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En attendant, l'Allemagne profite de la confusion préparée sournoisement par ses émissaires pacifistes ; elle mobilise ses forces malfaisantes et reprend sa marche contre la civilisation humaine.
Pendant plus de quarante ans, la menace germanique a dérangé l'équilibre politique
et moral des nations. Pendant plus de quarante ans, cette terreur, brandie au centre de l'Europe, a empêché la reconstruction politique et sociale du monde. Il est aussi impossible à une ville de mener une vie normale, quand des chiens enragés hantent ses rues, qu'à l'univers de se développer d'une façon élevée et durable sous la menace prussienne.
Et ce n'est pas seulement l'épée, c'est la mentalité germanique qui trouble et avilit les nations. Pareille à une peste mystérieuse, elle se répand et présage la sujétion psychique du monde. Un par un, groupe par groupe, intellectuels et internationalistes s'inclinent devant elle. Conférenciers de paix, socialistes politiques, organisations catholiques-romaines, écrivains qui se considèrent au-dessus de la mêlée, hommes d'affaires riches, qui craignent de voir les nations échapper à leur contrôle, tous s'unissent sous le pavillon allemand. Et le monde sera subjugué et détruit, si cette pénétration morale et mentale n'est pas supputée à sa juste valeur et son œuvre néfaste, passée et présente, anéantie.
Car, en vérité, l'Allemagne est en train
aujourd'hui, de conquérir la terre, secrètement et psychiquement. Oui, elle triomphe encore malgré ses crimes, ses infidélités, ses pertes et les puissantes nations liguées contre elle. Elle persuade et intrigue; elle s'allie avec les forces élémentaires qui voudraient ravaler l'homme au niveau primitif; elle infecte la conscience, elle détruit presque la raison d'être de l'humanité.
Nous voyons se dresser devant nous la possibilité effroyable d'un monde à l'esprit et à l'âme germanisés ! Des littérateurs éminents, des révolutionnaires, des politiciens puissants et des hommes d'Etat, cèdent à l'influence magique de son passé, renouvelé dans le présent. Ils croient à ses plaintes théâtrales et à sa rhétorique et, en conséquence, une paix plus dangereuse que la guerre et présageant des siècles de ténèbres, se dessine à l'horizon. On dirait que l'esprit de la race humaine s'endort dans la torpeur d'une seconde nuitpréhistorique. Wotan et Thor, et les monstres antédiluviens, unis et modernisés, ont façonné l'âme germanique; ils sont sur le point d'établir leur mortelle domination sur une terre qui a perdu tout sens des réalités morales.
Ne dites pas que je prêche contre la paix. C'est une allégation qu'il est inutile de réfuter. Mon suprême désir est, au contraire, une paix universelle qui ferait rapidement progresser rhumanité au delà de toute imagination. Mais la Maison de Paix ne se construit pas sur le sable, avec le ciment de la lâcheté et de la fraude. Une union internationale, honorable et durable, dépendra des causes et des conséquences du conflit européen. Tous les côtés spirituels de la guerre doivent être envisagés et réglés, avant que soit proclamée une paix réelle, une paix qui ne soit pas une duperie tragique et le prélude des pires catastrophes. On ne peut mettre dans la même catégorie morale le désir de conquêtes qui inspira l'ofi^ensive germanique et le droit à l'existence pour lequel se battent la France, la Belgique et la Serbie. On ne peut unir le principe autocratique qui est à la base des empires centraux, avec le principe démocratique, force motrice qui poussa à l'évolution politique de la France et de l'Angle-
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terre. On ne peut pas, dans l'espoir de raccourcir la guerre, effacer de l'ardoise germanique les horreurs commises en Belgique, la destruction de la Serbie, les massacres arméniens et les attentats sousmarins.
Une paix achetée à si vil prix, c'est le suicide moral des peuples ! Elle reposerait sur des montagnes de mensonges et sur le déshonneur du monde; elle serait la preuve d'un manque de sincérité intellectuelle, d'une détérioration spirituelle des générations qui vont disparaître dans ce tourbillon de fer et de feu.
Une telle paix serait d'ailleurs une victoire complète de l'Allemagne. Ne nous y trompons pas : la situation européenne, telle qu'elle est, donne la victoire à l'Allemagne ; la paix proposée par les pacifistes, une paix sans victoire des deux côtés, la verrait s'agrandir avec des territoires volés, si bien qu'elle égalerait, à certains égards, les empires les plus puissants de l'antiquité. L'Allemagne a obtenu un triomphe qu'elle ne prévoyait pas au début de la guerre ; elle a conquis ses propres Alliés et va posséder pratiquement leurs territoires. Les empires d'Autriche, la Turquie,
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la Bulgarie seront annexés, en fin de compte à l'Allemagne, ainsi que la Roumanie, la Serbie et le Monténégro. Un empire germanique compact s'étendra d'Anvers et de Hambourg à Bagdad. Rome elle-même n'acquit jamais d'empire aussi étendu ni défini et capable d'affirmer son autorité mondiale. Etant données et son organisation, si efficace au point de vue matériel et technique, et sa religion pangermanique, qui est l'âme de cette organisation, l'empire du Kaiser constituera le cœur même de l'Europe et de l'Asie. Si nul obstacle ne se met en travers de cette extension, il tiendra dans peu d'années les deux continents sous sa domination.
L'Allemagne a beau jeu de se montrer généreuse à propos de ses renonciations. Elle peut évacuer la Belgique, rendre l'Alsace- Lorraine à la France, le Trentin et Goritz à l'Italie, sans diminuer les conquêtes qui lui font dépasser la gloire de la Rome antique. Le programme des pacifistes et des financiers faciliteraient merveilleusement ses desseins et consacreraient la plus vaste imposture historique, depuis les temps où Constantin profanait le nom du Christ sur ses
bannières souillées. L'Allemagne, par cette paix paraîtrait non victorieuse. Elle serait, au contraire, le conquérant le plus habile et le plus dangereux dont l'histoire ait jamais gardé le souvenir.
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En résumé, si nous voulons sauver Tâme du monde d'un triste retour en arrière et du plus terrible des dangers, nous devons éviter toute compromission avec l'Allemagne.
11 nous faut accomplir les desseins des Alliés, quoi qu'il en coûte. Répétons sans nous lasser que la paix avec une Allemagne, ni vaincue, ni repentante, est un déshonneur qui porte en lui le germe de mort de la liberté. Quelle que soit la bouche qui la propose, quelle que soit la noblesse du but poursuivi, cette paix est suggérée par la Prusse. Les conseils de justice doivent l'ignorer ; la compassion perspicace, qui voit plus haut et plus loin, ne la reconnaîtra pas.
Les nations ne peuvent s'asseoir, côte à côte, autour de la table de paix, dans de
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pareilles conditions; ce serait un congrès où l'humanité trahirait ses propres intérêts. Pas de traité de paix digne de ce nom si le militarisme prussien n'est pas complètement détruit ! Cette puissance, depuis tant d'années, a mis un frein aux roues du char du progrès démocratique, de la fraternité internationale !
Et ce n'est pas tout. Les Alliés doivent avoir la force morale de déclarer qu'ils ont l'intention d'exterminer, — non pas la nation germanique, — mais les principes et le système du gouvernement prussien. 11 ne peut y avoir d'ordre civil, de progrès normaux, de vraie communion internationale, tant que la Prusse ne sera pas démembrée et réduite à l'impuissance.
L'Angleterre, l'Italie et la France doivent, — mais pour des raisons morales et humanitaires, — imiter les Romains de l'antiquité, qui résolurent, pour des buts matériels et personnels, de détruire Carthage. L'empire prussien doit périr et cesser d'exercer son influence malfaisante sur le monde, afin que renaisse la civilisation.
Si les Alliés occidentaux n'ont pas assez de foi pour lancer cette déclaration, s'ils
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n'ont pas le courage de lutter jusqu'à l'aboutissement de leurs desseins, s'ils ne veulent pas mourir plutôt que d'accepter une paix infamante, c'est qu'alors ils n'obéissent pas aux jugements divins qui consument et divisent ce monde vieilli, pour en préparer un autre, rénové et uni dans la solidarité.
L'âme humaine est lasse de la guerre, — je l'affirme, — lasse de cette boucherie inutile, qui s'étend et s'accroît sans amener aucune solution. Nous ne pensons plus qu'à ceci : quand viendra la paix et que sera cette paix? Nous n'avons, apparemment, ni le temps ni la patience de remonter aux causes, de prévoir, de prédire et de comprendre. Nous voulons des voies et des moyens immédiats ; nous demandons des formules rapides et faciles, des solutions pratiques et instantanées, quelque transitoires, superficielles et sordides qu'elles soient.
De cette manière, nous n'obtiendrons pas ce que nous désirons : il nous faut souhaiter
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des choses incomparablement supérieures.
La paix ne viendra pas en raison de notre lassitude. On ne peut construire un nouveau monde sur ces bases de dégoût et de fatigue. Nous sommes arrivés à un moment où la fm du monde peut être prochaine et où l'histoire de l'homme risquera de paraître un fiasco ridicule, si nous n'arrivons pas à une entente commune sur ces points capitaux : signification et utilité de la vie humaine. Cette horrible guerre nous force à prendre une décision. Elle nous convie à un tribunal suprême qui jugera et le passé coupable, et l'avenir qui s'insurge et déborde, et les sphères qui se pénètrent et comprennent mieux que nous l'importance de l'heure actuelle.
La paix ne se rapproche pas de nous ; elle recule, au contraire, à l'ouïe de la proclamation de l'idéal pacifiste, si élevé qu'il puisse être. Car un idéal doit non seulement surpasser la réalité, mais pénétrer au-dessous
des bases de l'état défectueux actuel pour préparer des fondements nouveaux. 11 doit embrasser tout le système, sans esquiver une seule question compliquée, un seul fait pénible. 11 doit, s'il veut se réaliser dans le sens de la justice, solutionner le problème en son entier.
Un idéal peut atteindre à la plus grande élévation, mais il faut l'enraciner fermement et profondément dans le sang et la boue du conflit mondial. Un prophète peut scruter un avenir éloigné, mais ses mains doivent saisir l'heure présente; oui, et l'heure écoulée aussi, car, en changeant le présent, on transforme le passé, les choses qui furent comme les choses qui sont.
Le pacifiste échoue moralement et intellectuellement parce qu'il se sépare de la réalité. 11 s'est laissé séduire par un idéal qui n'a aucun rapport essentiel avec ces terribles faits du jour, qui contiennent en germes toutes les transformations futures. Ce n'est pas la faute de son idéal, mais la sienne propre. 11 ne comprend pas les besoins et les faits qui divisent en groupes ennemis les nations auxquelles il prêche un idéal impraticable.
La paix, que réclament à cor et à cri les pacifistes, est fondée sur des bases d'ignorance et d'injustice. La plupart de leurs programmes sont invalidés, parce que les causes déterminantes de la guerre en sont résolument écartées et parce qu'ils refusent d'envisager les méthodes guerrières employées par les Empires centraux.
Car la paix n'est pas l'absence de guerre; ce n'est pas non plus la non-résistance au mal. Débarrassons-nous, une bonne fois, de cette fantaisie puérile et de toutes les immoralités pacifistes. Si nous voulons la paix, il faut la gagner et la mériter. La lutte par les armes peut seule nous la procurer. Une paix vivante, une paix qui reconstruit, est le résultat de la valeur morale, de l'amour combatif. Elle attend au sein même de la vie qui semble vaincue.
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La chair et le sang ne se battent pas seuls. Nos vraies armes ne sont pas celles que les mains des hommes ont façonnées ; il ne s'agit pas seulement d'une guerre entre nations. La lutte mondiale réclame les armes de l'esprit; la lutte est entre les principes, plus encore qu'entre les peuples f principes sociaux proclamés à Jérusalem il y a plus de deux mille ans, et doctrines autocratiques adoptées et pratiquées par l'Allemagne.
Verrons -nous survivre une religion démocratique sincère, qui n'est autre que l'acceptation des enseignements du Christ? Ou la victoire restera-t-elle à la religion germanique, celle de Wotan et Thor modernisés et couronnés? L'issue de la guerre, c'est la réponse du monde à cette question.
Tôt ou tard, nous aurons à rendre nos comptes à Dieu, j'en suis sûr. L'humanité trouvera moyen de sortir de ce labyrinthe de meurtre, de folie sanguinaire. Les forces du droit et de la liberté se réveillent, plus
conscientes, plus profondes, plus réfléchies, plus menaçantes que jamais. Elles se mettront en route sous peu. Rapides, sages et continues, elles ne supporteront, de la part des gouvernements, des financiers et des parlements, aucun obstacle à leur élan. Et ces forces vives et efficaces, cette foi et cette liberté n'anéantiront pas seulement le germanisme, qui est leur plus cruel ennemi, mais elles détruiront entièrement et une fois pour toutes, un matérialisme, dangereux architecte des nations qu'il a séduites, et, en même temps, raison d'être de l'Empire allemand.