LE NOUVEAU GOUVERNEMENT DE L' ALSACE
Voici les imprimés que contenait le ballot : D'al)ord, des exemplaires des Nouvelles officielles, du jeudi !'■'■ septembre, contenant (dans les deux langues), sous le titre de « Constitution du Gouvernement général de l'Alsace »;, un extrait du décret de Sa Majesté le Roi de Prusse, du 14 août 1870, ainsi conçu :
J'ordonne par la présente que les territoires occupés de l'Alsace soient placés sous l'administration d'un gouverneur général de l'Alsace, pour lequel mon ministère de la guerre est chargé d'élaborer et de me soumettre des instructions, de commun accord avec le chancelier de la Confédération du Nord. Je nomme gouverneur général de l'Alsace le lieutenant-général comte de Bismarck-Bohlen, commandant de Berlin et général en chef de la gendarmerie du royaume, etc., etc.
Au quartier géuéral d'Herny, 14 août 1870.
Signé : Guillaume.
Au Ministre de la guerre.
Puis , dans le supplément aux Nouvelles offi,cielles du même jour, la proclamation suivante :
Le soussigné j)orte à la connaissance des habitants, qu'il vient d'être nommé préfet du département du Bas-Rhin. Il leur pro-
fiir das General-Gouvernemeut Elsass) » uiid woiter 120 Abdriïcke des Erlasses des Herrn Generalgouverneurs im Elsass vom 30. v. Mts, mit dem ergebensteii Ersuche zu libermittelu, dièse Abdriicke uuter sammtlichen Gemeinden des Arrondissement Weissenburg zur Anheftung an den offentlichen Gebauden sofort zu vertheilen.
Hagenau, den 2. September 1870.
Der Prdfect des Nieder-Rheins, Graf LuxBuuG.
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met une protection assidue de leurs intérêts, mais il compte aussi sur leur dévouement pour lui faciliter l'exercice de ses fonctions.
Les citoyens ne pourront mieux sauvegarder la sécurité de leurs personnes et de leurs propriétés, qu'en prêtant un concours loyal et sincère à l'autorité civile.
Le chef-lieu de la préfecture est établi provisoirement à Haguenau.
Le préfet donnera ses audiences chaque jour, de 10 heures à 1 heure, excepté les jours de fête.
Ilagaenau, 31 août 1870.
Le Préfet du Bas- Rhin,
Comte DE LuxBURG.
Quant au manifeste du comte de Bismarck-Bohlen , il était imprimé sur un placard de grande dimension, dans les deux langues, le français occupant la place d'honneur dans la première partie de l'affiche.
Voici ce document :
Habitants de l'Alsace !
Les événements de la guerre ayant amené l'occupation d'une partie du territoire français par les forces des Puissances Alliées allemandes, ces territoires se trouvent, par ce fait même, soustraits à la souveraineté impériale, au lieu et place de laquelle est établie l'autorité des puissances allemandes. C'est en leur nom que je suis appelé à exercer le pouvoir dans les départements du Haut et du Bas-Rhin ainsi que dans le nouveau département de la Moselle, comprenant les arrondissements de Metz, Thionville, Sarguemines, Château-Salins et Sarrebourg, en qualité de gouverneur général de l'Alsace.
Le maintien des lois existantes, le rétablissement d'un ordre de choses régulier, la remise en activité de toutes les branches
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de l'administration, voilà où tendront les efforts démon gouvernement, dans la limite des nécessites imposées par les opérations militaires. La religion des habitants, les institutions et les usages du pays, la vie et la propriété des habitants jouiront d'une entière protection ; rien enfin ne sera négligé de ce qui pouxTa contribuer à rendre plus supportables à la population les charges aussi douloureuses qu'inévitables de la guerre.
Mais il ne sera possible d'arriver à ce but qu'à la condition de voir les habitants, à leur tour, seconder, dans leur propre intérêt les efforts de la nouvelle administration, en venant au-devant d'elle avec confiance et en se soumettant spontanément à toutes les mesures qu'elle sera en lieu de décréter, et pour lesquelles elle devra péremptoirement réclamer la plus stricte obéissance.
Eien ne saurait mieux répondre à l'auguste volonté des Puissances Alliées que le rétablissement le plus prompt et le plus complet d'un ordre de choses normal, permettant à chacun de se livrer à ses occupations paisibles et de travailler ainsi, avec l'aide de la divine Providence, au retour du bien-être de la population entière. Je suis décidé à poursuivre cette grande tâche avec tous les ménagements, mais en même temps avec toute la fermeté que m'imposent ma haute mission et la nature extraordinaire des circonstances.
Haguenau, le 30 août 1870.
Le Gouverneur général de V Alsace, Comte de Bismaeck-Bohlen, lieutenant-général.
Ces communications m'inspirèrent des sentiments fort mélangés. Les puissances alliées faisaient mainmise politique sur l'Alsace, en excluaient la souveraineté française avant tout traité de paix ; quelles étaient donc leurs intentions? Elles me parurent inquiétantes pour le sort réservé à mon pays. D'un autre côté, comme il ne pouvait être un
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instant question pour moi de me conformer à ces instructions, mon refus de service devait contraindre Tadministration allemande à adopter à mon endroit une mesure quelconque qui me fit quitter l'arrondissement, où ma position de sous-préfet français lu paiiibus iufidellam, sans autorité, interné et surveillé militairement, avait été souvent singulièrement lourde depuis le 4 août. L'espoir d'une solution à cet égard me causait une grande satisfaction.
Mais, à un autre point de vue, notre départ allait être l'exil, Fodieuse condition du blessé prisonnier de guerre, pour nos pauvres chers amis, le commandant Liaud, le capitaine du Closel, le lieutenant de Mareuil. Ils avaient été notre meilleure consolation au milieu de nos soucis, et voilà que le moment de notre propre délivrance allait être celui de leurs vraies épreuves, car leur état de santé permettait de les transférer en Allemagne.
Nous avions naturellement moins de préoccupation pour le capitaine Bressler, <|ui retrouverait en Hesse, sa patrie, un milieu plus doux que le salon de la sous-préfecture de Wissembourg. Quant au lieutenant Prand, il nous avait quittés depuis quelque temps pour" rejoindre l'armée bavaroise ; le siège de Paris lui a été funeste, je crois.
J'allai donc informer sans retard nos amis de la situation; ils en furent fort attristés, mais qu'y faire?
Je renvoyai aussitôt les imprimés au commandant d'étapes et lui demandai un laissez-passer pour me rendre à Haguenau, siège provisoire du nouveau gouvernement du pays. Je l'obtins sous la qualification de(( Marscbvorweis », et arrivai tard à Haguenau, par un train de marchandises.
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Je ne pus être reçu par le Gouverneur général et fus ajourné au lendemain dimanche, après Toffice.
Je retrouvai à Haguenau un grand nombre d'amis, en particulier parmi les médecins de la Faculté de Strasbourg, qui dirigeaient les ambulances établies dans la ville après Frœschwiller.
ENTREVUE AVEC LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL d'aLSACE
Mon entrevue avec le comte de Bismarck- Bohlen fut aussi courte que désagréable. Comme je lui notifiais ma résolution de ne prêter aucun concours à son administration, il s'emporta, dit que je donnais, comme Alsacien, un mauvais exemple, et que, comme sous-préfet, je devais bien savoir que j'étais délié de mon serment, Tempereur étant prisonnier, et mon pays d'origine placé de fait sous la souveraineté allemande ; que le mieux était donc pour moi de rester à mon poste et de me soumettre aux conséquences de la guerre. Il insinua même qu'il avait eurintention d'étendre jusqu'au delà de Haguenau la compétence de la sous-préfecture de Wissembourg.
Je ne puis dire à quel point je fus surpris de cette cacophonie de raisonnements politiques, administratifs et moraux. Ils étaient exprimés avec une conviction qui me fit penser qu'il y a ici-bas plusieurs façons de comprendre le devoir.
Je lui ol)jectai ([u'il n'oserait agir comme il me conseillait de le faire; il n'insista plus et prit une attitude impérieuse et cassante. Je le priai de me faire connaître quelle décision
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il prenait ;i mon endroit. Il m'ordonna de rentrer à Wissembourg par le premier train qui passerait à la gare et d"y attendre ses instructions.
A trois heures de l'après-midi, je rentrai chez moi, reçu au haut de l'escalier par ma femme, fort inquiète de mon retour tardif. Je n'avais pas eu le temps de la rassurer qu'elle me dit : Voilà deux messieurs qui viennent te voir. Je me retournai et vis, montant vers nous, le comte de Luxburg, préfet allemand, et M. Volkheimer, qui allait être installé comme sous-préfet h ma place.