CHAPITRE IX
l'nrtez, partez ! vous savez ce que vous ne devriez pas savoir.
Shakspeare. Macbeth.
iLDRAKE fut laissé dans le cabinet, seul et plongé dans l'élonnement. On disait souvent que Gromwell, ce politique habile, ce profond honuTie d'État, ce général plein de sang-froid et d'intrépidité, cet être extraordinaire qui avait surmonté tant de difficultés , et qui s'était élevé à une telle hauteur qu'il semblait déjà planer sur le pays qu'il avait conquis, avait, comme beaucoup d'autres hommes d'un grand génie, une teinte naturelle de mélancolie. Cette mélancolie se trahissait quelquefois dans sa conduite et dans ses discours; on en avait vu les premiers symptômes dans ce changement subit et frappant qui eut lieu en lui lorsque, abandonnant entièrement les mœurs dissolues de sa jeunesse, il se livra à de strictes pratiques religieuses, qu'il semblait considérer, en certaines occasions, comme le mettant en rapport plus direct et presque immédiat avec le monde spirituel. On dit qu'à cette époque de sa vie cet homme extraordinaire s'abandonnait quelquefois à des illusions, ou, comme il les regardait lui-même, à des inspirations prophétiques d'une grandeur future et de grands événements, étranges et mystérieux , qui devaient le rendre aussi remarquable à l'avenir qu'il l'avait été dans sa jeunesse par des excès de folie et de débauche. Il fallait quelque chose de ce genre pour expliquer les scènes siMuhlabhvs
tac WDODSTOCK.
à ct'llc que nous vriioiis de voir, ;iii\(|ii('IU's il se laissait (iiicUiiiclois enli'ainer '.
A l'étouneinent ([n'éprouvait Wildrakc «le ce (jui vouait de se passer se joiyuaieul aussi (juehjues iufiuietudes pour sou propre compte. (Juoi- (juil ue fût pas le plus réfléchi des hommes, il avait assez de bon sens pour savoir qu'il est dangereux d'être témoin des faiblesses des grands; et on le laissa seul si longtemps qu'il put craindre secrètement que le général ne fût tenté de prendre des moyens pour faire disparaître, soit en l'enfermant, soit même autrement, un témoin (|ui l'avait vu, pressé par les aiguillons de sa conscience, descendre de cette sphère d'élévation dans laquelle il affectait de planer sur ce monde sublunaire.
Il ne rendait pourtant pas justice, à cet égard, à Gromwell. Le caractère du général républicain ne le portait ni à des soupçons excessifs ni à des actes d.e cruauté gratuite.
Au bout d'environ une heure, Pearson reparut ; il dit à Wildrake de le suivre , et il le conduisit dans un appartement situé dans une autre partie du palais, où il trouva le général assis sur un sofa. Sa fille était avec lui, mais à une certaine distance, et occupée de quelque ouvrage de femme. A peine tourna- t-elle la tête quand Pearson et le jeune Cavalier arrivèrent.
A un signe que lui fit Gromwell, Wildrake s'approcha de lui.
— L'ami , lui dit le général , tes anciens camarades , les Cavaliers , me regardent comme leur ennemi , et ils se conduisent envers moi comme s'ils désiraient que je le devinsse. Je te déclare qu'ils travaillent contre leur intérêt, car je les considère et je les ai toujours considérés connne des fous honnêtes et honorables qui ont perdu le jugement au point de se passer un nœud coulant autour du cou et de se frapper la tête contre les murailles , afin d'avoir pour roi un homme nommé Stuart, et aucun autre. Les insensés ! Les caractères de l'alphabet ne pourraient-ils donc former aucun autre nom qui sonnât aussi bien que Charles Stuart, s'il était suivi de ce titre magique? Le mot roi est connne une lampe qui jette le même éclat sur toutes les combinaisons possibles de lettres ; et cependant il faut qu'ils versent leur sang pour un nom ! Ouant à toi, tu n'as rien à craindre de moi. Voici un ordre en bonne forme, pour faire évacuer la Loge de Woodstock, et pour en confier la garde à ton maître, ou à ceux qu'il lui plaira d'en charger. Je ne doute pas qu'il n'y place son oncle et sa jolie cou-
1. Un (lii(|iio, ii'L's-jeuiu' encore, Cioniwell eiii une vision dans laquelle nne lennne lui apiiorlait If sceplie (le l'Anylelene.
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sine. Adieu, pense à ce que je fai dit. On assure que la beauté est une pierre d'aimant pour le Jeune Homme que tu sais ; mais je crois qu'en ce moment de beaux yeux et des cheveux blonds ne sont pas les astres qui dirigent sa course. Quoi qu'il en soit, tu connais mes intentions. Aie les yeux ouverts, bien ouverts; surveille avec attention tous les sentiers, tous les chemins détournés, toutes les haies le long desquelles se glissent les vagabonds. Nous vivons dans un temps où les guenilles d'un mendiant peuvent couvrir la rançon d'un prince. Tiens, voilà quelques quadruples de Portugal ; ta poche n'en a guère vu de semblables, je suppose. Encore une fois, pense à ce que tu as entendu, et, ajouta-t-il en baissant la voix, mais d'un ton plus imposant, oublie ce que tu as vu. — Mes amitiés à ton maître, et, je te le répète de nouveau, souviens-toi et oublie.
Wildrake le salua, retourna dans son auberge, et partit de Windsor en toute hâte.
Ce fut dans l'après-midi du jour même que le Cavalier rejoignit son ami la Tète-Honde , qui l'attendait impatiemment dans l'auberge de Woodstock, où il lui avait donné rendez-vous.
— Où as-tu été? s'écria Markham dès qu'il l'aperçut. Qu'as-tu vu? Pourquoi cet air étrange d'incertitude? Pourquoi ne me réponds-tu pas?
— Parce que vous me faites trop de questions à la fois, répondit Wildrake en se débarrassant de son manteau et de sa rapière; un honnne n'a qu'une langue pour répondre, et la mienne est presque collée à mon palais.
— Faut-il que tu boives pour l'en détacher? Je suis pourtant sûr que tu as essayé de ce remède à chaque cabaret que tu as trouvé sur la route. Demande tout ce que tu voudras, mais sois bref.
— Colonel Everard, je n'ai pas même bu un verre d'eau aujourd'hui.
— Et c'est ce qui te donne do l'humeur : eh bien . fais-la passer si tu le veux avec un verre d'eau-de-vie ; mais ne sois pas assez bizarre pour faire durer plus longtemps un accès de taciturnité qui fait qu'on ne te reconnaît pas.
— Colonel Everard, répondit le CavaHer d'un ton fort grave, je suis un homme changé.
— Je crois que tu changes tous les jours de l'année et à toutes les heures du jour. — Voyons ! dis-moi bien vite si tu as vu le général, et s'il t'a remis un ordre pour expulser de Woodstock les commissaires au séquestre.
— J'ai vu le diable, répondit Wildrake , et, connue tu le dis, il m'a remis un ordre.
138 WdOOSTOCK.
— Donno-lt'-iiioi donc hicii vite ! s'écria lùcrard on avançant la main pour prendre le paquet,
— Pardon , Maikhaiu ; mais si tu savais dans quel dess(Mn cet ordre est accordé; si tu savais, ce (|ue je n'ai |)as riiUeulion de te dire, (jiH'lles espérances sont ibndé(>s sur cette laveur, j'ai assez bonne opinion de loi pour être convaincu (|ue tu |)ren(lrais avec la main un fer rou^e ]>lacé sur une enclume, plutôt que de toucher à ce morceau de jiapier.
— Fort bien, fort bien ! c'est encore quehpi'une de tes idées exagérées de loyalisme. VMvs sont fort bonnes cpiand on les contient dans certaines limites; mais elles rendent fou quand on les porte à l'excès. Ne crois pas, puistpi'il faut (|ue je te parle franchement, que je voie sans chaji^rin l'anéantiï^sement de notre ancienne monarchie et la substitution qu'on y a faite d'une autre forme de gouvernement \ mais les regrets que je donne au passé doivent-ils m'empêcher d'acquiescer et de concourir aux mesures cpii peuvent assurer l'avenir? Le parti royal est abattu , (juand même toi et tous les Cavaliers de la Grande-Bretagne vous jureriez le contraire; — abattu de manière à ne pas se relever, du moins d'ici à longtemps. Le parlement, dont on a si souvent fait sortir tour à tour ceux qui étaient assez courageux pour maintenir leur liberté d'opinion , est maintenant réduit à une poignée d'hommes d'état qui ont perdu le respect du peuple en conservant si longtemps le pouvoir suprême. Us ne peuvent plus s'y maintenir sans licencier l'armée; et les soldats, naguère serviteurs et aujourd'hui maîtres, ne veulent pas être licenciés; ils connaissent leur force; ils savent qu'ils peuvent rester en corps d'armée, recevoir leur solde et vivre à discrétion dans toute l'Angleterre aussi longtemps qu'ils le voudront. Je te dis, WikU'ake, qu'à moins que nous ne nous réunissions autour de rhonmie qui peut seul leur imposer et les faire obéir, nous pouvons nous attendre à voir la loi militaire régner sur toute l'AngleteiTe. (Juant à moi, je crois cpie la conservation des privilèges (|u'on voudra bien nous laisser ne poiu'ra èliv, due qu'à la sagesse et à la modération de Cromwell. — Maintenant tu connais mon secret , tu sais que je regarde ce que je fais non connue absolument bien, mais comme le mieux qu'il soit possible de faire. Et moi aussi j'aurais désiré, peutêtre pas aussi ardemment que toi . qu'il eût été possible de rétablir le roi sur son trône à des conditions raisonnables qui eussent garanti sa sùrelé et la nôtre. — Tu me regardes connue un rebelle, mon cher A\ ildrake, mais du moins rends-uioi la justice de croire (|ue je le suis involonlairemenl. Dieu sait (|ne je n'ai jamais banni de mou cieur
WOODSTOCK. no
l'amour et le respect pour la porsoiine du roi , même en tirant l'épée contre ses perfides conseillers.
— Que la peste étouffe un pareil jargon! s'écria Wildrake. Vous chantez tous la même chanson. Vous avez tous porté les armes contre le roi en toute affection et loyauté, tous jusqu'au dernier. Cependant j'entrevois votre finesse, et j'en suis plus content que je ne m'y attendais. L'armée est votre ours maintenant; le vieux NoU est celui qui le fait danser, et vous êtes connne un constable de village qui cherche à llatter le gardien de Bruin ' pour l'empêcher de le démuseler. Eh bien, il peut venir un jour où le soleil brillera du côté de la haie où nous sommes, et alors vous et tous ces braves gens, amateurs de leurs aises, qui sont toujours du parti le plus fort, vous ferez cause commune avec nous.
Sans trop faire attention à ce que lui disait son ami, le colonel Everard lisait avec attention l'ordi'e de Cromwell.
— Cet ordre est plus péremptoire que je ne l'espérais, dit-il; il faut que le général se sente bien fort pour opposer si directement sa propre autorité à celle du conseil d'état et du parlement.
— Vous n'hésiterez pas à en profiter? demanda Wildrake.
— Non certainement, répondit Everard ; mais il faut que j'attende l'assistance du maire, qui, je crois, ne sera pas fâché de voir ces dr(Mes expulsés de la Loge. Je dois éviter, s'il est possible, d'avoir l'air d'agir uniquement par autorité militaire.
S'avançant à la porte de l'appartement, il appela un garçon de l'auberge, et le chargea d'aller chez le premier magistrat de la ville, et de lui dire que le colonel Everard désirait le voir dans le plus court délai possible.
— Vous êtes sûr qu'il arrivera comme un chien au coup de sifflet de son maître, dit Wildrake. Le mot capitaine ou colonel fait trotter le gras citadin dans un temps où un sabre vaut cinquante chartes municipales. Mais il y a des dragons là-bas, et ce coquin à figure sournoise (jue j'ai effrayé l'autre soir en lui montrant mon visage à la croisée ; crois-tu que ces coquins se laissent déloger sans résistance ?
— L'ordre du général aura plus de poids pour eux que n'en auraient des actes du parlement par douzaines. Mais il est temps que tu prennes quelque chose, s'il est vrai que tu sois venu de Windsor jusqu'ici sans faire une seule pause.
4. Bruin, ['oui. s. Ndiii qu'on doinie en Anslciorrc ;i cel animal, coiiimc on Fiance nous disons Jarquoi iiiiiii' — le pei loquel.
— Je ne suis luillcincul pn.'sséj car je te dii'ai qiK.' Ion ^viirral m'a orteil un déjt'iiner (jni , je crois, me servira longtemps, si jamais je suis en état de le digérer, l'ar la messe ! il pesait tellement sur ma conscience que je l'ai porté à l'église i)oui' voir si je pourrais le lairii passer connue mes autres péchés. Mais non, je me sens toujours lié.
— A l'église ! A la porte de l'église, vcnix-tu dire? Je te connais, tu ne maïKpies jamais d'ùter ton chapeau resp(>ctueusemcnt en passant devant la porte; mais d'y entier, c'est ce qui ne t'arrive j)as tous les jours.
— Eh bien , si j'ùte mon chapeau et que jo m'agenouille, n'esl-il pas convenable de montrer dans une église le même respect que dans un palais? N'est-il pas grotesque de voir vos Anabaptistes, vos Brownistes , et vous autres , tous tant que vous êtes , vous réunir pour entcMidre un sermon, sans plus de cérémonie que n'en font des pourceaux autour de leur auge. Mais voici le dîner, et je dirai le bénédicité si je puis me le rappeler.
Everard prenait trop d'intérêt au destin de son oncle et à celui de sa belle cousine, il était trop occupé de l'espoir qu'il avait de les rétablir dans leur paisible demeure , sous la protection de ce formidable bâton de commandement qui était déjà aussi respecté que l'avait été le sceptre de la Grande-Bretagne, pour remarquer qu'il s'était réellement opéré un grand changement, du moins quant à l'extérieur, dans les manières et la conduite de son compagnon. On pouvait apercevoir en lui de temps en temps une sorte de lutte entre l'ancienne habitude de céder à ses penchants et quelque résolution d'abstinence nouvell(Mnent formée ; il était presque burlosqut? de voir la main du néophyte s'avancer souvent , par un mouvement d'instinct naturel , vers une grande cruche contenant deux rtacons d'excellente aie , et s'en détourner, connue par une rértexion soudaine de buveur converti , pour pendre une carafe de cristal dans laquelle brillait une eau pure et salutaire.
!1 était aisé de voir que la tâche de sobriété que Wildrake s'était imposée ne lui était pas encore devenue si facile, et que, si elle avait en sa faveur l'approbation de la partie spirituelle de l'honniie, la partie corporelle ne s'y soumettait qu'à contre-cœur. Mais l'hoinjêle Wildrake avait été mortellement ert'rayé des propositions que lui avait faites Cromwell , et , avec un sentiment (jui n'est pas exclusivement particulier à la religion catholique, il avait pris la détermination solennelle que , s'il sortait honorablement et en sûreté de cette dangereuse enlr(;vue , il en témoignerait sa rceoimaissance au ciel eu
renonçant à quelques-uns de ses péchés favoris, et notamment à celui de l'intempérance , auquel il n'était que trop adonné , ainsi qu'un grand nombre de ses anciens compagnons.
Cette résolution , ou cette espèce de vœu , lui avait été suggérévO autant par la prudence que par la religion. 11 avait songé qu'il était psssible que quelques affaires , d'une nature délicate et ditHcile , se présentassent à lui dans les circonstances où il se trouvait, et que , pour les conduire convenablement , il aurait besoin de consulter quelque meilleur oracle que celui de la Dive Bouteille, célébré par Rabelais. En conséquence de cette sage détermination, il ne toucha ni à l'aie ni à l'eau-de-vie placées en face de lui , et refusa le vin du Rhin que son ami lui proposa de faire venir. Cependant , lorsque le garçon, ayant ôté les assiettes et les serviettes, se préparait à emporter la grande cruche dont nous avons déjà parlé, le bras nerveux du Cavalier parut s'avancer plus vite que de coutume, pour arrêter le Ganymède qui se retirait ; il saisit la cruche d'ale , l'approcha de ses lèvres , et murmura en soupirant : — De parle diable ! — je veux dire, le ciel me pardonne ! — nous sommes de faibles créatures d'argile , et un coup bu avec modération doit être permis à notre fragilité.
Aces mots, il acheva le mouvement nécessiiire pour coller à ses lèvres la grande cruche dont on voyait le goulot s'abaisser graduellement, à mesure que sa main droite en soulevait le fond. Everard doutait beaucoup que le buveur et la cruche se séparassent avant que tout le contenu de l'une eût été transversé dans l'estomac de l'autre. Cependant Roger Wildrake s'arrêta modestement lorsqu'il eut bu d'un seul trait environ une pinte et demie.
Il remit alors la cruche sur le plateau, respira longuement pour se rafraîchir les poumons, ordonna au garçon d'emporter le vin et l'eaude-vie , d'un Ion qui indiquait quelque doute de sa constance, puis, se tournant vers son ami Everard , il tit un long éloge de la tempérance, et ajouta que le petit coup qu'il venait de boire lui avait fait plus de bien que s'il eiît passé quatre heures à table à porter des santés.
Le colonel ne répondit rien ; mais il ne put s'empêcher de penser secrètement que la tempérance de Widrake avait opéré dans la cruche, d'un seul trait, un aussi grand vide que celui qu'aurait pu y pratiquer un buveur modéré , en une séance de toute une soirée. Ce sujet de conversation fut écarté par l'arrivf'e de l'aubergiste, qui venait annoncer à Son Honneur le colonel Everard que le maire de Woodstock s'était rendu à ses ordres, accompagné du révérend M. Holdenough.
CHAPITHE X.
V;iiiii'/,-iiiHis (Icsoiitiais volri' lui'iif il dt'iix tèiesl Ce n'csl rien qu'iiii Anoii Vous allez viiir ici Une tète à tleux coips, un prodiac ini)(iï. Mus par un spui vouloir, n'ayanl (lu'iiiic pensée , Ces deux corps n'ont qu'une àuie a leur élrc annexée. Quand la tète a lini de parler, ;'i l'iiislnnl On voit les quatre pieds applaudir en j:raii:iiit. Ancienne cumédie.
,.^c>-=r^^^^ A physionomie de l'honnête maire qui s'empressait de se j^wt^^a^ reiuh'e à l'invitation du colonel Everard, offrait ini mél^sC|p^j>r; lanj,'f d'impoflaiice et dViiibarras , et sa contenance était -^Wgfc^v çgiig ,j',„j i^oinnie qui sent (iii'il a un rôlt» à jouer, sans
savoir exactement en quoi consiste ce rôle. Mais un gi'and plaisir de voir Everard semblait se joindre à ces deux sentiments, et il tit maints compliments, quil répéta plusieurs fois, avant de pouvoir se déterminer à écouter ce qu'on avait à lui dire.
— Bon et digne colonel , dit le maire , votre présence est véritablement en tout temps une faveur désirable pour la ville do ^Yoodstock. N'étes-vous pas, comme je puis le dire, notre concitoyen, puisque vous avez habité si longtemps le palais? Les choses en sont vraiment venues à un tel point que mon faible esprit n'y peut suftire , quoique j'aie réglé toutes les affaires de cette ville pendant bien des années, et vous arrivez à mon secours comme.... comme....
— Tonguàhi detts è machina, comme dit le poète païen , reprit maîire Holdenough, quoique je ne puise pas souvent mes citations dans de pareils ouvrages. Oui , maître Markham Everai-d , — digne colonel , dois-jt; plutôt dire, — vous êtes sans contredit le bienvenu à Woodstock, plus (pr homme au monde ne l'y fut depuis le temps du vieux roi Henry.
— J'avais une affaire avons communiquer, mon digne ami , dit le colonel en s'adressaut au maire; je serai chanut^ si je puis en même: temps trouver l'occasion de vous être de (|iit4(|iie utilité, ou à votie respectable i>asleiir.
— Nul doute (jtie vous ne le puissiez, mou cher Monsieur, dit Holdenough; vous avez la tète et vous avez la luaiu; et nous avons besoin de l'ime pour nous donncf de bous const^ils , et de raiilre ptuir les
exécuter. — Je sais , digne colonol , que vous et votre excellent père vous vous êtes toujours comportés dans ces temps de troubles en honmips ayant véritablement un esprit chrétien et modéré, cherchant à verser de l'huile sur les plaies du pays , tandis que tant d'autres voulaient les frotter de poivre et de vitriol ; et je sais pareillement que vous êtes de fidèles enfants de l'église , que nous avons purgée de toutes les maximes du papisme et de l'épiscopat.
— Mon bon et révérend ami, répondit Everard, je respecte la science et la piété d'un grand nombre de vos prédicateurs ; mais je suis aussi pour la liberté de conscience générale. Je n'embrasse pas le parti des sectaires, mais je suis fort éloigné de désirer qu'ils soient persécutés.
— Monsieur, Monsieur ! s'écria le presbytérien , tout cela sonne bien ; mais je vous laisse à penser quel beau pays , quelle belle église nous paraissons sur le point d'avoir, au milieu des erreurs , des blasphèmes et des schismes qui s'introduisent tous les jours dans le royaume et dans l'église d'Angleterre ; de sorte que le digne maître Edouard, dans son ouvrage intitulé Gangrena, déclare que notre pays natal va devenir la sentine et l'égout des schismes , des hérésies, des blasphèmes et des abominations , comme on disait que l'armée d'Angleterre était le rebut de toutes les nations, colliwies omnium gentiwn. — Croyez-moi , digne colonel , les membres de l'honorable chambre voient toutes ces choses trop légèrement, et ferment les yeux comme le vieil Hélie. Ces soi-disant instructeurs, les schismatiques, renversent de leur chaire les ministres orthodoxes, s'insinuent dans les familles, et en bannissent la paix en aliénant les cœurs de la foi établie.
— Mon cher maître Holdenough, dit le colonel interrompant le zélé presbytérien , nous avons lieu de déplorer ces malhem'eux germes de discorde, et je conviens avec vous que les exagérés du moment actuel ont entraîné les esprits au delà de ce qu'exige une religion simple et sincère, et même aussi de ce que demandent le décorum et le bon sens ; mais la patience est le seul remède qu'on puisse y apporter. L'enthousiasme est un torrent dont la fougue peut se passer avec le temps, mais qui ne pourrait manquer de renverser toutes les barrières directes qu'on tenterait d'opposer à son cours. — Mais qu'a de conniiun la conduite des schisuiati(iues avec l'objet (|ui nous rassemble?
— Kn partie ce que je vais vous dire , Monsieur , répondit Iloldcnough , (iuoi(iue je conniicnce à croire que vous prendrez la chose moins à cœur que je ne me l'étais imaginé avant de vous avoir vu. — Moi-même, — moi, NehfMriiah Holdenough , ajouta-t-il en prenant un
14i WOODSTOCK.
air d'importanco, — j'ai été expulsé de vive force de ma propre chaire, coiinne un hoiiiino l'aurait été de sa maisou par un étran«;t'r, par un intrus, par un loup ([ui ne s'était pas même donné la peine de se couvrir d'une peau de brebis, mais qui s'est présenté sous son costume de loup, c'est-à-dire en jaquette de peau de buffle et en bandoulière, et qui a prêché à ma place devant une congrégation qui est pour moi ce qu'est le troupeau pour un berger légitime. — Cela n'est que trop vrai, Monsieur. — Monsieur le maire en a été témoin. — Il a fait les ellbrts qu'un homme pouvait faire pour empêcher ce désordre... Je crois pourtant, ajouta-t-il en se tournant vers li; maire, que vous auriez pu en faire un peu plus.
— Suffit, sutlit, mon cher monsieur Holdenough , dit le maire; ne revenons pas sur cette affaire. Guy de Warwick ou Bevis d'Hampton ' pourraient faire quelque chose avec C(,'tte génération de déterminés; mais, en vérité , ils sont trop forts et trop nombreux pour le maire de Woodstock.
— Ce que dit monsieur le maire me paraît plein de bon sens, reprit le colonel. Je doute que les indépendants voulussent se battre si on ne leur permettait pas de prêcher. Et alors que diriez-vous si les Cavaliers venaient à se lever de nouveau?
— On peut voir des êtres pires que les Cavaliers , répondit Holdenough.
— Comment, Monsieur! répliqua le colonel. Permettez-moi de vous rappeler, maître Holdenough , que ce langage n'est pas prudent dans l'état actuel de la nation.
— Je répète, s'écria le presbytérien, qu'on peut voir se lever des êtres pires que les Cavaliers , et je prouve ce que je dis. — Le diable est pire que le pire des Cavaliers qui ait jamais porté une santé ou proféré un blasphème. — Et le diable s'est levé à la Loge de Woodstock.
— C'est la vérité, dit le maire ; il s'y est montré visiblement, corporellement et sous ses propres traits. — Dans ((uel temps nous vivons !
— Messieurs, je ne sais réellement counnent je dois vous comprendre , dit le colonel Everard.
— (Test préciséuu'ut du diable que nous voulions vous parler, dit le maire; mais le digne ministre est toujours si ardent sur le chapitre des sectaires...
— Qui sont les enfants du diable, el cpii participent pres(|ue à sa
1. Clu'valicis ilii liiiii icmps de la rlicvali'iic |Mi('tii|iU'.
iiatiue, s'écria Holdenough. Mais il est très-vrai que l'accroissement de ces sectes a amené le malin esprit sur la surface de la terre, afin de veiller à ses intérêts au milieu de ceux qui les font prospérer.
— Maître Holdenough , dit le colonel , si vous parlez par figures , je vous ai déjà dit que je n'ai ni les moyens ni les connaissances nécessaires pour nîodérer le feu de ces dissensions religieuses. Mais si vous voulez parler d'une véritable apparition du démon , il m'est permis de croire qu'un homme comme vous , armé de votre doctrine et de votre science, est un antagoniste plus convenable à lui opposer qu'un soldat comme moi.
— Vous avez raison, Monsieur, répondit le ministre, et j'ai assez de confiance dans la mission que j'ai reçue pour me mettre en campagne contre l'esprit malin sans un instant de délai. Mais l'endroit où il s'est montré étant Woodstock, et cet endroit étant rempli de ces gens dangereux et impies dont je me plaignais tout à l'heure, quoique j'osasse argumenter contre leur tout-puissant maître lui-même , cependant je ne crois pas, sans votre protection, digne colonel, pouvoir me présenter avec prudence devant ce taureau menaçant et furieux, Desborough, cet ours dévorant et sanguinaire , Harrison , ou ce froid et venimeux serpent, Bletson, qui sont tous trois maintenant à la Loge , y vivant à discrétion , regardant tout ce qui s'y trouve connue un butin qui leur appartient ; et, comme tout le monde le dit, le diable y est venu pour faire partie carrée avec eux.
— Digne et noble colonel , reprit le maire , ce que vous dit maître Holdenough est l'exacte vérité. — Nos privilèges sont déclarés nuls, — on saisit nos bestiaux jusque dans les pâturages; — on parle d'abattre et de détruire le beau parc qui a fait si longtemps les plaisirs de tant de rois, ce qui mettrait Woodstock sur le même niveau que le plus misérable village. Je vous assure que nous avons appris votre arrivée avec grande joie, et nous étions surpris de vous voir vous tenir renfermé dans cette auberge. Nous ne connaissons, dans cette extrémité, que votre père et vous qui puissiez vous montrer les amis des pauvres bourgeois de cette ville, puisque toute la noblesse des environs n'est composée que de malveillants dont les biens sont séquestrés. Nous espérons donc que vous interviendrez en notre faveur.
— Certainement, monsieur le maire, répondit le colonel, qui vit avec plaisir que ses désirs étaient prévenus. — J'avais précisément dessein d'intervenir dans celte affaire, et je ne me suis tenu à l'écart que parce que j'attendais pour agir les ordres du lord général.
— Les ordres du lord général ! répéta le maire en poussant le coude
contre les côtes du ministre; entendez-vous cela '.' Ouel coq osera combattre ce coq ? Nous leur ferons la barbe à présent ; et Woodstock sera toujours Woodstock .
— Ne mette/ pas voire coude en contact avec mes côtes, monsieur le maire , dit le presbytérien , mécontent du geste dont le magistrat avait accompagné ses paroles; et fasse le ciel que Cromwell ne soit pas aussi dur pour le peuple anglais que vos os à mes lianes! cependant j'approuve que nous nous servions de son autorité pour mettre un frein à la conduite des gens dont je viens de parler.
— Eh bien, partons sur-le-champ, dit le colonel Everard; je me tlaU(; que nous trouverons ces messieurs raisonnables et obéissants.
Les deux fonctionnaires laïque et ecclésiastique y consentirent avec grande joie , et le colonel demanda à Wildrake sa rapière et son manteau , comme s'il eût véritablement occupé près de lui la place subordonnée (|u'il était censé remplir. Cependant le malin Cavalier, tout en lui rendant ce service , trouva le moyen de pincer légèrement le bras de son ami, pour maintenir ainsi secrètement le niveau de l'égalité entre eux.
Le colonel, en trav(>rsant les rues, fut salué avec respect par un grand nombre d'habitants inquiets, qui semblaient regarder son intervention comme le seul moyen de prévenir la confiscation et la ruine de leur beau parc , et de conserver les droits et privilèges de la ville et des citoyens.
— Que me disiez-vous d'une apparition qui a eu lieu en cet endroit ? demanda le colonel à ses compagnons en entrant dans le parc.
— Connucnt! colonel , répondit le ministre; vous savez vous-même que Woodstock a toujours été hanté par des esprits.
— J'y ai vécu bien du temps, dit Everard, et je sais que je n'y en ai jamais vu la moindre trace , quoicpie les oisifs parlassent de la Log»?
\ comme on parle de tous les vieux châteaux, et qu'ils en remplissent les appartements d'esprits et de spectres pour tenir la place des grands ; personnages (|ui les ont occupés autrefois.
— J'espère , digne colonel , reprit le presbytérien , (jue vous n'êtes pas infecté du péché dominant aujourd'hui , et que vous ne fermez pas les yeux aux témoignages rendus en laveur des apparitions, dont il n'y a que les athées et les avocats de la sorcellerie cpii j)uissenl douter.
- Je ne voudrais pas refuser positivement , dit le colon»'l, de cr(»ire ce (|iii est géneralemriii allirmi' ; mais mou caractère me porte à douter (le la vérité du plus grand nombre des liistoii'cs de celle sorte (|iie
j'ai entendu raconter, et jamais ma propre expérience ne m'en a confirmé aucune.
— Vous pouvez pourtant m'en croire, riposta Holdenough; il y a toujours eu à Woodstock un démon d'une espèce ou d'une autre. Il ne se trouve dans la ville ni un homme ni une femme qui n'ait ouï raconter quelques histoires des apparitions qui ont eu lieu dans la forêt ou dans le vieux château. Tantôt on y entend les aboiements d'une meute de chiens, les cris des chasseurs, le son des cors, le galop des chevaux, d'abord dans l'éloignement , et ensuite de plus près. — Quelquefois vous rencontrez un chasseur solitaire qui vous demande si vous savez de quel côté est allé le cerf. C'est ce que nous appelons Dœmon meridianum , le spectre du Midi.
— Révérend maître Holdenough , dit le colonel, j'ai demeuré bien longtemps à Woodstock , j'ai traversé le parc à toutes les heures du jour, et je puis vous assurer que toutes les histoires qu'on débite à ce sujet ne sont que le résultat de la folie , de la superstition et de la crédulité.
— Une négation ne prouve rien , colonel, répliqua le ministre. Je vous demande pardon , mai? de ce que vous n'avez rien vu de semblable dans le parc, s'ensuit-il qu'on doive rejeter le témoignage positif d'une vingtaine de personnes qui déclarent avoir vu? —D'ailleurs, il y a aussi le Dœmon nocturnum le spectre des ténèbres, et il s'est montré la nuit dernière au milieu de ces indépendants et de ces schismatiques. — Oui, colonel, vous pouvez me regarder, mais c'est une chose certaine. — Qu'ils essaient , les profanes ! si Satan se mettra en peine du don de prière et d'exhortation qu'ils se vantent d'avoir reçu du ciel ! — Non , Monsieur, non ; pour maîtriser le malin esprit il faut avoir une connaissance compétente de la théologie et des belles-lettres humaines ; avoir reçu une éducation cléricale régulière , et avoir été convenablement appelé au saint ministère.
— Je ne doute nullement, dit le colonel, que vous n'ayez toutes les qualités requises pour chasser efticacement le démon ; mais je persiste à croire que quelque étrange méprise a occasionné cette confusion parmi eux, si elle a réellement existé. Bien certainement Desborough est assez stupide et Harrison assez fanatique pour tout croire ; mais, d'une autre part, ils ont avec eux Bletson, ([ui ne croit rien. — Et vous, monsieur le maire, que savez-vous de cette histoire ?
— Que ce fut M. Bletson lui-même qui donna la première alarme , répondit le magistrat, ou du moins qui la donna distinctement. — Il est bon que vous sachiez, Monsieur, que j'étais au lit, seul avec ma
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femme, et aussi bien endorini cjiron peut désirer de l'être à deux heures a)»rès minuit, (juand on vint frapper à ma porte à coups redoublés pour m'avertir qu'il y avait une alarme à Woodstock, et que la cloche du château, à cette heure, sonnait aussi fort qu'on l'ait jamais entendue sonner pour annoncer à la cour celle du dhier.
— Fort bien, mais quelle élait la cause de cette alarme?
— Vous allez le savoir, digne colonel, vous allez le savoir, répliqua le maire en faisant un geste; de la main avec dignité; car c'était un de ces hommes qu'on ne peut jamais faire marcher plus vite que leur pas ordinaire. Mistress la mairesse voulait me persuader, par affection et tendresse pour moi, la pauvre fenmie ! que quitter mon lit bien chaud à une pareille heure c'était m'exposer à une nouvelle attaque de mon ancienne douleur de lumbago, et que je ferais mieux de renvoyer à l'alderman Diittoi les gens qui venaient troubler mon sommeil. — L'alderman le diable ! mistress la mairesse, lui répondis-je ; — pardon, maître Holdenough , si je profère une telle parole devant Votre Révérence;— croyez vous que je sois homme à rester au lit pendant que la ville est en feu , que les Cavaliers sont insurgés ; qu'il y a le diable à confesser? — Pardon, encore une fois, maître Holdenough. — Mais nous voilà à la porte du palais, colonel; ne voulez-vous pas entrer?
— Je voudrais d'abord arriver au bout de votre histoire, monsieur le maire, si toutefois elle en a un.
— Toute chose a un bout , digne colonel , et ce que nous appelons un pouding en a deux. — Votre Honneur me pardonnera d'être un peu facétieux. — Où en étais-je? — Ah ! Je sautai à bas de mon lit, et je mis mes culottes de pluche rouge et mes bas bleus ; car je me fais toujours un devoir d'être vêtu d'une manière conforme à ma dignité , colonel Everard , la nuit conmie le jour, l'hiver comme l'été. J'emmenai les constables avec moi , en cas que l'alarme eut été occasionnée par des rôdeurs de nuit ou des voleurs, et j'allai tirer de son lit le digne maître Holdenough, en cas que ce fût le diable; de sorte que j'étais préparé pour le pis. Nous partîmes, et bientôt nous entendîmes marcher sur nos talons les soldats (jui sont venus dans notre ville avec maître Tomkins ; car on leur avait fait prendre les armes, et ils se rendaient à la I.og(> aussi vite ([ue leurs jambes pouvaient les porter. Alors je lis signe à mes gens de les laisser passer avaiU nous; et j'avîiis pour cela une double raison.
— Une seule u\e sullira , pourvu (|u'clle soit bonne . monsieur le maire. — Vous désiri(^z sans doute ([ue les Habits-Uouges conimen- Vasst'ut la besogne.
— C'est cela, Monsieur, c'est cela, et même qu'ils la finissent, attendu que c'est leur métier de se battre. Néanmoins, nous continuâmes à marcher d'un pas lent, en hommes déterminés à faire leur devoir sans se laisser influencer par la crainte ou par la faveur ; mais tout à coup nous aperçijnies quelque chose de blanc qui s'avançait à grands pas sur l'avenue conduisant à la ville , et mes six constables prirent la fuite sur-le-champ , croyant que c'était l'apparition connue sous le nom de la Femme-Blanche de Woodstock.
— Entendez- vous cela, colonel? dit Holdenough. Je vous ai dit que des démons de plus d'une espèce hantaient cet ancien théâtre des débauches et des cruautés des rois.
— J'espère, monsieur le maire, dit Everard, que vous sûtes maintenir votre terrain ?
— Je... oui... très-certainement... c'est-à-dire, à parler vrai, je ne maintins pas mon terrain , car je battis en retraite , mais honorablement et sans désordre, colonel; et je me postai, avec le clerc de la ville, derrière le digne M. Holdenough, qui, avec le courage d'un lion, attendit le spectre supposé, et l'assaillit avec un tel déluge de latin que le diable en aurait été effrayé , ce qui nous fit découvrir que ce n'était ni le diable ni la Femme-Blanche , ni une femme de quelque couleur que ce soit, mais l'honorable maître Bletson , membre de la chambre des communes, et l'un des commissaires envoyés ici pour mettre le malheureux séquestre sur la forêt, le parc et la Loge de Woodstock,
— Et c'est tout ce que vous avez vu du diable?
— Oui vraiment; et je n'avais nulle envie d'en voir davantage. — Cependant nous reconduisîmes à la Loge maître Bletson, comme c'était notre devoir; et, chemin faisant, il murmurait toujours qu'il avait rencontré une troupe de diables, incarnés, en habits rouges, qui s'y rendaient, quoique, suivant mon premier jugement, ce fussent plutôt les dragons indépendants que nous avions laissés passer avant
nous,
— Et je ne crois pas qu'on puisse voir des diables plus incarnés !
s'écria Wildrake, qui ne put se condamner plus longtemps au silence. Cette nouvelle voix, qui se fit entendre tout à coup, montra combien les nerfs du bon magistrat étaient encore susceptibles d'alarme ; car il tressaillit et fît un saut de côté avec une légèreté dont , à la première vue, on n'aurait jamais cru que pîit être capable un homme qui réunissait l'embonpoint à la dignité. Everard imposa silence à son indiscret compagnon, et, désirant savoir quelle avait été la conclusion de cette
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élraiiifc liistoiiv, il pria lo maire de lui approndi'O oonimpiit l'alfairo s'était tenninée, et s'il avait arrêté le spectre siij)posé.
— Vraiment, Monsieur, répondit le maire, maître Holdenough a montré un coura^'e inouï en taisant lace au diable en (pieique sorte, et en le formant à paraître sons la forme réelle de maître Josné Bletson, membre du parlement pour le bourg de Littlefaith.
— Au fait, monsieur le maire, dit le presbytérien, j'ignorerais étrangement les privilèges que me donne la mission (pie j'ai reçue d'enhaut, si je me faisais valoir pour avoir le courage d'attaquer Satan sous sa forme naturelle ou sous celle de (juelque indépendant que ce soit. Je les détie tous, au nom de celui que je sers ; je leur crache au visage et je les foule aux pieds! — Mais comme notre digne maire est im peu long dans sa narration, colonel Everard, j'informerai brièvement Votre Honneur que nous ne vîmes le grand Ennemi, la nuit dont il s'agit, que par ce que nous dit maître Bletson dans le premier moment de terreur, et par ce que nous conclûmes du désordre dans lequel nous trouvâmes le colonel Desborough et le major-général HaiTÎson.
— Dans quel état les avez-vous donc trouvés? demanda le colonel.
— Il suffisait d'ouvrir la moitié d'un œil pour voir qu'ils venaient de livrer un combat dans lequel ils n'avaient pas remporté la victoire ; car le général Ilarrison se promenait en long et en large dans l'appartement, l'épée nue à la main, se parlant à lui-même; sa veste était déboutonnée, ses aiguillettes dénouées, ses jarretières lui tombant sur les pieds et le faisant chanceler à chaque pas; il grimaçait comme un singe ou comme un fou d'acteur. Desborough était assis, ayant devant lui une bouteille qu'il venait de vider, et qui ne lui avait ni laissé assez de bon sens pour parler, ni donné assez de courage pour jeter un coup d'œil derrière lui. Il tenait en main une Bible, comme s'il eut voulu livrer bataille au malin esprit ; mais, hélas ! je regardai par-dessus son épaule, et je vis que le pauvre homme la tenait à rebours. C'était . comme si un de vos fusiliers, noble et respectable colonel, présentait
à l'ennemi la crosse de son mousquet. — Ah! ah ! ah! — C'était un spectacle d'a()rès lequel on pouvait juger des schismatiques sous le rapport de la tête et du cœur comme sous celui de la science et du courage. Ah! colonel! comme il était facile alors de distinguer le véritable caractère d'un légitime pasteur des âmes, de celui de ces misérables qui sautent dans la bergerie sans autorisation légale pour se mêler de prêcher, d'enseigner, d'exhorter, et qui osent, les blasphémateurs qu'ils sont, appeler la doctrine de l'église un potage sans sel ol un os décharné!
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— Je ne doute nullement que vous ne fussiez prêt à vous exposer au danger, Monsieur; mais je voudrais savoir en quoi ce danger consistait, et quelles circonstances particulières pouvaient le faire craindre.
— Était-ce à moi à faire une pareille question? s'écria le ministre avec un air de triomphe. Est-ce à un brave soldat à demander quel est le nombre de ses ennemis et de quel côté ils arrivent? — Non, Monsieur; j'étais là, le canon pointé, la mèche allumée, prêt à lancer les boulets de la parole divine contre autant de diables que l'enfer aurait pu en vomir, eussent-ils été aussi nombreux que les atomes qu'on voit danser à travers un rayon de soleil, fussent-ils venus à la fois des quatre points cardinaux. — Les papistes parlent de la tentation de saint Antoine, — belle chose ! — Qu'ils doublent le nombre des myriades d'esprits infernaux que le cerveau déréglé d'un peintre flamand a inventés, et vous trouverez un pauvre ministre presbytérien, — je réponds d'un au moins, — qui , non par sa propre force, mais par la volonté de son maître, les recevra de telle manière qu'au lieu de revenir à la charge jour après jour et nuit après nuit, comme ils le hrent à l'égard de ce pauvre saint, ils s'enfuiront confus et désespérés jusqu'au fond de l'Assyrie.
— Mais je voudrais savoir si vous avez vu quelque chose sur quoi vous ayez pu exercer votre pieux courage.
— Vu? ~ Non, je n'ai rien vu, et n'ai cherché à rien voir. Comme les voleurs n'attaquent pas les voyageurs bien armés, de même les démons et les mauvais esprits ne se hasardent pas à assaillir celui qui porte dans son sein la parole de vérité dans la langue où elle a été dictée. Oui, Monsieur, ils fuient un théologien qui peut entendre le saint texte, comme on dit qu'un corbeau se tient hors de la portée d'un fusil chargé à gros plomb.
Les interlocuteurs étaient retournés un peu sur leurs pas pour se donner le temps de continuer cette conversation, et le colonel, voyant qu'elle ne conduisait à aucune explication satisfaisante de l'alarme qui avait eu lieu la veille, dit à ses compagnons qu'il était temps d'aller à la Loge, et il en reprit le chemin.
Le jour commençait à tomber, et les tours de Woodstock s'élevaient bien au-dessus du dôme de feuillage que la forêt étendait autour de cette antique et vénérable demeure. Dans l'intérieur d'une des plus hautes de ces tours, qu'on distinguait d'autant plus aisément qu'elle se dessinait sur un firmament d'azur, on voyait briller une lumière semblable à celle que produirait une chandelle. Le maire l'aperçut, s'arrêta sur-le-champ, saisit fortement le bras du ministre
d'iino inain, et do l'aiUro coliii du colonel Kverard, et dit à la hàle en tremblant, mais à voix basse :
— Voyez-vous cette lumière ?
— Oui sans doute, je la vois, répondit Kverard, — et qu'importe? — une lumière placée dans une chambre au haut d'une tour, dans un vieux château comme Woodstock , n'est pas un phénomène, il me semble.
— iMais une lumière dans la tour de Hosemonde en est un, répliqua le magistrat.
— Cela est vrai , dit le colonel un peu surpris quand , après un examen attentif, il eut reconnu que le digne maire ne se trompait pas dans sa conjecture. — C'est véritablement la tour de Rosemonde ; et comme le pont-levis par où seulement on pouvait y entrer a été détruit il y a plus d'un siècle , il est ditlicile de dire quel hasard peut avoir placé une lumière dans un endroit inaccessible.
— Cette lumière n'est pas alimenlée par des combustibles terrestres, dit le maire ; — elle n'est produite ni par l'huile de baleine ou d'olive , ni par la cire, ni par la graisse de mouton. — Je vendais de toutes ces denrées , colonel , avant d'être maire de Woodstock ; et je puis vous assurer que je suis en état de distinguer l'espèce de lumière que donne chacune d'elles , à une plus grande distance que nous ne sommes de cette tour. — Regardez bien , ce n'est pas une flamme de ce monde. — Ne voyez-vous pas sur les bords quelque chose de bleu et de rouge? — C'en est bien assez pour démontrer d'où elle vient. — Colonel, mon avis est que nous retournions souper à la ville, et que nous laissions le diable et les Habits-Rouges arranger leurs affaires ensemble cette nuit. Nous reviendrons demain matin , et alors nous dirons deux mots au parti qui sera resté en possession du champ de bataille.
— Vous ferez ce qu'il vous plaira , monsieur le maire , répondit Everard ; mais mon devoir exige que je voie ce soir les commissaires.
— Et le mien est de faire face à l'ennemi, s'il ose se montrer à moi , ajouta Holdenough. — Je ne suis nullement surpris que , sachant qui s'approche, il se soit retiré dans un fort inaccessible , dans la citadelle et la dernière défense de cet ancien château. — Il est ditlicile à contenter, je vous en réponds , et il aime à faire son séjour dans les endroits qui sentent la luxure et le meurtre. Or c'est dans cette tour que pécha Rosemonde. — C'est dans cette tour qu'elle fut assassinée. — C'est dans cette tour qu'elle se montre encore , ou i)lulc)t ((ue rKmiemi se montre sous sa forme, connue je l'ai (Mitendu dire à des personnes véridiques de Woodstock. — Je vous suivrai , brave colonel ; —
monsieur le maire agira comme bon lui semblera. — L'homme fort s'est fortifié dans sa maison ; mais en voilà un plus fort que lui qui arrive.
— Quant à moi, qui ne suis pas plus savant que belliqueux, dit le magistrat, je ne veux avoir à combattre ni les puissances de la terre ni le prince des puissances de l'air, et je retournerai à Woodstock. — Écoute, mon camarade, dit-il à Wildrake en lui frappant sur l'épaule, je te donnerai un schelling mouillé et un schelling sec si tu veux me reconduire jusque chez moi.
— Ventrebleu! maître maire, s'écria Wildrake , peu flatté de la familiarité du magistrat , et n'étant nullement séduit par sa munificence,— je ne sais qui diable nous a rendus camarades, vous et moi. — D'ailleurs, croyez-vous que je voulusse retourner à Woodstock avec votre vénérable tête de morue , quand, avec un peu d'adresse , je puis espérer de jeter un coup d'œil sur cette belle Hosemonde , et voir si elle était réellement douée de cette beauté parfaite et incomparable que lui prêtent les rimeurs et les faiseurs de ballades.
— Parlez en termes moins frivoles et moins profanes, l'ami, dit le ministre. — Nous devons résister au diable afin de le chasser loin de nous ; mais nous ne devons ni nous mêler de ses affaires , ni entrer dans ses conseils , ni trafiquer des marchandises de sa grande foire de vanité.
— Faites attention à ce que vous dit ce digne homme , reprit le colonel ; et ayez soin , une autre fois , que votre esprit ne l'emporte pas sur la discrétion.
— Je suis très-reconnaissant de l'avis du révérend ministre, répondit Wildrake , à qui il était ditiicile de mettre un frein à sa langue, même quand le soin de sa propre sûreté l'exigeait le plus impérieusement;— mais, ventrebleu! quelque expérience qu'il puisse avoir acquise en combattant contre le diable, il n'en a jamais vu un aussi noir que celui contre lequel j'ai eu à escarmoucher — il n'y a pas cent ans.
— Comment ! l'ami, dit le presbytérien qui prenait à la lettre tout ce qu'il entendait dire relativement aux apparitions, — Satan vous a-t-il visité si récemment? je n'en suis que plus surpris que vous osiez prononcer son nom aussi légèrement et aussi fréquemment par habitude. — Mais où et quand avez-vous vu le malin esprit ?
Everard se hâta de prendre la parole, de crainte que son imprudent compagnon, en faisant quelque allusion encore plus forte à Cromwell, et par une folle inconséquence, ne laissât souiiçonner l'entrevue qu'il avait eue avec le général.
— Ce jeune homme extravague, dit-il ; — il veut pailcr d'un rêve
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(|iril a lail pciulaiil mit' nuit (|ii(' lui et moi nous avons passéo à la Loge, dans l'ajiparU'inont dt! Victoi' l.cc, qui fait partie do celui du j,Mand maître de la capitainerie.
— Grand merci, patron; je vois cpie vous ne mantiuerez pas au besoin, dit Wildrake à l'oreille de son ami, qui cherchait en vain à s'en déhairasser ; — une ^dissade à côté de la vérité n'effraie jamais nos l'auiititjues.
— Vous aussi, digne colonel, reprit le ministre, vous avez parlé un [)eu trop légèrenuMit à ce sujet, vu l'ouvrage que nous avons en main. Croyez-moi , il est plus vraisemblable que ce jeune homme , votre serviteur, a eu une vision (ju'un rêve dans cet appartement; car j'ai toujours entendu dire qu'après la tour dans laciuelle, comme je l'ai dejii dit, Rosemonde pécha, et où elle fut empoisonnée par la reine Éléonore, la chambre de Victor Lee élîiit l'endroit de toute la Loge le plus fréquenté par les mauvais esprits. — Je vous prie, jeune homme, de me dire quel était le sujet de ce songe, ou, pour mieux dire, cette vision.
— De tout mon cœur. Monsieur, repondit Wildrake; et se tournant vers le colonel, qui ouvrait la bouche pour Tinterrompre : — Allons, Monsieur, lui dit-il, je vous ai laissé toute la conversation une heure entière; pourquoi ne pourrais-je pas prendre le dé à mon tour? Par les ténèbres, si vous me condamnez plus longtemps au silence, je me ferai indépendant, et je prêcherai en dépit de vous en faveur de la liberté du jugement de chacun. — Eh bien, très-révérend ministre, je rêvais que j'assistais à un divertissement niondain appelé le combat du taureau! Il me semblait voir les chiens attatjuer l'animal aussi bravement que je l'ai jamais vu à Tutbury, et entendre dire que le diable était venu pour voir le combat. Eh bien, ventrebleu ! pensai-je, je ne serai pas fâché de lorgner un instant Sa Majesté infernale. Je regardai donc de tous côtés, et je vis un boucher, en habit graisseux d'étoffe de laine, ayant son grand couteau à son côté ; mais ce n'était pas le diable. Je vis ensuite un Cavalier ivre, la bouche pleine de jurements, l'estomac vide, ayant une veste galonnée en or qui avait fait du service, et un vieux chapeau surmonté d'un reste de i)lumet ; et ce n'était pas encore le diable. Plus loin était un meunier, ayant les mains couvertes de farine, dont il n'y avait pas un seul grain qu'il n'eût volé, et un cabaretier dont le tablier vert était souillé de taches de vin, dont clnuiue goutte était frelatée; mais aucun de ces artisans d'iniquité n'était le vieux Satan que je cherchais. Enfin, Monsieur, j'aperçus un grave |)ersonnage dont les cheveux étaient tondus de très-près sur la tète, mon-
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trant une paire de longues oreilles, ayant sous le menton un rabat aussi large qu'iuie bavette d'enfant, portant un habit brun recouvert d'un manteau genevois, et sur-le-champ le vieux Nick ' parut à mes yeux sous son costume véritable, car...
— Fi ! fi ! s'écria le colonel Everard ; parler ainsi devant un ministre, devant un vieillard !
— Laissez-le terminer, dit le minisire avec une égalité d'âme parfaite ; votre ami ou votre secrétaire s'amuse à plaisanter ; je n'aurais pas la patience qui convient à ma profession si je ne savais supporter une vaine raillerie, et pardonner à celui qui se la permet. Mais si, d'une autre part, l'Ennemi s'est réellement présenté sous le costume qu'il décrit, pourquoi serions-nous surpris que celui qui peut se revêtir de la forme d'un ange de lumière fût aussi en état de prendre celle d'un mortel fragile et pécheur, dont la vocation et la profession spirituelle devraient, à la vérité, le porter à rendre sa vie digne de servir de modèle aux autres , mais dont la conduite (telle est l'imperfection de notre nature, quand elle n'est point aidée par le secours de la grâce) nous présente quelquefois plutôt un exenq^le de ce que nous devons éviter ?
— Par la messe ! honnête Dominie ^, je veux dire respectable ministre, je vous demande dix mille pardons, s'écria Wildrake, touché (les reproches sans aigreur du presbytérien. Par saint George! s'il ne faut pour cela que de la patience, vous êtes en état de faire une partie de fleurets avec le diable lui-même, et je me contenterais de tenir les enjeux.
Comme il finissait des excuses qui n'étaient certainement pas sans motif légitime, et qui parurent être prises en très-bonne part, ils étaient près de la porte extérieure de la Loge , et une sentinelle qui était de garde les salua d'un — Qui va là? — prononcé d'une voix forte.
— Ami, répondit le colonel Everard.
— Halte-là, ami ! répliqua le factionnaire ; et il appela le caporal de garde.
Le sous-otficier arriva, et ayant demandé qui étaient ceux qui se présentaient, le colonel lui dit son nom et ceux de ses compagnons.
— Je ne doute pas, répondit le caporal, que je ne reçoive l'ordre de vous admettre à l'instant: mais il faut d'abord que je fasse mon rapport à M. Tomkins, afin qu'il informe Leurs Hoimeurs de votre arrivée.
t. Le lliylile
2. Hiiniiiie (le latin. Titre iroiii(|iu' doiiiio il un nrjitrc (l'ccdlc, à un 'niiiislre, l'If.
— Gomment, Monsioiii'! s'ôcria Everard, av(îz-voiis dosseiii, sachant qui je suis, de me laisser à la porte jusqu'à ce que toutes ces formalités aient été remplies?
— Si Voire llonninir veut entrer, je ne m'y opposerai pas, répliqua le caporal, pourvu qu(î vous me garantissiez de toute responsabilité pour avoir manqué à ma consigne.
— Kn ce cas, laites votre devoir, dit le colonel. Mais les Cavaliers sont-ils donc en campagne? quel motif vous a fait donner une consigne si stricte et si rigoureuse?
Le caporal ne répondit pas distinctement ; on l'entendit seulement nnumurer entre ses moustaches quelque chose de l'Ennemi et du lion rugissant qui cherche une proie pour la dévorer.
Un instant après ïonjkins arriva, suivi de deux domestiques portant des flambeaux dans de grands chandeliers de cuivre. Us marchèrent (levant le colonel et ses compagnons, se serrant l'un contre l'autre et se coudoyant involontairement, en traversant divers corridors pour gagner un grand escalier en bois dont les appuis et la rampe étaient en chêne noir. Après l'avoir monté, ils entrèrent dans un grand salon où brûlait un feu énorme, et éclairé par une douzaine de grosses chandelles placées dans des branches de candélabres le long des murs. C'était là qu'étaient assis les commissaires alors en possession de la Loge et du domaine royal de Woodstock.