LE SOUS-PRÉFET ALLEMAND DE WISSEMBOURG
Ces messieurs avaient, à mon insu, pris le même train que moi, et marchaient sur mes talons depuis la gare.
M. de Luxburg, homme d'une distinction parfaite, me notifia, dans les formes les plus courtoises, le but de sa présence et m'invita à le conduire dans mon cabinet, où il allait apposer les scellés. Séance tenante, il installa M. Volkheimer, reçut son serment, — qui consistait dans une simple promesse de loyauté professionnelle, accompagnée d'un serrement de main, — puis, sur mon observation que j'avais encore dans les tiroirs de mon bureau divers papiers peiv sonnels, il m'accorda deux heures pour les mettre en ordre. Finalement il renonça à Tapposition des scellés, M. Yolkheimer s'étant décidé à faire dresser un lit dans le cabinet.
Sur ma question, M. de Luxburg me dit qu'on me donnerait sans doute quelques jours pour me mettre en mesure de partir avec ma famille et que je serais expulsé en Suisse.
Mes excellents et fidèles collaborateurs, ]M. Victor Schal- 1er, secrétaire de la sous-préfecture, et M. Georges Fischer, chef de bureau, refusèrent, malgré les avantages qui leur furent offerts , de prêter leur concours à mon successeur
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allemand. C'était une détermination fort louable de la part de ces honorables employés qui n'étaient pas assurés de retrouver un gagne-pain.
Je dois rendre hommage aux égards dont nous fûmes Tobjet. Mon successeur, allemand, hélas ! ne réclama pas de logement plus confortable que son campement dans son cabinet et nos blessés ne furent pas dérangés dans leur installation.
Les deux heures qu'on m'avait accordées pour dépouiller mes papiers ne m'eussent pas été indispensables; j'avais, en effet, dès le 4 août, caché les chiffres télégraphiques et brûlé tous les papiers qui pouvaient être compromettants, particulièrement ceux relatifs au service des renseignements qui avait si tristement abouti à notre bombardement. Mais je refis une révision générale, pour être sûr de ne rien laisser derrière moi.
Après avoir procédé, avec l'assistance de l'architecte d'arrondissement, à un récolement de l'inventaire mobilier de la sous-préfecture, je mis en sûreté ma cave et mes provisions chez M. le curé Schaifner, qui avait mis gracieusement son presbytère à ma disposition, et tous nos meubles personnels, bien encombrants, chez nos Ions amis et voisins les Ad, Volpert.
Puis, prêts à tout désormais, nous attendîmes les ordres du gouverneur général. J'allai faire mes adieux à tous nos amis et participai encore avec eux aux espérances (|ue pouvaient nous permettre les efforts de la Défense nationale.
Le 9 septembre on évacua nos l)lessés; je leur donnai, du mobilier administratif, tout ce qui pouvait être utile à