MAYENCE OU LA MORT
I. Beauharnais. — Conférences de Ritche. ^- Plan d'attaque. — Dispositions des alliés. — II. La marche en avant. — Engagements du 19 et du 22 juillet. — Capitulation inattendue de Mayence. — Retraite de l'armée du Rhin. — III. L'armée de la Moselle. — Leimen. — Fureur de Houchard. — Incendie du Carlsberg. — IV. Houchard, général en chef de l'armée du Nord. — Schauenburg lui succède.
I. Alexandre, vicomte de BeauharnaiS; était major en second du régiment de La Fère-infanterie, plus tard le 52% lorsqu'il fut envoyé par la noblesse du bailliage de. Blois aux Ëlats-Généraux. Il embrassa les idées nouvelles avec ardeur, proposa dans la fameuse nuit du 4 août l'égalité des peines et Tadmissibilité des citoyens à tous les emplois^ déclara que le roi ne devait ni jouir du droit de paix et de guerre, ni posséder une maison mililaire, ni mener les troupes en personne. Un des premiers, il avait compris que l'heure tinale de l'ancien régime avait sonné, x J'élais, disait-il, républicain dans le sein de la Constituante ; c'est moi qui ai fait les motions d'autoriser le mariage des prêtres et de leur faire quitter le costume, d'approuver le divorce ; je n'ai cessé
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de combaLlre les rois, les nobles et les modérés de tout genre, o Sa chaude recommandation vaint à Grégoire le siège épiscopal de Blois. Detix fois, il présida l'Assemblée, et ses collègues applaudirent au sang-froid et au lact qu'il montra dans celte fonction difficile ; il occupait le fauteuil lorsqu'eul lieu t'évéoemeut de V'areuoes. Après la session, il reprit du service et devint successivement adjudaul-géuéral a l'armée du Nord, chef de l'élat-major de Biron et de DepreK-Crassier, commandant de la division du llaut-Rhiu. On le vil à Strasbourg se prononcer avec éclat pour le parli populaire; il proposait au club que la sainte ampoule filt portée à Paris et l'huile qu'elle renfurmail, brûlée solennellement ea présence de la Cuuvenlion, sur l'autel de la patrie; il signait une adresse qui demandait la mort de Louis XVI; il sollicitait la suspension des administrateurs du Bas- Rliin qu'il accusait de royalisme; il oCTrait douze louis d'or à l'auteur du meilleur discours sur les moyens de susciter l'esprit public en Alsace.
Il avait alors trente-irois ans. l''ait au tour, comme dit un de ses contemporains, aussi beau que Hérault de Séchelleset que Lauzun, il avait par ses succès de boudoirs escité la jalousie de sa femme Joséphine Tascher de la Pagerie. Mais â sa jolie figure, à son air noble, à sa tenue élégante, à ses manières douces et aimables, il joignait une façon de s'exprimer pleine d'aisance et d'esprit, une vive intelligence, un jugement droit, et partout oii il passa, à l'Assemblée électorale de Blois, à la Constituante, dans les clubs ei les armées, il séduisît à première vue, enleva les suffrages et ne trouva que des preneurs de son mérite. Luckner faisait son éloge. Gustine vantait sa sagesse et son zèle. Biron le regardait Comme le meilleur chef d'état-major qu'on pût avoir.
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d*aulant, ajoutait-il, qu* c il y a dans sa rie de brillantes époques de patriotisme qui sont d*un excellent exemple ». Les plus farouches Jacobins Testimaient ; quelques-uns blâmaient sa liaison avec une jeune Strasbourgeoise, la fille du commissaire des guerres Rivage ; tous reconnaissaient qu'il avait la confiance et TafiTection du soldat : c*était le général qui déployait la plus grande activité et les talents les plus remarquables, celui qui témoignait le plus pur républicanisme, le seul, disait Garnerin, qui se soit entouré de francs patriotes et n*ait pas la morgue de ses prédécesseurs. Gâteau le félicitait d'avoir rétabli la société patriotique et militaire de Wissembourg qui, a par ses soins, marchait vigoureusement ». La veaux lui reprochait de traiter Ferrier d'intrigant, mais avouait qu*on pouvait tout exiger et tout attendre de lui. Lacoste le nommait le premier général de la République. Ruamps louait ses vertus civiques qui n'étaient pas plus équivoques que ses connaissances en tactique et en stratégie.
Mais, suivant le mot d'un bon juge, Beauharnais était instruit et peu guerrier. Il n*avait pas le coup d'œil, l'inslinct du champ de bataille. Faible, timide, il manquait, dans le péril pressant, de nerf et de hardiesse. Gomme Biron, auquel 11 ressemble par certains côtés, 11 craignait de se compromettre, et se défiait de luimême. Ce qui lui faisait défaut, rapporte Legrand, c'était a une audace de conception et d'exécution qui, jointe à un grand fonds d'instruction, constitue l'habile général en chef ou le ministre capable de diriger la guerre ». Le Comité de salut public lui proposait la succession de Boucholle; Beauharnais objecta que ses talents ne répondraient pas à son zèle et qu'il fuirait toujours les postes éminents ; il n'osait se jeter au milieu des
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orages d'Uûe révolulioo, en uo momenl où la constitution D'étail pas forte, en un lemps où divers partis ] dlTisaient l'opinioa publique et empèchaienl les fonctionnaires d'avoir ua guide coustanl dans leur con- I diiite' ».
Beauharuais resta donc à la lëte de l'armée du Bhia ' et tenta de débloquer Mayence en concertant ses opérations avec Houcbard. Mayence était le mot de ralliement; Mayence ou la mort I criaient les troupes; conventionnels, journalistes, officiers de l'état-msjor, soldats ne s'entretenaient que de Mayence et des moyens | qu'il faudrait mettre en œuvre pour délivrer la ville assiégée; les armées de la Moselle et du Kbin i raient-elies jamais que les < armées de l'arme aa I bras w'?
Le 7 juiD se tiut a Bitcbe une conférence à laquelle assistaient, outre Beauharuais et Houchard, les commis- ! saires Du Roy, Laurent, Buamps et Montaul. Beaubar- ' Dais représenta qu'il fallait secourir Mayence daus le délai le plus court et profiter de la supériorité du. nombre : les ennemis, afflrmail-îl, se sont sûrement dégarnis
' Mon., n mars Et 10 nov, 1790; Journal de la, ilonlagin^ n"' as, as, 49, 57; Ckroniqu^ ih Parit, 31 ocl. 1792; Luctncr à Servan, 1"juin 1792 (< Beauharnais dont je fais {çrand cas .); Cufrtine à Beauliarnais, 23 mai 1793, et au Comité de dërensB, S avHt 1793; BiToa & Servan, 23 août 1792 (A. G.); Blanier à Le Brua, 16 déc. l'9'> ; Dupérou et Buyer ê Le Brun, i mai 17U3 ; DubuIsGon i Le Brun, 18 -nai 1793 -, Dealieui à Pn.li, 27 mai 1793 (A. E.); Oir- □erÎD aui Jacobins, 20 juin, et Galeau à Boucbotle, 29 juin ; Lacosta à B.rèie, 19 août (A, G.) ; Ruamps au Comité. 19 juin 1793 (A. N. DXLn i) ; Gouiion Saiot-Cyr, I, 62 ; Wat^nor, S3 (• es Tehlte ihm an jenec moraliichen Krsfl, die atleia ta Tbaten^areiit ■]; noie da Lfgranii (A, G.| ; Hecueil Aulard, IV, 482 el 526 ; Duforl de Cbevernj, iîén., U, 77, 80, 111, 247, 302 ; LavelleUB, I, 122-123.
■ BcBuharnais au Comilë, 16 Juin 1793 [A. Q.) ; Ltcomte, L'oktrvaleur imparlial a«a armfts, 1'07, p. 4.
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sur la frontière dd TAlsace, soit qu*jls nous croient pour longtemps dans Vétai de stagnation, soit qu*ils aient besoin de toutes leurs forces pour attaquer sérieusement la place. Mais Ilouchard, moins impatient que Beauharnals, jugeait que ses bataillons n'avaient pas une organisation assez solide. « Si chacun, disait-il, était à sa be* sogne et savait ce qu'il doit faire, et si Ton y tenait la main, nous gagnerions prodigieusement. » Il déclara donc que son armée n'était pas prête. Pouvait-elle c manœuvrer en grand • contre les Prussiens ? N'avaitelle pas une quantité considérable de recrues qu'on devait dresser et former plusieurs semaines encore avant de les mener à Tennemi ? Beauharnais répliqua que les circonstances lui semblaient « impératives v, qu'il serait plus utile de lancer les troupes en pleine expédition que de les exercer à de petites manœuvres souvent inexécutables, qu'un simple mouvement en présence de l'adversaire valait mieux que toutes les menues prescriptions du métier. On se sépara sans rien décider *.
Une seconde conférence eut lieu le 27 juin à Bitche. Cette fois, on résolut de marcher en avant et de délivrer Mayence sans relard. Généraux et commissaires étaient d'accord. Il fallait faire diligence pour sauver la forteresse. Les troupes murmuraient, s'indignaient de leur inaction; elles paraissaient suffisamment instruites; elles connaissaient leur force ; elles avaient reçu tant de recrues que l'armée du Rhin comptait 60,000 combattants et l'armée de la Moselle 40,000. On pouvait donc^ en moins de huit jours, jeter une masse de 400,000 bommes sur les lignes ennemies et, par la puissance du
1 Bdauharnais au Comité, 10 juia ; cf. Houchard au Comité, 3 juin (A. G.).