‹ Woodstock (volume 2)Chapitre 20 sur 22 · CHAPITRE XVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVL

‘ • «I De l’aurope l'étoile ^vant-cuurrièrc , ,

• » Eu ramenant le jpur , renroie au cinretière

»,Ces ea^vrilt imjuiets sortis de leun tomlxuux. I» Shak^pearb. Lt Songe d^une nmt d'étés

’ ' La fraîcheur de l’air et la naissance du jour dissipèrent toutes les impressions que ■ les événements de la nuit avoient produites sur l’esprit du colonel Everard. Il ne lui en resta que l’étonnement et une vive curiosité. Il examina. donc toute la chambre avec grande attention , sonda tour à tour leplancheret lesboiseries enlesfrappantavec sa main et avec une canne, mais neput découvrir aucune secrète issue; et la porte , assurée par deux verrous et un double tour , étovt encore comme il l’avoit fermée la veille. Il réfléchit ensuite à l’a,pparition d’un être semblable à Victor Lee : il se souvenoit d’avoir entendu raconter dans son enfance que cette figure , oü quelque forme qui lui ressembloit , se montroit souvent dans les corridors et dans les appartements inhabités du château. U se reprochoit donc d’avoir presque ajouté foi à ces contes ridicules.

WOOUSTOCK.

— Certainement , dit-il , cet accès de folie puérile n’a pu me faire manquer mon coup; il faut qu’on ait trouvé le moyen de retirer secrètement les balles de mes pistolets.

Il examina celui qu’il n’avoit pas déchargé, et la balle y étoit encore. Il fit une nouvelle inspection de toute la chambre, et il trouva une balle enfoncée dans la boiserie, en ligne directe du point d’où il avoit fait feu , et de celui où il avoit vu l’apparition. Il ne pouvoit donc' douter qu’il n’eût tiré .juste, car la balle ne pouvoit être arrivée à l’endroit où il la voyoit qu’en traversant un corps ou une ombre. C’étoit une circonstance inexplicable qui sembloit prouver que la magie noire étoit de la partie.

Son attention se , dirigea ensuite sur le portrait de Victor Lee. U se plaça en face , l’examina avec soin, et en compara les couleurs affoiblies, la fierté d’un œil immobile , et la pâleur mortelle de toute la figure ,' avec l’aspect tout différent qu’il lui avoit présenté la nuit précédente à l’aide de la clarté soudaine qui l’avoit illuminé. Ses traits lui avoient paru alors avoir un coloris plus vi^ et la flamme , en s’éteignant et en se rallumant successivement dans la cheminée, donnoit à la tête et aux membres une apparence de mouvement.

Vu à la clarté du jour, ce n’étoit plus qu’un portrait médiocre de la vieille école de Holben.

Ne voulant rien négliger pour pénétrer le mystère, Everard monta sur une chaise qu’il plaça sur une table près de la cheminée , examina le portrait de plus près , et chercha à trouver quelque ressort qui découvrît une issue cachée par ce tableau; ce qui se pratiquoit souvent dans les anciens châteaux, où l’on ménageoit des moyens de communication secrète connus du maître seul ou de ses confidents. Mais le grand panneau sur lequel Victor Lee étoit peint étoit solidement joint au reste de la boiserie dont il faisoit partie.

Enfin il éveilla son fidèle édüyer Wildrake, qui , malgré la bonne part du sommeil qu’il avoit eue, se ressentoit encore un peu des effets du coup du soir qu’il avoit pris avant de se coucher. C’étoit à son avis, disoit - il, la' récompense de sa tempé*rance ; car, quoiqu’il n’eût bu qu’un seul coup, il avoit dormi plus long-temps et d’un sommeil plus profond qu’il ne l’avoit jamais fait , quand il se mettoit sur la conscience tous les péchés des après-soupers ' , et qu’il se permettoit encore ensuite des libations additionnelles.

* Les après^soupers {rere suppers, arrière^soupers) étüient an !axe de débanche introdoit dans le temps joyeux de l*extravagance da roi Jacques» et continuèrent pendant le règne suivant. On sonpoit alors de bonne heure» à six ou sept heures au plus tard. V après*»ouper étoit un dernier repas , un hors-d'œuvre qu*on servait è dix ou à onze» et un pré> texte pour rester à table jusqu^à minuit.

( Note de V Auteur écossais,'J

Si ta tempérance se fût exercée sqr nnedooble dose, Wildrake, dit Everard , je crois que. tü aurois dormi si profondément que le son de la dernière trompette auroit pu seul t’éveiller.

— En ce cas , ]\Iarkham, je me serois éveillé avec un fier mal de tète; car je vois que ma modération ne m’en a pas mis tout-à-fait à l’abri. — iVIais allons, sachons comment les autres ontpas^é uue nuit qui a produit pour nous des aventures si étranges. Je présume qu’ils sont tous très-disposés à évacuer Woodstock, à moins qu’ils n’aient reposé plus tranquillement que nous , et que le hasard ne les ait plus favorisés dans le choix de leur chambre à coucher.

— Alors je te dépêcherai à la chaumière de Jocelin pour négocier la rentrée de sir Henry Lee et de sa famille dans leur ancienne demeure, et je crois que, mon crédit près du général se joignant à la réputation suspecte de ce château , il n’est guère probable qu’ils soient troublés par les commissaires actuels ou par d’autres. .

— Mais comment se défendront-ils, contre les esprits , mon brave colonel ? — Sur ma foi , si je prenois intérêt à une si jolie fille que la cousine dont tu peux te vanter, je ne me soucierois pas de l’exposer aux terreurs qu’entraîne un séjour à Woodstock, où ces diables, — je leur demande pardon, car jè suppose qu’ils nous entendent, —

, JVOQDSTOCK. 377

OÙ ces farfadets mènent une vie si joyeuse depuis le çoir jusqu’au matin.

— Je crois , comme toi , mon cher Wildrake, qu’il est très -possible que notre conversation soit entendue;mais je m’en inquiète fort peu, et je n’en dirai pas moins ce que je pense. Je me flatte que sir Henry et Alice ne sont entrés pour rien dans tout ce qui se passe ici; car je ne puis concilier de telles scènes, avec la noble fierté de l’un , la douce modestie de l’autre , et le bon sens de tous deux. Nul motif n’auroit pu les engager à ces procédés si étranges. Quant aux diables dont tu parles , Wildrake , ils sont de ton parti , de vrais cavaliers , et quoique je sois convaincu que sir Henry læe et Alice n’ont aucune liaison avec eux , je crois tout aussi fermement qu’ils n’ont pas la moindre chose à craindre de leurs manoeuvres surnaturelles. D’ailleurs , sir Henry et Jocelin doivent connoître les endroits les plus secrets de ce château, et il seroit plus difficile de jouer le rôle d’esprit en leur présence que devant des étrangers. — Mais habillons-nous, et ensuite nous verrons ce que nous aurons àfaire.

— Ce maudit habit de puritain que je porte , dit Wildrake, mérite à peine un coup de brosse; quant à l’épée dont tu m’as gratifié, et dont la poignée de fer rouillé pèse au moins une centaûie de livres, elle me fait ressernbler à un quaker

qui a fait banqueroute plutôt qu’à toute autre chose. — Mais je me charge 4e ta toilette , et je vais te rendre aussi élégant que le fut jamais un hypocrite coquin de ton parti.

Et en même temps il se mit à fredonner l’air si connu parmi les cavaliers :

■ Si pour an temps noas voyons Whitehall '

• » Tout tapissé de toiles d'araignée , '

.«> Noas y ferons encor plus d’an régal » Quand du retour da roi nous verrons la journée. »

— Tu oublies ceux qui sont en dehors , dit le colonel Everard.

— Non , je pense à ceux qui sont en dedans ; je ne chante que pour nos hraves esprits , et ils ne m’en aimeront que naieux pour cela. — Va, va, ces diables sont mes bons amis , et quand je les verrai , je pense qu’ils se trouveront aussi braves garçons que j’en ai connu quand je servois sous Lumford et Goring. — Des drôles armés de longs ongles, auxquels rien n’échappoit ; — des estomacs sans fond que rien ne pou voit remplir ; — à demi fous à force de piller , de jurer , de chanter , de boire et de se battre ; — couchant dans la tranchée , et mourant bravement dans leurs bottes. — Ah ! ce bon temps est passé. C’est la mode aujourd’hui parmi les cavaliers d’avoir la figure grave , — surtout les ministres qui ont perdu leurs dîmes.

' Pillais des Stuarts à Londres. ( /VoCr du Trad.')

Mais quant a mol, fétois alors dans mon élément; je n’ai Jamais désiré et ne désirerai jamais un tenjps plus heureux que celui que j’ai passé pendant cette rébellion barbare, sanguinaire et dénaturée.

— Tu as toujours été un oiseau de njer sauvage , comme ton nom l’indique Wildj-ake; préférant l’ouragan au calme, les vagnes de l’Océan agité à la surface tranquille du lac, une lutte contre le vent et toutes difficultés au pain journalier, à l’aisance et au repos.

— Au diable ton lac tranquille ! je crois déjà voir une vieille femme me jeter les restes des grains qui ont servi aux brasseurs, et le pauvre canard obligé d’accourir en se dandinant dès qu’il l’entend siffler. Oui , Everard, j’aime à sentir le vent battre contre mes ailes , — tantôt plongeant , tantôt sur le sommet d’une vague; — tantôt au fond de l’Océan, tantôt au milieu des airs. — Telle est la vie joyeuse du canard sauvage , mon grave colonel, et c’est ce qui nous ast arrivé pendant la guerre civile. — Chassés d’un comté , nous reparoissions dans un autre ; — vaincus aujourd’hui, nous étions victorieux demain ; — tantôt mourant de faim chez quelque pauvre

* }yild drake signilie canard sauvage mâle. La aignificatiou la plus naturelle seroit pourtant débauché déréglé , wild-rake.

' ( léot» de l'Éditeur. )

WOODSTOCR.

diable de royaliste , tantôt nous engraissant aux dépens d’un riche presbytérien , dont le gardemanger , la cave , la vaisselle d’argent , les bijoux, et même la jolie servante étoient à notre disposition.

— Doucement , Wildrake , doucement ; souviens-toi que je «uis un des membres de cette communauté.

Et tant pis, morbleu ! tant pis ! mais, comme tu le. dis, il est inutile d’en parler. Descendons et allons voir comment ton pasteur presbytérien, M. Iloldenough, a passé la nuit, et s’il a combattu le malin esprit avec plus de succès que toi , son disciple et son ouaille.

Ils sortirent de l’appartement, et ils furent surle-champ accablés des rapports différents des sentinelles et des domestiques , qui tous avoient vu ou entendu quelque chose d’extraordinaire pendant le cours de la nuit. Il est inutile d’entrer dans le détail de ces rapports , d’autant plus qu’on regarde, en pareil cas, comme' une espèce de honte ,‘d’avoir vu ou souffert moins qtie les autres.

Les plus modérés de ces narrateurs se bornoient à parler de sons semblables au miaulement d’un chat , au hurlement d’un chien et surtout au grognement d’un cochon. Il en étoit qui avoient entendu enfoncer des clous , scier du bois , et traîner des fers , ou dont les oreillefi

WO0DSTOCK.

3ai

avoient pté frappées par le bruit d’une robe de soie, par celui de divers instruments de musique, en un mot par une multitude de dissonances. Les uns juroient qu’ils avoient senti des odeurs de différentes sortes, notamment- celle du bitume, parfum diabolique sans contredit ; les autres ne juroient pas, mais attestoient qu’ils avoient Vu des hommes armés de pied en cap, des chevaux sans tête , des ânes avec des cornes, et des vaches à six pieds , pour ne rien dire de grandes figures noires dont les pieds fourchus annonçoient suffisamment à quel royaume elles appartenoient.

Mais toutes ces visions nocturnes s’étoient présentées si généralement qu’il étoit impossible qu’un poste portât du secours à l’autre , et les soldats enfermés dans le corps.-de-garde se bornoient à y trembler de frayeur sans oser se hasarder à en sortir pour aller au secours de ceux de leurs camarades qui répandoient l’alarme, de sorte qu’un ennemi bien déterminé • auroit pu venir à bout de toute la garnison. ,

Cependant, au milieu de cette alerte générale, nul acte de violence neparoissoit avoir été exercé, et les esprits sembloient avoir eu dessein de s’amuser plutôt que d’en venir à des voies de fait. On ne citoit qu’une seule exception : un pauvre diable de soldat , qui avoit suivi Harrison dans la moitié de ses campagnes, et qui étoit en faction

38 a WOODSTOCK.

dans le vestibule où ,1e colonel Everard avoit donné ordre qu’on plaçât une sentinelle , ayant présenté sa carabine à quelque chose qu’il vit avancer vers lui , on la lui avoit arrachée des mains, et on l’avoit renversé d’un coup de crosse. Sa tète fêlée, et Desborough inondé dans son lit, où l’on avoit jeté un seau d’eau sale pendant qu’il dormoil, furent les seules preuves palpables qu’on pût montrer des ti*oubles de la nuit.

Le rapport fait par le grave maître Tomliins de ce qui s’étoit passé dans l’appartement d’Harrison fut que véritablement le major-général avoit passé la nuit sans être troublé, quoiqu’il fut dans une espèce de torpeur , et qu’il eût étendu les bras avant de s’endormir, d’où Everard conclut que les lutins avoient jugé qu’IIarrison avoit suffisamment payé sa part de l’écot la soirée précédente.

Il se rendit alors dans l’appartement dont la double garnison se composoit du spirituel Desborough et du vaillant philosophe Bletson. Tous deux étoient levés, et s’occupoient à s’habiller, le premier bâillant encore d’étoUnement et de frayeur. Dès qû’Everard fut entré , le colonel, à peine bien séché , se plaignit amèrement de la manière dont il avoit passé la nuit, et murmura, ‘ sans se gêner, contre son redoutable parent , qui lui avoit imposé une tâche si pénible.

Son Excellence mon parent Noll, dit -il, ne pouvoit-il jeter dans la bouche de son pauvre beau-frère quelque autre gâteau que cet infernal Woodstock , qui semble sorti du four de Satan ? — Je ne puis manger la soupe avec le diable, — non sur ma foi , — ma cuiller n’est pas assez longue. — “Ne pouvoit-il m’installer dans quelque coin paisible, et donner ce château hanté par le diable à quelques-uns de ses prédicateurs soldats , qui connoissentla Bible aussi bien que l’exercice ? Quant à moi, je connois les quatre pieds d’un bon cheval, et les marques distinctives d’un attelage de boeufs , mieux que tous les livres de Moïse. — Mais j’y renoncerai ; j’y renoncerai une bonne fois et pour toujours. L’espoir d’un gain terrestre ne me fera jamais courir le risque d’ètre emporté par le diable , sans compter celui d’être mis la tête en bas une nuit , noyé dans mon lit la suivante. — Non , non ; je suis trop prudent pour cela.

Bletson avoit un autre rôle à jouer. Il n’avoit, dit-il, aucun motif pour se plaindre; au co'ritraire, il n’auroit jamais mieux dormi de sa vie sans le tapage abominable qu’avoient fait tout aütour de lui les sentinelles criant aux armes toutes les demi-heures, si malheureusement elles entendoient un chat trotter près de leurs postes. — Il auroit préféré se coucher au milieu d’un

sabbat de sorcières , s’il exiàtoit des sorcières et un sabbat.

' — Ainsi donc vous ne croyez pas aux apparitions, maître Bletson? dit Everard. J’étois aussi un peu sceptique à ce sujet; mais , sur ma vie , il s’est passé cette nuit des choses bien étranges.

Songes, mon bon colonel; rien que des songes, répondit Bletson, quoique la pâleur de son visage et le tremblement de tous ses membres donnassent un démenti au courage affecté avec lequel il parloit. Le vieux Chaucer, Monsieur, nous a dévoilé la véritable cause des songes. Il fréquentoit souvent la forêt de Woodstock , et là...

— Chasser ’ ! dit Desborough ; quelque chasseur sans doute, à en juger par le nom. — Son esprij; revient-il comme celui d’Hearne à Windsor ^ ?

,-L^ Chaucer, mon cher Desborough, répondit , Bletson, est, comme le sait le colonel Everard, un de ces hommes étonnants qui vivent plusieurs siècles après avoir été enterrés, et dont les paroles se font encore entendre à nos oreilles

' Foible jeu de mot» sur Chaucer , qu*on pi'ononce à peu près comme chasser, ,

* Le fantôme du chasseur Heame est celui dont on persuada k Falstaff de prendi'e le masque et le costume dans une des mysti/icatious de la comédie de ^bakspeare intitulée les Joj'euses femmes de Windsor,

( Notes de V Éditeur. )

quand leurs osseniénts sont réduits en pous-

si6r€* • *■ •* ^ f

— Oui, oui, fort bien. >1 dit Pesboroùgh; quelque sorcier, j’en réjpQntfc;;hii<Qiiant à moi, je', désire son absen'c? ]

Mais que dit-il à ce

— Quelques lignt de répéter au colonel Everard , répondit Bletson , mais qui seroient du grec pour toi, Desboroügh. — Le vieux Geoffroy Chaucer réjette la cause de toutes nos visions nocturnes sur la superfluité des humeurs. ,

« Et de là vient qn*on croit voir dan» se» songes » De» visions, véritables mensonges.

n L’an voit voler des flèches et des dard» ,

» Le fea sar lai tombe de tontes parts ;

M TJn antre, en proie à la mélancolie ,

*» Tout en dormant, pleure, gémit et cric. ' ‘ ‘ -

» Croit voir des ours qu’il ne peut éviter ,

» On Lucifer venant pour l’emporter. »

Tandis qu’il déclamoit ces vers, Everard remarqua un livre qui se montroit en partie sous l’oreiller du lit que l’honorable membre de la chambre des communes avoit récemment occupé.

— Est-ce Chaucer? demanda-t-il en s’avançant pour le prendre ; je voudrois lire le passage tout entier.

— Chaucer! répéta Bletson à la hâte en cher-

WooDSTocR. Toni. (. a5

HUÎQt jqU'e: .compagnie. —

!S que je prendrai la liberté

WOODSTOCR.

chant à lui couper le chemin; non, — c’est Lucrèce, — mon favori Lucrèce. — Mais je ne puis vous le laiser voir; — j’y ai fait des notes pour . mon usage particulier.

Mais pendant qii’U parloit Everard avoit déjà le livre en main.

— Lucrèce! dit-il; non, maître Bletson, ce n’est pas Lucrèce; — c’est un compagnon beaucoup plus' convenable en temps de crainte ou de danger. — Pourquoi en rougiriez- vous ? — Je TOUS dirai seulement, Bletson, que, si, au lieu d’y reposer votre tète, vous pouviez le graver dans votre cœur, il vous seroit beaucoup plus Utile que Lucrèce et même que Chaucer.

— Quel livre est-ce donc? dit Bletson en le prenant à son tour, ei.rouge de honte d’ctre pris sur le fait. — Oh! la Bible! — et, rejetant le volume sacré sur le lit avec un air de mépris , il ajouta : — Ce livre sort sans doute de la bibliothèque de mon camarade Gibéon. — Ces juifs ont toujours été supwstitieux ; — vous savez que Juvenal dit :

** QaaUaûumçue voies JusUei soiiwi^s vendwit. »

Il m’a laissé ce bouquin comme un talisman , j’eft réponds; car, tout sot qu’il est, il a de bonnes intentions.

— Je doute que la Bible d’un juif contînt le

nouveau Testament , dit Everard en souriant. — Mais croyez-moi, Bletson, ne rougissez pas de la chose la* plus sage que vous ayez faite dans toute votre vie, en supposant que, dans un moment de peur, vous ayez pris votre Bible dans le dessein de profiter de ce qu’elle x;ontient.

L’amour-propre de Bletson fut si cruellement blessé qu’il l’emporta stir sa lâcheté habituelle. Il rougit jusqu’au blanc des yeux, ses petits doigts maigres tremblèrent, et sa voix devint aussi agitée que s’il n’eùt pas été philosophe.

— -.Maître Everard, dit-il, vous êtes un homme d’épée. Monsieur; et vous semblez vous supposer le droit d’insulter un homme de robe. Mais je vous prie de vous rappeler , Monsieur, qu’il est des bornes au-delà desquelles la patience humaine ne peut atteindre, àlonsieur; des plaisanteries qu’un homme d’honneur ne peut endurer, Monsieur. — J’attends donc de vous des excuses, colonel Everard; des excuses pour le langage que vous venez de tenir. Monsieur; t pour cette raillerie malavisée , Monsieur, — ou sans cela vous pourrez entendre parler de moi d’une manière qui ne vous plaira pas.

Everard ne put s’empêcher de sourire de cette explosion dé valeur, occasionée par l’amourpropre humilié. ‘ • ‘

— Ecoutez, maître Bletson, répondit-ü; il est vrai que je suis un- soldat; mais je n’ai jamais aimé le sang; et, comme chrétien, je serois fâché de contribuer à peupler le royaume des ténèbres en y envoyant un nouvel habitanti avant que son temps soit arrivé. Si le ciel vous accorde le temps de vous repentir, je ne voudrois pas que ma main vous en privât, et si nous avions une affaire ensemble, ce seroit faire dépendre votre destinée éternelle de la pointe d’une épée ou, d’une balle de pistolet. — Je préfère donc vous faire des excuses, et je somme De.sborourgU, s’il a recouvré l’usage de ses sens, de rendre témoignage que je vous fais mes excuses de vous avoir soupçonné, vous qui êtes complètement l’esclave de votre amour-propre , d’avoir la plus légère tendance à la grâce et au bon sens. — Je vous fais même mes excuses d’avoir perdu mon temps en cherchant à blanchir la tête d’un nègré , ou à recommander, à un athée entêté de faire un raisonnement rationnel.

Bletson fut enchanté de la tournure que l’affaire avoit prise, car à peine avoit-il lâché le défi qu’il avoit commencé à avoir peur des suites qu’il pouvoit avoir.' Il s’empressa donc de répondre avee un air de sérénité : — Pas un mot de plus , mon cher colonel; des excuses-sont tout ce qu’il faut entre hommes d’honneur; — elles ne laissent

wooDSToCK. apg

aucune taclie sur- celui qui les accepte, et ne dégradent nullement celui qui les fait.

— Je me flatte- du moins que celles que j’ai faites n’ont rien de dégradant , dit Everard.

— Certainement non , absolument rien. — Mais je puis m’en contenter telles qu’elles sont ; Desborough rendra témoignage que vous m’en ave? fait, et c’est tout ce qu’il y a à dire sur ce sujet.

— > J’espère que vous et maître Desborough vous prendrez garde à ce que vous pourrez dire sur cet objet. — Si vous en parlez, je dois vous recommander à tous deux de ne pas dénaturèr mes expressions.

— Eh bien, eh bien, nous n’en parlerons pas; que tout soit oublié à compter de ce moment. — Seulement, mon cher colonel, ne me supposez jamais susceptible d’une foiblesse superstitieuse. — Si j’avais craint un danger visible et réel, cette crainte est naturelle à l’homme, et je ne prétends pas y être plus inacessible que les auti*es. Mais être regardé comme capable de recourir à des charmes , de placer des livres sous son oreiller pour se mettre à l’abri des attaques des esprits, sur ma parole, c’en est assez pour se faire une querelle avec son meilleur ami. — - Et maintenant, colonel, qu’allons-nous faire? Comment allons-nous nous acquitter de nos devoirs dans

ce maudit château? sur. ma foij si l’on me réga-’ loit dans mon, lit d’un déluge tel que celui que Desborough vient d’essuyer, je mourrois d’un catarrhe ; et cependant' vous voyez qu’il n’en souffre pas plus qu’un cheval de poste sur le corps duquel on auroit jeté un seau d’eau. — Je présume que vous nous êtes adjoint. — Quel est votre avis sur la marche que nous devons suivre?

— Voici Harrison qui arrive fort à propos, répondit Everard; je profiterai de votre réunion pour vous justifier des ordres que j’ai reçus du lord général. Comme vous le voyez , colonel Desborough, il ordonne à la commission de cesser ses fonctions , et lui annonce que son bon plaisir est qu’ellé évacue la loge de W'oçdstock.

Desborough prit l’ordre , et examina la signature.

— Oui , oui , dit-il , c’est bien la signature de Noll. — Si ce n’est que, depuis quelque temps, il fait de son Olivier un géant j que son Cromwell suit comme un nain , comme si ce dernier nom devoit disparoitre tout-à-fait un de ces jours. Mais Son Excellence mon beau-frère Noll Cromwell, — puisqu’il porte encore ce nom , — est-il assez déraisonnable pour croire que ses parents et ses amis doivent êtce mis une nuit la tête en bas de manière à gagner un torticolis, — noyés dans

leur lit une autre, comme s’ils avoient été plongés dans un abreuvoir, — effrayés nuit et jour par des sorcières, des esprits et des diables, sans avoir un seul shelling de consolation? Morbleu! que le ciel me pardonne de jurer ! — si les choses sont ainsi, j’aime mieux retourner dans ma ferme j et m'occuper de mes cliarrues et de mes bœufs que de perdre mon temps à sa suite , quoique j’aie épousé sa sœur. — Elle étoit assez pauvre quand je l’ai prise pour femme , quoique Noll porte la tête bien haute à présent.

— Mon dessein, dit Bletson , n’est pas de donner lieu à un débat dans cette honorable assemblée. Personne ne peut douter de ma vénération et de mon attachement pour le noble général que le cours des événements et sa valeur et sa fermeté sans égales ont placé à une telle élévation dans ces temps déplorables. — Si je le nommois une émanation directe et immédiate de Vanimus mundi , quelque chose que la nature est fière d’avoir produit, en cherchant, suivant son usage, à assurer la conservation des créatures auxquelles elle donne l’existence, — j’exprimerois à peine l’idée que j’ai conçue de lui. — Mais je proteste qu’on auroit tort de croire que j’admets la possibilité de l’existence de cette émanation ou exhalaison de \animus mundi, dont je viens de parler uniquement par forme de concession. — J’en ap-

3ga

pelle à vous , colonel Desborough , qui êtes parent de Son Excellence. — A vous , colonel Everard , à qui est dû le titre éncore plus cher de son ami ; — fais-je trop valoir le zèle que j’ai montré pour le général? '

Il fit une pause dans son discours ; Everard fit une inclination de tête ; mais Desborough crut devoir exprimer plus complètement son approbation.

—7^ J’en puis rendre témoignage, dit-il; je vous ai vu disposé à attacher les aiguillettes de son pourpoint, à donner un coup de brosse à son habit, et à lui rendre une infinité de services semblables. — Et vous voir traiter avec cette ingratitude! — vous voir retirer de la bouche le pain qui vous a été donné, quand vous n’avez plus qu’à...

— Ce n’est pas ce dont il s’agit , dit Bletson en faisant un geste de la main avec grâce; vous ne me rendez pas justice, maître Desborough , vous ne lûe la rendez pas , Monsieur , — quoique je sache~que vos intentions sont bonnes. — Non , Monsieur , non ; nulle considération d’intérêt privé ne m’a déterminé à accepter cette mission. J’en ai été chargé par le parlement d’Angleterre, au nom duquel cette guerre a été commencée , et par les membres du conseil d’état, conservateurs de la liberté anglaise. Qui m’a mis les armes

WOODSTOCK. Jgj

à la main , si ce n’est notre confiance commune et l’espoir que nous pourrions, vous, digne général Harrison , et moi qui suis supérieur à toutes considérations intéressées , — comme je suis sûr que vous le seriez aussi, colonel Everard, si vous aviez été adjoint à cette commission , et plût au ciel ! — qui nous a mis , dis-je , les armes à la main, si ce n’est l’espoir que je pourrois servir ma patrie , à l’aide de mes respectables collègues , individuellemeut et généralement parlant, — et avec votre coopération, colonel Everard, si vous aviez été de ce nombre, — oui, c’est cet espoir qui m’a porté à saisir cette occasion de rendre , avec votre assistance , un service si important à notre mère chérie , la république d’Angleterre ? — Et maintenant voici un ordre du lord général pour nous retirer les pouvoirs dont nous avons été investis ! — Messieurs, — avec tout le respect dû à Son Excellence , — je demande à cette honorable assemblée si l’autorité du général est supérieure à celle de laquelle il tient lui-même sa commission ? Personne né soutiendra l’affirmative. Je demande s’il est assis sur' le siège d’où nous avons renversé le feu roi; s’il a un grand sceau ; s’il est en possession de quelque prérogative pour agir ainsi? je ne vois aucune raison poulie croire, et par conséquept je dois résister à une telle dpetrine. C’est à vous à me juger, mes braves

et honorables collègues; mais dans mon humble opinion je me trouve dans la malheureuse nécessité de penser que nous devons continuer nos opérations comme si nulle interruption n’y eût été apportée , sauf un léger changement que je propose, ‘et qui est que l’assemblée des commissaires au séquestre ait lieu , comme de coutume , dans la Loge de Wopdstock, pendant lé jour, mais qu’elle s’ajourne , au coucher du soleil , à l’auberge de. George dans la ville voisine , par égard pour les esprits foibles qui peuvent être susceptibles d’une terreur superstitieuse , comme aussi pour mettre nos personnes à l’abri des entreprises des malveillants , qui , j’en suis convaincu, jie restent pas les bras croisés dans ces environs.

— Mon cher maître Bletson, dit le colonel Everard , ce n’est pas à moi à vous répondre ; mais vous pouvez savoir de quelle manière l’armée anglaise et son général savent faire valoir leur autorité. Je crains que le commentaire sur cet ordre ne soit fait par une compagnie de cavalerie qui viendra d’Oxford pour le faire ejtécuter. Je crois qu’il y a des instructions à ce sujet, et vous savez par e;tpérience que le soldat obéira à son général aussi bien contre le parlement que contre le roi.

— Cette obéissance est conditionnelle,. s’écria

llarrison en se levant avec fierté. Ne sais-tu pas, Markham Everard , que j’ai suivi l’homme nommé Cromwell d’aussi près que le bouledogue suit son maître? — et je le suivrai encore; — mais je ne suis pas un épagneul qui se laisse battre,, et qui souffre qu’on lui arrache la nourriture qu’il a bien gagnée; je ne suis pas un vil roquet qui n’a d’autres gages que les étrivières et la permission de conserver sa peau. — Je voyois qu’entre nous trois nous pouvions honnêtement , pieusement et avec utilité pour la république, nous faire de trois à cinq mille livres dans cette besogne. Et Cromwell s’imagine-t-i! qu’un mot suffira pour m’en faire abandonner ma part? — Personne ne fait la guerre à ses dépens, et celui qui sert l’autel doit vivre de l’autel. Il faut que les saints aient les moyens de se procurer de bons harnois et des chevaux frais pour s’opposer aux profanes et aux impies. Cromwell me regarde-t-il comme un tigre assez apprivoisé pour se laisser arracher la misérable pâture qu’on lui a jetée? — Bien certainement je résisterai; et lessoldats qui sont ici, étant pour la plupart de mon régiment, — des hommes qui attendent et qui espèrent , — dont les lampes brûlent , qui se sont ceint les reins , — qui ont l’acier battant contre leur cuisse, — ils m’aideront à défendre cette maison contre toute attaque ; — oui , et

igb WOODSTOCK.

contre Cromwell lui-même, jusqu’au dernier avènement — Sélah ! Sélah !

— Et moi, dit Desborough, j’irai lever des troupes pour protéger vos avant-postes; car je ne me soucie pas de m’enfermer ici pour, faire partie de la garnison.

— Et moi, dit Bletson, je retournerai à Londres, j’irai prendre ma place dans le parlement , et je lui rendrai compte de cette affaire.

Everard fut peu effrayé de toutes ces menaces. La seule qu’il eût à craindre étoit celle d’Harrison, dont l’enthousiasme , joint à son courage, à son obstination et au crédit dont il jouissoit parmi les fanatiques , pouvoit en fairé un ennemi dangereux. Avant de recourir aux arguments pour tâcher de faire impression sur l’esprit réfractaire du major-général, Everard essaya de le rappeler à la modération en disant quelques mots des troubles nocturnes qui avoient lieu dans le château.

— Ne me parle pas de troubles surnaturels , jeune homme, dit Harrison; ne me parle pas d’ennemis corporels ou incorporels. Ne suis-je pas le champion élu pour combattre et pour vaincre le grand dragon et la bête qui sortira de la mer? Ne dois-je pas commander l’aile gauche et deux régiments du centre lorsque les saints combattront les légions innombrables de Gog et

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de.Magog? Je te dis que mon nom est écrit sur la mer de cristal mêlée de feu, et que je tiendrai bon dans cette Loge de Woodstock, dans le parc, dans la forêt, dans les champs et dans les appartements, contre tous les diables, jusqu’à ce que les saints régnent dans toute la plénitude de leur gloire. ' •

Everard vit qu’il étoit temps de Élire usage de quelques lignes qu’il avoit reçues de Cromwell depuis la dépêche que lui avoit apportée Wildrake. Ce document étoit propre à apaiser le mécontentement des commissaires. I^e général y alléguoit pour principal motif de la dissolution de la commission de Woodstock le projet qu’il avoit de proposer au parlement de charger le général Harrison , le colonel Desborough et maître Bletson, honorable représentant du bourg deLittlefaith, d’une affaire bien plus importante, qui n’étoit rien moins que le séquestre et la disposition du palais, de la forêt et de toutes les propriétés royales de Windsor. Dès que cette nouvelle idée leur fut présentée, les trois collègues dressèrent les oreilles, et leur air consterné, sombre et vindicatif, fit place sur-le-champ à un sourire de satisfaction. Leur joie éclatoit dans leurs yeux etfaisoit rebrousser les poils de leurs moustaches.

Le colonel Desborough reconnut sur-le-champ que son honorable et excellent beau-frère étoit

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incapable d’oublier ce qui étoit dû au sang et à la parenté. Maître Bletson découvrit au même instant que la république avoit trois fois plus d’intérêt à la bonne administration de Windsor qu’à celle de Woodstock. Quant à Harrison , il s’écria , sans biaiser et sans hésiter, que le grapillage des vignes à Windsor valoit mieux que la vendange à Woodstock. Tandis qu’il parloit ainsi , l’éclat de ses yeux noirs exprimoit autant de joie des avantages terrestres qu’il se promettoit que si , d’après sa ridicule croyance, il n’eût pas dû bientôt jes changer pour sa part dans le règne millénaire. Son transport, en un mot, ressembloit au triomphe d’un aigle qui ne se repaît pas avec moins de plaisir de la chair d’un agnèau qu’il tient le soir sous ses serres, parce qu’il aperçoit cent mille hommes qui se disposent à combattre le lendemain matin, et qui lui promettent un banquet durable et splendide aux dépens des braves qui resteront sur le champ de bataille...

Tous déclarèrent donc qu’ils se conformeroient ^u bon plaisir du général en cette affaire. Cependant Bletson proposa, comme mesure de précaution, que les commissaires allassent fixer leur résidence pour quelque temps dans la ville de Woodstock , afin d’y attendre l’arrivée de leurs nouvelles commis-sions pour Windsor; ce qui fut adopté à l’unanimité , d’après la considération prudente

qu’il n’étoit pas à propos de dénouer un nœud avant que celui qui devoit le remplacer fût bien attaché.

Chacun des commissaires écrivit séparément û Olivier Cromwell en protestant , à sa manière, de son attachement sans bornes pour .sa personne. Chacun se déclara bien déterminé à obéir à la lettre à toutes les injonctions du général; mais, avec le même dévouement scrupuleux au parlement , chacun ajouta qu’il se trouvoit un peu embarrassé pour se démettre de la commission qu’il en avoit reçue , et qu’en conséquence , et pour ne pas avoir l’air d’abandonner les fonctions qui lui £;voient été confiées, il se croyoit tenu en conscience à rester dans la ville de Woodstock jusqu’à ce qu’il eût été appelé à l’administration bien plus importante deWindsor , à laquelle il étoit prêt à se dévouer , conformément au bon plaisir de Son Excellence.

Telle étoit en général la teneur des trois lettres, à quelques variations près , suivant le caractère particulier des trois auteurs. Par exemple , Desborough plaça quelques mots dans la sienne sur le devoir que la religion imposoit à chacun de pourvoir aux besoins de sa famille ; seulement il estropia le texte qu’il vouloit citer. Bletson écrivit quelques longues phrases sur l’obligation politique imposée à chaque membre de la société

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de consacrer tout son temps et tous ses talents au service de son pays. De son côté, Harrison parloit du néant des affaires actuelles en comparaison du changement terrible quialloit s’effectuer dans tout ce qui étoit sous le soleil. Mais quoique les ornements des trois épîtres ne fussent pas les mêmes , elles tendoient au même but , c’est-à-dire que chacun se déclaroit résolu à ne pas perdre de vue Woodstock jusqu’à ce qu’on lui eût garanti quelque autre mission encore plus profitable.

Le colonel écrivit aussi à Cromwell pour lui exprimer une reconnoissance qui auroit probablement été moins vive s’il avoit connu plus clairement que Wildrake n’avoit jugé à propos de le lui expliquer le motif qui avoit déterminé l’astucieux général à lui accorder sa demande. Il informa Son Excellence du projet qu’il avoit formé de rester à Woodstock , tant pour surveiller les démarches des trois commissaires et s’assurer qu’ils ne faisoient rien en contravention à ses ordres que pour veiller à ce que quelques circonstances extraordinaires qui s’étoient passées à la Loge, et qui ne pouvoieut manquer de transpirer, ne causassent pas une explosion funeste à la tranquillité publique. Il savoit , — ce fut ainsi du moins qu’il s’exprima, — -que Son Excellence aimoit tellement l’ordre qu’elle préféroit prévenir

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les troubles et insurrections plutôt que d’avoir à les punir. Il l’invitoit donc à se fier aux efiForts qu’il feroit pour le service public, ne sachant pas, — ^ il est bon de le faire observer , — dans quel sens cette assurance générale pourroit être interprétée.

Les quatre épîtres furent réunies en un seul paquet , et un soldat fut chargé de le porter à Windsor.

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