CHAPITRE XI
L'ours, nioiistie iiiilcpciKlant , informe, mal léché, Grommelaii sourilcineiit son discours ébauché; L/? singe près de lui, vrai miroir de l'aliiée , Irailait tour à tour cliaque secte en Proléc , Quoique pour lui d'aucune il n'eût encor fait choix. llRYDEN , la lîkhe et la PanlhùreK
A grande clarté qui régnait dans le salon dont nous venons de parler fit qu'Everard reconnut aisément Desborough, ;.-{j^; Harrison et Bletson. Ils étaient assis devant une grande '"^ table de chêne, placée près du feu, sur laquelle on voyait du vin , de l'aie , et tout ce qu'il fallait pour fumer, seuls plaisirs qu'on se permît alors généralement. Une espèce de buffet mo-
1. On sait que ce poi'ine religieux de Urydeii est une satire contre les diverses sectes religieuses pirsonniliécs sous l'orme d'animaux. Voyez la Vie de Drydfii.
bile, ti'ès-élevé, était placé entre la table et la porte. On s'en servait autrefois pour y placer la vaisselle d'argent , clans les grandes occasions, mais en ce moment il n'était destiné qu'à tenir lieu de paravent, et il remplaçait ce meuble si efficacement, qu'Everard, avant d'en avoir fait le tour, eut le temps d'entendre Desborough dire avec sa grosse voix rauque :
— Il l'envoie pour partager avec nous, j'en réponds. — C'est toujours la manière de Son Excellence mon beau-frère. — Quand il ordonne un dîner pour cinq amis, il invite plus de monde que la lable n'en peut tenir. — Je l'ai vu inviter trois personnes à dîner avec deux œufs.
— Chut! chut! dit Bletson; et les deux domestiques, sortant de derrière le grand buffet, annoncèrent le colonel Everard.
Le lecteur ne sera peut-être pas fâché de connaître un peu mieux la compagnie dans laquelle il va se trouver.
Desborough était un homme robuste, à cou de taureau, de moyenne taille, ayant des traits communs, de gros sourcils grisonnants, et des yeux affligés de glaucome ^ La fortune de son puissant beau-frère ayant rejailli sur lui, il se faisait remarquer par la richesse d'un costume beaucoup plus orné que ne l'était en général celui des Tètes- Rondes. Il avait un manteau brodé, une cravate garnie de dentelles; son chapeau était surmonté d'une grande plume attachée avec une agrafe d'or ; en un mot, tous ses vêtements auraient mieux convenu à un courtisan qu'à un officier de l'armée parlementaire. Mais Dieu sait combien l'air de grâce et de dignité que donne la cour était loin de briller dans l'extérieur et les manières de ce personnage , à qui son beau costume allait aussi bien que l'armure dorée va au pourceau sur certaine enseigne ^.
Ce n'était pas qu'il fût [)récisément difforme, examiné en détail, mais tous ses membres semblaient agir d'après certains principes différents et contradictoires; et ils n'étaient pas, comme le dit un auteur comique, — dans une juste concaténation. En un mot, pour employer une comparaison un peu extravagante, les membres du colonel Desborough paraissaient ressembler aux représentants mécontents d'un congrès fédératif plutôt f|u'aux divers ordres bien unis et bien ordonnés d'un état monarchiciue , oîi chacun est à sa place et obéit aux ordres d'un chef commun.