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à adopter, en tout ou en partie, la doctrine du sage qui lui avait fait apercevoir son génie naturel, et qui l'avait pressé d'en faire usage pour examiner les choses par lui-même et découvrir la vérité. C'était ainsi que la flatterie gagnait à l'impiété des prosélytes que n'auraient pu lui faire l'éloquence la plus puissante et les sophismes les plus artificieux de l'incrédule.
Ces tentatives pour grossir les rangs de ceux qu'on appelait esprits forts et philosophes, Bletson, comme nous l'avons déjà dit, ne les faisait qu'avec des précautions suggérées par son caractère timide. Il savait que ses principes étaient suspects, et que ses démarches étaient surveillées par les deux principales sectes, celle des épiscopaux et celle des presbytériens, qui, quoique ennemies l'une de l'autre, l'étaient encore bien plus de celui qui, non-seulement s'opposait à l'établissement d'une église sous quelque dénomination que ce fût, mais n'admettait même aucun des principes fondamentaux du christianisme. Il avait donc trouvé plus facile de se cacher parmi les indépendants , qui demandaient la liberté générale des consciences, ou une tolérance absolue, et dont la croyance, différant sous tous les rapports, et dans tous ses détails , de celle des autres sectaires , était portée par quelques-uns d'entre eux jusqu'à des erreurs si extravagantes, qu'ils adoptaient à peu près toutes les conclusions des incrédules , parce que tous les extrêmes se touchent, dit-on.
Bletson était fort répandu parmi ces sectaires , et il avait tant de confiance dans sa logique et dans son adresse, qu'on présume qu'il avait conçu l'espoir d'amener à ses opinions l'enthousiaste Vane, et même Harrison, qui ne l'était pas moins, pourvu qu'il pîit obtenir d'eux qu'ils renonçassent à leurs visions d'une cinquième monarchie, et qu'ils se contentassent du règne des philosophes en Angleterre pendant le cours naturel de leur vie , au lieu de celui des saints pendant le millénaire.
Tel était le singulier groupe dans lequel nous venons d'introduire le colonel Everard. Ces trois êtres montraient, par leurs opinions diverses, sur combien d'écueils la raison humaine peut faire naufrage quand elle a une fois perdu l'ancre que lui prêtait la religion. L'amour-propre ingénieux et la science mondaine de Bletson, de même que les conclusions que l'ignorance et la présomption faisaient tirer au sombre et grossier Harrison, les conduisant dans les deux extrêmes opposés de l'incrédulité et du fanatisme , tandis que Desborough , naturellement stupide, ne donnait pas même une pensée à la religion, ce dernier pouvait être comparé à mi navire qu'une voie d'eau fait couler à fond
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dans la rade même, tandis que ses eollèj^tiies allaient tous deux s'égarer loin du port, entraînés par des courants opposés. Que de fautes et de méprises avaient dû commettre le roi et les ministres, le parlement et ceux qui en étaient les meneurs, pour contribuera placer au nomhri; des arbitres des destinées de la Grande-Bretagne , des bonmics dont les opinions étaient si dangereuses et le caractère si intéressé.
Ceux dont les arguments sont fondés sur l'esprit de parti mettront toutes les fautes d'un côté sans daigner jeter un regard sur celles qui se trouvent de l'antre. Ceux qui étudient l'histoire pour s'instruire reconnaîtront qu'il fallait le défaut de concessions de part et d'autre, et toute l'animosité mutuelle qui s'était déclarée entre le parti du roi et celui du parlement , pour renverser si complètement la balance de la constitution anglaise. Mais nous nous hâtons de quitter les réflexions politiques, d'autant plus que nous croyons que les nôtres ne seraient du goût ni des whigs ni des tories.