait. Enfin, le 11 septembre, à la veille des mouvements que ses troupes allaient opérer sur tous les points, Landremont apprenait que le camp de Buudenthal était forcé : au premier pas que feraient les ennemis, les communications seroieut coupées entre les deux ■ armées delà Moselle et du Rhin.
La gauche de l'armée du Rhin qu'on nommait la dici~ tion des montagnes, campait dans les gorges d« la. la».\Ki ]
144 WISSBMBOURO
et s'étendait depuis le Pigeonnier jasqu*aax environs de Dahn. Postée à la fois-sur la Sauer, à Lembach, à SchOnau, à Fischbach, sur le Stelnbach, affluent de la Sauer, à Niedersteiabach et à Obersteinbach, sur la Lauter, à Bobenihal et à Bundentbal, elle gardait ainsi la cbaussée de Bitcbe et tous les chemins et sentiers des> Vosges, et empêchait les alliés de percer entre les deux armées, de tourner les lignes de Wissembourg.
La position la plus importante, comprise entre les deux rivières de la Lauter et de la Sauer qui coulent parallèlement avant de se jeter toutes deux dans le Rhin, était celle de Nothweiler ou, comme les Allemands rappellent plus justement, de Buudenthal. Il y avait là plusieurs routes: celle de Wissembourg à Bitche qui remonte quelque temps le cours de la Sauer et la franchit à un pont dit la Tanneabrticke, à une lieue au nord de Lembach ; celle qui, se détachant à cet endroit du chemin de Wissembourg, débouche à Schônau et plus loin à Fischbach ; celle qui mène k la ferme du Litschhof, puis au village de Nothweiler, et par un plateau d*une pente rapide et continue, à Bundenthal.
Pour défendre toutes ces roules, on avait mis des détachements à la Tannenbracke, à Nothweiler, à Bundenthal qu'on regardait avec raison comme la clef de la position, et Ton avait garni d*abatis, d'épaulements et de petites redoutes les mamelons qui se dressent entre Nothweiler et Bundenthal, TEsslersberg, le Weihbiihl, la Dennenhalde, le Mauerle.
Le pays n'offre d'ailleurs que des sables, d'étroites et sombres vallées, des bols touffus, de hauts rochers abrupts sur lesquels s'élèvent de vieux châteaux célébrés par la légende et détruits au xvii« siècle par MontcJar et les lieutenants de Louvols. Les pics qui dominent
]e Talion de Nolhweiler sont, du nord au sud : la Wegelaliurg, des cimes de laquelle on aperçoit les clochers de Strasbourg; le Kuhnenkopf; le Kappensteiu; le Hohentiurg où séjourna Franz de Sickingen ; le Lindenschmidt ou Lowenstein dont le seigneur, dit-on, sort la nuit avec fracas et cbevauche dans les airs à ta lële de sa bande, lorsqu'une guerre est imminente; le Fleckenslcin qui passait autrefois pour imprenable et appartenait à l'une des plus puissantes familles de la Basse- Alsace '.
Wurmser résolut de s'emparer de Bundenthal. On croit ordinairement qu'un émigré l'avait eucouragé dans ce dessein. Le 24 août, le général d'Arlande qui commandait à Noihweiler, arrivait en déserteur au camp prussien. Il donna de grands délails sur la position. Mais il ne trahit pas, comme on l'a prétendu, les secrets de )a défense. Il déclarait au contraire qu'on ne pourrait forcer les passages, et Brunswick n'hésitait pas à dire que les hauteurs de Bundenlbal et de Noihvreiler assuraient complètement l'aile gauche des Français, que l'ennemi chassé de ce poste irait se retirer au Pigeonnier, que les débouchés de Fischbach à Lembach étaient cou- j -verts d'abatis et garnis de troupes, bref, que les alliés ne devaient pas s'engager entre l'armée du Rhin et ta forteresse de Bitche, dans une montagne inaccessible, par ] d'étroites valléeset des chemins 1res difficiles, sans avoir | fait au moins des préparaiifs considérables'.
Uais Wurmser avait juré qu'il ne se lierait plus qu'à '.
' et, Aup. Lafïi.,' Dir Fildiiig am lUilIt'rAeiii, voa Mille Auguit Ht I Sitde Drcembfr 1793, 1881, p. 21-28 (ouTrafie très coofus qui ne fait ' gabre que iraduîro Sainl-Cjr et ne vaut que par les délaila lopographiques).
» ZeissberiT, I, 207, 213; Wagner, 19-80.
146 WISSBMBOURa
ses propres et seules forces, c Avant de faire des sièges» écrivait-il fièrement, il faut que je batte les ennemis, et je les battrai, j*en suis sûr; les braves généraux, les braves troupes, i*excellente artillerie que j*ai Thonneur de commander, me donnent cette certitude. > Il chargea Pejacsevich, un de ses lieutenants, de prendre Bundenthaï et mit sous ses ordres 3,500 Autrichiens et Ck>n* déens*.
Ferey remplaçait d* Arlande au camp de Nothweiler. Cet adjudant- major du 10® de la Haute-Saône avait fait ré» cemment un mémoire sur la défense des lignes de Wis* sembourg. Les commissaires de la Convention le crurent homme de guerre. Il était vieux et comptait plusieurs campagnes : il reçut le grade de général de brigade et le commandement de l'aile gauche de Tarmée du Rhin ; c'est, disait Landremont, un c très ancien militaire, bon républicain et brave soldat* ».
> Zeissberg, I, 243. Gebler, 125 (dix compagnieg du régiment dMnfanterie de HulTet un escadron de hussards partirent, le 7 septembre, en avant-garde ; le lendemaiD, arrivèrent deux autres compagnies d( HufT, deux compagnies de Valaques, deux compagnies de Szekler, 1< légion de Mirabeau, et sept canons).
« Claude-François Ferey, né le 22 décembre 1723, à Gray, était 1< fils d'un marchand de bœufs. Lieutenant au régiment de Royal- Lorraine, capitaine de grenadiers au bataillon de Dôle, il avait obteni la croix de Saint- Louis en 1763 et s^était retiré du service le 23 octobre 1783, avec une pension. Capitaine^ puis commandant de h garde nationale de Gray dans les premières années de la Révolution il fut élu, le 10 août 1791, adjudant-major au 10* bataillon de li Haute-Saône, et il le resta jusqu^au 26 août 1793 où les représentants le nommèrent général de brigade. 11 devait être commandant d< Bitche. Moreaux le jugeait < peu propre, à cause de son âge, à êtr employé a Parmée > (30 fructidor an II). Saint-Cyr prétend, à tort qu'il n^avait jamais vu la guerre, et le traite, ce semble, trop dédai gneusement ; < dans la journée du 14 septembre, écrit LandremoD à Bouchotte, Ferey s'est porté au milieu du feu et a montré autao d'activité que de zèle et de courage^ malgré toute son ancienneté ».
BUNDKNTHiL U7
Ferey avail Irois bataillons à Bundenthal. Mais persoone ne soupçonnait que les troupes de Pejacsevich étaient depuis quelques jours à Dahn, à moins de deux heures. Le n septembre, avant l'aube, trois colounea assaillirent Buodentlial. Des paysans les guidaient. Une d'elles, commandée par le lieutenant-colonel Beaumont, s'égara dans les bois. Mais les deux autres, menées par Pejacsevich et le major Schvflckinger, attaquèrent avec vigueur le centre et la droite de la position française. Les républicains, bien que surpris, se défendirent vaillamment, mais enfin le colonel Baader, à la téie de deux compagnies d'infaqlerie de HufT, chargea leur gauche à la baïonnette et franchit les abatia. Ils s'enfuirent sur Nolhweiler, y trouvèrent trois autres balailloas qui les recueillirent, et gagnèrent avec eus la Tannenbrilcke '.
II. Landremont, désespéré, maudit d'abord le scélérat d'Arlande. Silrement, si les ennemis avaient pris Bundenthal, c'est que d'Arlande les guidait, d'Arlande qui, depuis six mois, commandait dans le pays et avait étabU tous les pastes, d'Arlande qui connaissait le fort et le faible de la position : n'avait-on pas entendu les émigrés crier, pendant l'attaque, Vice d'Arlande' i Que
■ Geblar, 125-126. Les Autrichiens aiaieDl 20 maris e\ SI bUssél; les Français, 33 prisonaiers el 250 hommes liora de combal.
' • Celait alare l'usage, a dit LegraDd.de persuader aux soldais républicains qu'ils élBieat conlinuellemeut trahis; cjue saaa la trahisoD, ils ue seraient jsmaia battus par les Eslellites des despotes ; c'était U politique du Jour, D'Arlande, il la ISte du 13' lé^imeut d'iafaiiterie, BVsil fait loutea les campagnes, depuis le commencetoent de loi ({uerre, avec la plus grande braïuure, la plus grande intelligence et le zËle le plus Eoulemi pour les inlérSts de la Répnhiique. Ei-aoble cl proscrit i, cette époque, il eOt dQ, comme Beauliarnais et tact d'autres, sa laisser suspendre, enfermer, guillotiner plutôt i^aa d'abuAo'b'DKt wto. ptjB. Son émigration fut un crime aux ^eui. àe WiM\ifcç':M:vaivtt.-ç»i-
148 WISSBMBOURa
faire désormais? « De Bundealhal, disait Landremont, dépend la conservation des lignes, le salut de rarmée I » Il se voyait tourné, forcé d'évacuer Wissembourg et, dans le premier émoi, il ordonna de transférer sur-lechamp à Haguenau Tambulance, le trésor, la poste, tous les gros équipages, tous les prisonniers ^ Mais bientôt il reprit cœur. Ne pouvait-on, par un violent et décisif effort, ressaisir Bundenthal ?
Il pria Scbauenburg de lui t donner un coup de main». Lui-même se rendit à Lembach, pour s'entretenir avec Ferey et Tadjudant général Miribel. Mais dans la conversation, Miribel excusa d'Arlande et assura qu'il n'avait pas émigré. Landremont parla d'une route de la montagne qu'il savait praticable ; Miribel prétendit qu'elle était coupée. Le général en chef, très alarmé, revint aussitôt à Wissembourg et dénonça Miribel. Les représentants ne balancèrent pas ; ils mandèrent Miribel, le suspendirent comme suspect et le mirent en état d'arrestatioD*.
Déjà quatre bataillons avaient ordre de partir pour Lembach. Ils devaient défendre les gorges autant que possible, protéger la retraite de Ferey, ralentir la poursuite de l'adversaire, et par leur résistance, laisser le temps à l'armée de quitter les lignes de Wissembourg s'il fallait eu venir à cette extrémité. Gouvion Saint-Gyr les commandait. Il remplaçait Miribel, et les représentants croyaient gagner au change : il était énergique et
nonce, mais la trahison particulière qu'on lui supposa, ne fut crue que par ces gens qui, depuis le premier moment de la Révolution jusqu'à nos jours, ont cru tout ce qui s'est dit ou imprimé. »
* Ordre, non exécuté, du 11 septembre (A. G.).
* Landremont a Schauenburg; Duvignau aux représentants, 9 et // septembre (A. GJ)\ ComyU rendu» v^ '^MjMû.^^^Borie^ etc., 192,
BONDENTHAL US"^
patriote; il connaissait la monlagne; son civisme, ses talents inspiraient la confiance. On lui donna pour second l 'adjudant-général Malet qui servait sur le Rhin depuis le commencement de la guerre et dirigeait la partie des reconnaissances ; c'était ce Malet qui devait tenter avec une incroyable audace dans la Duil du 33 octobre 18*2 le renversement de l'Empire. Saint -Cyr et Ualet, disait Landremont, étaient deux francs républicains qui seconderaient activement Ferey'.
Sans attendre ses bataillons, Saini-Cyr court vers
Nolhweiler. Il traverse Lembach ; il voit des troupes
effarées qui se préparent à faire leur retraite ; il leur
[annonce des secours et leur enjoint do rester où elles
Ksont. Il continue sa route, atteint la Taonenbrûcke et y
F.rencontre Ferey. Le vieux général voulait reculer sur
Lembach; mais Saint-Cyr lui déclare que Landremont
ordonne de reprendre la position perdue; il l'engage à
défendre le terrain pied à pied jusqu'à la venue des
renforts; il garnit d'iofanterie les hauteurs boisées qui
dominent le chemin; lui-môme se porte en avant pour
reconnaître l'ennemi.
Heureusement Pejacsevich n'avait pourchassé Ferey
■ DuvigDBu BUE repr^EE niants, 14 septembre; Landremont ji ScliBuenburit et à Boiicholle, 11 et 1S septembre [Â. G.] ; Compta mtiu par Kuimps et Bon«, rlc, 13 ; cr. sur Saiul-Cjr, Mxpid. de Cm(ib>, 211, et sur Malet, Mayinci, 42. Le 18 eaplembro, par ua •TTSlé dea représenlsnls, Malet fut chargé de recetoir et île payer loDsles fuGils enlevés sur l'enaeini et de les faire porter à l'urEeoal ds WÎBsemboDig (Compta rtndu. 1671. Ou devait lui donner bienlât les Dotes suiianteg : • sert depuis 1~8'J ; moeurs douces et philauthropiquca; ta manière dont il remplit ces fooctioas, comme son ancienaclé dans la grade d'edjudsnt-f;énéral, le rendent susceptible de celui de cbet da brigade >. Cbose cnrieuse, le fjtur complice de Malet, Lahorie, vait également à celle époque dans l'armée du Rbin ; il avait été :rélaira de Iteaubarnais at un de aei ofEcien d'étal-major [Lavtl- 1, 12').
^^Kmva
150 wissniBOuxo
qa*avec mollesse, et ses édsireurs n'osaient dépasser la ferme du LitSGhhof. Saint-Qyr retourne au devant de ses q[uatre bataillons qu'il trouve près de Lembaeh. Landre* mont arrivait à cet instant et il écoutait avec mauvaise humeur le rapport de Ferey. Il eut un instant l'idée d'assaillir aussitôt Pejacsevich. Mais les troupes étaient, les unes, démoralisées, les autres, exténuées par une marche forcée. Il remit Tattaque au jour suivant et revint à Wissembourg avec Saint-Cyr. c Ce sera pour demain », disait-il aux soldats qu'il rencontrait. Quelques-uns haussèrent les épaules, comme s'ils doutaient de sa parole, c Ce sera, répondit l'un d'eux, comme tant d'autres fois où Ton nous a promenés sur divers points sans nous faire donner. » Mais Landremont jura qu'ils se battraient dans la journée du lendemain et que Saint« Cyr serait à leur tôte.
Le soir du 42 septembre, Saint-Cyr, qui n*élait qu*adjoint, fut nommé par les représentants du peuple adjudant-général ; il lui fallait ce titre pour ménager Tamourpropre des chefs de balaillon et du général de brigade qui recevraient ses instruclions ou ses avis. Sainl-Cyr refusa d*abord ; comme beaucoup de ses camarades, il redoutait Tavancement, et il proposa d'envoyer aux gorges Tadjudant-général Montrichard dont il était l'adjoint. Mais Landremont et les représentants insistèrent ; Saint-Cyr reçut à minuit le grade d'adjudant- général chef de bataillon.
Il revole à Lembach. Il réveille Ferey et ses aides-decamp, leur demande où sont les troupes ; ni Ferey ni ses officiers ne le savent. Il consulte le livre d'ordres ; ce n'est qu'un informe brouillon. Il prend le parti de se poster tout près des ennemis avec les quatre bataillons qui D'avaient pas bougé et d'attendre les autres pour les
BITNDBNTHAL iSt "
diriger au fur et à mesure qu'ils se présenteront. Tous les balailloDS paraissent en effet dans la journée du 13 sepLembre, à rie grauds inlervalles, les premiers à cinq heures du matin, les derniers à cinq heures du soir. Mais à midi, Saint-Cyr en avait assez pour Taire uq simulacre d'attaque : il désirait s'instruire des forces réelles de l'adversaire et par le bruit du feu donner une direction certaine aux bataillons qui s'étaient égarés dBDS les bois.
Pejacsevich avait très habilement choisi sa position : sa droite, composée d'émigrés, était entre la Wegeloburg et le Kuhnenkopf ; son centre, entre le Kuhnenkopf et le MSuerle ; sa gauche sur le Mauerle, en face du Litschhof. I" Sur l'ordre de Saint-Cyr, deux bataillons de volon- "taires, le 2° de Rhôue-et-Loire et le i" do Lot-el- Garonne gravirent la montagne sur laquelle s'élèvent, à peu de distance l'un de l'autre, les chàleaux ruinés .de Lindenschmidt et de Huhenburg. Puis, longeant la lisière de la forêt sur les pentes du cône où se trouve la Wegelnburg, ils marchèrent vers le Kuhnenkopf. La fusillade s'engagea des deux parts. Les Condéens, guidés par Belhisy, déployèrent une voleur toute française. Mais les deux bataillons républicains n'avaient pas moins d'intrépidité. Le chef de Rhône-et- Loire, Desgranges ', encourageait les
' Anloina GraDK<'i 'l'' DesgrBn)re6, né è Lyon le 4 janvier 17S7, éUit marehand da vin al, BuiïBOl ses propres oipressions, Lravaillait Bur la rivièro avant la RâvoluLion. Mais il avait Eervi diirsal huit aa~ néaa dans le régiment de Custine-dragona (2 mars 1775-2 mars 1783| comme aide de manège al brigadier. Il Tul élu, le 13 octobre 1791, capitaine des prenadiera et, le 1" juillet 1793, chef du 2' bats il! on des volonlaires da RliOne-el-Lolre. Le '23 prairial an II, il était nommé (général de brigade par la représantast Henlz. Salut-C^r lui rendait ce lémoigDBtçe : • Il s'est distingué dans les ffor^es de Lembacti où il ■ été blessé, et, depuis qu'il s été fait ({énéiBl, il a toujours donné des
451 wiasBMBOuia
siens par son exemple et reçut au front une balle amortie qui l'étourdit un instant. Le commandant de Lot-et-Qaronne, le vieux Campagnol S agitait son chapeau et du geste montrait à ses jeunes soldats, tout pleins d'enthousiasme et d^admiration, le sommet qu'ils devaient atteindre : c mes enfants, s'écriait-il, c'est là qu'il faut tirer, i Ses longs cheveux blancs, assure un témoin oculaire, faisaient l'effet de ce panache dont on raconte des merveilles. Un moment, l'héroïque vieillard sentit ses forces physiques l'abandonner; ses volontaires lui firent un brancard et le portèrent au premier rang de la colonne.
Cependant les Condéens, vivement pressés, s'étaient repliés sur la crête du Euhnenikopf. Saint*Cyr avait pensé qu'ils descendraient de leur poste, et, pour les aiUr xer dans le vallon où il comptait les cerner, il envoya dire aux deux bataillons de céder le terrain et de reculer par la Wegelnburg sur le Litschhof. La ruse n*eut aucun succès. Les émigrés se conlentèrent d'occuper le Liiidenschmidt et le Hohenburg sans poursuivre les pa* triotes.
Pejacsevich prit cette démonstration pour une attaque sérieuse et crut avoir repoussé les Français. Saint-Cyr profita de cette imprudence. 11 masqua dans les bois^ en arrière du Litschhof, ses troupes du centre. Il établit à Schônau deux bataillons chargés d'arrêter les renforts
*■ Campagnol était né le 4 septembre 1734 à Saint-Léger, près de Penne en Agenois. II avait servi trente-six ans dans Tartillerie et, quoique noble et peu instruit du détail, il passait pour un bon tacticien, propre à choisir des positions heureuses, et plein de sang-froid dans un combat. Uatry disait plus tard qu^il était sage, prudent, brave et qu^il serait bien placé comme général de brigade. On lit dans ses notes, à propos de la journée du 14 septembre 1793, qu* < à Lembach il a disposé Tattaque > et que < le camp retranché a été emporté >.
BUNDKNTHiL <5S
qui viendraient peat-èLre à Pejacsevich, Il délacha sur la droite, à Bobenthal.le 1" bataillon de la Hauie-Saône. le 10* bataillon des Vosges el le "i" bataillon d'infanterie légère qu'il mit sous les ordres de Malet. Enfin, il posta, comme en réserve, à Wirgen, les bataillons de Toul, de Mirecourl et de Neufchâteau qui n'avaient d'autres armes que des piques.
Son plan était d'assaillir les deux ailes de l'adversaire, puis de se jeter sur le centre et de l'enfoncer. La gauche devait entamer le combat en attaquant de nouveau les Condéens à Lindenscbmidt et ;à Hohenburg. La droite, commandée par Malet, essaierait d'attirer dans le vallon la gauche de Pejacsevich. Le centre, que Sainl-Cyr dirigeait en personne, frapperait le grand coup. Pour mieux ébranler le moral des ennemis, Saiut-Cyr fit monter dans la nuit une pièce de 4 sur le sommet du Kappenstein qui plongeait sur le village de Nolhweiler el dominait la position des Impériaux. Un habitant de la contrée, Jacques Hausvrald ', avaitindiqué le chemin à travers les taillis. Soldats et paysans hissèrent la pièce à force de bras. Les femmes de Wingen les suivaient, portant des cartouches sur leur lête. Le canon fut placé près d'un rocher, derrière des arbres '.
■ Cet Heuswald qui rendit de grands services aux FrBnEaia, était do Winpeo. • J'ai rencoalré, dit Legrend, peu ds campagnards pitu intellIf^Buls. I 11 alblt au loin remplir de difficiles misEiona. Un jour quo Feraj l'avait thorfié de remelira une letlre a Deui-Ponts et ds rapporter la réponse, HnuEwald fut arrâté par des bussards prussisoB, Haidiment, il déelare qu'il esl sujel ilii prince de Nassau-SarrebrOek. On le conduit au prince ; il dit qu'il est garçiin tounelier, qu'il habita Sarrabriick, maïs que contraint de servir dans les ranjçs des Français^ il a'écbappa et relourne dans «on pays. Le prince, salisrail, le relâche el lui donne un louis dV. Ilauswald passe la Sarra ' " retrouve le billet qu'il devait parler à Ferej et qu'il ayail j buisson à la vue des hussards, el regagtie ensuite le camp l'raucais,
* Cf. Saint-CjT, MiM,, 1, 9S. Legrand confirme le lémoig,aage dA
IM WISSB1IBOUR0
Le 14 septembre, entre sept et huit Imres du iMliÉ, lorsque le brouillard se fut dissipé» Saini-Cyr domm le signal du combat. Les républicains, sortant du Fteekotistein, s*élancent aussitôt sur les Gondéens, et les chasse^ des ruines du Lindenschmidt et du Hohenburg. liais Pejacsevich envoie sa réserve au secours des émfgirâi, et les carmagnoles se débandent à leur tour.-HeurmiseiMBtt, dans le. môme instant avait lieu l'attaque delfalel. Le général autrichien rappela sa réserve et les Français re» prirent possession des ruines du Hohenburg.
Malet avait ce jour-là une rage de dents et un iseeto de fièvre. Néanmoins, il lutta contre le mal, et ne pensa qti4 remplir ses instructions. Il assaillit vigoureusemàit la gauche des Impériaux, et fit semblant de reeutor pour les attirer vers Bobenthal. Mais PejaCsevich ne donné fias dans .le piège, et, refusant toute poursuite, demeura sur la hauteur. Malet revint à la charge avec ses trois bataillons renforcés d*UQ des meilleurs régiments de Tarmée, le \Z\ ci-devant Bourbonnais. Cette fois encore, Pejacsevich jugea que Malet tentait une fausse attaque et ne lui opposa qu'une partie de ses Yalaques et de ses Szekler. Mais . voici que le 4 3^ régiment gravit avec audace le plateau du Mauerle. Yoici que ses tirailleurs gagnent rapidement les crêtes. Eq vain le régiment autrichien de Huff, déconcerté, se serre et se forme à peu près en carré; les soldats du 43°, éparpillés sur les pentes et couverts par Tescarpement, ne souffrent pas du feu divergent des ennemis et
Saint-Cyr. « Les citoyennes de Wingen eurent part à ce succès. Mais leurs maris et les citoyens de Lembach partagèrent aussi la gloire de cette journée. Le maire de Lembach , se battant en tirailleur, tua sept des ennemis ; mais cet intrépide républicain, enlevé de sa maison , lorsque les alliés prirent les lignes de la Lauter, fut garrotté, transféré a Mayeoce et de là dans les prisons de Wesel où il est mort de misère, »
BUNDKNTHAL 155
leur font au contraire beaucoup de mal par leur feu concentrique.
SaiiU-Cyr croit le moment venu. Soudain, la pièce de i qu'il avait établie sur le Kappensleio commence à tirer : moyen bien pauvre, disait-il plus lard, et peu Imposant, mais elle était a belle portée, elle surprit les Impériaux et agit grandement sur leur moral '. Eu même temps débouchent des bois la colonne du centre, et de la ferme du Lilschhof, des pièces de canon, des obusiers, un escadron de chasseurs, des gendarmes. Pejacsevich démoralisé recula sur Dahn; il croyait avoir sur les bras vingt à trente bataillons; il craignait d'ËLre assailli sur ses derrières et enveloppé. Déjà , l'artillerie française, accourant à la tète des colonnes, se mettait en batterie et crachait sa mitraille. Autrichiens et Condéens précipitèrent leur marche, Vioménil voulait tenir encore avec la légion de Mirabeau ; il l'ut culbuté, et les patriotes entendirent lesémigrés crier en fuyant : nous sommes perdus.
Quelques instants après, la retraite se changeait en déroute. Sans Brunswick, les Autrichiens auraieut laissé sur la place toute leur artillerie et leurs bagages. Mais la veille, un détachemeni composé de deux bataillons, de deux escadrons et de six canons, avait quitté le camp prussien, aflnde couvrir la droite de Pejacsevich. U arriva trop tard pour prendre part à l'action ; toutefois, à la vue des dragons de l'avanl-garde, Saint-Cyr s'arrêta.
Les Impériaux avaient plus de sept cents hommes hors de combat '. Ils ne s'étaient repliés qu'après avoir éner-
I Le; habitants du pajs psileot encore du caoan du Eoppeaslein.
< 6 orCciers et 76 soldats lues, 24 ol'Bciers et 516 eoldam blessés, S9 disparus, telles étaient les pertes des Autriehieus [outre nous el quiuze cents liisils). Les FcBDÇaia n'avaient que dïi tués et^. qaatre-vinpls blesEés. (Landremoat à Scbsueaburg, IS sept. [A. Q.)t ] Gabier, 129.) *
466 wissKMBOxria
giquement lutté depuis cinq heures du matin jusqu'à midi ; ils avaient épuisé leurs cartouches et ne jiouvaient tenir dans les mains leurs fusils échauffés ; quelques-uns tombaient de fatigue à force de tirer. Tous les officiers de Tétat-major étaient blessés et Pejacsevich fùtsumomméle lion autrichien, der ostrHekisehe Lffwe. Mais « en rendant hommage à la bravoure des Impériaux, les Prussiens les accusaient d'imprudence et, comme toujours, imputaient réchec à Wurmser qui guerroyait pour son propre compta et n*en faisait qu*à sa tôte. Voilà, disaienUils, voilà encore une wumu$riade et la chose du monde la plus irréfléchie et la plus mal ordonnée I Etait-il sage d'envoyer ainsi Pejacsevich en pleine mon'tagne au milieu des gorges, loin du gros de son armée * ?
Avaient-ils fait néanmoins ce que doivent (aire de bons et fidèles alliés ? Pejacsevich n^était battu que parce qulls ravalent abandonné. Lorsque rAutrichien informait BruDswlck de Tattaque qu'il projetait sur Bun'denthal, le duc lui répondait qu'il ne pouvait bouger sans Tordre exprès de son souverain, et Frédéric-Guillaume recommandait à son général de secourir Pejacsevich par une simple démonstration, sans trop engager ses troupes, et en se bornant à couvrir la retraite des Impériaux, s'ils étaient refoulés.
Les troupes françaises, a dit Saint- Cyr, donnèrent « avec l'ensemble et la décision qui assurent les succès, et ce combat fit présager tout ce qu'on pouvait attendre
* Briefioechsel des Eerzogs Karl August mit Gœthe, I, i85-lS6. Lettre du 13 septembre : t Wurmser thut Ailes was er will und fûhrt Krieg fur sich. Die Expédition des Gênerais Pejacsevich ist die unûberlegteste und schlechtgeordaetste von der elt, Wund eine wahre Wurmseriade; nur gegen einen so ausserst schlechten Feind, wieder jetzige Hepublikaner, ist es môglich dass dergleichen Dinge nicht Ausserst schlimm ausgehen. >
BUNDKSTHAL 157]
d'elles dans la suite. = Oa occupa derechef Nolhweiler] et Bundenlhal, on s'y établit solidemeot, on répara et' perreciioniia les retranchemenls. Landromont était ravi de cette victoire aussi brillante qu'inespérée. * La carmagnole a bien été », mandait-il à Scbauenburg, et il écrivait à Saint-Cyr : " Vive à jamais la République ! Honneur à nos braves troupes et à leurs cliefs ; haine aux tyrans ; ça va, ça ira I Je suis eux anges, mon cher Saint- Cyr; le jour où je vous donnais à cette division, est ua de mes beaux jours I a II vint avec les représentants visiter le champ de bataille. Les commissaires louèrent l'adresse et la bravoure de Saint-Cyr; ils applaudirent aux bataillons des Vosges qui avaient quitté leurs pi' qaes pour s'armer des fusils autrichiens. Desais, général de brigade depuis le 20 août, reçut le commandement du poste de Bobenlbal; il était l'ami de Saint-Cyr, et Landremont comptait sur le bon accord de ces deux hommes qui dirigeraient les opérations sous le nom de Ferey et repousseraient de concert les nouvelles tentatives des alliés '.
Un émigré, le comte de Mauny , avait été fait prisonnier dans cotte journée du U septembre. On le fusilla le lendemain. Il montra jusqu'au dernier moment le plus grand courage. Landremont s'entretint avec lui ; Mauny lui déclara que Custine avait fini lâchemectet eu capucin, mais qu'il saurait mieux mourir que le général Moustache; il assura que les républicains ne conserveraient pas trois jours les lignes de la Lauter et que la France
» Saial-Cjr, Mé».,l, 97-t06; Soull, Mem , I, 60 ; Compte rend» par Ruaœps, Boile, etc., 13; ifoa., ia sepL ; Le Balace, a' 219, 22 flcpl.i LBadremonl à Schauenbui;;, 19 sepl. et à BouclioUe, IS sept. (A. G.] ; dEccpievilly, 145-t49 et 16G ; Wagner, 94-103; Gebler, 13S-lZ9i KemUng, I, 376 ; LulTt, 23-54.
UBOUBO
•aittttlB ni mbt trois mois ; il ajouta que d'Arlande <m mtftM t Wga rdé comme un traître parce qu'il avait tnp Iwd eaknMlé la boaae cause. Lorsqu'il tomba sous 1m baUoB, U eiitlt encore : • Vipt le roi et la maisott dt jMviM>; 1m patriotes qui assistaient à l'exécutioD, répMdlnnt FlM U Sépuiliqiie et, dit Landremoal répé- I api^s lui ce cri si cher à l'armée du