‹ Woodstock (volume 2)Chapitre 4 sur 22 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

m O Taillants 6er-è-Lra$ , qui, prenant pour théâtre '

' » Quelque TÎl cabaret tapissé par le plâtre , *

M Célébrer les hauts faits de^ce siècle maudit «- » Vanter des factions le déjastreur conâit ,

' » Les périls que courut votre insigne vaillsBce , f n Fl que sut évitor votre rare prudence

.Qu.nd les balles siffloient en passant prèa de vous ,

, » Et que vous tombaitier ou pour ou contre nous ;

» C'est de vous que je parle. »

JLégtnde du capitaine Jones.

Joseph Tomeins et le garde forestier Jolillfe restèrent quelque temps en silence , les yeux fixés sur le sentier par lequel le, chevalier de Ditchley et la jolie Alice venoient de disparoître à travers les arbres. Ils se regardèrent ensuite l’un l’autre en hommes qui sembloient douter s’ils dévoient se considérer comme amis ou comme ennemis , et qui ne savoient trop comment entamer la conversation. Ils entendirent le vieux cavalier siffler pour appeler Sévis. Le chien tourna la tête et dressa les oreilles en entendant ce son bien connu; mais il n’obéit pas. au signal, et il continua à flairer les habits du soldat.

— Il faut que tu sois doué d’une science rare.

58 WOtMMTOCK.

<lit Jocelin à sa nouvelle connoissance. J’ai entendu parler <le gens qui possèdent des charmes pour dérober les chiens et les daims.

— Ne t’inquiète pas de mes qualités, l’ami, répondit Tomkins; mais songe à exécuter les ordres de ton maître.

Jocelin ne répondit pas sur-le-champ; mais enfin , comme en signe de trêve , il posa sur la terre le bout de son gourdin , et , s’y appuyant , dit d’un ton assee brusque r — Ainsi donc mon vieux maître et vous vous étiez aux couteaux tirés, par manière d’office du soir, sire prédicateur? Il est heureux pour vous que je ne sois pas arrivé pendant que les lames étoient croisées, car j’aurois sonné un fameux carillon sur votre tète.

— C’est toi qu’il faut en féliciter, l’ami , répondit l’indépendant avec une espèce de sourire amer, — car jamais' carülonneur n’auroit été si bien payé’^de ses peines. — rAu surplus, pourquoi y durOit-il guerre entre nous ? Pourquoi ma main s’élèveroit-telle contre la tienne? Tu n’es qu’un' pauvre diable exécutant les ordres de ton maître,* et je n’ai nulle envie que ton sang ou 'le mien' toule dans cette affaire. Tu dois, à ce qu’il mef semble, me mettre en possession paisible du pa-* lais de Woodstock , puisqu’on l’appelle ainsi , quoi-* qu’il n’y ait plus maintenant de palais en Ad'glëterre, et qu'on ne doive plus y en voir à l’avenir

woooarocK.

jusqu’à ce que nous entrions dans celui de la nouvelle Jérusalem, et qne4e règne des saints commence sur la terre. . .

■ est déjà joliment commencé, maître Tomkins, dit le garde forestier. — De la manière dont vont les choses , il ne s’en faut guère que vous ne soyez des rois. Je ne sais trop ce que sera votre Jérusalem ; mais Woodstock est un joli nid pour débuter. — Eh bien ! vouiez-vous marcher ? avaii-

cez-vous? — Voulez-vous prendre saisine et délivrance? — -Vous avez eiitendu les ordres que j’ai reçus.

— Umph! répliqua Tomkins; je ne sais trop que faire. — Je suis seul , et je dois me méfier d«s embuscades. — D’ailleurs c’est aujourd’hui le jour fixé par le parlement, et reconnu par l’armée, pour de solennelles actions de grâces. — Ensuite ce vieillard et cette jeune fille peuveht avoir à réclamer leurs vêtements et quelques objots à leiuusage personnel, et je ne voudrois pas que ma présence y mit obstacle. — C’est pourquoi, si tu veux me mettre en possession detnain matin , cette formalité sera remplie en présence du détachement qui m’accompagne et du maire presbytérien , afin que tout se passe devant témoins , au lieu que , s’il n’y avoit que toi pour me livrer possession et moi pour la recevoir , les enfants de Bélial pourroient dire ; — Allez, allez, Tomkins

WOOOSTOCK.

le Fidèlé a été un édomite; Joé l’Honnéte a été un ismaélite , se levant de bonne heure pour partager les dépouilles avec ceux qui servoient V homme ' , — oui , ceux qui portent de longues barbes et des pourpoints verts , connne en souvenir de l'homme et de son gouvernement.

Jocelin fixa ses yeui vifs et perçants sur le soldat pendant qu’il parloit ainsi , comme pour tâchet de découvrir s’il parloit de bonne foi. Enfonçant alors ses cinq doigts dans sa chevelure touffue , et se grattant la tête comme si cette opération eût été nécessaire pour le mettre en état de tirer une conclusion : — Tout .cela est bel et bon, l’ami, lui dit-il; mais je vous dirai clairement qu’il se trouve à la. Loge quelques plats , quelques pots et quelques gobelets d’argent , échappés au déblaiement’ qui a envoyé à la fonte toute notre vaisselle , quand notre chevalier a voulu lever une compagnie. Or, si vous n'en prenez pas livraison sur-le-champ , je puis me trouver dans l’embarras , car on pourra croire que j’en aurai diminué le nombre, tandis qu’étant un aussi honnête garçon que..... •

— Qu’aucun voleur de dahns qui ait jamais existé dit Tomkins. — Continue , — je te devois une intenaiption. ‘

Nom par lequel let répabllcains anglais désignoient Charles

( Note du Traducteur. )

VV’OOHSTOCK.

- — Va-t’en au diable! répliqt>a Jocelin ; s’il m’est arrivé par hasard d’abattre un daim qui se trouvoit. sur mon chemin , ce n’étoit point manque de probité; c’étoit uniquement pour empêcher la casserole de ma vieille ménagère de se rouiller. Mais, quant à l’argenterie, comme plats, pots, etc., j’aurois avalé le métal fondu plutôt que d’en dérober un seul. Ainsi donc , je ne voudrois m’exposer en cette affaire à aucun blâme ni à aucun soupçon. Si vous voulez que je vous mette en possession sur-le-champ, suivez-nsoi; sinon, garantissez-moi de tout blâme. ' '

— Fort bien ; mais qui m’en garantira moimême, si l’on vient à soupçonner que quelque chose ait été soustrait ? ce ne seroient pas les honorables commissaires pour qui ce domaine est à présent comme s’il leur appartenoit. Nous devons donc, comme tu le dis, agir avec précaution dans cette affaire. Fermer les portes et nous en aller, ce seroit line oeuvre de simplicité.' Mais si nous y passions tous deux la nuit? l’un de nous ne pourroit toucher à rien sans que l’autre le sût. Qu’en dis-tu?

—Quant à cela , H faudroit que je bisse déjà dans ma chaumière, afin de la mettre en état de recevoir sir Henry et miss Alice ; car ma vieille Jeanne est un peu sourde, et elle ne saura pas comment s’y prendre. Et cependant, pour dire la

WOOnSTOCK.

vérité, j’aimerois autanttié pas revoir mon maître oette noit, car ce qui lui est arrivé aujourd’hui lui a échaufïé la bile, et il y a gros à parier que ce qü’il trouvera -dans ma hutte ne sera pas propre à le calmer. ■ ■ ' -

, ^ C’est bien dommage qu’un homme qui a l’air si grave et si vénérable soit un cavalier , un malveillant, et que, comme le reste de cette génération de vipères , il se soit ceint les reins d’une habitude de jurer. ' >•

’ Qu’il se soit fait un habit ' de jimements, vous voulez dire , repartit Jocelin en riant <l’ün calembour qui a été répété plus d’iine fois depuis cé temps, qu’y voulez-vous faire? c’est une affaire de coutume. S’il vous ari*ivoit à voiis-meme de vous trouver tout d’un coup, en personne, en face d’un mai orné de- clochettes et de rubans, autour duquel une joyeuse jeunesse danseroit au son de la flûte et du tambour, les garçons gambadant, les jeunes filles- se trémoussant, et sautant de manière à vom laisser voir la jarretière écarlate qui attache leur bas bleu de eiel, je crois qu’un sentiment plus sociable l’emporteroit rhêmè' W votre gravité , d’^i; vous jetteriez d’un côté ce grand chapeau de cocu en forme de clodlier, de l’autre. cette <k>ngue rapière altérée de sang, et

' ffaiit, hàhii, haiitiûü, jeu de moto diffièile à rendre littérale-

vou^ danseriez comme les fous de Hogs-Norton ' quand les pourceaux jouent de l’orgue.

Vindépendant se tourna vers le garde forestier, et lui dit avec fierté ; — Que veut dire ceci^ monsieur Pourpoint Vert? oses- tu tenir un pareil langage à un homme qui a mis la main à la charrue spirituelle? Je te conseille d’imposer un frein à ta langue , ou tes côtes s’en trouveront mal.

— Ne prends pas un ton si haut avec moi, mon frère, répondit Jocelin, souviens-toi que tu n’as plus affaire à un vieux chevalier de soixantecinq ans, mais à un gaillard aussi actif et aussi vigoureux que toi, peut-être même un peu davantage, plus jeune dans tous les cas. — Mais pourquoi prendre ainsi ombrage pour un nqai? Je voudrois que tu eusses connu un certain Phil Hazeldin dans ce canton. C’étpit le meilleur danseur qu’on pût trouver entre Oxford et Burford.

— Tant pis pour lui, répondit l’indépendant; mais j’espère qu’il a reconnu l’erreur de ses voies, et qu’il s’est rendu, comme il le pouvoit aisément, si c’étoit un homme dp\ié d’activité, digne de figurer en meilleure compagnie que celle de rôdeurs de bois, de voleurs de daims, de Maid Ma-

' Village du comté d’Oxford , dont les habitants, en vertu de ce \ienx proverbe, jouissent 1^ même réputation qu'avoient les Réo> tiens en (»rèce.

WOOnSTOCR.

riarines de rodômonts, de débauchés, de querelleurs , de farceurs, de baladins, de libertins crapuleux, de femmes de mauvaise vie, de fous, de joueurs de violon, et de créatures charnelles de toute espèce ne cherchant qu’à gratifier leurs sens

— Fort bien , dit Jocelin ; mais l’haleine vous a manqué à propos, car nous voici devant le fameux mai de Woodstock.

Ils s’arrêtèrent dans une grande prairie, formant une clairière , entourée de toutes parts de grands chênes et de beaux sycomores. Un de ces arbres, qui sembloit le roi de la forêt, s’élevait seul à quelque distance des autres, comme s’il n’eût pu souffrir le voisinage d’un rival. Ses branches desséchées étoient rabougries, mais son tronc antique pouvait encore faire connoître la taille gigantesque du monarque des forêts d’Angleterre.

— C’est cet arbre qu’on appelle le chêne du roi, dit le garde forestier. Les plus vieux habitants de Woodstock ne sauroient dire quel est son âge. On dit que Henry avoit coutume de s’asseoir sous ses branches avec la belle Rosemonde, pour voir toute, la jeunesse danser et se disputer les prix de la çourse et de la lutte, qui étoient des ceinturons et des bonnets.

'* F«!m7pe âa fîHnenx Robin Hood. ( Note du Trad. )

— Je n’en doute nullement, l’ami; un tyran et une prostituée étoient dignes de présider à de telles vanités.

— Tu peux dire tout ce que tu voudras, pourvu que tù me laisses parler à ma guise. Voilà le mai, comme tu le vois, à une demi- portée de mousquet du chêne du roi , au milieu de la prairie. Le roi donnoit tous les ans un arbre de la forêt et dix schéllîngs pour en faire un nouveau; mais à présent tu le vois vermoulu , pourri , courbé comme une branche dè ronce flétrie. On avoit soin de bien faucher la prairie , et d’y passer le rouleau , de sorte qu’elle avoit Tair d’un manteau de velours vert ; mais à présent l’herbe y pousse Inégalement et personne ne songe à la tailler.

— Fort bien, fort bien, ami Jocelin; mais où trouver de l’édification dans tout cela? Quelle doctrine pouvoit-on tirer d’une flûte et d’un tambour? Quelle leçon de sagesse peut donner une cornemuse? , . , .

— Tu peux le demander à de plûsvsavants que moi; mais il me semble qù’on ne peut toujours être grave et avoir le 'chapeau enfoncé s^ iÿs; yeux. 11 est aussi naturel à une jeune fille dë’rÿé qu’à un bouton de fleur d’éclore, et un jeune homme ne l’en aimera que mieux pour cela; précisément comme c’est le même printemps qui fait

WooD-vitjc». Toiu. I. 5

WOOUSTOCK.

cbaater les petits oiseaux et gambader les jeunes faons. Mais le bon vieux temps est. passé; le temps d’aujourd’hui ne le vaut pas. Je te dis que, dans les jours des fêtes que toi et les tiens vous avez supprimées, M. Longue-Épée, j’ai vu cette praine couverte de jeunes filles joyeuses, et de jeunes garçons satisfaits. Le bon vieux recteur lui-même ne croyoit pas pécher en venant assister quelques instants à nos divertissements, et l’habit qu’il portoit nous maintenoit dans l’ordre, et nous apprenoit à retenir notre gaieté dans les bornes de la discrétion. Peut-être nous permettions-nous quelquefois une, plaisanterie un peu saugrenue; peut-être nous laissions-nous aller à boire un coup de trop dans la coupe de l’amitié; mais tout cela c’ét oit franche gaieté et bon voisinàge. Oui, et si par hasard on jouoit des poings, ou que les bâtons se missent de la partie, e’étoit de bonne amitié et sans rancune; et quelques coups de gourdins après avoir bu valoient mieux que les coups de sabre qui ont été donnés avec sérieux et gravité depuis que le chapeau du presbytérien s’est élevé au-dessus de la mitre de l’évêque, et que nous avons changé nos bons recteurs et nos savants docteurs, dont les sermons étoient assaisonnés de' tant de latin que le diable lui-même en auroit été confondu , pour des tis- .serands, des savetiers et d’autres volontaires pré-

Dîgitized by tloogle

*. woonsTor.K . 6^

dicateurs comme.... comme celui que nou.s avons entendu ce matin : il fai<< que cela m'échappe.

— Eh bien, l’ami, dit Tomkins avec une pa*tience qu’on ne devoit guère attendre de lui, si ma doctrine ne t’inspire que du dégoût, je ne te chercherai pas querelle pour cela. Ton oreille étant tellement chatouillée par le bruit du tambour et de la flûte, tes yeux si vivement épris de la danse, il n’est pas vraisemblable que tu puisses trouver une saveur agréable dans une nourriture plus simple et plus salutaire. Mais rendons-nous à la Loge, afin d’y terminer nos aflaires avant le coucher du soleil.

— Sur ma foi, c’est aussi mon avis, et pour plus d’une raison; car il court sur la Loge des bruits qui font qu’on ne se .soucie guère d’y rester après la chute du jour.

— Ce vieux chevalier et sa fille n’avoient-ils pas coutume d’y demeurer? On me l’avoit dit ainsi.

— • On vous a dit la vérité; et quand ils menoient un grand train, tout y alloit assez bien; car rien ne bannit la crainte comme la bonne ale. Mais quand, la fleur de nos gens fut partie pour la guerre, et qu’ils eurent été tués dans la déroute de Naseby, ceux qui étoient restés trouvèrent la Loge bien solitaire, et le vieux chevaliiér fut abandonné par plusieurs de ses serviteurs.

— Ma foi ! il peut se faire que depuis un temps l’argent lui , ait manquétpour payer palefreniers et laquais.

— Puissante raison pour la diminution d’une maison!

— Sans doute, Monsieur, sans doute. — Alors on parla d’un bruit de pas qu’on entendoit à minuit dans la grande galerie; de voix qui chuchotoient ■ à midi dans les appartements d’appàrat, et les domestiques prétendoient que tout céla les effrayoit et les forçoit à demander leur congé. Mais, suivant mon pauvre jugement, quand la Saint-Martin et la Pentecôte arrivèrent tour à tour sans qu’il fût question des gages, les livrées bleues commencèrent à penser qu’ils feroient bien de chercber un gîte ailleurs avant que le froid vînt les geler. — Il n’y a pas de idiable plus effrayant que celui qui danse dans la ^oche, lorsqu’il ne s’y trouve pas une pièce de monnoie marquée d’une croix pour l’en chasser.

. — Et vous fûtes alors réduits à un petit nombre de domestiques?

— Comme vous dites ; et cependant nous restâmes encore une dizaine, tant des livrées bleues de la Loge que des chenilles vertes du pare, dont fait partie votre serviteur ; -de sorte que nous continuâmes à y vivre jusqu’à un 'beau matin

WOOBSTOCK. 69

que nous reçûmes ordre de faire un tour de promenade, n’importe de quel côté.

— Du côté de la ville de Worcester, sans doute, où vous fûtes écrasés comme des vers de terre que vous êtes.

— Vous pouvez dire ce qu’il vous plaira; je ne contredirai jamais un homme qui a ma tête sous son ceinturon. Nous sommes au pied du mur, sans quoi vous ne seriez pas ici.

— Bien, l’ami, dit l’indépendant; tu ne risques rien en me parlant avec confiance et liberté. Je puis être bon camarade d’im bon soldat, même après l’avoir combattu jusqu’au coucher du soleil. — Mais nous voici en face de la Loge.

Ils s’arrêtèrent devant le vieux bâtiment gothique, construit irréguKèrement, et à différentes époques, suivant que le caprice des monarques anglais les portoit à venir se livrer aux plaisirs de la chasse à Woodstock, et à faire à la- Loge les augmentations qu’exigeoit le luxe croissant de chaque siècle. La jpartie la plus ancienne de l’édifice avoit été nommée par tradition la Tour de la belle Rosemonde. C’étoit une petite tourelle très-élevée, éclairée par d’étroites fenêtres, et dont les murs étoient d’une rare épaisseur.- Cette tourelle n-avoit pas d’ouverture au rez-dechaussée, et n’ofïfoit aucune issue, étant construite en maçonnerie solide jusqu’à une certaine

hauteur : on nepouvoit y pénétrer, disoit encortf la tradition, que par le moyen d’une espèce de pont-levis qu’on jetoit d’une petite porte pratiquée près du sommet de cette tour, sur la plate-forme d’une autre tour de semblable construction, à peu de distance, mais à vingt pieds plus bas environ , et qui ne eontenoit qu’un escalier tournant qu’on appidoit à Woo<lstock l’Echelle de l’Amour, parce que, disoit-on, c’étoit en montant par cet escalier , et en se servant du pont-levis, que Henry arrivoit dans l’appartement de sa maîtresse.

, Cette tradition avoit été vivement contestée par le docteur Rocheclilïe , dernier recteur de Woodstock, qui prétendoit que ce qu’on appeloit la Tour de la belle llosemonde n’étoit autre chose qu’une citadelle intérieure , dans laquelle le seigneur ou le gouverneur du château pouvoit se retirer quand les autres points de sûreté lui manqueroient, et où il pouvoit prolonger sa défense, ou du moins se faire acconler une capitulation raisonnable. I^es habitants de Woodstock, attachés à leur ancienne tradition, ne goûtoient pas cette nouvelle explication qui la mettoit au rang des fables; et l’on dit même que' le maire, dont nous avons déjà parié, s’étoit lait presbytérien poiu' se venger des doutes que le recteur avoit jetés sur cet important sujet, aimant mieux

Di

WOttMiTOCK.

abandonner la liturgie de l’Église anglicalie que sa croyance à la Tour de la belle Rosemonde^ èt à l’Échelle de l’Amour.

r Le reste de la Loge étoit d’une étendue considérable et de dilTérents siècles, comprenant un labyrinthe de petites cours, entourées de bâtiments communiquant les uns aux autres, tantôt par les angles, tantôt en traver^nt les cours, et quel- <{uefois de l’une et l’autre manière. La hauteur inégale des diverses parties du bâtiment annon-^ ^oit que la communication entre eux ne pouvdit avoir lieu que par cette multiplicité d’escaliers, qui, construits, disoit-on, dans ce seul but, exerçoient la patience de nos ancêtres dans le seizième siècle et à une époque encore plus reculée.

Les façades variées de cet édifice irrégulier étoient , comme le docteur Rochecliffè avoit coutume de le dire j un véritable banqttet pour l’amateur d’architecture antique; car elles ofTroient certainement des modèles de tous les styles; depuis le purliormand de Henry d’Anjou jusqu’au composite moitié gothique, moitié classique, d’Élisabeth et de son successeur; En conséquence le recteur étoit aussi épris de Woodstock que Henry l’avoit jamais été de la belle Rosemonde; et comme son intimité avec sir Henry Lee lui don- Boit libre entrée en tout temps dans la Loge; il y passoit des jours entiers à en parcourir les antî-

WOOBSTOGK.

<{ues appartements, examinant, mesurant, étu< (liant, et commentant avec science des bizarre^ ries d’architecture qui ne dévoient probablement letu* existence qu’à l’imaginatiou fantasque d’un artiste gothique.

Mais le vieil antiquaire avoit été expulsé de son bénéfice par l’intolérance et les troubles du temps; et son successeur Nehemiah Holdenough, s’il se fût livré à l’examen de l’architecture et des sculptures profanes du papisme, ou s’il avoit donné im instant à l’histoire des amours impudiques des anciens monarques normands, se seroit gardé à peu près. aussi coupable que l’Israélite prosterné devant les veaux de Béthel, ou buvant dans la coupe des abominations.— Mais reprenons la suite de notre histoire.

Quand l’indépendant Tomkins eut . examiné avec attention la façade du bâtiment, — Je vois, dit-il, un monument remarquable de .l’iniquité dans ^-ce qu’on appelle si mal à prUpoS la Loge royaiew Que j’aurai .de plaisir à la voir renverser, brûler; réduire, en cendres l oui, et les cendres jetées dans le ruisseau deLédrtm, ou dans totid; autre, afin que le terrain soit purifié, et que les habitante puissent oublier l’impiété des péchés de leurs pères. ...

. Le. garde. fo.restier . l’écqutoit avec une indignation secrète; et.il ccnumençmt' à se.- demander à

-oiâ

lui-méme si , ^ ttouvant seul à seul et sans ap^ par'ence d’intertuptioû , il n’entroit pas dans les devoirs de sa charge de châtier un rebelle qui proféroit de tels discours. Mais il se rapj>ela heureusement que l’événement du combat seroit douteux, — que l’avantage des armes étoit contre hii, et que, quand même il seroit victorieux, il n’en courroit pas moins de grands risques ensuite. Il faut convenir aussi que l’indépendant offroit dans ses manières et sa personne quelque'chose de si sombre et de si mystérieux, de si grave et de si sévère que l’esprit plus’ ouvert de Jocelin se trouvoit à la gêne devant lui, et s’il n’étoh pas en proie à la crainte, il étoit du moins agité par l’irrésolution. Enfin il pensa que le parti le plus sage et le plus sûr, tant pour'hii que pour son maître , étoit d’éviter toute occasion de querelle, et de tâcher de mieux savoir à qui il-avoit affaire av€Ûit de se déclarer son ami ou son ennemi.

• La grande porte de la Loge étoit fermée par de bons verrous; mais Jocelin n’eut qu’un loquet à poussér pour en ouvrir le guichet. Ils se trouvèrent alors dans un passage d’environ dix pieds de longueur, dont l’autre extrémité étoit autrefois fermée par. une herse percée de trois meurtrières de chaque côté. On pouvoit jadis tenir en respect l’ennemi audacieux qui se seroit emparé de la première porte, et qui, en voulant forcer la

WOOP»TOCK.

seconde, se ;fût' exposé au feu des assiégés. Mais fes ressorts qui faisoietit jouM* la herse avoient été soudés par la rouille, et elle restait suspen* due^ garnie de pointes de fer menaçantes, -mais hors 'd’état d’opposer le ^ moindre, obstacle aux progrès d’«n ennenali .- ' '» .• - - • ■ - •

Le chemin étoit ouvert jusqu’au grand vestibule extérieur de la Loge.-Une des extrémité de ce long et. sombre' appartement étoit entièrement occupée par une galerie destinée autrefois à plâcer des musiciens et des ménestrels. De chaque côté étoit un escalier grossièrement construit, dont chaque marche étoit formée par Un tronc d’arbre équarri, d’un pied carré environ. Adroite et à gauche de la première marche de chacun de ces escaliers étoit j en guise de sentinelle, une statue représentant an fantassin normand , ayant un cas^e ouvert, qui laissoit voir des traits aussi menaçants que le génie du sculpteur avoit pu les rendre. Ilsétoient revêtUsdejustaucôrpsde buffle ou de cottes de mailles; portoient des boucliers ronds, et ils avoient les pieds et leè jambes couverts d’une espèce de brodequins qui laissoient le genou à découvert. Ces guerriers de bois tenoient en main de grandes épées ou des. masses d’armes comme des soldats en factfen. Uu grand nombre de. ciçochefe et <fe crampons enfoncés dans les • murs de cetï^f^)avtem»nt '♦énébreitx ne sei^oient

WOOBSTOCK. 75

plus qn’à indiquer les endroits où -étoieiit aàtfefois suspendues des armes conservées long-temps comme de^ trophées, mais auxquelles on avoiteu recours récemment pour armer des soldats dans une occasion pressante, comme dans un exti^me péril les vétérans sont quelquefois rappelés an combat. Les murailles étoient pourtant encore ornées des trophées de chasse des monarques auxquels la Loge avoit successivement appartenu et des chevaliers qui en avoient été tour à tour les gardiens.

Tout au bout du vestibule on voyoit une énorme cheminée en pierre, qui s’avançoit de dix pieds dans la salle, et qui étoit ornée des chiffres et des armoiries de la- maison royale d’Angleterre. Dans son état actuel, elle ressembloit à l’entrée d’un caveau ftméraire, ou peut-être pourrdit-on la comparer au cratère d’un volcan éteint. Mais la couleur d’ébène des pierres massives prouvoit qu’il avoit été un temps où elle avoit envoyé des volumes de flamme le long de son vaste tuyau , et vomi des tourbillons de fumée qui formoient un dais sur la tète de joyeux convives, que leur sang noble ou royal ne rendoit pas seàisibles à ce léger inconvénient.

La tradition disoit que , dans ceS grandes occasions , deux charretées de bois formaient la ]>nt> vision nécessaire pour entretenir le feu depuis

WOODSTOOl.

76 WOODSTOOl.

midi jusqu’à ce qü’on sonnât le cowrre-feii ; et les chenets, ou, comme on les nommoit alors, les chiens destinés à soutenir le bois placé dans le foyer , étoient des lions d’une taille si gigantesque , qu’ils sembloient attester la vérité de cette légende. Sous le manteau de la cheminée, de longs bancs de pierre étoient placés des deux côtés j et en dépit d’une chaleur étouffante , les monarques eux-mêmes , dit-on , y prenoient quelquefois place , et s’amusoient à faire griller de leurs mains royales sur des charbons ardents les nombles et les daintiers du cerf qu’ils avoient forcé. La tradition étoit encore prête à rapporter ici les plaisanteries joyeuses qui avoient pu avoir lieu entre le prince et les pairs , lors du fameux banquet qui suivoit la chasse de là Saint-Michel; elle montroit l’endroit précis où le roi Etienne s’étoit assis pour raccommoder lui-même son bas royal , et racontoit les tours qu’il avoit joués au petit Winkin , taiHeur à Woodstock. - . -V

La plupart de ces plaisirs, qui se ressentoient un peu de la grossièreté du temps , appartenoient aux siècles des Plantagenet. Lorsque la maison de Tudor monta sur le trône , les rois furent moins prodigues de leur personne ; leurs festins eurent lieu dans des appartements intérieurs , et le vestibule fut abandonné à leurs gardes , qui y

DigitiziM b7-Goog[e

WOOOSTOCK.

restoient en faction , passoient la nuit à se réjouir^ et varioient leurs plaisirs par des récits d’af^âritions et de contes de sorciers ; ces récits faisoient quelquefois pâlir des hommes pour qui le son des trompettes d’une armée française auroit été aussi agréable que celui des cors de chasse qui les auroit appelés dans la forêt.

Jocelin fit à son compagnon le détail de toutes ces particularités un peu plus brièvement que nous ne l’avons fait à nos lecteurs. L’indépendant sembla l’écouter quelque temps avec une sorte d’intérêt; mais enfin, l’interrompant tout à coup, il s’écria d’un ton solennel : ' — Péris ! Babylone , comme ton maître Nabuchodpnosor a péri. Il est errant maintenant, et tu deviendras toi-même un lieu de dévastation , ime solitude , un désert de sel, où il n’y aura que soif et famine.- •

. — 11 est assez probable que nous les y trouve^ rons toutes deux ce soir , dit Jocelin, à moins que le garde-manger du bon chevaUer.ne soit mieux garni que de coutume. ,.j.y ; ; \

— Nous devons songer aux besoins de la nature , réppndit Tomkins , mais en temps convejiable, quand nous nous serons acquittés de notre devoir. — Où conduisent ces. portes?

— 7 ,Celle qui. est â. droite, répondit le garde forestier, conduit â ce qu’on appelle les grands ap. parlements , qui n’ont pas été occupés depuis

roi

WOODSl-OCK.

tannée 163g, que sa majesté le bienheureux »^uarles

l’indépendant d'une e onnerre;— oses-tu bien donnerà Charles Stuart h t‘t'-edebienheupeux?^Souviens-toide

*a proclamation à ce sujet.

mauvaises intentions, ré- ^iqua Jocelin réprimant l’envie qu’il avoit de feire une tout autre réponse— Je ne meconnois P s en titres et en affaires d’état comme en daims «t eu arbalètes; mais quoi qu’il ait pu arriver depuis ce temps ce pauvre roi reçut à cette époque assez de bénédictions à Woodstock , car il y y laissa ,^em son gant de pièces d’or pour les pauvres de la ville. *

— Paix, l’ami-, ou je croirai que tu es un de ces imbéciles et aveugles papistes qui s’imaginent que quelques aumônes peuvent les laver des souillures quont fait contracter à leurs âmes leurs actes d oppression et d’iniquité. - Tu dis donc

Tc^^LstuL^f

^ Et de son père Jacques avant lui , et d’Eli-

s»^thauparavant,.et du roi Henry, quia bâti cette aile avant tous les autres.

-:-Et sans ddute, ç’est là que le chevalier et sa tiu 6 oemeuroient ? ^ •

Page 1