Texte de l'original
« Der Commandant der Konigl .-hayerischen Vorposten, Oherst von Weinrich, an den Unfer-Prâfect der Kaiserl. franz'ôsischen Siadt Weifsenburg.
Die Eiuwohner von Weissenburg und Altenstadt liaben gezeigt, dass sie die usuellen Regeln des Kriegsrechts civilisirter Staaten, welche ein Lewaffnetes Eingreifen der Civilbevolkerung nicht gestatten , nicht beacliteu.
Es ist also von derselben nicht zu erwarten, dass sie einem Parle mentar die gezierï;ende Aufualime gewiihren.
28 SOMMATIOX d'uX PARLEMENTAIRE.
Comme j'invitais le parlementaire — c'était un lieutenant d'artillerie l)avaruis — à s'expliquer sur les faits qui avaient motivé cette lettre, il fit allusion au coup de feu du douanier dans la matinée du 25 et au coup de pistolet tiré des remparts le 26.
Je lui répondis que je déclinais formellement ces deux griefs : le douanier, étant mobilisé par le fait de la déclaration de guerre, n'avait fait que son devoir en tirant sur des troupes qui avaient envahi le territoire français et, quant au coup de pistolet tiré par un bourgeois du haut des remparts, je me croyais en mesure d'affirmer que c'était un coup de feu d'intimidation, non chargé à balle, qui ne saurait, par conséquent, n'ayant pu blesser aucun soldat, être considéré comme une mesure d'agression.
L'officier dut reconnaître le bien-fondé de mes observations, au point de vue des règles du droit des gens.
Je l'informai que la population serait mise au courant de la notification qui m'était faite; mais que les mesures prises contre l'entrée des troupes allemandes dans la ville, c'està-dire la fermeture et la garde des portes, seraient maintenues.
Le parlementaire ne fit aucune objection.
Desshalb wird auf diesem Wege der Uuter-Priifect in Weissenburg in Kenntniss gcsetzt, dass im Wiederhohlungsf'alle Gewaltmassregelu gegen die Stadt sofort ergriflfen werdcn, imd dass fur die damit verbundenen Kepresallieu die Verantwortliclikeit die franzosische Bevolkeruug zii tragen hat.
Signé : V. Weinrich, Oherst. »
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Puis je lui remis une lettre ainsi conçue :
« Le sous-préfet de Wlssemhourg au colonel de Weinrich, commandant les avant-postes bavarois.
En réponse aux observations que vous m'avez fait porter le 27 courant par un parlementaire, au sujet des règles de guerre applicables aux citoyens qui portent les armes contre les troupes régulières d'une puissance ennemie, j'ai l'iionneur de vous faire connaître que les habitants de Wissembourg seront prévenus des conséquences qu'auraient pour eux des actes d'agression contre des troupes bavaroises et que des mesures seront prises pour empêcher d'ultérieures représailles.
Wissembourg, 27 juillet, 5 h. 45 du soir.
Sig7ié : Edgar Hepp. »
Ces mesures, dans ma pensée, c'était rintervention protectrice de notre armée !
Les menaces hautaines que je venais de lire n'étaient pas platoniques : une colonne de troupes d'infanterie, d'artillerie et de cavalerie était- descendue de ScliAveigen, toute prête à donner une sanction brutale aux sommations du parlementaire.
Mais il fut reconduit, sans accident, hors de la ville et le pont-levis fut relevé.
Il est aisé de comprendre dans quel état de surexcitation était la population : le danger était manifeste et la plus légère imprudence l'aurait fait éclater.
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Je me rendis sur la place de l'Hôtel de Ville et^ montant sur un banc adossé à la mairie, je donnai lecture de la correspondance qui avait été échangée et y ajoutai les commentaires verbaux qui l'avaient accompagnée.
Il se produisit alors un mouvement extraordinaire de sympathie et de vigueur dans la foule assemblée; on se déclara unanimement résolu à marcher en tout d'accord avec moi et à répondre par la violence aux violences dont la ville pourrait être l'objet. Mais ces généreuses résolutions, je ne devais pas les encourager. Je promis que les portes resteraient closes et gardées, que les mesures de prévoyance prises jusque-là, grâce au généreux dévouement de citoyens volontaires, continueraient à être appliquées, mais en ajoutant que, en l'absence de troupes régulières surtout, je ne pouvais prendre sur moi d'inciter la population à aller inutilement au-devant de représailles qu'autoriserait le droit des gens.
Je ne sentis jamais mieux que ce jour-là à quel point était intime et confiante la cohésion entre toutes les parties de la population et moi.
Aussitôt après, je fis connaître télégraphiquement cet incident au préfet du Bas-Rhin et lui adressai le rapport suivant. J'en donne la copie, parce que je tiens à n'étayermon récit que de documents certains.
Wissembourg, le 27 juillet 1870.
« Monsieur le Préfet, j'ai l'iionueur de vous confirmer mon télégramme de G heures, relatif à mon entrevue avec un lieutenant d'artillerie bavaroise, qui s'est présenté à 5 heures lA à la porte
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de Landau à Wissembourg, porteur du drapeau blanc du parlementaire, suivi d'un trompette de dragons, pour me remettre une lettre, dont la copie est ci-jointe, du commandant des avant-postes bavarois.
Après avoir pris connaissance de cette lettre, qui a été motivée : 1" par un coup de feu tiré par un douanier, avant-hier, sur les troupes bavaroises qui avaient occupé momentanément Altenstadt • 2" par un coup de feu tiré par un habitant de Wissembourg, lors de l'alerte dont je vous ai rendu compte par mon rapport du 26 courant, j'ai conféré avec le parlementaire, le plus sommairementpossible, eten langue allemande, pour hâter l'échange des observations. J'ai relevé que le coup de feu tiré à Altenstadt l'avait été par un douanier mobilisé, qui est régulièrement porteur d'armes et se trouve donc être fondé, par les lois de la guerre, à s'en servir contre une troupe ennemie, et que le coup de pistolet tiré des remparts par un bourgeois était à blanc et ne pouvait être considéré comme constituant un acte d'agression.
Après ces observations et, à défaut d'instructions, dont je regrette l'absence au milieu des incidents actuels, j'ai remis au parlementaire la lettre dont la copie est également jointe et qui ne constitue, en réalité, qu'un accusé de réception de la lettre du commandant des avant-postes.
J'ai fait connaître, au surplus, au parlementaire que la protection et la sécurité du territoire de Wissembourg continueront à être assurées contre les incursions des patrouilles bavaroises, par la fermeture des portes de la ville.
La lettre du commandant des avant-postes m'a été remise comme chef politique de l'arrondissement, aux fins de donner connaissance à toutes les communes des mesures que l'armée bavaroise est disposée à appliquer en cas de prise d'armes des simples citoyens. Vous apprécierez, Monsieur le Préfet, les instractions qu'il conviendrait de donner à cet égard ; pour moi, privé depuis hier du service de la gendarmerie, qui a eu l'ordre
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de se replier à la première alerte, n'ayant pas les moyens de mo mettre en relation sûre avec les communes, par suite de l'occupation ennemie ou de la rupture de certains fils télégraphiques, je ne voudrais ni ne pourrais j^rendre sur moi de donner aucune instruction particulière, en considération surtout de l'établissement de l'état de siège dans le département. Veuillez agréer, etc. »
Cet incident sérieux, survenant quarante -huit heures après TafFaire de Scheuerlenhof, me parut se produire tout à point pour éveiller définitivement l'attention sur la gravité de la situation et mettre un terme à la légèreté^ quelque peu gouailleuse, avec laquelle on appréciait les choses. Il en ressortait avec clarté deux faits d'une importance égale : c'est que les Allemands faisaient, avec résolution et esprit de suite, des entreprises sur notre territoire, dans la direction de Wissemhourg-Niederhronn, et que leur action avait une dureté comminatoire dont nous ne les avions pas jugés capables et qui impliquait psychologiquement la confiance de gens se sentant soutenus.
En outre, il en ressortait la démonstration, beaucoup plus importante, que la IIP armée, laquelle comprenait les contingents de l'Allemagne méridionale, était concentrée sur notre front de Wissembourg. Les avant-postes étaient, en effet, commandés par un colonel bavarois (le colonel de Weinrich était commandant du S'" régiment de chevau- légers [prince Otto], de la brigade de uhlans du général baron de Multzer) ; le parlementaire était un officier d'artillerie bavaroise ; il était appuyé dans sa démarche par des troupes de soutien de toutes armes.
Cette preuve était amplement corroborée par les mouvements continus de concentration des troupes prussiennes dans la région de Landau-Germersheim.
Que fallait-il de plus pour imposer une attention sérieuse? A partir de ce moment^ elle n'était plus sollicitée seulement par Tirritante insistance d'un fonctionnaire réputé trop zélé, ahuri peut-être par les plaintes de populations agitées^, voyant des ennemis là où d'autres n'arrivaient pas à en apercevoir.
Toutefois, des lettres familières, que je recevais à ce moment môme de Strasbourg, me faisaient comprendre qu'on avait mille raisons pour y traiter nos soucis un peu par-dessous la jambe.
L'arrivée successive des régiments destinés à former l'armée du Rhin, celle surtout des contingents d'Afrique, qui attiraient toute la curiosité, jetait la ville dans une iièvre joyeuse, dans un entrain de chauvinisme qui ne se prêtaient pas aisément à des préoccupations plus utiles. Avait-on conservé, dans cette animation, le calme d'esprit nécessaire pour apprécier à sa valeur la signification des incidents qui
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se multipliaient îiiitoiir de nous? L'opinion régnante à Strasbourg pouvait se résumer ainsi :
On paraît avoir peur à Wissembourg; on y vitclansThallucination des Prussiens et Ton en voit partout; les esprits y sont un peu affaissés; qu'ils nous laissent donc tranquilles! nous allons être en mesure de leur faire honte de leurs craintes des Allemands; notre armée est merveilleuse, qui donc lui résisterait ?
Et j'étais pris à distance du même chauvinisme et de la certitude de victoire qui animaient là-bas tous les cœurs!
Ce qui nous chagrinait surtout, c'est qu'on parût nous soupçonner d'avoir trop le souci de notre sécurité personnelle. Cependant nous n'avions pas de motif de perdre notre sang-froid, car Wissembourg, avec ses portes fermées, nous mettait à l'abri des incursions directes de l'ennemi et nous avions conservé la persévérante conviction que notre armée, supérieure à toute autre, saurait, au moment décisif, faire ses preuves. Mais nous étions en présence de la réalité et ne pouvions trop nous affliger et nous irriter qu'on semblât n'en tenir aucun compte. Car, de notre su tout au moins, on ne prenait pas de mesures pour voir les choses de plus près. Les promenades de notre cavalerie étaient un peu plus fréquentes, mais elles ne savaient pas rencontrer les reconnaissances ennemies et ne franchissaient pas la frontière allemande où, cependant, de courtes chevauchées, aux distances les plus proches, plus aisées à faire, à coup sûr, que celle des officiers badois à Scheuerlenhof, eussent fourni la preuve indéniable que tout était vrai dans les nouvelles fournies sur les concentrations allemandes.
Cette concentration se précipitait avec une précision et un ensemble dont on acquérait la certitude à Wissembourg, par une abondance de déclarations concordantes. Et ce n'est pas seulement dans la direction de Landau que nous en étions informés. Nous savions également qu'au même moment le chemin de fer qui, de Kaiserslautern, se dirige vers la Sarre^ parHombourg et Bexbacli-Neunkirclien, était uniquement occupé par le transport des troupes : plusieurs dépêches signalèrent ces mouvements.
Les journées des 28, 29, 30, 31 juillet se passèrent au milieu de ces préparatifs menaçants, et notre situation restait la même. Cependant, le 28 juillet, je reçus, en ma qualité de sous-intendant ff""', Tordre d'acheminer sur Haguenau le matériel de manutention qui était revenu de cette ville quelques jours avant.
Nous commencions <à souffrir de notre isolement à d'autres points de vue, par suite de l'interruption du trafic international et de la rareté des trains circulant entre Strasbourg et Wissembourg.
C'est ainsi que la houille manquait pour le fonctionnement de l'usine à gaz et que tous les approvisionnements de sel étaient épuisés; je dus alors prendre sur moi d'ordonner des mesures quelque peu dictatoriales, qui m'étaient réclamées au nom de l'intérêt des habitants. Je mis la main sur des Avagons allemands chargés de houille et de sel et les fis décharger au profit des besoins locaux, en vertu d'une réquisition remise au chef de gare.
Le fait suivant prouve la sérénité relative où, malgré tout, se maintenaient les esprits. Dans la matinée du
1" août, à 7 heures, à Texemple de beaucoup d'iiabitants, je partis en voiture avec ma femme et M. Miintz, ingénieur en chef des ponts et chaussées, pour aller visiter le colonel de Franchessin, et apporter quelques douceurs aux soldats du 96' de ligne, qui campaient au col du Pigeonnier. Ce col est dans une situation admirable : il commande Wissembour2; et la route de Bitche. Notre chauvinisme était dans son plein et nous avions gardé une liberté d'esprit suffisante pour quitter Wissembourg et aller, en partie de plaisir, nous ragaillardir au contact, qui nous manquait trop, de nos magnifiques soldats.