‹ Woodstock (volume 2)Chapitre 6 sur 22 · CHAPITRE TV · texte numérisé non relu

CHAPITRE TV

« Ce ftolier de gatoo

» Goodbit eo ferpenUnt to«l up beai» pavîIloD ;

» Ton pied ai délicat peut.y marcher laoe crainte ;

» D’un caillou raboteux ne craint donc pat l’atteinte. B Tu terat a l’ahri de la pluie et du renl ;

.*» ^Mait ett-ee daot ce lieu que le Deroir t’attend ? » .Non , il eit tur ce roc. D’amarante! ornée » Ne Toit'tu pat rert toi u baguette tournée ?

» C’est là qu’il faut gravir ; pour cela , que ta tête M Apprenne à tupporter l’effort de ta tempête.

» U le faudra touffrir le froid , le chaud , la faim ;

M Mais il te guidera dans ce noble cbemiu.

» Lorsque tur le sommet tu terat assurée,

M *^u te croiras alors eofant de l’empyrée ;

B La terre et tout tes biens tous tes pieds étendus,

M Perdant tout les attraits, de leur grandeur dédiut , » Ne te parottront plut qu’au néant méprisable. » Jnonjrpte,

Le lecteur ne peut avoir oublié qu’après son combat avec le soldat de la république, sir Henry Lee étoit parti avec sa fille pour aller chercher ùn abri dans la chaumière du vigoureux garde forestier Jocelin Joliffe. Ils marchoient à pas lents, comme auparavant; car le vieux chevdier^oit doublement accablé par l’idée de voir les derniers restes de la royauté tomber entre les mains des républicains, et par le souvenir de sa

défaite toute récente. Il s’arrêtoit de temps en temps, et, croisant les bras sur sa poitrine, il réfléchissoit sur toutes les circonstances qui accompagn oient son expulsion d’un château qui avoit été son domicile pendant tantd’années.Ü lui sembloit que, comme les champions des romans, il s’éloignoit d’un poste qu’il étoit de son devoir de garder, défait p>ar un chevalier païen à qui le destin avoit réservé de mettre à fin cette aventure.

Alice, de son côté, avoit aussi des souvenirs pénibles, et sa dernière conversatTon avec son père avoit roulé sur un sujet trop peu agré^le pour qu’elle cherchât à la renouer avant qu’il eût le temps de reprendre im peu plus de calme. Sir Henry avoit un excellent caractère, et il aimoit tendrement sa fille; mais l’âge, et le malheur qui depuis quelques années l’avoit frappé coup sur coup , avoient donné à son hiuneur une irritabilité capricieuse. Sa fille et un ou deux serviteurs fidèles encore attachés à sa fortune supportoient cette foiblesse aussi bien que possible, et en enduraient lés effets sans autre sentiment qu’une compassion sincère. . . , .

11 se passa quelque temps avant qu’il parlât, et ceiut pour rappeler un incident que nous avons déjà mentionné. ^ -

— Il est étrange, dit-il, que Bévis.soit resté avec Jocelin et ce drôle , au lieu de me suivre.

— Soyez bien sûr, mon père, dit Alice, que sa sagacité lui a fait voir en cet homme un étranger qu’il a cru devoir surveiller, et que c’est pour cela qu’il est resté avec Jocelin.

— Non, non, Alice. Il m’abandonne parce que la fortune m’a abandonné. Il y a dans la nature quelque chose qui apprend à ftiir le malheur,, quelque chose qui agit même sur l’instinct, comme on l’appelle, des animaux dépourvus de raison. Le daim tourne son bois contre le daim de son 5 propre troupeau qu’il voit malade ou blessé; estropiez un chien, et tout le chenil tombera sur lui; le poisson atteint d'un coup de javeline est dévoré par les autres; et le corbeau à qui l’on a coupé une aile ou cassé une pâte est tourmenté par ses semblables jusqu’à ce que la mort le délivre.

— Cela peut être vrai des animaux sauvages , •dont toute ,1a vie est presque une guerre perpétuelle, mon père; mais le chien abandonne sa propre espèce pour s’attacher à l’homme ; il oublie pour son nuûtre la nourriture, les plaisirs et là compagnie de ses semblables; et certainement l’attachement d’un serviteur aussi dévoué que Bévis, pour ne 'parler que de lui en ce moment, ne doit pas être légèrement suspecté.

— Je n’en veux.pas à Bévis , Alice ; mais je suis fâché de ce que je vois. J’ai lu dans des chroni-

ques véridiques que, lorsque Richard II et Henry de Bolingbroke étoient au château de Berkeley, un chien de même espèce , qui avoit toujours été fidèlement attaché au roi, l’abandonna pour suivre Henry, qu’il voyoit alors pour la première fois , et que la désertion de son chien favori fit prévoir à Richard sa déposition prochaine. Ce chien fut ensuite placé à Woodstock, et l’on dit que Bévis est de sa race, qui a été conservée avec soin. Je ne puis deviner quels nouveaux malheurs sa désertion doit me faire prévoir; mais un je ne sais quoi m’assure qu’elle ne présage rien de bon.

En ce moment ou entendit un bruit éloigné dans les feuilles tombées qui jonchcriént là terre; quelque animal sembloit courir dâûs les broussailles, et presque au même instant Bévis arriva en bondissant près de son maître.

— Hâte-toi de comparoître , mon vieil ami, dit Alice avec un ton de gaieté , et viens défendre ta réputation, qui court des risques en ton absence. Mais le chien ne fit qu’un acte de politesse en gambadant un instant autour de son maître , et, retournant sur ses pas au grand galop , il disparut.

— Comment, drôle! s’écria le chevalier, tu as sûrement été trop bien dressé pour te mettre à chasser sans ordre !

Quelques minutes de plus firent apercevoir Phœbé May-Flower; et, malgré le panier dont

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elle étoit chargée , elle marchoit d’un pas si leste qu’elle rejoignit son maître et sa jeune maîtresse à l’instant où ils arrivoient devant la chaumière qui étoit le but de leur voyage. Bévis, après avoir Élit une course en avant pour rendre visite à sir Henry, l’avoit quitté pour retourner à son devoir, qui étoit d’escorter Phœbé et les provisions qu’elle apportoit. Toute la compagnie se trouvoit alors réunie devant la porte de la chaumière.

Dans des temps plus heureux , une maison construite en pierres offroit en ce lieu une habitation convenable pour un garde d’une forêt royale. Une belle fontaine en étoit voisine , et tout autour étoient différentes cours avec des bâtiments servant de chenil et de fauconnerie ; mais dans qudques-unes des escarmouches si fréquentes dans tout le pays pendant les guerres civiles, ce petit bâtiment rural avoit été attaqué, défendu, emporté et incendié. Un propriétaire du voisinage, qui avoit pris parti pour le parlement, avoit profité de l’absence de sir Henry Lee, alors dans le camp de Charles, et du mauvais état des affaires du roi , pour s’emparer sans cérémonie des pierres et des autres débris que le feu avoit épargnés, et qu’il fit servir à réparer sa maison. Le garde, notre ami Jocelin Joliffe , avoit donc reconstruit en quelques jours , à l’aide de quelques voisins , une chaumière pour s’y loger avec la vieille femme

qu’il appeloit sa dame. Les murs , tormés de terre et d’osier, en avoient été badigeonés avec soin; ils étoient tapissés de vignes et d’autres arbrisseaux; le toit étoit bien couvert en chaume; en un mot , quoique ce ne fût qu’une hutte , l’extérieur en avoit été si bien soigné par l’industrieux Jolifife que le garde d’une forêt royale pouvoit y demeurer sans déroger.

Le chevalier s’avança pour entrer : la porte n’étoit close que d’une claie d’osier très-serrée ; mais Jocelin, à défaut d’un meilleur service, avoit imaginé une manière de la fermer à l’intérieiu’ par le moyen d’une cheville qui empèchoit qu’on ne pût soulever le loquet en dehors ; cet obstacle que le chevalier rencontra lui fit présumer que c’étoit une précaution prise par la vieille dame de Joliffe, dont il connoissoit la surdité il appela donc à grands cris , mais inutilement. Irrité de ce délai , il poussa la porte des pieds et des lUains , la barrière fragile ne put résister à ses efforts , elle céda sur-le-champ ; et le chevalier entra ainsi de vive force dans la cuisine ou appartement extérieur de Jocelin. Au milieu de la salle, et dans une attitude qui indiquoit de l’embarras , étoit un étranger enveloppé dans un grand manteau.

— C'est peut-être le dernier acte d’autorité que j’exercerai ici , dit le chevalier en saisissant l’étranger au collet; mais pour cette nuit du moins

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je suis encore grand-maître de la capitainerie de Woodstock. — Que fais- tu ici? — Qui es-tu?

L’étranger écarta le manteau qui lui couvroit le visage , et fléchit en même temps un genou en terre.

— Votre pauvre neveu, dit-il; Markham Everard , qui est venu ici par affection pour vous , quoiqu’il craigne bien que l’accueil qu’il recevra de vous ne témoigne pas une affection semblable.

Sir Henry recula en tressaillant ; mais aussitôt , en homme qui se souvenoit qu’il avoit un rôle à jouer pour soutenir sa dignité, il redressa sa taille, et répondit avec un air de majesté :

— Beau neveu , je suis charmé que vous soyez arrivé à Woodstock précisément la première nuit qui, depuis bien des années, peut vous y promettre un accueil favorable et digne de vous.

— Dieu veuille que cela soit et que je vous entende et comprenne bien ! s’écria le jeune homme tandis qu’Alice, muette, avoit les yeux fixés sur le visage de son père, ne sachant si ce qu’il venoit de dire devoit s’interpréter favorablement pour Markham , car la cônnoissance qu’elle avoit du caractère du vieillard rendoit pour elle cette supposition plus que douteuse.

Le chevalier jeta un regard sardonique d’abord sur son neveu y ensuite sur sa fille, et continua :

— 'Je présume que je n’ai pas besoin d’informer

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M. Markham Everard que nous ne pouvons songer à le recevoir , ni même à le prier de s’asseoir dans cette misérable hutte.

— Je vous accompagnerai bien volontiers à la Loge, répondit le jeune homme. Je croyois bien que le soir vous y avoit déjà fait rentrer, et je n’osois m’y présenter de peur de vous déplaire. Mais si vous voulez me permettre de vous y accompagner, ainsi que ma cousine, parmi toutes les bontés que vous avez eues pour moi autrefois, il n’en est aucune qui puisse m’inspirer plus de reconnoissance.

— Vous vous méprenez grandement , M. Markham Everard, répliqua le chevalier- Notre intention n’est pas de retourner ce soir à la Loge. Non, de par Notre-Dame! ni demain non plus.

Je voulois seulement vous apprendre , en toute courtqisie, que vous trouverez à Woodstock une société qui vous convient , et dont vous recevrez certainement un accueil que je ne puis me permettre de faire à un homme de votre importance dans la retraite où vous nous voyez.

— Pour l’amour du ciel, s’écria Markham en se tournant vers sa cousine, dites-moi comment je dois expliquer vm langage si mystérieux.

Alice, pour empêcher l’explosion de la colère comprimée de son père, fit un effort sur elle-

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même pour retrouver la parole , et elle n’y réussit

pas sans difficulté.

— Nous avons été chassés de la Loge par dés soldats , lui dit-elle.

— Chassés ! par des soldats ! s’écria Markham avec surprise. Ils n’ont pas de mandat légal pour cela.

— Ils n’en ont point, dit le chevalier avec le ton d’ironie piquante qu’il avoit pris dès le commencement de cet entretien; mais ils en ont un aussi légitime qu’aucun de ceux qui ont été décernés en Angleterre depuis un an et plus. Vous vous occupez , je crois , ou du moins vous vous ofccupiez de l’étude des lois; eh bien, Monsieur, vous avez joui de votre profession aussi longtemps qu’un {)rodigue désire jouir de la vieille veuve qu’il épouse. Vous avez déjà survécu aux lois que vous étudiez , et sans doute elles n’ont pas rendu le dernier soupir sans vous laisser quelque legs , quelque revehant-bon , quelque accroissement de grâce, pour me servir du langage du jour; vous l’avez mérité doublement en portant le justaucorps de buffle et la bandoulière , et en maniant la plume ; car je ne sais pas encore si vous vous mêlez de prêcher.

— Pen.sez de moi, dites de moi tout ce qu’il vous plaira, répondit le ne\eu d’un ton re.spectueux et soumis; — je ne me suis conduit, dans

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ce malheureux temps, que d’après ma conscience et les ordres de mon père.

— Oh! si vous parlez de conscience, s’écria le vieux chevalier, — il faut que j’aie les yeux ouverts sur vous , comme le dit Hamlet. Jamais puritain ne trompe plus impudemment que lorsqu’il en appelle à sa conscience ; et quant k ton père

Il alloit continuer sur le même ton d’invectives; mais Markam l’interrompit.

— Sir Henry Lee , lui dit-il d’un ton ferme , votre caractère a toujours passé pour noble. Dites de moi tout ce que vous voudrez , mais ne parlez pas de mon père en termes que l’oreille d’un fils ne peut endurer et que son bras ne peut punir. Me traiter ainsi, ce seroit insulter un homme sans armes et battre un captif.

Sir Henry se tut comme s’il eût été frappé de cette remarque.

— Tu as dit la vérité en cela, Markham, dit-il enfin; il faut que j’en convienne , quand tu serois le plus noir puritain que l’enfer ait jamais vomi pour déchirer un malheureux pays.

— Pensez-en ce qu’il vous plaira , répondit le jeune Everard ; mais ne restez pas dans ce misérable taudis. La nuit menace d’un orage; permettez-moi de vous reconduire à la Loge , et d’en expulser ces intrus, qui , du moins quant à pré-

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sent , ne peuvent avoir ordre d’agir comme ils le font. Je n’y resterai après eux que l’instant nécessaire pour vous faire part d’un message de mon père. — Accordez-moi cette grâce, au nom de l’amitié que vous aviez autrefois pour moi.

— Oui, Markham, répondit son oncle d’un ton douloureux, mais ferme; tu dis la vérité, je t’aimois autrefois. — Cet enfant à cheveux bruns à qui j’apprenois à monter à cheval, à manier les armes, à chasser, — qui passoit près de moi ses heures de plaisir après des travaux plus graves ,

— je chérissois cet enfant. — Oui , — et je suis assez foible pour chérir encore le souvenir de ce

, qu’il étoit. — Mais il n’existe plus, Markham; il n’existe plus. — Je ne vois en sa place qu’un rebelle déterminé , en armes contre sa religion et contre son roi ; un rebelle d’autant plus détestable qu’il a obtenu des succès ; un rebelle dont l’infamie s’accroît de l’espoir qu’il a de dorer sa trahison par des richesses , fruit du vol et du pillage. — Mais je suis pauvre, penses-tu, et je devrois me taire , de peur de m’entendre dire : Silence , drôle ! Parle quand on t’interrogera. — Sache pourtant que , tout pauvre que je suis, tout pillé que. j’ai été, je me trouve déshonoré par un si long entretien avec un des instruments de l’usurpation. — Rends-toi à la Loge , si bon te semble;

— en voilà le chemin; — mais ne pense pas que

pour y rentrer, pour retrouver toutes les richesses que je possédois dans le temps de ma plus grande prospérité , je ferois volontairement trois pas avec toi sur ce tapis vert. — Si l’on doit me voir en ta compagnie , ce sera quand tes habits rouges m’auront lié les bras derrière le dos, et attaché les jambes sous le ventre de mon cheval. Tu pourras être alors mon compagnon de route , si tu le veux, j’en conviens; mais pas avant.

Alice , qui souffroit cruellement pendant ce dialogue, et qui savoit bien que toute réplique ne feroit qu’irriter encore davantage le ressentiment du chevalier , se hasarda , dans son inquiétude, à faire signe à son cousin de rompre l’entretien et de se retirer, puisque son père le lui ordonnoit avec tant de colère. Malheureusement sir Henry s’en aperçut, et, concluant de ce qu’il voyoit qu’il régnoit une intelligence secrète entre le cousin et la cousine , il lui fallut le plus grand effort sur lui-même et le souvenir de ce qu’il devoit à sa propre dignité pour voiler sa fureur croissante du même ton d’ironie qu’il avoit pris au commencement de cette entrevue.

— Si vous craignez, dit-il à son neveu, de parcourir les sentiers de nos forêts pendant la nuit, respectable étranger, que je dois peut-être respecter comme mon successeur dans la garde de ce domaine , il me semble que voici une jeune

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fille modeste qui est disposée à vous accompagner et à vous servir de porte-bouclier. Seulement , par respect pour la mémoire de sa mère , qu’il se passe entre vous quelque légère formalité de mariage. Vous n’avez besoin ni de dispenses ni de prêtres dans cet heureux temps; vous pouvez être accouplés comme des mendiants dans un fossé par quelque chaudronnier qui servira de prêtre, sous une haie dont les branchés vous couvriront comme le toit d’une église; Mais je vous demande pardon de vous faire une requête si simple et si audacieuse : vous êtes peut-être un Ranter vous faites peut-être partie de la secte de Knipperdoling ou de Jacques de Leyde , ou vous appartenez à la famille de l’amour, et vous regardez comme inutile toute cérémonie nuptiale.

— Pour l’amour duciel, mon père, s’écria Alice, cessez de plaisanter d’une manière si cruelle! Et vous, iNIarkham, retirez-vous, au nom de Dieu, et abandonnez-nous. à notre destin. Votre présence fait perdre la raison à mon père.

. — Moi plaisanter! dit sir Henry, je n’ai de ma vie parlé plus sérieusement. Perdre la raison ! jamais je n’en ai eu davantage. Je n’ai jamais pu souffrir que la fausseté m’approchât. Une fille ou une épée déshonorées ne pouvant rester à mon

* Secte d’indépendants qni s’étoient afTranchis de tonte discipline ecclésiastiqne et morale. ( Note dt VÂdit,)

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