‹ Wissembourg au début de l'invasion de 1870Chapitre 23 sur 49 · ARRIVÉE DU CADAVRE DU GÉNÉRAL DOUAY · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DU CADAVRE DU GÉNÉRAL DOUAY

Vers 5 heures du soir, on vint me prévenir, — funèbre épilogue de cette lugubre journée ! — que la dépouille du général Douay, tué pendant la bataille^ venait d'être amenée à Wissembourg, où elle avait été transportée^ au fond d'une voiture de blessés, jusqu'à rhôpital militaire. La nouvellede cette mort, que nous ignorions jusque-là;, nous accabla. Je courus à l'hôpital et y vis le corps du général, recouvert de son manteau, étendu sur le plancher d'une voiture à ridelles. Des médecins de Tambulance française du Schatfbusch, ramenés avec d'autres prisonniers, se trouvaient tout auprès. Lorsque je m'occupai de donner des ordres pour le dépôt du corps sur une civière et son enlèvement, car je voulais le conduire chez moi, je fus brutalement interpellé par un officier prussien, qui me demanda de quoi je me mêlais, ajoutant que l'autorité militaire allemande s'étendait sur les blessés et toutes les dépouilles du combat. Je lui demandai à qui il fallait m' adresser pour recueillir le cadavre du général, dont il m'appartenait évidemment d'assurer l'ensevelissement. Il me renvoya au général commandant la place et j'allai trouver, dans une chambre d'auberge, le comte de Bothmer, commandant la 2" division du IL corps de l'armée l)avaroise, à (jui Thonneur du premier commandement de la

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ville conquise avait été attribué, en récompense, sans doute, de la part prépondérante qu'il avait eue dans le succès.

Un aide de camp, que je reconnus l)ien, m'introduisit auprèsdelui: c'était l'officier qui, quelques heures auparavant, à l'église, s'était chargé de la transmission des lettres de nos soldats prisonniers. Le général me reçut courtoisement et acquiesça immédiatement à ma requête. 11 ordonna que l'on me remît le corps du général Douay, dont il déplora la mort dans les meilleurs termes, ajoutant que l'armée française s'était supérieurement battue.

Comme je me retirais et que j'avais passé déjà le seuil de la porte, le général m'arrêta par cette question : c: Monsieur le Sous-Préfet, pourriez-vous me dire l'importance de l'armée contre laquelle nous nous sommes battus? »

Devais-je répondre? Je n'y vis pas d'inconvénient, l'armée étant en retraite et non poursuivie, ainsi que je venais de l'apprendre, et puis j'étais un peu glorieux. Je répondis: (( Il y avait dans Wissembourg un bataillon comprenant 500 hommes et moins de 6,000 hommes sur le Geisberg. — Il est impossible qu'il n'y ait pas eu plus de troupes ! — Je vous affirme positivement la chose. — Ce serait bien étonnant ! Nous estimons à plus de deux divisions les forces qui nous étaient opposées'. »

Ce court dialogue était la plus éclatante consécration de la valeur de nos soldats !

1. J'exagérais eu trop sans le savoir. Il n'y avait pas 5,000 hommes au Geisberg. D'après une étude comparative des documents publiés par les états-majors allemand et français, voici quels ont été, suivant un travail fait par MM. le major Etienne et le médecin-major Baëlen, les effectifs engagés au feu. Le général Douay, le 4 août, n'avait sous la

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