I. Une ûincilu monde
teiir, soit sous le nom d'anit/ius ntuiidi , soit sous quelque autre dénouiinatiùii que ce pût éli-e. Il désavouait enlièrenient l'idée de l'intervention dt! la Divinité dans les atï'aires de ce inonde , s'élant prouvé , à sa propre satisfaction, qu'elle ne devait son orij^ine qu'aux prêtres. En un mot , sauf rexccption métaphysique dont il vient d'être parlé , M. Josué HIetson de Darlinglon, membre du parlement pour le bourg de Litllefailh', était aussi près de l'athéisme (pi'il est possible à l'homme d'en approcher. Nous disons pourtant tout cela avec toutes réserves de fait et de droit; car nous avons connu bien des gens superstitieux comme BIctson , quoique leurs craintes ne fussent sanctionnées par aucune foi religieuse. Les démons, dit-on, croient et tremblent; mais il y a sur la terre des êtres qui, dans une situation pire que les fils aînés de la perdition, tremblent sans croire, et craignent même en blasphémant.
Il en résultait naturellement que rien ne pouvait être regardé avec plus de mépris par Bletson que les querelles entre les épiscopaux et les presbytériens, et les débats sur les indépendants, les quakers, les anabaptistes , les muggletoniens, les brownistes, et toutes les sectes diverses qui avaient commencé la guerre civile et qui perpétuaient la discorde. C'était la même chose , disait-il , que si les bêtes de somme se disputaient entre elles sur la manière dont on a fait leurs brides et leurs licous , au lieu de saisir une occasion favorable pour s'en débarrasser. Il avait coutume de faire d'autres remarques ingénieuses et profondes, quand le temps et le lieu le permettaient; par exemple, dans le club appelé de la Rota, fré(|uenté par Saint-John , et établi par Harringlon, pour y discuter librement tout sujet politique ou religieux,
INlais quand Bletson était hors de celte académie , ou de cette forteresse de philosophie , il prenait grand soin de ne pas porter le mépris pour le préjugé généralement établi en faveur de la religion et du christianisme, plus loin qu'une objection couverte ou un sarcasme. S'il avait occasion de parler en particulier à un jeune homme ingénu et intelligent, il cherchait à en faire un prosélyte, et monlrait beaucou}) d'adresse pour séduire la vanité de l'inexpérience en lui représentant qu'un esprit connue le sien devait s'élever au-dessus des préjugés dont on l'avait nourri dans son enfance, en l'assurant (pi'un homme connne lui, en quittant la hul/d de Tincapaeité enfantine pour le lattts chirus" de la raison, comme Ilictson le prétendait , devait examiner et décider par lui-même. Il arrivait souvent (|ue le jeune honuiie se laissait aller