‹ WoodstockChapitre 19 sur 63 · Oparilê du cristallin, clf · texte numérisé non relu

Oparilê du cristallin, clf

2. Ces enseignes grotesques ('taieiil iiuiicfois irès-riéiiiimles en Angleterre; elles sont remplacées aujnnnrhni par des lèies liisloiiniies. celles ilc \Vellini;tii;i. de fieorge , etc.

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Le yéïK'ral Harnson, le second des commissaires, était un homme de hante taiih>, mai^'re, et (|ni s'était élevé à ce haut rang dans l'armée et avait gagné les bonnes grâces de Cromwell par nne valeur à tonte épreuve; il devait sa popularité à un enthousiasme exalté qui le distinguait au milieu des saints guerriers, des sectaires et des indépendants.

Harrison était de basse extraction, et il avait exercé le métier de boucher, connue son père. Cependant son air, quoique grossier, n'était pas aussi commun (jue celui de Desborough , (|ni avait tant d'avantage sur lui du côté de la naissance et de l'éducation. Il avait une grande taille, comme nous l'avons déjà dit , et nne force qui y répondait; il était bien fait; et, quoique ses manières eussent un caractère de rudesse militaire, elles pouvaient le faire craindre, mais non le rendre un objet de mépris et de ridicule. Son nez aquilin et ses grands yeux noirs donnaient du relief à nne physionomie qui d'ailleurs n'était pas trèsrégulière; et l'enthousiasme sauvage qui tantôt brillait dans ses regards quand il communiquait ses opinions aux autres, tantôt semblait sommeiller sons ses longs cils noirs quand il était absorbé dans ses réllexions , prêtait quelque chose d'imposant et même de noble à son aspect.

Il était un des principaux chefs des fanatiques qu'on appelait les hounnes de la cinquième monarchie, qui, allant même au delà du fanatisme de ce siècle, avaient la présomption d'interpréter au gré de leur imagination !e livre de l'Apocalypse, regardaient le second avènement du INIessie et le Millénaire , ou le règne dés saints sur la terre, comme sur le point d'arriver; ils s'étaient persuadé qu'étant doués, comme ils le croyaient , de la faculté de prévoir ces événements prochains, ils étaient eux-mêmes les instruments choisis pour l'établissement du nouveau règne ou de la cinquième monarchie , et se trouvaient destinés à en obtenir tous les honneurs, soit spirituels, soif temporels.

Lorsque cet esprit d'enthousiasme , qui agissait sur lui comme un»; démence partielle, n'affectait pas innnédiatement son esprit, Harrison était un homme aussi habile dans les voies du monde que bon soldat. Il ne laissait échapper aurinie occasion d'améliorer sa fortune; et. en attendant l'exaltation de la cinquième monarchie, il servait volontiers d'instrument pour établir le pouvoir suprême de Cromwell. Il serait difficile de dire s'il le devait à sa premièi'e profession et à l'habilude de voir avec indifférence les animaux souffrir et leur sang couler, à ses dispositions naturelles et à son man(|ue de toute sensibilité , ou enliii

au caractère particulier de son fanatisme qui lui faisait regarder ceux qui s'opposaient à lui comm^ s'opposant à la volonté divine , et, par consé(iuent, ne méritant ni pitié ni merci; mais chacun convenait qu'après une victoire ou la prise d'assaut d'une ville, Harrison était un des hommes les plus cruels et les [dus sanguinaires de l'armée de Croniwell. Il avait toujours à la bouche quelque texte dont il faisait une fausse application pour autoriser le massacre des fuyards, et quelquefois même pour mettre à mort ceux (jui s'étaient rendus prisonniers. On prétendait même que parfois le souvenir de quelques-unes de ces cruautés alarmait sa conscience et troublait les rêves de béatification auxquels son imagination se livrait.

Tel était ce digne représentant des soldats fanatiques qui remplissaient les rangs de ces régiments que ("romwell avait eu la politi([ue de niaintenir au complet, tandis qu'il avait fait réduire ceux dans lesquels les presbytériens avaient la prépondérance. Lorsque Everard entra. Harrison était assis à quelque distance de ses deux collègues, les jambes croisées et étendues devant le feu, le menton appuyé sur une main, et les yeux levés, connue s'il eût étudié avec la plus profonde gravité la sculpture du plafond gothique.

Il nous reste à parler de Bletson, qui, par l'extérieur et la tigure, différait des deux autres. Sa mise n'était ni négligée ni recherchée, et l'on ne voyait sur lui aucune marque de rang ou de service militaire. La petite épée qu'il portait semblait avoir uniquement pour but de le faire reconnaître comme gentilhomme, sans que sa main eût la moindre envie de se familiariser avec la lame. Il avait l'air tin , le visage maigre et marqué de quelques rides, gra\ées moins par l'âge que par l'habitude de la réllexion; et le ricanement perpétuel de sa physionomie , même quand il cherchait le moins à donner à ses traits l'expression du mépris, semblait dire à celui avec qui il conversait qu'il trouvait en Bletson un homme dont l'intelligence était bien supérieure à la sienne. C'était un triomphe obtenu par la force intellectuelle seulement; car, dans toutes les controverses, Bletson évitait avec soin Vultima ratio des coups de sabre ou de pistolet.

Cet homme pacifique avait été pourtant obligé de servir en personne dans l'armée parlementaire au commencement de la guerre civile; mais s'étanl lualhcurfuseuient trouvé en contact avec l'impétueux prince Kupert, la retraite qu'il fit fut jugée si précipitée, qu'il fallut tout le crédit de ses amis pour empêcher qu'il ne fût traduit en justice ou devant une cour martiale. Mais, comme Bletson était bon orateur, et que ses discours produisaient un grand effet dans la chambie des com-

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imiiies, (|ui l'tait sa splièrt' ualiii'ello, on oublia sa (îondiiilc à Edj^cliill, et il conlimia à proiulre iiiio part active dans tous les événements politiques de ce temps d'agitation , mais sans s'exposer de nouveau aux chances douteuses de la guerre.

Les principes de théorie politique de Bletson l'avaient longtemps porté à épouser les opinions d'Harrison et de beaucoup d'autres, qui avaient eoii(;u le projet visionnaire d'établir une républi(|ue purement démo('rali(iue dans un pays aussi étendu que la (Irande- Bretagne. C'était une idée folle, applicpiée à une contrée où il existe une si énorme différence de rangs , d'habitudes, d'éducation et de mœurs , avec une disproportion si immense entrer les i'ortunes, et où une grande partie de la population se compose des classes intérieures des habitants des vilh^s et des districts manufacturiers, de ces hommes (lui sont hors d'état de prendre à l'administration d'un état cette part qui doit appartenir à tous les membres d'une république, dans la véritable acception de ce mot. En consé(iuence , dès ([u'on en eut fait l'expérience, il devint évident qu'une pareille forme de gouvernement ne pourrait être adoptée avec la moindre chance de stabilité, et la question se réduisit, à savoir si le reste du long parlement, le Croupion , connue on l'appelait , ne formant plus , par la retraite d'un si grand nombre de ses membres, que quelque vingtaine d'individus, continuerait, en dépit du llux inverse de la popularité, à gouverner la Grande-Bretagne ; si cette assemblée jetterait tout dans la confusion en se déclarant dissoute, ou en convofiuant im nouveau parlement , dont on ne pouvait prévoir ni les éléments qui le composeraient, ni les mesures qu'il pourrait j)rendre quand il serait assemblé; ou enfin si Cromwell, comme cela arriva, jetterait son éjiée dans la balance , et s'emparerait hardiment de cette autorité que ce qui restait du parlement était incapable de conserver et craignait d'abandonner.

Telle étant la situation des partis, le conseil d'état , en distribuant les faveurs qui étaient à sa disposition , cherchait à apaiser et à satisfaire l'armée, connue un mendiant (|ui jette une croûte de i)ain à un chien cpii gronde. Agissant d'après de telles vues, il avait nommé puui' commissaires an séqu<'stre de Woodstock, Desborough pour satisfaire Cromwell . et llarrison pour plain> aux iin|)<''lueiix sectateurs de la cinquième monarchie; il leur avait adjoint lîletson connue républicain sincère et connue formé du môme levain (pie ceux (|ui le nommaient.

Mais, si les membres du conseil d'état et du parlement supposaient ([ue Bletson eut la moindre intention dedevenir martyr de son républicanisme , ou de s'exposer à ((uel(|ue perte sérieuse pour maintenir s(>s

opinions, ils ne connaissaient pas leur homme. Il avait sincèremenfc adopté leurs principes , et il n'y tenait pas moins depuis qu'ils avaient été reconnus impraticables, car une épreuve nianquée ne convertit pas plus le spéculateur politique que l'explosion d'une cornue ne détrompe un alchimiste ; mais Bletson n'en était pas moins prêt à se soumettre à Cromwell ou à quiconque serait en possession actuelle de l'autorité. Il était véritablement en pratique sujet du pouvoir existant , et il faisait peu de différence entie les diverses espèces de gouvernement, pensant eu théorie que tous étaient presque égaux en défauts, du moment qu'ils s'éloignaient du modèle tracé dans VOceana d'Harrington. Cromwell en était déjà sûr, comme de la cire amollie qu'on tient entre le doigt et le pouce , et dont on va se servir pour appliquer un sceau : il souriait en lui-même en voyant le conseil d'état accorder des récompenses à Bletson, comme à un lidèle partisan, tandis qu'il était certain de son obéissance dès que le changement attendu dans le gouvernement aurait eu lieu.

Mais Bletson était encore plus attaché à ses principes métaphysiques qu'à sa croyance politique, et il portait ses idées sur la perfectibilité du genre humain aussi loin que ses opinions sur la perfection des gouvernements ; et comme, dans ce dernier cas, il se déclarait contre tout pouvoir qui n'émanait pas du peuple même, ainsi dans ses spéculations morales il ne voulait rapporter aucun des phénomènes de la nature à une cause finale. Il est vrai que , lorsqu'on le poussait un peu loin , Bletson était forcé de murmurer quelques mots inarticulés d'une doctrine inintelligible concernant un aninius mundi % un pouvoir créateur par lequel la nature a, dans l'origine, créé tous ses ouvrages, et continue à les conserver. — Quelques-uns des plus purs métaphysiciens, disait-il, rendaient hommage a ce pouvoir jusqu'à un certain point , et il n'était pas lui-même absolument porté à blâmer ceux qui, par l'institution de fêtes, de danses, de chants et de libations innocentes , pouvaient être disposés à célébrer cette grande déesse , la Nature : du moins danser, chanter, se divertir, étant des choses agréables pour tous les âges, autant valait qu'on dansât, qu'on chantât , qu'on se divertît à certains jours marqués qu'à toute autre époque. Mais ce système modéré (1(! religion ne devait se mettre en pratique qu'accompagné de tolérance, et personne ne devait être forcé de danser, de chanter et de boire, si son goijt ne le portait pas à de semblables divertissements, de même que personne ne devait être contraint d'adorer le pouvoir créa-

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