‹ Wissembourg au début de l'invasion de 1870Chapitre 15 sur 49 · VISITE D UN OFFICIER · texte numérisé non relu

VISITE D UN OFFICIER

A mon retour^ dans F après-midi, je reçus la visite d'un officier en bourgeois, dont les dispositions à mon endroit étaient à peine plus justes que celles de son camarade qui entendait que les paysans refoulassent à coups de faux la cavalerie bavaroise. Le scepticisme le plus absolu continuait à régner dans son esprit au sujet des rassemblements allemands. Je n'en revenais pas !

Cependant aucun des habitants de la frontière, de Lauterbourg à Wissembourg, s'il eût été interrogé sur la situation, n'aurait tenu un autre langage que celui que je faisais entendre à Strasbourg.

Cet officier m'offrit, à discrétion, de l'argent pour assurer le service des renseignements. Je me hâtai de décliner cette ouverture. Je faisais face, par des sacrifices personnels assez lourds, à l'accomplissement de ce que je considérais comme de mon devoir administratif ; il ne pouvait me convenir d'accepter un autre rôle, alors surtout qu'on ne me gâtait pas par les témoignages de conliance.

Ce qui paraissait préoccuper particulièrement cet officier était de savoir si le passage de la garde royale prussienne

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m'aviiit été signalé parmi les renseignements qui m'arrivaient. Je n'en savais absolument rien^, et ce n'est qu'à ce moment que j'appris le signe distinctif de la garde : double galon blanc au collet.

En refusant des subsides, j'insistai avec une vivacité particulière sur l'utilité absolue de mettre en résidence à Wissembourg un officier qualifié^ qui se trouvât avec moi au centre des nouvelles^ et qui pût les soumettre à un contrôle professionnel dont je devais naturellement décliner la compétence.

La responsabilité commençait à me peser, car elle se rattachait^ dans mon esprit, aux plus grands intérêts de mon pays. Mais la mission de mon interlocuteur ne comportait pas une détermination de cette nature, et je le reconduisis à la gare, envahie, à ce moment, par une foule de jeunes gens qui rejoignaient la garde mobile à Strasbourg.

Comme, dans l'attente du départ du train, je m'efforçais de faire pénétrer ma conviction et mes préoccupations dans l'esprit de mon compagnon et que je m'écriais : « Mais enfin, n'attachez-vous donc aucune importance à ces travaux offensifs et défensifs qui barrent toutes les routes de la frontière rhénane, à cette batterie de position établie sur Wissembourg? »

— « Quelle batterie? » interrogea-t-il.

Et, assez excité, je lui montrai les épaulements construits depuis huit jours à l'avancée de Schweigen. 11 me marqua une vive surprise et dit qu'il en ignorait l'existence. Nous nous quittâmes. Avais-je réussi à ébranler enfin des préveu: tions invétérées?

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