‹ WoodstockChapitre 22 sur 63 · CHAPITRE Xil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xil

Trois forment un diapitre ; et si, par déférence , Il faut (l'un qualrièiue admettre la présence, Avec lui tout au moins qu'il apporte sa part. Beaumont et Fletcher.

=^^^^^ni ONSiEUR Bletson sc Icva , et salua le colonel Everard avec ''"^■''^' ''*^^ l'aisance et la courtoisie d'un gentihomme du temps, quoiqu'il fût , sous tous les rapports, fâché de le voir arriver, le regardant comme un homme religieux qui avait en horreur les principes des esprits forts, et dont la présence l'enipôcherait de convertir à sa philosophie Harrison et même Desborough, tout stupide que fût celui-ci. D'ailleurs Bletson connaissait Everard pour un honnne d'une probité ferme , et qui ne serait nullement dispose à donner les mains à un projet sur lequel il avait déjà sondé ses deux collègues avec succès, et qui avait pour but tlassurer aux conniiissaii(>s quelque petite indemnité secrète pour leurs peines. Le |)hilosophe fut encore moins content de voir le magistrat et le pasteur qui Pavaient rencontré la nuit précédente (piand il s'enfuyait de la Log«' , irUctà non bcnè parnmld \ ayant oublié, dans sa précipitation, de prendre son manteau.

t. Aijiiiil liunleuxeincnt jeté son bouclier, expression d'Iloiaie en parlant de lui-même.

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L'arrivée du colonel n'était pas plus agréable à Desborongh qu'à Bletson ; mais Desborough , qui ne croyait pas qu'il existât un honmie capable de résister à la tentation de puiser dans un sac d'argent non compté, était surtout affecté péniblement par la pensée qu'attendu cette augmentation fâcheuse faite à leur nombre, le butin qu'on pouvait se promettre à Woodstock allait se diviser par quarts , au lieu d'être partagé par tiers. Cette rétlexion ajouta à la gaucherie naturelle avec laquelle il murmura une sorte de bienvenue à Everard.

Pour Harrison, il resta impassible : en homme dont les pensées s'élevaient plus haut, il ne changea point d'attitude; ses yeux restèrent fixés sur le plafond, et rien n'annonça en lui qu'il se fût aperçu de l'entrée de ce nouveau-venu.

Cependant Everard s'assit à la table en homme qui sentait qu'il en avait le droit, et fit signe à ses trois compagnons de se placer du côté du bas bout.

Wildrake , par méprise ou par distraction, avait pris place au-dessus du maire; mais un regard du colonel lui rappela le rôle qu'il jouait, et, se levant, il alla modestement se placer plus bas, en siftlant un air, ce qui attira sur lui les regards de toute la compagnie , étonnée d'une licence si peu convenable. Pour que rien ne manquât à son oubli du décorum, il prit une pipe, l'emplit de tabac, et fut bientôt enveloppé d'une atmosphère de fumée , d'où l'on vit peu après sortir une main qui saisit un pot d'ale et le fit entrer dans ce sanctuaire de vapeurs. Après avoir bu fort à son aise , Wildrake remit le pot sur la table , et commença à renouveler le nuage qui s'était à demi dissipé pendant qu'il était occupé différemment.

Personne ne fit aucune observation sur sa conduite, probablement par égard pour le colonel : Everard lui-même se mordit les lèvres, mais garda le silence, craignant que le moindre reproche qu'il adresserait à son compagnon ne servît qu'à attirer quelque réponse qui caractériserait encore mieux le Cavalier. Cependant ce silence ayant quelque chose de gauche, et aucun des membres du trio, après les premiers compliments, ne paraissant disposé à le rompre, Everard leur dit enfin :

' — Je présume , Messieurs, que vous êtes un peu surpris de me voir arriver ici et me placer en intrus dans votre compagnie.

— Et pourquoi diable en serions-nous surpris, colonel? répondit Desborough. Nous connaissons les manières de Son Excellence, de mon beau-frère Noll, du lord générai, je veux dire. Nous savons que, dans ^ toutes ses démarches, il a coutume de faire loger dans chaque ville

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(|iril traverse plus de soldats (|if elle n'eu j)eul contenir. Vous avez donc été nommé qnatrièiiu! commissaire?

— Et en cela, dit Bletson en souriant et en saluant, le lord général nous a donné le collèf,Mie le plus af:;réal)le qu'il eût pu nous adjoindre. Vous avez sans doute un ordre à cet cflét, délivré par le conseil d'état?

— Je vais vous justifier de mes ordres dans un instant, Messieurs, répondit le colonel. Et il mit la main dans sa poche pour y prendre l'ordre de (u'omwell, atui de leur en communiquer le contenu; mais remarquant qu'il y avait sur la table trois ou quatre flacons presque vides, que Desborough paraissait plus stupide encore que de coutume, ((ne le philosophe, malgré sa tempérance habituelle, avait les yeux troubles, il en conchit qu'ils s'étaient fortifiés contre la terreur que leur inspirait un château hanté par des esprits, en faisant une bonne provision de ce qu'on appelle le courage hollandais, et il se détermina à retarder l'explication de l'affaire importante qui l'amenait, jusqu'à ce que le sommeil leur eût rendu leur sang-froid.

Au lieu donc de leur présenter l'ordre du général qui mettait fin à leur mission, il se borna à leur dire : — Mon arrivée ici a sans doute quelque rapport à ce que vous y faites; mais excusez ma curiosité. Voici nn révérend ministre, — et il leur montra en même temps Holdenough , — qui m'a dit que vous êtes dans un embarras si étrange que vous avez besoin des autorités civiles et spirituelles pour vous mettre en état de vous maintenir en possession de Woodstock.

— Avant d'entrer dans les détails de cette affaire, dit Bletson rougissant jusqu'au blanc des yeux au souvenir de sa frayeur trahie et si peu d'accord avec ses principes, je voudrais savoir quel est cet autre étranger qui est venu avec le digne magistrat et le non moins digne ministre presbytérien.

— Parlant de moi? dit Wildrake en posant sa pipe sur la table. Ventrebleu ! il fut un temps oii j'aurais pu répondre à cette question en me donnant un meilleur titre ; mais, quant à présent, je ne suis que l'humble clerc ou secrétaire de Son Honneur, quel que soit d'ailleurs celui de ces deux noms qu'il convient que je prenne.

— Vraiment, mon drôle, tu as la langue bien affilée, et tu parais avoir ton franc-parler, dit Desborough. Voilà mon secrétaire Tomkins, qu'on a assez sottement surnommé Fibbet, et Bibbet', celui de l'honorable major-général Ilarrison, qui sont maintenant à souper à la cuisine; ils n'oseraient, par égard pour leurs oreilles, prononcer un nun

1. Tcimps il'iirgols sigiiilianl : rnn, iiientoui'; r.uitip, liiln-roii, lion Imveiir.

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de manière à être entendus en présence de leurs supérieurs, si ce n'est pour répondre à une question.

— Oui, colonel Everard, dit avec un sourire tranquille le philosophe, nullement fâché de détourner la conversation du sujet de l'alarme de la nuit précédente et des souvenirs qui humiliaient son amour-propre et troublaient son contentement habituel de lui-même; — oui, c'est la vérité : et quand maître Fibbet et maître Bibbet parlent, leurs affirmations s'expriment uniformément, de même que leurs noms semblent avoir été faits pour fournir deux rimes à un poëte. S'il arrive à maître Fibbet de dire un mensonge, maître Bibbet jure que c'est la vérité. Si maître Bibbet vient à s'enivrer en toute crainte du Seigneur, maître Fibbet fait serment que son camarade n'a bu que de l'eau. J'ai nommé mon secrétaire Gibbet, quoique son véritable nom soit seulement Gibeon , — un digne Israélite, à votre service, co'onel ; un jeune homme aussi pur qu'aucun Juif qui ait jamais rongé un os de l'agneau pascal. — Mais je l'appelle Gibbet pour compléter le tercet, pour fournir la troisième feuille du saint trèfle. Ce drôle, votre secrétaire, colonel Everard , a l'air d'être digne du reste de la confrérie.

— Non , sur ma foi, dit le Cavalier ; je ne veux être accouplé ni à un chien de Juif, ni même à une Juive.

— Ne les méprisez pas tant , jeune homme, dit le philosophe; vous savez qu'en fait de religion les Juifs sont les frères aînés.

— Les Juifs plus anciens que les chrétiens ! s'écria Desborough ; en vérité, Blrtson , on te traduira devant l'Assemblée Générale si tu t'avises de parler ainsi.

Wildrake rit sans cérémonie de l'ignorance grossière de Desborough, et un écho à demi étouffé lui ayant répondu de derrière le buffet servant de paravent , on voulut en savoir la cause , et l'on y trouva les trois domestiques. Non moins vaillants que leurs maîtres , ces dignes personnages , après avoir mis les lumières sur la table , s'étaient tenus cachés en cet endroit , au lieu de sortir de l'appartement comme on le supposait.

— Comment, drôles ! s'écria Bletson d'un ton courroucé, est-ce ainsi que vous connaissez votre devoir?

— Pardon, Votre Honneur, répondit l'un d'eux, mais nous avions laissé les chandeliers sur la table , et véritablement nous n'osions pas descendre sans lumière.

— Sans lumière , poltrons ! répliqua le philosophe ; et qu'avez-vous besoin de lumièie? Est-ce pour montrer lequel de vous devient [)lus pâle en entendant un rat trotter ? — Prenez un chandelier, et partez ,

lâchos que vous êles ! Los diablos (jue vous craignez tant doivent être (le pauvres éperviers s'ils jouent le rùle de laucous contre, de misérables chauves-souris comme vous !

Les domestiques , sans répliquer, prirent les chandeliers sur la tat)le . et se préparèrent à se retirer , Tomkins-le-Fidèle marchant à leur tête ; mais quand ils arrivèrent à la porte, qu'ils avaient laissée entr'ouverte, elle se ferma avec violence. Les trois serviteurs épouvantés accoururent de nouveau au milieu de l'appartement , et tous ceux qui s'y trouvaient furent sur pied au même instant.

Le colonel Everard était incapable d'éprouver un instant de crainte; cependant il resta à sa place pourvoir ce que feraient ses compagnons, et tâcher de pénétrer, s'il était possible, la cause de l'alarme que leur occasionnait évidemment un incident si insignifiant. Le philosophe parut croire qu'il y allait de son honneur de montrer une fermeté mâle en cette occasion.

Il s'avança vers la porte en murmurant contre la lâcheté des domestiques ; mais son pas de limaçon prouvait qu'il n'aurait été nullement fâché de se voir devancer par quelqu'un que ses reproches auraient stimulé.

— Lâches coquins ! dit-il enfin en portant la main sur le bouton de la porte, mais sans le tourner; n'osez-vous ouvrir une porte? N'osezvous descendre un escalier sans lumière? — Éclairez-moi donc, misérables poltrons ! — De par le ciel ! j'entends soupirer derrière la porte !

A ces mots , il lâcha le bouton , et recula de quelques pas dans l'appartement, aussi pâle que le linge qu'il portait.

— Deua adjutor meus ! dit le ministre presbytérien en s'avançant à son tour. — Faites-moi place. Monsieur, ajouta-t-il en s'adressant à Bletson; il semblerait que je ne sais pas mieux que vous ce qu'il convient de faire en pareille circonstance. Je remercie le ciel de m'avoir armé pour le combat.

Quoique croyant à l'existence d'un danger, le digne homme, intrépide comme un grenadier prêt à monter sur la brèche , et plein de confiance dans la bonté de sa cause , passa devant le philosophe Bletson : tenant une lumière d'une main , il ouvrit traïuiuillement la porte de l'autre, et dit en se plaçant un instant sur le seuil : — H n'y a rien ici.

— Et qui s'attendait à y voir quelque chose , dit Bletson , à l'exception de ces imbéciles, de ces peureux , (|ui tremblent d'etlroi à chaqut! bouffée de vent (jui sillle dans les corridors de cette vieille maison?

— L'ave/.-voiis vu, monsieur Tomkins? dit un des domestiques à (l(iui-\(»ix au secnHaire de Desboi'DUgh ; avez-vous vu avec (juclle hai-

diesse le ministre s'est avancé , précédant tons les antres ? Ah ! monsieur Tomkins , notre ministre est le véritable ofïicier commandant de l'église; vous autres , prédicateurs laïques , vous n'êtes que des volontaires armés de bâtons !

— Me suive , ou marche devant moi qui voudra , dit Holdenough , je visiterai tous les heux habitables de cette maison avant de la quitter; et je m'assurerai par moi-même si Satan a réellement établi sa demeure dans cette ancienne Babylone d'iniquités; ou si , comme le méchant dont parle le saint roi David , nous craignons et nous fuyons , quand personne ne nous poursuit.

Harrison, qui avait entendu ces paroles , se leva enfin , et , tirant son épée , s'écria : — Quand il y aurait dans cette maison autant de démons que j'ai de cheveux sur la tête , je les chargerai jusque dans leurs retranchements.

A ces mots , il fit brandir son épée , et se mit en tête de la colonne, à côté du ministre. Le maire de Woodstock les suivit, se croyant peutêtre plus en sûreté à la suite de son pasteur; et toute la troupe se mit en marche, en rangs serrés, accompagnée par les domestiques qui portaient des lumières, pour chercher dans toute la Loge quelque cause de la terreur panique qui semblajt les avoir saisis si soudainement.

— Prenez-moi avec vous , mes amis, dit le colonel Everard , qui les regardait avec surprise; et il se préparait à les suivre, quand Bletson le tira par l'habit et le pria de rester.

— Vous voyez , mon bon colonel , lui dit-il en affectant une tranquillité que démentait sa voix tremblante, qu'il ne reste ici, pour toute garnison , que vous , moi , et l'honnête Desborough , tandis que tous les autres sont allés faire une reconnaissance. On ne doit pas hasarder toutes ses troupes dans une sortie ; cela serait contraire aux principes de l'art militaire. — Ha! ha! ha!

— Mais, au nom du ciel , que signifie tout ceci? demanda Everard. En venant ici , j'ai entendu un sot conte d'apparitions , et maintenant je vous trouve tous à demi fous de crainte , et ne puis obtenir d'aucun de vous un seul mot de bon sens ! — Fi ! colonel Desborough ! — Fi ! maître Bletson ! — Tâchez de vous calmer, et, au nom du ciel, ditesmoi quelle est la cause de tout ce fracas. On serait tenté de croire que vous avez tous la tête tournée.

— Et la mienne pourrait bien l'être , dit Desborough ; oui , tournée et retournée, puisque, la nuit dernière, mon lit a été renversé sens dessus dessous, et je suis resté pendant dix minutes la tête en bas et les pieds en haut.

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— <J"o sip;iiili(MH'tt(' Iblic, lUotsonV Dcvshoroiigh a-t-il on iino atta(|ii(' (le caiitlioniai'?

— Non , sur nui foi ! colonel, répondit lo |)hil()so|)hp ; les esprits, ou n'importe qui, ont été très-favorables à Thonnète Desborough, car ils ont fait reposer lu totalité de sa persoinie sur la partie de son corps qui.... chut! — n'avez-vons pas entendu quelque chose? — qui est chez lui le point central de gravité, c'est-à-dire, sa tête.

— Avez-vous vu quehjue chose f{ui dût nous alarmer?

— Rien ; mais nous avons entendu un tapage infernal, de même que tous nos gens; et moi, qui ne crois guère aux esprits et aux apparitions, j'en conclus que les Cavaliers voulaient nous surprendre, de sorte que , nie rappelant ce qui est arrivé à Hainsborough ' , je sautai par une fenêtre, et je courus à Woodstock pour faire marcher les soldats au secours d'Harrison et de Desborough.

— Mais n'avez-vous pas d'abord cherché à reconnaître en quoi consistait le danger?

— Vous oubliez, mon cher ami, que j'ai rendu ma commission quand le fanatisme s'est introduit dans les rangs de l'armée. Il n'aurait pas été d'accord avec mes devoirs parlementaires de rester au milieu d'une foule de braillards qui ne reconnaissent aucune discipline militaire. — Non; puisque ce que je dois au parlement m'a fait une loi de remettre mon épée dans le fourreau, j'ai trop de respect pour son autorité pour l'en tirer désormais.

— Mais le parlement , s'écria Desborough , ne vous avait pas ordonné de vous servir de vos talons quand vos mains pouvaient empêcher un homme d'étoufï'er. Mille diables ! vous pouviez vous arrêter quand vous avez vu mon lit sens dessus dessous, et moi-même à demi étouffé sous les matelas : vous pouviez , dis-je , me prêter la main pour me tirer de ce mauvais pas, au lieu de sauter par ma fenêtre comme un mouton fraîchement tondu , sans plus de temps qu'il ne vous en fallut pour traverser ma chambre.

— Mais, digne maître Desborough, dit Blotson en adressant un clin d'œil à Everard pour l'avertir qu'il voulait s'auuiser aux dépens de son stupide collègue, comment pouvais-je savoir votre manière particulière de vous coucher? les goûts sont ditrércnts. J'ai connu des gens qui ne pouvaient dormir que sur un lit dont la pente formait un angle de quarante-cinq degrés.

•I. rauleuitle Hramblelye-House, M. Horace Smiili, nous founiit la noU> suivante snr Halnsbomogh. « Thomas lîainsboroiii;li (colonel du parii do Croinwell) fut lue dans une auluM^e de Dmicisier par un pai li de Cavaliers venus de l^nilefiaci soas pi e;exle de lui reuietire une lellre du loid l'roiecleur. » — Bletsoiiau besoin aurait pu citer plusieurs exemples de celle réaction sauglanie.

— Cela est possible, dit Desborongh, mais a-t-on jamais vu un homme dormir la tète en bas et les pieds en haut, à moins que ce ne fût par miracle?

— Quant aux miracles , dit le philosophe , à qui la présence d'Everard rendait delà confiance, et à qui l'occasion de lancer des sarcasmes contre la religion faisait oublier un moment sa peur, — quant aux miracles , qu'il n'en soit plus question ; car les preuves qu'on rapporte à ce sujet sont aussi propres à opérer la conviction qu'un cheveu à enlever une baleine.

Un grand coup de tonnerre , ou un bruit aussi formidable et qui y ressemblait, retentit dans toute la Loge à l'instant où ces mots venaient d'être prononcés par le philosophe, qui pâlit sur-le-champ et resta immobile, tandis que Desborough se jetait à genoux et mêlait ses exclamations à ses prières.

— Il faut qu'il y ait ici quelques machinations , s'écria Everard. Aussitôt, saisissant une lu ;:ièro, il se précipita hors de l'appartement, sans s'inquiéter des supplications de Blelson, qui, dans son extrême détresse , le conjurait par Vaninms mundi de ne pas priver de sa présence et de son secours un philosophe tourmenté par des sorcières , un membre du parlement attaqué par des scélérats. Quant à Desborough , il ne fit qu'ouvrir la bouche comme un clown dans une pantomime, et il ne savait trop s'il devait suivre le colonel ou rester; son indolence naturelle l'emporta , et il retomba sur sa chaise.

En arrivant sur le paher de l'escalier, Everard s'arrêta un instant pour réfléchir sur ce qu'il avait de mieux à faire : il entendit au rezde-chaussée les voix de plusieurs personnes qui parlaient très-haut, comme pour étourdir leurs craintes. Sachant parfaitement que des recherches faites avec tant de bruit ne pouvaient produire aucun résultat, il résolut de faire les siennes dans une autre partie de la maison , et monta au second étage.

Il n'y avait pas un coin de la Loge , habité ou inhabité , qu'il ne connût depuis son enfance , et la lumière qu'il portait l'aida à traverser deux ou trois corridors qu'il craignait de ne pas se rappeler suffisamment. Il se trouva alors dans une sorte d'œil-de-bœuf , ou de vestibule octogone, sur lequel donnaient différentes portes. Celle qu'il choisit le conduisait à une galerie longue, étroite , en mauvais état, construite dans le temps de Henry VIII , s' étendant dans toute la partie sud-ouest du bâtiment, et communiquant, en divers endroits, avec le reste de la maison par des passages latéraux. Il s'imagina que cet endroit pouvait être le poste choisi par ceux qui voulaient jouer

l(M'tM«^ d 'esprits , d'antant plus (|iit; la loiii^innir et la lormo do celte i;al<'ii«! lui tirent penser (|iril était possible dy produire un grand bruit qui retentît dans toute la Loge comme celui du tonnerre.

Déterminé à vérifier si ses soupçons étaient fondés, il plaça sa lumière sur une table dans le vestibule, et chercha à ouvrir la porte qui doimail entrée dans la galerie. Là il éprouva une forte résistance, provenant, soit d'un verrou . soit des efl'orts que faisait quelqu'un placé de l'autre coté pour l'empêcher d'entrer. 11 fut même porté à croire que cette dernière supposition était la plus juste, car cette résistance semblait, par instants, plus ou moins forte, et, par conséquent , paraissait opposée par un corps humain plutôt que par un obstacle permanent et inerte.

Quoi(|ue F.verard tut jeune, vigoureux et actif, il épuisa toutes ses forces en inutiles tentatives pour ouvrir cette porte. S'étant reposé (juelques instants, atin de reprendre haleine, il se préparait à employer les pieds et les épaules pour l'enfoncer, et à appeler, s'il était nécessaire , quelqu'un pour l'aider, quand, à sa grande surprise, ayant fait une nouvelle tentative, mais avec plus de douceur et de précaution, pour lâcher de reconnaître de quel côté était situé l'obstacle qu'il rencontrait, la porte, cédant à un léger effort, s'ouvrit sur-le-chanij) en renversant ou brisant quelque chose qui semblait servir à la tenir fermée de l'autre côté. Le vent occasionné par l'ouverture soudaine de cette porte éteignit la lumière , et Everard se trouva dans l'obscurité, si ce n'est que les rayons de la lune, pénétrant imparfaitement à travers quelques fenêtres hautes et étroites percées dans les nuirs de la galerie, y répandaient tout juste ce qu'il fallait de clarté pour empêcher les ténèbres d'y régner complètement.

Cette lumière douteuse et mélancolique était d'autant plus faible que le lierre et d'autres plantes grimpantes et parasites, dont rien n'avait gêné la croissance depuis que cette partie du bâtiment était inhabitée, tapissaient à l'extérieur toute la muraille, bouchaient entièrement quel((ues-unes des croisées, et arrêtaient le passage du joiupar les branches ([u'elles étendaitMit sur les autres en divers sens. 11 n'y avait de fenêtres que d'un côté de la galerie; l'autre était jadis orné de tableaux et de portraits, dont la plupart avaient été enlevés depuis un temps assez éloigné. Cependant on y voyait encore suspendus le long du mur quelcjnes cadres sans toile, et d'autres qui n'en contenaient plus (|ue des lambeaux. Cette longue galerie oll'rait donc un tel aspect de désolation , et présentait un local si favorable aux mauvais desseins de ses ennemis, en supposant (|u'il en cachai <iuel-

qu'un, qu'Everaidnepul s empêcher de s'arrêter avant que d'y entrer. Se recommandant alors à Dieu, il tira son épée et s'avança sans bruit, ayant soin de se tenir du coté où l'obscurité était la plus profonde.

Markham Everard n'était nullement superstitieux, mais il n'était pas tout à fait exempt de la crédulité de son siècle : il n'ajoutait pus foi aisément aux histoires d'apparitions surnaturelles ; mais il ne put s'empêcher de penser que , si le ciel permettait qu'elles eussent lieu quelquefois, c'était dans la situatijjn où il se trouvait qu'on devait s'y attendre. Son pas lent et mal assuré, son épée à la main, ses bras étendus en avant, son attitude de doute et de soupçon, tendaient à augmenter dans son esprit les idées sombres qu'annoncent ordinairement ces symptômes.

Livré à ces pensées peu agréables, et convaincu qu'il n'était pas bien loin de quelques êtres dont les dispositions ne lui étaient pas favorables, le colonel Everard était arrivé à peu près à la moitié de la longueur de la galerie quand il entendit soupirer à peu de distance de lui, et une voix douce prononcer son nom très-bas.

— Me voici ! répondit-il tandis que le cœur lui battait vivement. Qui appelle Markham Everard ?

Un autre soupir fut la seule réponse qu'il reçut. — Parlez ! reprit le colonel. Qui êtes-vous? Dans quelles intentions rôdez-vous dans ces appartements ?

— Dans des intentions meilleures que les vôtres, répondit la même voix.

— Que les miennes ! s'écria Everard avec surprise. Qui êtes-vous pour oser juger de njes intentions?

— Et qui êtes-vous , qui êtes-vous vous-même, Markham Everard, pour parcourir pendant les ténèbres un palais des rois maintenant désert, et où il ne devrait se trouver que ceux qui déplorent leur chute, et qui ont juré de les venger.

— C'est elle ! s'écria Everard. — Et cependant cela est impossible. — C'est pourtant elle; — ce ne peut être qu'elle ! — Alice Lee, si ce n'est pas vous, c'est le diable qui me parle! — Répondez-moi, je vous en conjure. — Parlez-moi franchement. — Quel dangereux projet avez-vous formé? Où t.'st votre père? Que faites-vous ici? Pourquoi vous exposer à de si grands risques? — Parlez, Alice; je vous en supplie.

— Celle dont vous me parlez est à plusieurs milles d'ici. — Mais si c'était son génie qui vous parlât en son absence ? — si c'était l'âme d'iuie de ses aïeules ou des vôtres? — si

— Fort Mon, dit Evoraid en lintcrroinpanl ; mais si la plus cli('»nt> do toiitos les fominos a [)iis iino oliiicfilo de l'cnlliousiasino de son père, — si elle expose sa personne aux dangers, sa réputation à la (•alounii(\ en pan^ourant, déj,a)isée et pendauf la nuit, une maison remplie d'honnnes armés ! — I*arlez-moi en votre propre nom, chère Alice : j'ai obtenu h s pouvoirs nécessaires pour vous garantir des suites de ee projet étrange. — Parlez! je vois où vous êtes; et malp;ré tout mon respect pour vous, je ne puis consentir à être le jouet d'une pareille ruse. — Fiez-vous à moi. — Contiez votre main à votre cousin Markham, et croyez qu'il mourra, ou qu'il vous placera en lieu honorable et sûr.

Et ses yeux cherchaient à découvrir où était celle qui venait de lui parler, et il lui sembla apercevoir, à environ six pas de lui, une forme, une espèce d'ombre, dont il ne pouvait même distinguer les contours, dans une double obscurité causée par le mur qui séparait deux croisées. Il chercha à calculer la distance, dans l'idée que s'il pouvait, même en employant un léger degré de violence , détacher sa chère Alice de la confédération dans laquelle il supposait que le zèle de son père pour la cause royale l'avait entraînée, il leur rendrait à tous deux le service le plus signalé ; car, quelque succès qu'eût obtenu le plan qu'il présumait avoir été conçu contre le timide Bletson, le stupide Desborough et le fou Harrison, il ne pouvait douter que ces artifices ne se terminassent enfin |>ar couvrir de confusion ceux qui les avaient imaginés, et par les itietlre dans le plus grand danger.

Il faut aussi se rappeler que l'atïéction d'Everard pour sa cousine, quoique aussi res|)ectuense que vive, tenait moins de cette vénération profonde , mais timide , qu'un amant de ce siècle éprouvait pour la dame de ses pensées, que de cette tendresse familière qu'a un frère pour une jeune sœur, à qui il croit pouvoir servir de guide, donner des avis, et même faire (juehjut's remontrances. Leur liaison avait été trop intime pour que , lorsqu'il s'agissait de l'arracher au péril (pi'il prévoyait pour elle, il hésitât devant la crainte de l'offenser. — Hésiterais-je, se disait-il, s'il fallait la sauver d'un torrent ou d'un incendie, au risque de lui occasioiuier (|uelque légère souffrance en la saisissant un peu rudement? — Toutes ces idées se succédèrent rapidenjont dans son es[)rit, et il résolut, quoi (ju'il pût en résulter, de s'emparer d'elle à l'instant même, «'t de la forcer, s'il était possible, à une explication.

Dans ce dessein, il conjura de nouveau sa cousine, au nom du cit>l, de renoncer à uiie eiilreprise inutile el dangereuse ; et il écoula sa

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réponse avec grande attention, pour que son oreille put juger à quelle distance elle était de lui.

— Je ne suis pas celle pour qui vous me prenez , répondit la même voix; et un intérêt plus cher que tout ce qui pourrait concerner sa vie ou sa mort m'ordonne de vous avertir de vous retirer, et de quitter cet endroit.

— Ce ne sera qu'après vous avoir convaincue de votre folie puérile, s'écria le colonel en s'elançant du côté d'où partait la voix , pour tâcher de saisir celle qui venait de lui parler ; mais ce ne fut })as une femme qu'il rencontra. Le bras étendu qui arrêta tout à coup sa course précipitée était doué d'une force toute masculine , et le choc que reçut Everard fut si violent qu'il tomba à la renverse. Au même instant il sentit appuyer sur son cou la pointe d'une épée, tandis qu'on lui tenait les mains si fortement qu'il ne lui restait pas la moindre possibilité de se défendre.

— Un seul cri pour appeler du secours, dit une autre voix près de lui, mais qui n'était plus la même qu'il avait déjà entendue, sera étouti'é dans votre sang. — On ne vous veut point de mal. Soyez prudent, et gardez le silence.

La crainte de la mort, de cette mort qu'il avait si souvent bravée sur le champ de bataille , devint plus vive et plus horrible quand il se vit sur le point de la recevoir des mains d'assassins inconnus, et sans qu'il lui restât aucun moyen de défense. 11 sentait la pointe d'une épée près de sa gorge, et un pied sur sa poitrine : il ne fallait qu'un seul mouvement pour terminer le cours d'une vie à laquelle un inexplicable instinct attache l'être le plus malheureux. Son front était couvert de grosses gouttes d'une sueur froide ; son cœur palpitait comme s'il eût voulu s'échapper de son sein ; en un mot, il éprouvait cette angoisse dont est agité l'homme courageux quand il est réduit à subir la sensation involontaire de la crainte , et qui est aussi insupportable que la douleur subite que cause une maladie aiguë quand elle attaque un honune vigoureux

— Cousine Ahce, s'écria-t-il, ayant toujours la pointe de l'épée sur la gorge, ma chère cousine ! me laisserez-vous assassiner ainsi en votre présence ?

— Je vous dis que celle à qui vous parlez n'est pas ici, dit la seconde voix ; mais votre vie est en sûreté pourvu (|ue vous fassiez serment comme chrétien , et que vous donniez votre parole d'honneur comme gentilhonune, de ne parler de ce (|ui vient d'arriver ici, ni à ceux (|ui sont en bas, ni à (jui (|Ui' ce soit. A celte cc^ulition vous [)ouvez vous

ri'tirci'; et si vous désii'c/ voir Alice, L(;e, vous hi trouverez daus la rliauuiièi'i' de Jocelyn, dans la forêt.

— Fuis(iue je suis dépourvu de tout moyen de défense , répondit Kverard, je promets, au nom de Dieu et de l'honneur, de ne parler à (|ui (jue ce soit de cet acte de vioi(!nce, et de ne faire aucune recherche pour découvrir ceux qui en sont les auteurs.

— A cet égard nous sonnnessans inquiétude. Vous voyez vous-même ce que peut coûter la curiosité, et (juc nous sonnnes en état de la braver. — Levez-vous, et retirez-vous.

La pointe de l'épée s'éloigna du cou d'Everard ; le pied cessa de lui presser la poitrine, et il allait se relever à la hâte (juand la première voix , celle dont la douceur l'avait ému , lui dit :— Point de précipitation. L'acier menaçant vous enviroime encore de tous côtés. — Doucement,—doucement : maintenant vous êtes libre; soyez discret, et ne craignez rien.

Le son de cette voix semblait s'éloigner à mesure qu'elle parlait. Dès qu'elle eut cessé de se faire entendre, Markham se releva, et dans ce mouvement ses pieds se heurtèrent contre sa propre épée, qu'il avait laissé échapper en tombant. Il la ramassa promptement, et recouvra avec elle tout son courage, qui avait cédé un instant à la crainte d'être lâchement assassiné.

Il commença alors à réfléchir avec son sang-froid ordinaire sur ce qu'il devait faire. Vivement courroucé de l'humiliation qu'il avait subie, il mit en doute un instant s'il devait garder une promesse extorquée par la force, ou appeler du secours, chercher à découvrir ceux qui avaient commis cet acte de violence contre sa personne , et s'en emparer s'il était possible. Mais ces individus, quels qu'ils fussent, avaient eu sa vie en leur pouvoir ; il avait donné sa parole pour la racheter, et, ce qui était encore plus, il ne pouvait écarter l'idée que sa chère Alice était au moins dans la contidence , si elle n'y jouait pas le principal rôle , de la machination dont il venait d'être le jouet : cette supposition détermina sa conduite. Quoique irrité de songer qu'elle eut {ui être complice du mauvais traitement qu'il avait essuyé, il ne pouvait se résoudre à ordonner une recherche soudaine daus toute la maison, au riscjue de compromettre sa sûreté ou celle de sou père.

— Mais j'irai à la cabane de Jolitté, se dit-il à lui-même ; je m'y rendrai sur-le-champ ; je saurai quelle part elle a prise dans ce ridicule et dangereux complot , et je lui en épargnerai les suites s'il est possible.

Dès qiril fiut formé cette résolution, le colonel Everard retourna sur ses pas à tâtons, et en entrant dans le vestibule il reconnut la voix de Wildvake, qui l'appelait à grands cris.

— Hohé ! — holà ! — Colonel Everard! Markham Everard! Il fait aussi noir ici que dans la bouche du diable. — Colonel ! — parlez ! — où êtes-vous? Je crois que toutes les sorcières du monde font ici leur sabbat infernal. — Everard, où êtes-vous?

— Ici, — de ce côté ! répondit le colonel. Cessez de crier ainsi ; — tournez à gauche, et vous me trouverez.

Guidé par sa voix, Wildrake parut bientôt, une lumière dans une main, et son épée nue dans l'autre.

— Où avez-vous donc été? lui demanda-t-il; pourquoi avez-vous été absent si longtemps ? — Ce poltron de Bletson et cette brute de Desborough sont à demi morts de peur, et Harrison est furieux de ce que le diable ne veut pas être assez civil pour lui livrer bataille.

— N'avez-vous rien vu, rien entendu, en venant ici?

— Rien; si ce n'est qu'en entrant dans ce maudit labyrinthe, ma lumière m'est tombée tout à coup des mains, comme si on l'avait frappée d'un grand coup de baguette; ce qui m'a obligé à en aller chercher une autre.

— Il me faut un cheval à l'instant, Wildrake, et tache d'en avoir aussi un pour toi.

— Il n'en manque pas dans les écuries ; nous pouvons aisément en trouver deux. — Mais pourquoi courir ainsi, comme des rats, à une pareille heure? La maison va-t-elle s'écrouler?

— Je ne puis répondre à cette question, dit Everard en entrant dans une chambre qui était encore en partie meublée.

Là le Cavalier, jetant un coup d'œil sur son compagnon, s'écria d'un ton de surprise: — Avec qui vous êtes-vous battu, Markham? Qui vous a arrangé de cette jolie manière?

— Battu ! répéta Everard.

— Oui, battu. — Je le dis encore, battu. — Regardez-vous dans ce miroir.

Everawl y jeta un coup d'œil, et vit qu'il était couvert de sang et de poussière. Le sang avait coulé d'une égratignure qu'il avait reçue au coU, dans le premier moment où il cherchait à résister. Avec un air d'alarme qui n'avait rien d'affecté, Wildrake entr'ouvrit le col de la chemise de son ami, et examina la blessure à la hâte. D'abord ses mains tremblaient, et ses yeux exprimaient une véritable inquiétude pour la vie de son bienfaiteur; «nais lorsqu'en dépit de la résistance d'Everard

WUUOSTOCK.

il t'ut reconnu (]ue la pcan avait à peine été t flleurée, il reprit son caractère de légèreté d'autant plus promptemcnt qu'il était peut-être honteux de s'en être écarté pour montrer plus de sensibilité qu'on ne lui en supposait généraleni(;nt.

— Si c'est l'ouvrage du diable, Markhani, dit-il, ses griffes ne sont pas, à beaucoup près, aussi formidables qu'on le prétend. Mais personne ne dira que votre sang a coulé sans vengeance tandis que Roger W iidrake était à votre côté. — Où avez-vous laissé cet enfant du diable, si ce n'est pas lui-même? Je vais courir, rapière en main, sur le champ de bataille, et quand ses griffes seraient des clous de six pouces de longueur, quand ses dents seraient aussi longues que celles d'une herse, il me rendra compte du sang que vous avez perdu.

— Folie ! démence ! s'écria Everard , je me suis fait cette égratignure en tombant. — Un peu d'eau et une serviette en effaceront la trace. En attendant, fais-nous préparer deux chevaux. — Demande-les pour le service public, au nom de Son Excellence le général, s'il le faut. — Je vais laver cette prétendue blessure, et je te rejoins dans un instant devant la porte de la Loge.

— Fort bien, Everard ; je te servirai comme un muet sert le grandseigneur, sans demander ni pourquoi ni comment. — Mais partiras-tu sans revoir ces braves gens là-bas ?

— Sans voir personne. — Va; et, pour l'amour du ciel, ne perds pas de temps.

Wildrake alla trouver le sous-oHicier , et lui demanda des chevaux d'un ton d'autorité. Le caporal obéit sur-le-champ sans opposition, en honnne qui connaissait le rang et le crédit du colonel Everard ; et en deux minutes tout fut prêt pour le départ.

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