CHAPITRE XI
- Pian de l'élal-m
■ I. La coalilîon ne reccciliit aucun fruil de la vicloire : de Pirmaaeas. Le jour même où !e duc livrait ce glorieux coinbal, le troisième envoyé au cabinet de Vienne, le comle feldzeugmeslre Ferraria, vice-président du Conseil aulique de la guerre, se préseuiaità Edeukoben au roi de Prusse, Il apportait le plan d'opérations. Envahir la Basse-Alsace, bloquer Landau, forcer les lignes de Wissembourg, s'emparer du camp de Hornbach et tourner ainsi l'ennemi sur son flanc gauche, tel était ce plan qui, suivant Ferraris, convenait à la situation et assurait aux armées de bons quartiers d'hiver. Ferraris flatta ses alliés; il B lava la léte » au fils de Wurinser; il exigea du vieux général la plus grande déEêveûCft çQ\i\ î^^ta:\ïi- '
f?I WISSBUBOURO
Oulllsum^, et Wurmser jura de s'amender, d'avoir l'humeur plus coQciliaale, de ne jamais faire te moindre mouvement sans l'agrêmenl de Sa Mejesié prussieuQe. Déjà Ferreris mandait à Vienne qu'il y aurait désormais ioielligence et harmonie, que Brunswick tournerait les lignes et descendrait dans la plaine derrière Wissembourg, que le roi bombarderait Landau et toème Strasbourg ; sans doule, disait-il. la Prusse ne veut pas aller trop vile en Alsace, mais un a sotiverain ne peut terminer la campagne sans avoir sauvé sa gloire par queli^ues pro< grès ».
Tout s'animait ; tout respirai! la guerre. Un diplomate anglais , lord Tarmoulh , arrivait au camp pour exciter encore cette ardeur martiale; il signait un traité de subsides avec le margrave de Bade, le landgrave de Hesse- Cassel, le landgrave de Hesse-Darmstadt. Le roi de Prusse, si longtemps Inaclif, paraissait aroir un réveil d'honneur et le vif désir de rentrer en scène, de se signaler par de beaux exploits et des prouesses héroïques. Il quittait Edenkoben et rejoignait le duc de Bruns'wick. Il écrivait à Ferraris qu'il voulait de tout cœur servir la bonne cause et qu'il allait faire une expédition, exécuter le dessein de la cour impériale, se jeter entre les deux armées du Bbin et de la Moselle, s'emparer du camp de Hornbach ',
Depuis plusieurs jours , on ne s'entrelenail que de Hornbach au quartier-général prussien. Ce n'est pas sur la Lauler, disaient les officiers de l'état-major, ce n'est pas sur le front de l'armée du Bbin, ce n'est pas à Bundenthal et à Nothweiler, qu'il faut chercher la clef des
> Zeiasberfc, I, 29^1 cf. EcdmannsilBrH'er, Polit. Corretpoudmi K'rl Friidriehi oo» Baitu, 1892, II, p. 62 [traité du 21 Espt., qui met 7Si Badaia au service d'\Dg\«lBne\\ U».u««>t,l, «14.
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llgQcs de Wissembourg. La proposilion, ajoutaient-ils, semble paradoxale, mais elle esl juste. Môme si roQ lieul Pirmasens et la hauteur du Ketlerich, on ne peuteniamer de solides opérations daos la montagne enir BitcheelWissembourg qu'après s'Être saisi deHornbacli. Voyez Pejacsevich , disaient encore ces officiers, il avail ' pris Buodenthal, mais il aurait dû prendre Lembach, prendre le Pigeonnier et par suite s'engager dans un ' pays de chicane; il tournait l'adversaire et se faisait | loMTner, enoar beim Tournirmiournù t. '^on,c'éiaii Horabach qu'on devait occuper loui d'abord. Que Ilornbach tombe, et les postes de la montagne tombent à leur tour, et les lignes de Wissembourg tombent l'une après l'autre comme un château de cartes. Sans doute Horuiiach était inattaquable de front. Mais il suffisait, pour s'en reudre maître, de tourner l'estrôme gauche de l'armée de la Moselle établie à Sainl-tmbert, Sitôt que les Français auraient lâché Saint-Imbert, ils lâcheraient nécessairement Ilornbact '■
Les stratégisles del'état-major prussien avaient raison. Leur manœuvre réussit. En trois jours, ils s'emparèrent de SaiDt-Imberl, de filieskastel, de Ilornbacii, et il n nait qu'a eux, après ce mouvement décisif, de se rabatlre sur l'armée du Rhin et de la prendre à revers dans sa position de Wissembourg.
La 26 septembre, Kalkreuth marchait contre le camp ] de Blieskastcl avec deux mille hommes en quatre co- ' lonoes, et les généraux français Prilly, Orm esche ville,
' À'UJ'M Viberiicht des Feldiiigis im Jahr 4793 iwUchea dtm Rhein v«d dtr S^ar, 1793, p. 30 (ouvrane tout prussien doot Massenbach
ses MéMùirtt). Lcgranci dit ds mSme : • Le camp de BlicaksEtel élBDt évacué, celui de Hornbacli, qui faisait uns pointe en avant et pouTBÎl Stre CDlouré, n'était plus leosUe. •
m WISSEUBOVBQ
DalauDoy ', débordés sur leur gauche à Nieder-Wurzbach, M hâtaient d'opérer leur retraite : les Prussieus avaient 9 morts et lî blessés !
■ Le leudemaio, Ilulieiilohe touroait le fameux camp de Hornbacb. el Moreau s'empressait de reculer sur Biiche, MHS prévenir Scbaueaburg : il abBudoanail les trois battlIloQS qui formaient son extrême droite a la Maîn-du- Prince, en leur disant qu'ils seraient désormais aux «rdres de Landremout, qu'ils devaient s'appuyer sur la (lucbe de l'armée du Btiio, à laquelle ils appartenaient . dorénavant * I T Le surlendemain, Knobelsdorf' s'emparait de Salnt-
* Nous retrouverons Delaunay dans le lolumo suivant. — Marîe- Mirc-Hippoljle Mocoier de l'HUv élait nâ la \2 lottt 1737. Voloa- Mre au 17> drapons ta VST, coiuelta le 9 avril 17S8. Ueutenant en MOoad le H avril 1759, lieuleasat le 3 oclobra 1761, capilaiae la 14 du mfme mois, cspiUiDe-coLUDiaiidBat de le compagnie du meslre de camp la 28 avril 176S. pacEt à uue aulra cQnipa((nio le H ao!» 176S, major le 3 murs 1774, capilaine-commanrlanl à la forinalioii de 1776, lieulenanl-calaDel le 24 juia 1780, el liluUire de ce grade la 13 avril 1784, coloDel le 29 juillet 1791, ginérsl de bii^ide, il camnandait en chei, ï l'armia de 1* Mowlls, les deux r^gimenta des carabmiera et le camp de Blieakaatel. — Joseph de Bezon, baron d'Ormescbeville, saden lieuteuant-colonel du régiment des chasseurs i cheval des Pyrinées, né i Volmunater, président de li muoiâpaUté de Sarralbe au début de Is Bévoluiion, avait quitté sm fonctioDs administratives en octobre 1790 pour reprendra du service {Rmu d'Âllaee. Iâ92, I, p. 79), et il élait général de brigads depuis le 7 sep- Wmbre 1793.
• Sciauniarj i la Contention, p. 6; Mor«4UX i LandremonI, 30 septembre i Clarke  Boucbotte, 2 oct. (A. Q.]. Clarka Jugeait sévèrement Il conduite de Morcaui : • It a'eat replié, Isissant un licta de huit lieues entre les deux armées, ahandonnant Bitche qui sa trouve exposé à fllre cerné, et donnant à l'ennemi !■ facilité da rompre U communication entre les deux armées ; il s'est, d'silEeun, borné à prévenir Le général en chef de sa retrait*, mds en faire codnaitre le motif, et il a remis trois bataillona i la diapotition de Foreyl .
> 11 venait des Paya-Bas [Trahiion i* Dnmouritt, 123 ; cf. Wagner, 62).
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Imbert et s'unissaQt à Ealkreuth, refoulait sur Sarrebrîlck, l'avaul-garde française.
Encore un seul coup, et l'armée de la Moselle était rejelée en Lorraine. « La désorganisation, écrit un contemporaiOj était à l'ordre du jour, et nul donte que, si les Prussiens l'avaleol voulu, ils auraient forcé toutes nos positions sur la Sarre, o La consternation régnait parmi les iroupes. On n'entendait de tous côtés que k's mots nous sommes coupés. Les jacobins, la tète basse et le visage allongé, faisaieut leurs paquets et se disposaient à gagner la France. Les équipages, les ambulances, le trésor passaient la Sarre. On vidait les magasins '.
Les destitutions qui pieuvaient sur l'armée augmentaient encore le désordre. Bouehotte ordonnait à Guillaume de venir a Paris et de rendre compte de sa
■ Noie de Legraad (A. G.] ; Horftmanii, Die Franiasen m SaargaK, 103-1U4, t3S. L'arméa de la Moselic éuU Biasi composéa au 21 septBnil)re. Avanl-garde : i" dra^atis, 3> hussards, ("' i^hasEeurs à clieval ; 2* comp. «rt. légère -, 13' inf. légère ; cIisebcufs de Heims; comp. TraDcIie de Melz; i' comp. du Liouvra; 2* cdmp. du SbdbculoLlca 1 91' et 44' iaf. ; 4' Meunhe ; 2' Htule-Marae; deUcUeiiienls du 89", — Corps détachés de l'avant-gardt : léi^ion de la Moselle ; comp. franubes da MiUdd, de SaiDt-Uauri':e, de BiUard ; !■* c»mp. du Lcuvtë; 188 hussards du 7* ré^tinient. — Corpi de ba- 1 leitlt ; les deux régimcDis de i^araljiDierBi S'inf,; 1" SaQiie'et.LDirs; 1" de 1b République; 5S* iof.; 1" Rhane-cl-Loire; 6" VpspeBj T Meutlho ; 2" Seine-et-Marne ; 103" rÉg.; 55- rég. ; 1" Loi ; 4- Mo- ■elle ; 1T r*tÇ' î 10* el, 1 1- caTal. ; deux cnmp. de pionniers. — Carp$ J du Votgei (iivaHl-garite] .- 3> chasseurs â rheial ; 14* dra^oas ; comp, ] freDche de Guillaume ; 3* comp. frani^he du Louvre ; 1" comp. francha ■ de l'Obssrvaleire -, [eoi-pt ds balailU) : 30- ré^. ; 4- HaiHe-SaSoe; 3' de Is Itépulilique ; 1"' Té^imeut { 1" Meuse ; 1" Indra ; 24' tég. ; 2* Moselle; 4* Manche ; 4" demi-litigada d'inf. ; 1" comp. de pioaniers ; 4* caval.; 3- Manche ; 102* ré):.: comp. des cbas! Tireura ; 2* comp. des chasseurs du 9G' rég. Eu tout : avani-gttrdtt 6,276 hommes; corpt ditachti, 2,0tl; cor/it di ialaitU, 1Z.tt9S; corpi des Vosp;es. t4,25S. 22 bouches à Tcu à l'avaut'gards ; 77 au corpi àk I bs taille 1 41 au corps des Vosges.
41S -WISSEMBOUsa
«BOdoita. Il rnupendail Delaage, Linch, Desperriërcs, Prilly,LaOrtiigeatqu9lre adjudaDts-gënéraux. De non- TMmxelwrs «talent nommés; Delauaay et Vincent devenidant généraux da division, et les commaadaDts da Kllailloa OUviar, Lombard, Pierre Huet, généraux de M|>ds; XMaonay remplaçait Delaage à l'avant-gardei <Hirler nieeédait è Prilly. Uais tous étaient inexpêri- Biuléa, découragea, rebutés. En vaiu Sctiauenburg leur . pnterlTBtt da prendre l'oiïensive, d'assaillir Saint-Imbert •t BUeakutal, da rontrer au camp de Hornbacli. En vain laa représentants du peuple, accourus de Metz à SarrebrOcl^ décidaient que l'armée de la Moselle attaquerait l'anneml dans la matinée du i9 septembre, pour recoaquérir laa poaltiooa perdues. Moreaus, tout décontenancé dapnis son échec de Pirma^ens et convaincu que le corps des Vosges ne pouvait rien contre Brunswick, refusa de quitter Bllche, de marcher sur Hombacb, et, pour se mettre à couvert, 11 convoqua ses généraux : tous opinèrent que les soldais ne cessaient de bivouaquer, qu'ils n'avaient pas mangé la soupe depuis plusieurs jours, qu'ils étaient excédés de fatigue, que les chevaux manquaient d'avoine et de foin ; attaquer Hornbach, c'était exposer le corps des Vosges à uq désastre. Les généraux Olivier, Lombard, Lequoy, chargés de reprendre Biles kastel, signèrent une semblable déclaration ; ils se trouvaient, disaient-ils, dans la même posture que Uoreaux, et s'ils tentaient quelque entreprise sans ôtre appuyés sur leur droite, ils seraient coupés, obligés de livrer Sarreguemines ; les chemins, ajoutaient-ils, étaient défoncés ou tellement étroits que les pièces ne pourraient faire demi-tour en cas de retraite: l'adversaire avait établi des batteries masquées; bref, ils renonçaient unaniDiement à toute attaque.
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Schauenburg se résigna. Il tint chez las reprcsentanU un conseil de suerre. Devait-oa réunir les troupes campées à Sarrebriick au corps des Vosges qui s elaii replié sous les murs de Bitclieï Ou bien ce corps se joindraitil au reste de l'armée ? On convint d'abandonner Bilche à ses propres forces el de masser tous les bataillons sur la rive gauche de la Sarre, de Sarreguemines à Sierck. Un détachement envoj'é à Rohrbach, entre Bilche et Sarreguemines, défendraiila trouée de Phaisbourg. Après tout, disaient les représentants, l'armée de la Moselle i couvrirait, comme auparavant, dans des positions avancées, les frontières de la Lorraine, et sa situation n'était changée que sur la droite.
Si Schaueoburg et les conventionnels avaient su ce* i qui se passait au quartier-général prussien, ils auraient été rassurés. Le 29 septembre, pendant que les Français éperdus se préparaieat à traverser la Sarre, Frédéric- Guillaume regagnait ses états, et Mansteln écrivait è Ferraris que les républicains ae retiraient partout avec tant de rapidité qu'on ne pouvait les battre, que, par suite, le mouvement tournant des Prussiens n'aurait, sans doule, aucun elTetl Ferraris comprit celle politique qui ne cessait d'élever des dijficuUés factices : ■ Nos 1 alliés, s'écriait-il, se tiendront à des démonstrations, la 1 uiacliine n'ira pas, et le temps précieux qui reste de | celte année sera aussi complètement gaspillé que soa ] commencement' I »
> Boucbatte à Guitlaume, 26 espl. : Scliauenbarg à Baucholts, et 29 sepl., à Mor,:aui, 27 eepl. ; leltres et délibérotioat des géu«- I r<iui, as sept. ; las représaatsnts au Comité, 30 sept. (A.. O. el Jlfon."! du 5 oclobre! ; SchaHiiiiiirg à ta CsHrenliOR, 6-7 ; Léon Moieaui, Rut I Marianx, G0-6],iiS; QatA. dur ErUgt i» Earopa, l,2î5-22¥; Ze ll««, 1, 302-303.
<7B WISSBMBOURa
II. Le Irai lé de Pélersbourg, conclu le S3 janvier, donliait â Frédéric-Guillaume Thorn, Danzig, Poseo, avec quinze cent millions d'âmes et à la tsarine la Volhynie, i Podolie, Kiev el Viina avec trois millions d'habitants. Mais après avoir ralilié, sous la pression des beïonneltes, les démembrements qu'exigeait la Russie, la Diète polonaise de Grodno ne consenlit à signer avec la Prusse qu'une convention de commerce. A celle nouvelle, les faiseurs de Frédéric-Guillaume, ses ministres, ses confidents, Trémireut d'indignation. Quoi, les Polonais s'insurgeaient contre le cabinet de Berlin 1 Allaiton leur faire la guerre en même temps qu'aux Françaisï Fandrail-ll comballre à la fois sur la Tistule et
r le Hhin ? « A celle pensée, disait Schutenbourg, mes cheveux se hérissent *, el il conseillait d'abandonner la frontière d'Alsace et de se tirer d'un « jeu funeste ».
Les craintes des faiseurs étaient d'autant plus vives que la Russie et l'Autriche excitaient la résistance de la Diète. L'envoyé de Catherine II, Sievers, déclarait que les Polonais avaient droit à la protection de l'impératrice et ne pouvaient être livrés à la merci du roi de Prusse. L'Autriche n'accédait pas encore à la convention de Pétersbourg, et, sous main, elle encourageait les députés de Grodno. Lorsque les confédérés décrétaient la mort contre quiconque émettrait le vœu d'un démemhremenl au prodt de la Prusse, l'agent impérial Caché gardait le silence, n Ce qui nous arrive à Grodno, écrî* vait-on de Berlin, ne saurait être l'effet du hasard; le coup part de plus loin et la cour de Vienne s'en est mêlée. •
Le ministère prussien jugea que Frédéric-Guillaume devait quitter sou armée et intervenir personnellement dans le débat : le toi motit.teiQ.it. gac cet acte éclatant el