‹ Wissembourg au début de l'invasion de 1870Chapitre 18 sur 49 · LE BOMBARDEMENT ET LE COMBAT DE WISSEMBOURG · texte numérisé non relu

LE BOMBARDEMENT ET LE COMBAT DE WISSEMBOURG

jamais vu en semblable aventure! — vous laisse indifférent, et j'entrai dans la chambre de ma femme. Elle se coiiFait dans le plus grand calme. Je lui dis de se dépêcher et comme cette grave opération traînait en longueur, je m'écriai, un peu vivement, sans doute: « Dépeche-toi donc! » Elle se retourna et, voyant mon air préoccupé, me dit : (( Mais qu'y a-t-il ? — H y a qu'on nous bombarde ! — Non, c'est la reconnaissance au canon du général Douay ! » Au môme instant, une domestique venait affirmer (pi'elle m'avait vu traverser, en venant à la sous-préfecture, un espace découvert qui était sillonné par les projectiles. Je ne m'en étais pas douté.

L'artillerie faisait rage et répandait partout la destruction, surtout dans le quartier situé entre la porte de Landau et celle de Haguenau. Pendant la première heure, la plus cruelle de toutes pour la ville même, les pompiers et les citoyens s'efforçaient d'éteindre les incendies qui éclataient de tous côtés.

Les soldats de la garnison se portèrent sur les remparts ; la canonnade et la fusillade régnèrent alors en souveraines. Wissembourg, qui forme comme le fond d'une cuvette dont les bords sont représentés par les hauteurs de Schweigen et celles du Geisberg, distantes entre elles d'environ trois mille mètres, fut accablé sous une trombe de projectiles.

Bientôt, à ces feux croisés s'ajoutèrent ceux qui s'échangeaient, à l'est de la ville, entre des batteries allemandes, postées au Windhof, et l'artillerie française, établie momentanément du côté de la gare. Ce fut un fracas effroyable.

Je me retrouvai avec l'intendant Greil, ses commis et

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son ordonnance, sous Tentrée de la sous-préfecture. Nous y échangions, en famille, nos impressions, qui n'étaient encore empreintes d'aucun découragement, et, vers 10 heures, nous y prîmes une collation. A 10 heures et demie, Tintendant reçut ordre de se mettre en retraite vers la division. Il comprit sans doute que les choses se gâtaient, car il nous serra les mains avec une certaine émotion, nous assura qu'on ne nous abandonnerait pas, que le maréchal Mac-Mahon, en marche sur Wissembourg, saurait nous dégager, et, me disant au revoir, il me fit l'énergique recommandation d'ôter mon uniforme, qui pourrait être dangereux en ce moment.

Il nous quitta; quand nous le vîmes engagé dans la rue avec ses soldats et sa voiture, nous fûmes saisis d'une vive appréhension sur le sort de ceux que nous considérions comme nos amis, car le sifflement violent et aigu des balles et l'éclatement des obus dans la rue qu'ils suivaient et qui longe la sous-préfecture, paraissaient indiquer de graves dangers. Ils s'en tirèrent tous sains et saufs.

Le combat, dont nous ne pouvions naturellement suivre les phases, paraissait à cet instant même avoir repris avec un redoublement de fureur, surtout dans la direction de la gare. L'idée nous vint que l'armée de Mac-Mahon entrait en ligne ! Et cet affreux fracas ne faisait que croître. L'incertitude devenait poignante et le danger s'accentuait. Un éclat d'obus venait de traverser une pièce de l'entresol où les miens étaient réunis : il fallut déguerpir.

Vers midi et demi, il se produisit dans les feux d'artillerie une accalmie presque complète, interrompue seulement par la fusillade des remparts. La ville était déserte,

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