‹ Wissembourg:Chapitre 3 sur 39 · ABLON · texte numérisé non relu

ABLON

la Moselle, augmeolée d'une divisioQ de l'armée du RhJD, longerait les Vosges el eolrerail dans le Palalinot. Voilà, concluait Custine, comment it faut rétablir noa affaires ; voilà comment nous rendroos leur gloire aus armes de la République ; ce plan de campagne assure le salut de la Flandre el le déblocus de Mayence tout ensemble '.

Le i juin, dans une coarêrence à laquelle assistaient Laubadère, Ftivss et Du Chastellet, les minisires approuvèrent ce plan. Custine ferait ses dispositions avec la plus grande célêrjié. On lui donnerait les objets de tout genre qu'il demandail, dix mille piques de l'arsenal de Paris et les fusils qu'on pourrait trouver dans les manufactures d'armes. Les généraux des armées de la Moselle et du Ithin avaient ordre de concourir à l'esécuLion d» ce beau dessein sans aucun délai. Houcbard enverrait le cbe{ d'élat-m^or et les officiers supérieurs que désirait Gusline '.

Mais Boucbolte avait refusé de signer l'arrêté du Conseil e^técutif provisoire. Il soutenait, non sans raison, qu'on devait secourir Mayence avant le mois d'août ; il avait consulté les états d'approvisionuemeuts envoyés par Custine, et il déclarait que la place n'aurait paa assez de munitions de guerre el de bouche pour résister aussi longtemps. D'ailleurs, sjoulail-ii, les frontières du département de la Moselle seraient-elles sufnsamment couvertes pendant que les balaillous et les escadrons que commandaient Landremout et Pully, marcberaient sur la Flandre et participeraient aux opéraiious de l'armée du Nord'?

Comité, 28 mai (A. G.).

Auliird, IV, 492-493.

Bouchotla BU Comité, 6 juia (A. G.).

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Beauharoais, Houcliard, les commissaires aux armées du Rhin et de la Moselle joignirent leurs protestations aux objections de BouchoUe. Les arguments de Beauharnais étaient très vigoureux, et il les développait avec une singulière vivacité. On renonçait donc à délivrer Mayence sur-le-champ! On désorganisait les deux armées du Rhin et de la Moselle qui ne seraient plus que des débris d^armées ! On dérangeait les embrigadements déjà faits ! On envoyait en Flandre des troupes qui seraient fatiguées, harassées et qui n*apporteraient qu'un secours tardif! On exposait les départements de la Moselle et du Bas-Rhin à Tinvasion étrangère 1 II s'élevait contre t Timagination ardente » de Gustine et le

représentait au Comité de Salut public comme un ambitieux qui rêvait la puissance suprême. Un seul homme pouvait-il ainsi disposer des ressources militaires de la France et commander aux armées, de Dunkerque à Lyon? N'était-ce pas lui donner une influence dictatoriale? m II est reconnu par tous les républicains, disait Beauharnais, que si la liberté peut être menacée, c'est par un générai. N'y a-t-il pas lieu de s'eflrayer de la force immense qu'un tel fonctionnaire public a dans les mains * ? »

Houchard n'était pas moins irrité. Il avait sur le cœur un mot de Gustine imprudemment publié par les journaux. « La conduite de deux armées, écrivait Gustine, est au-dessus des forces de Houchard, et la conduite d'une armée même serait au-dessus de ses forces, s'il n'était dirigé. » Toute vérité n'est pas bonne à proclamer. Le brave Houchard avait conscience de sa faiblesse et priait Bouchotte de ne lui confier d'autre armée que

^ Beauharnais à Bouchotte, 16 juin (A. G.).

celle de la Uoselte. Mais il gardait raacuDe à CustiDe. Le î7 mai, il se présentait devant le Directoire du déparlemeiil de la Moselle et lui demandail justice. Séance tenante, le Directoire déclara que Houchard ne méritait pas le jugement que Cusline avait porté sur son compte : Houchard devait tout à la Ecvolutiun et n'avait éprouvé sous l'aucien régime que l'injustice et les déRoùls ; Cuatine dêsirail, sans doute, conserver le commandement des deux armées, ou leur donner des généraux qui lui seraient dévoués ; mais nul ne pourrait enlever à Houchard la confiance qu'inspiraient ses talents ; l'accuser d'incapacité, c'était le calomnier, et tout patriote devait réprimer celte calomnie '.

Le relire lorrain rejeta donc le plan de Custine sans égard ni ménagement. Quoi I on lui ôlait ses meilleur» officiers, Schauenhurg, Hédouville, Berthelmy, qui rendaient à l'armée de la Moselle de si précieux services et lui étaient ahsolument nécessaires I II jura qu'il no pouvait se passer de ces trois hommes. Un grand général, comme Tétait Cusline, n'avait que faire d'otficîera iotelligenls ; lui, Houchard, devait s'enlourer de gêna habiles et capables de le soulager, et, sur ses pressantes instances, les représentants suspendirent le départ do Schauenburg, de Hédouville et de Berthelmy '.

Les commissaires mirent dans leur opposition plus d'àprelé, plus de rudesse encore. Seuls, Le Vasseur de la Meurihe et Haussmann approuvaient les projets de Custine, et Haussmann, son intime ami, se rendit à Puris pour les appuyer de loute sou influence. Mais les

' IIoHcliBrii â BouchoLle, 30 juillet (A. G,)l entrait du registre del dûlLbémiioas i!u Dircctbire du d(< par te ment de la Moselle, et lcUr« d'euïui au Conseil eïécutjf, 3 juillet |A. N, AF u 281].

• llo'jchard à Bouchotlf, U Juin (A. G.'.

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autres représentants étaient ennemis personnels du général Moustache. Deux d*entre eux, Maribon-Montaut et Du Roy, accompagnés de Berthelmy, coururent à Paris. Ils combattirent avec véhémence le plan de Gusllne, ce ckassé'Croisé qui jetait le trouble et la confusion dans les armées de TEsl. Montant ne tarissait pas en invectives contre le vaincu de Rûlzheim et ses combinaisons perfides; « cet homme, s*écriait-il, aime mieux sa gloire personnelle que celle de la République »« et il l'accusait d*user du mode de contre-révolution qu'avaient employé Lafayette et Dumouriez *.

Un agent de Bouchotte, Gâteau, s'emportait pareillement contre Custine. Le Conseil exécutif et le Comité consentiraient à suivre son plan, c'est-à-dire à morceler les armées ! Ils voulaient faire généralissime un incapable dont Turenne n*eût pas voulu pour aide-de-camp, un traître qui n'avait d*autre dessein que d'égorger la République • 1

De son côté, Ruamps écrivait au Comité de Salut public. Il lui reprochait d'arrêter un plan d'opérations sans consulter Beauharnais et les commissaires de la Convention. Il se moquait de Haussmann qui patronnait Custine : Haussmann ne parlait pas au nom de ses collègues et n'était pas leur interprète ; il n'avait qu une mission de comptabilité ; 11 devait demander à l'Assemblée quelques lois et règlements militaires ; mais il ne lui appartenait pas de se prononcer sur la guerre. N'était-ce pas Haussmann qui, dans les derniers jours de mars, en pleine déroute de Biugen, alarmait que

1 Montaut au Comité, 19 juin, et à Bouchotte, 23 juin, A. G. (il fait allusion au • chassé-croisé > du mois de juin 1792 ; cf. Invasion prussienne j 49 et Jemappes^ 60).

* Gâteau à Bouchotte, 29 juin (A. G.].

Gustjnene reculait pas d'une semelle; qui Tautorisait à faire la briilaûte sortie du 47 mai; qui, même après Rûlzheim, souhaitait que le général pût garder son commandement en Alsace ? Non^ disait Ruamps, nous avons organisé les armées du Rhin et de la Moselle ; nous les avons « mises sur un pied respectable » ; elles n'ont d'autre destination^ d'autre but, que de délivrer Mayence *.

Le Comité céda. Le 49 juin, il suspendait Texécution du plan proposé par Custine. c Yous avez, lui mandait Ruamps, mérité la reconnaissance publique ! »

* Ruamps au Cumilé, 19 juin (A. N. dxlii 4). Cf. sur les rapports de Haussmaun et de Custiue, Custine^ 264, la déposition du conven* tionnel au procès du général [Mon., 3 sept.], Argos^ !•' juin, p. 465 (« Dur Haussmann hftU ihn noch ■]. Laveaux dénonça Haussmann comme le complice de Custine et sou < prôneur efifronlé • {Journal de la Montagne, d«' 67 et 68]. Il dénonçait également le frère de Haussmann t espèce d'intrigant germanique >, apparenté à deux feuillants, Baob et Schœll, et qui demandait à la Convention, au nom de la ville de Nuremberg, le paiement d^une vieille dette.

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