‹ Wissembourg au début de l'invasion de 1870Chapitre 22 sur 49 · LES PRISONNIERS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LES PRISONNIERS FRANÇAIS

Nos malheureux soldats prisonniers étaient enfermés dans réglise, située à une dizaine de mètres de la sous-préfecture. ]^e bataillon qui les gardait avait formé ses faisceaux. Ma femme eut Texcellente initiative d'apporter un peu de nourriture à, nos soldats qui, sans avoir rien mangé, s'étaient battus depuis le matin; aussitôt, trois paniers furent remplis de bouteilles de vin, de fruits cueillis à la hâte au jardin , des quelques provisions que nous avions sous la main, de tabac et de cigares. Ce fut un ravissement pour les pauvres prisonniers, si grand que, dans leur hâte à se saisir du tout, quelques bouteilles furent brisées et quelques fruits écrasés ; puis, sur l'intervention des chefs, la distribution se fit plus régulièrement sans que les officiers prussiens y missent aucun obstacle.

Me retournant un instant après, je vis, dans un autre groupe, ma femme entourée de soldats tendant leurs bras vers elle : les infortunés prisonniers lui remettaient avec un empressement fébrile des lettres à faire parvenir à leurs familles. J'acceptai bien volontiers aussi ce rôle de facteur, que nous valaient des circonstances si profondément touchantes, et nous sortions de l'église les mains pleines quand

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nous fûmes, sur le seuil, arrêtés d'une manière fort sèche par un capitaine bavarois. Que faites-vous là ? — Sur mon explication, il me déclara que je me rendais de cette manière passible des lois de la guerre, comme entretenant une correspondance avec Tennemi. C'était un aperçu dont je ne m'étais pas avisé ! Je lui répliquai : Il ne me reste alors, capitaine, qu'à vous demander de vous charger vous-même d'envoyer ces lettres des prisonniers à leur famille. Le ton changea aussitôt et, avec une bonne grâce parfaite, il accepta le dépôt que nous lui remîmes entre les mains. 11 s'acquitta exactement de son mandat volontaire; les lettres, acheminées sur BAle, y furent remises à la section de la Croix-Rouge, qui en assura la transmission.

Ce second incident, où se révélait le sang-froid dans l'ordre et dans la discipline, ne me frappa pas moins que celui des drapeaux, et c'est à ce titre que je le relate; car, pour les faits en eux-mêmes, ils paraîtraient peut-être d'une importance un peu mince au milieu du drame qui avait coûté tant de vies et causé tant de ruines.

Les quatre cent cinquante prisonniers (je crois bien ([ue tel était le nombre de ceux gardés dans l'église) furent assistés encore par le dévouement de M. le curé Schaffner et de la famille Ad. Volpert, qui demeuraient dans le voisinage: les malheureux eurent un peu de soulagement dans leur triste situation.

J'avais été surpris devoir, à deux reprises, que des ordres fussent donnés à des troupes prussiennes par des officiers bavarois. J'allais avoir l'explication de cette apparente anomalie.

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