OUVERTURE DES HOSTILITÉS. — PRÉCAUTIONS
La guerre fut déclarée le 15 juillet.
J'ai (lit que mon devoir me paraissait tout tracé: me tenir constamment au courant de ce qui se passait autour de moi. Rien de moins compliqué. J'avais d'abord^, et au premier chef^ le concours assuré de toute la population^ sans distinction, sans que j'eusse à y faire un appel particulier, car nous étions exposés aux mêmes aventures, puis celui des maires qui me fut prouiis sans réserve, puis enfin celui des fonctionnaires des forêts et des douanes, dont le personnel de gardes et d'agents circulait incessamment sur la frontière. Les avis donnés par la population tiraient une importance particulière de ce fait que des liens de famille existaient entre un certain nombre de Wissembourgeois et de Bavarois, de Landau, Bergzabern, Kaiserslautern, etc., et que, dans l'échange des préoccupations communes, on se communiquait des renseignements d'une parfaite sincérité.
En outre, des relations commerciales anciennes étaient établies entre les deux pays. C'est par ce canal que j'eus l'occasion de m'assurer de trois agents spéciaux de renseignements fort utiles. Dans la zone plus directement fron-
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tière, la circulation des marchés et des foires permettait de se tenir au courant soit des l)ruits publics, soit de faits précis.
Ces diverses sources d^ information me valurent, dès le lendemain de la déclaration de guerre, un ensemble de renseignements tout à fait dignes de confiance, qui s'étendirent même hors des limites de l'arrondissement, à FOuest, ainsi que je le dirai plus loin. Mais les informations les plus fréquentes et les plus aisées à vérifier étaient celles des mouvements de troupes qui se faisaient dans la direction de Mannheim-Spire-Landau.
Ce fut le 16 juillet que j'en pus recueillir les premiers indices. Les routes frontières du Palatinat étaient occupées vers Winden et les deux Otterbach par des forces d'infanterie bavaroise et, dès ce moment, nous nous sentîmes sous le coup d'une menace. Notre première alerte, à Wissembourgmeme, eut un caractère quelque peu ridicule; je la relate néanmoins pour marquer combien Tattention publique était éveillée déjà. Au milieu de la séance du conseil d'arrondissement, dont la session s'ouvrait le 18, une émotion se produisit dans les rues et nous entendîmes les cris : c( Ils
viennent, ils viennent! » Et nous vîmes défiler quoi ?
Une cavalcade d'écuyers de cirque costumés en hussards ! ! Xous en rîmes de bon cœur; mais, n'ayant plus aucune garnison en ville et la frontière étant sans protection, le sentiment que notre sécurité était précaire se manifesta brutalement.