‹ WoodstockChapitre 43 sur 63 · vvoonsTOCK · texte numérisé non relu

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iiiiporiaiittî ; cai' jo mo méprii^orais inoi-inèinc si ']o Taisais valoir colle j)arenté (îomnif un moyen de protection contre vous ou contre tout autre.

Tandis qu'ils dispulai(>nl ainsi, chacun d'eux ayant ses raisons particulières pour ne pas faire allusion à la véritable cause de la querelle, sir Henry les regardait alternativement l'un après l'autre avec un air pacificateur.

— Que veut dire tout ceci? s'écria-t-il ; on serait tenté de croire que

Ci rcé , l'enchanteresse , Vous a tous deux fait boire à sa coupe traîtresse.

— Allons, jeunes gens, allons; souffrez qu'un vieillard serve de médiateur entre vous. — Je n'ai pas la vue courte en pareilles affaires; les causes de discorde sont quelquefois moins grandes que l'aile du plus petit moucheron. Je pourrais citer cinquante exemples arrivés de mon temps, où, comme dit Will, deux braves champions

L'un contre l'autre ont fait de vigoureux efforts, Et se sont vaillamment combattus corps à corps,

sans qu'aucun d'eux , après le combat , pût se rappeler la cause de la querelle ; souvent c'est si peu de chose ! — Prendre le côté du mur, — se froisser l'épaule en passant l'un près de l'autre, — une parole trop hâtée, — im geste mal interprété. — Allons, n'importe quelle a été la cause de votre querelle, oubliez-la. D'ailleurs, vous vous en êtes passé la fantaisie; et si vous avez rengainé vos rapières sans qu'elles fussent teintes de sang, ce n'est pas votre faute; v©us n'avez fait qu'obéir aux ordres d'un homme qui avait le droit d'employer son autorité à cet égard. — A Malte, où les principes du duel sont parfaitement entendus et ponctuellement suivis , tous ceux qui sont engagés dans un combat singulier sont tenus d(^ mettre bas les armes à l'ordre d'un chevalier, d'un prêtre ou d'une dame ; et la querelle interrompue de cette manière est regardée comme honorablement terminée sans qu'il soit pei"mis de la faire revivre. — Mon neveu, je crois impossible que vous nourrissiez de la haine contre ce jeune homme parce ([u'il a porté les armes pour son roi. Écoutez ma proposition amicale, Markham. — Vous savez que je n"ai pas de rancune, quoique j'aie (|uelque raison pour Hiv mécontent de vous. — Donnez votre main à maître Kerneguy en signe d'amitié , et retournons tous trois à la Loge , poin* boire ensemble un verre de vin du Hhin en signe de réconciliation complète.

VVOODSTOCK. 335

Markhani Evorard se trouva liors d'état do résister à ce qui paraissait un i-etour de l'affection de son oncle. A la vérité, il soupçonnait,

et il ne se trompait pas tout à fait, — que cette invitation ne partait pas entièrement d'un renouvellement de bienveillance , mais que son oncle voulait aussi, par cette marque d'égard, s'assurer du moins de sa neutralité, sinon de ses secours, en faveur du royaliste fugitif. 11 sentait qu'il se trouvait dans une position épineuse , et qu'il pouvait devenir suspect à son propre parti en entretenant des relations, même avec un si proche parent qui accueillait de pareils hôtes. Mais , d'une autre part, il pensait que les services qu'il avait rendus à la république étaient assez importants pour avoir plus de poids que tout ce que l'envie pourrait arguer contre lui. Bien plus, quoique la guerre civile eût jeté la division entre les familles de plus d'une manière, maintenant qu'elle semblait terminée par le triomphe des républicains, la rage des haines politiques commençait à se ralentir, et les anciens nœuds d'amitié et de parenté reprenaient , au moins en partie , leur première influence. Bien des réconciliations avaient eu lieu , et ceux qui , comme Everard , appartenaient au parti victorieux , employaient souvent leur crédit en faveur de leurs parents moins heureux.

Tandis que ces idées se présentaient rapidement à son esprit , accompagnées de la perspective flatteuse de renouveler ses Maisons avec miss Lee , ce qui pouvait le mettre à portée de la protéger contre toute chance d'injure ou d'insulte , Markham Everard tendit la main au prétendu page écossais , et lui dit en même temps que , quant à lui, il était disposé à oublier la cause de leur querelle, ou, pour mieux dire, à la regarder connue la suite d'un malenlendu, et à oftVir à maître Kerneguy toute l'amitié qui pouvait exister entre des honnnes d'honneur qui avaient eml)rasst; des partis diftércuts.

iNe pouvant surmonter le sentiment de sa dignité personnelle , quoique la prudence lui fil une loi de l'oublier, Charles se borna à saluer Everard sans accepter la main que celui-ci lui offrait,

— 11 n'avait besoin, dit-il, de faire aucun ett'urt poiu' oublier la cause de leur (juerelh^, puisqu'il n'avait jamais pu la comprendre ; mais de même qu'il n'avait pas cherché à éviter sou ressentiment, de môme il était prêt à lui rendre, au même degré , tout ce qu'il lui plairait de lui accorder de ses bonnes grâces.

Everard retira sa main eu souriant , et salua l(^ page à son tour, attribuant la roideur avec laquelle celui-ci recevait ses avances à riunucur hère cl hautaine d'un jeune Ecossais élevé dans des idées d'importance de famille et de dignité personnelle, idées que le peu de

commerce t|ii'il avait encore eu avec le monde ne lui avait pas sutti pour rectifier.

Sir Henry Lee, chnrnié de voir se terminer ainsi cette querelle par déférence pour son autorité , comme il le supposait , et n'étant pas très-fâché , au fond du cœur, de trouver celte occasion pour rouvrir sa porte à un neveu pour qui , malf^ré ses fautes politiques , il avait plus d'affection qu'il ne le croyait peut-être lui-même, leur dit d'un ton de consolation :

— Ne soyez pas mortifiés, jeunes gens ; Je vous proteste qu'il m'en a coûté de vous séparer en vous voyant vous comporter si honorablement par pur amour pour l'honneur, sans soif de sang et sans haine l'im contre l'autre. Je vous proteste (|ue sans les devoirs (]ue j'avais à remplir connue grand maître de la capitainerie de Woodstock et le serment que j'ai prêté en cette qualité, bien loin de songer à vous ôter les armes des mains, j'aurais plutôt voulu être juge du champ-clos. — Mais une querelle terminée est une querelle oubliée , et la vôtre ne doit plus avoir d'autre suite que l'appétit qu'elle a sans doute aiguisé.

A ces mots, il remonta sur son petit cheval , et marcha en triomphe vers la Loge en prenant le chemin le plus court. Ses pieds, appuyés sur l'étrier louchant presque à terre ; — le bas de ses cuisses s'arrondissant autour des flancs de son coursier; — les talons tournés en dehors et baissés autant que possible; ~ le corps perpendiculaire; — les rênes systématiquement divisées dans sa main gauche ; — la droite tenant une houssine dirigée diagonalement vers l'oreille gauche de sa monture; — il semblait un champion de manège digne de monter Encéphale. Ses deux compagnons , placés à sa droite et à sa gauche , comme deux écuyers , pouvaient à peine retenir un sourire en voyant la position scientifique et étudiée du cavalier, faisant contraste avec la petite taille de son cheval, sa longue queue, sa longue crinière, et ses yeux qui brillaient comme deux charbons rouges sous un double rideau de longs cils. Si le lecteur a vu l'ouvrage du duc de Newcastle sur l'équitation, — splendida moles*, — il aura une représentation exacte du l)on chevalier, s'il peut se le figurer comme un des cavaliers des estampes de cet ouvrage, placé, avec toutes les grâces de son art , sur un petit bidet du pays de <îalles on d'Exmoor, dans son état sauvage , n'ayant jamais été ni dressé , ni peut-être même étrillé ; et le ridicule paraissant encore plus sensible par la disproportion do taille entre l'animal et le cavalier.

1, Voliimo ciinrine ei ninj;niflqiie,

Le chevalier s'aperçut peut-être de leur air de surprise , car les premiers mots qu'il prononça quand ils se mirent en marche furent :

- Pixie est petit , Messieurs, mais il ne manque pas de feu; — et ici il eut soin que Pixie lui-même confirmât cette assertion en lui faisant exécuter une espèce de courbette. — Oui , Pixie est petit, mais il est plein d'ardeur; et si je n'étais un peu trop ftrand pour me comparer à un nain, — le chevalier avait près de six pieds', — je penserais, toutes les fois que je le monte, au roi des génies , dont Mike Drayton parle en ces termes :

A cheval sur un perce-oreille Qu'à peine il avait pu monter, Il le faisait pirouetter Par une adre.-se sans pareille.

Fière du poids qu'elle portait , Sa monture extraordinaire Caracolait, tournait, sautait.

Et touchait à peine la terre.

— Mon vieil ami Pixie ! dit Everard en passant la main sur le cou du cheval, je suis charmé qu'il ait survécu à ces malheureux temps.

— Pixie doit avoir plus de vingt ans, sir Henry?

— Plus de vingt ans? répéta le chevalier; oui, certainement. La guerre, mon neveu Markham, est comme un ouragan qui n'épargne que ce qui mérite le moins d'être conservé. Le vieux Pixie et son vieux maître ont survécu à de grands hommes et à de grands chevaux, quoique ni l'un ni l'autre ne soient plus bons à grand'chose. — Et pourtant, comme dit Will, — un vieillard peut encore quelquefois faire quelque chose, — et Pixie et moi nous vivons encore, comme vous le voyez.

— Nous vivons encore? dit le jeune Écossais finissant par un vers la citation que le vieillard n'avait pas terminée; oui, nous vivons encore pour donner au monde

Le modèle achevé d'un parfait cavalier.

Everard rougit, car il sentit l'ironie ; mais il n'en fut pas de même de son oncle, à qtii sa vanité ne permit pas de douter un instant de la sincérité du compliment.

— On vous en a donc parlé? dit le chevalier. 11 est vrai que du temps du roi Jacques j'ai figuré plus d'une fois dans les joutes, et là vous auriez pu

\. Mesure aiiiilaise, environ cinq \i\oi\'i liiiil pmirps fr-niirnis.

338 WOOnSTOCK.

Voir le jeune lUnvy la visière levée.

Quant au vieua- Harry, ma foi!... Ici lo vieillard se tut un iiislanl. et [)arul dans lo travail d'espiit d'un homme qui va accouehcr d'un calembour. — Quant à voirie vieux Harry, ma foi!.... autant voir le diable. — Vous m'entendez, maître Kerneguy. — Vous savez que le diable et moi nous portons le même nom'. Ha! ha! ha! — Neveu Everard, j'espère que votre puritanisme n'est pas blessé d'une plaisanterie innocente !

Sir Henry fut si charmé des applaudissements de ses compagnons, qu'il leur débita la totalité du beau passage dont il venait de citer un vers, et il tinit par défier le siècle où il vivait, en faisant un faisceau de tous ses beaux esprits. Donne, Cowley. Waller et tout le reste, de produire un poëte qui fi!it doué de la dixième partie du génie du vieux Shakspeare.

— Comment ! dit Louis Kerneguy ; on dit que nous avons parmi nous un de ses descendants, sir William d'Avenant, et bien des gens le regardent comme un homme d'esprit.

— Quoi! s'écria sir Henry; Will d'Avenant, que j'ai connu dans le nord, officier sous Newcastle quand le marquis était devant Hull? - C'était un honnête Cavalier ; mais comment se fait-il qu'il soit parent de Will Shakspeare?

— Il en descend pourtant en ligne directe, du côté le plus sûr, et à la vieille mode, répondit le jeune Écossais, si d'Avenant dit la vérité. Il paraît que sa mère était une joyeuse maîtresse d'auberge, fraîche et de bonne mine, entre Stratford et Londres; Shakspeare logeait souvent chez elle quand il se rendait dans la ville qui l'avait vu naître, et par suite d'amitié et de compérage, comme nous disons en Ecosse, Will Shakspeare fut parrain de Will d'Avenant. Or, peu content de cette parenté spirituelle, le second Will prétend en établir une naturelle en disant que sa mère était grande admiratrice de l'esprit, et qu'elle ne mettait pas de bornes à sa complaisance pour les honuues de génie.

— Fi le misérable ! s'écria Everard. Voudrait-il acheter la vaine gloire de descendre d'un poëte ou même d'un prince, aux dépens de la réputation de sa mère? — Il mériterait d'avoir le nez fendu.

— Cela serait difficile, répondit le [n-ince déguisé en songeaul à la physionomie du poëte ^.

1. Ilarnj l'si un iioiii iiii'oii siilisliliic laiiiilicrcnu'iii à icliii de lli'iiry. Le fie tu- Hiiriij, te rieii.f A'itA, soiil (les noms iiii'cin (Iminc soiivi'iit ;iii dialtli' v\\ Xiv^WWm' . ilaiis le stylo l'^iiuilitM- ou hoiilVoii.

2. U'Avi'iianl elail en effcl ilcpoiiivii de nez, ce (|ni a stivi do hase à plus il'nn bon mol.

~ Wi!l d'Avenant, fils de Will Shakspeare ! dit le chevalier, qui n'était pas encore revenu de la surprise dans laquelle l'avait jeté une prétention si présomptueuse; — cela me rappelle quelques vers que j'ai entendus au spectacle des marionnettes, dans la pièce intitulée f'haéton, où le héros se plaint ainsi de sa mère :

Les enfants du hameau me suivent en criant : Toi, le fils du Soleil! Au diable l'impudent ' !

— A-t-on jamais vu une assurance si impudente ! Wil d'Avenant, fils du poète le meilleur, le plus brillant qui ait jamais existé, qui existe à présent, et qui puisse exister dans totite la suite des siècles à venir! — Mais je vous demande pardon, mon neveu ; — je crois que vous n'aimez pas les pièces de théâtre.

— Je ne suis pas tout à fait à cet égard aussi puritain que vous voudriez bien le dire, mon oncle, répondit Everard. Je ne les ai peut-être que trop aimées autrefois ; même à présent, je ne les condamne pas en masse et indistinctement, quoique je n'en approuve pas les excès et les extravagances. — Dans Shakspeare même, je ne puis m'empêcher de trouver des passages contraires à la décence et dangereux pour les bonnes mœurs, — d'autres qui tendent à ridicuHser la vertu et à préconiser le vice, ou du moins à couvrir la laideur de ses traits. Je ne puis croire que la lecture de ces beaux poèmes soit utile, surtout aux jeunes gens des deux sexes, quand j'y vois l'effusion du sang indiquée comme la principale occupation des hommes, et l'intrigue comme le seul emploi du temps des femmes.

En se permettant ces observations, Everard était assez simple pour croire qu'il ne faisait que fournir à son oncle l'occasion de défendre son opinion favorite, sans l'offenser par une contradiction si modérée. Mais dans le cas dont il s'agissait, comme dans plusieurs autres, il oubliait combien son oncle était opiniâtre dans sa manière de voir en religion, en politique et en matière de goût; car il aurait été aussi facile de le convertir à la forme du gouvernement ecclésiastique presbytérien, ou de l'engagera prêter le serment d'abjuration, que d'ébranler sa foi en Shakspeare.

[1 y avait dans le système de discussion adopté par le bon chevalier une autre particularité qu'Everard n'avait jamais pu compren-

1. On irouve ces deux vers ilans la comédie hurU!S(|iie de Fieldiiig iiililulée TumhUulown-Dick , et fondée sur la même histoire mylluiloiçique. Comme ils étaient connus du tem|is de la république, il faut (|ue la tradition les ail transmis :i l'auicur de Tom Jnmes; cir personne ne soupçonnera l'auteur du pieseni (tiivra(,'e d'avoir tait cet anachronisme.

dre, étant lui-même natiirclloment franc et sans détours, et attaché d'ailleurs à une secte (|ui ne voyait pas de bon œil les tergiversations et les tièdes concessions qu'on se permet souvent dans la société. Sir Henry, connaissant son natin-el imi)étucux, se tenait scrupuleusement en garde contre ce défaut; et, même quand il était intérieurement courroucé, il conduisait quelque temps la discussion avec toute l'apparence du plus grand calme; mais enfin sa violence, l'emportant, renversait et entraînait toutes lesdigues artiticielles qu'il y avait opposées. Il arrivait ainsi qu'en vieux général rusé, il semblait faire retraite en bon ordre et pas à pas devant celui qui le pressait, en n'opposant que tout juste assez de résistance pour engager son antagoniste à le poursuivre jusqu'à l'endroit où, faisant halte tout à coup, il l'attaquait à l'improviste en employant contre lui cavalerie, infanterie et artillerie tout ensemble ; et alors il manquait rarement de mettre l'ennemi en désordre, quoique sans pouvoir toujours remporter la victoire.

Ce fut donc d'après ce principe qu'en entendant les observations que venait de faire Everard, il dissimula son courroux, et répondit avec une politesse forcée, — que sans contredit les presbytériens, dans ces temps malheureux, avaient donné de si fortes preuves de leur humilité, de leur peu d'ambition et de leur amour pour le bien public, qu'il était impossible de refuser de croire à la sincérité des objections qu'ils faisaient contre des ouvrages dans lesquels les plus nobles sentiments de religion et de vertu, — sentiments capables de convertir les pécheurs les plus endurcis, — sentiments qui pourraient être convenablement placés dans la bouche des saints et des martyrs mourants, se trouvaient, par suite de la grossièreté et du mauvais goût du temps, mêlés de quelques boutfonneries triviales, etc., qu'on n'y découvrait guère, à moins qu'on ne les y cherchât péniblement, pour s'en faire un motif de réprobation contre ce qui était en soi-même digne des plus grands éloges ; mais ce qu'il désirait surtout apprendre de son neveu, c'était si, parmi ces hommes si heureusement doués par le ciel, qui avaient chassé de leurs chaires les savants docteurs et les profonds théologiens de l'église anglicane, et qui occupaient maintenant leiu's places, il s'en trouvait quelqu'un que les muses eussent inspiré, — sil |)ouvail employer ce terme profane sans utlenser le colonel, — ou s'ils n'étaient i)as tous aussi sottement, aussi brutalement ennemis des hclli's-lettres qu'ils l'étaient de l'hunianile et du sens rounuun.

Kverard aurait pu deviner, par h' ton de sarcasme et d'ironie de ce discours, {{u'iuie tempête Curieuse grondail dans le sein de sou oncle. Il aurait même pu juger de l'etal véritable des seiuiuienls du vieux

chevalier par l'emphase avec laquelle il avait appuyé sur le mot colonel, titre qu'il regardait comme le lien qui attachait son neveu à un parti odieux, et qu'il ne donnait jamais à Everard que lorsqu'il commençait à lâcher les rênes à son emportement , tandis que , lorsqu'il était disposé à maintenir avec lui la bonne intelligence, il l'appelait son neveu ou Markham. Et dans le fait, ce fut parce qu'il s'en douta et dans l'espérance de voir sa cousine Alice, que le colonel s'abstint de faire une réplique à la harangue de son oncle, qui la terminait en descendant de cheval à la porte de la Loge et en entrant dans le vestibule, suivi de ses deux compagnons.

Phœbé , qui s'y trouvait en ce moment , reçut ordre d'apporter du vin. L'Hébé de Woodstock ne manqua pas de reconnaître Everard , et de l'assurer, par une révérence presque imperceptible , qu'il y était le bienvenu; mais elle ne le servit pas aussi bien q-i'elle en avait dessein en demandant à son maître , comme une chose toute naturelle, si elle avertirait miss Alice de descendre. Un Non ferme et décidé fut la seule réponse qu'elle obtint de lui, et cette intervention, arrivée mal à propos , sembla redoubler encore l'indignation qu'il avait conçue contre Everard pour avoir parlé de Shakspeare avec tant d'irrévérence. Dès qu'elle fut partie , sir Henry reprit le sujet de la conversation.

— J'insisterais , dit-il, — s'il convenait à un pauvre Cavalier licencié de se servir d'une pareille expression en parlant à un des chefs de l'armée triomphante , — j'insisterais , dis-je , pour savoir si la révolution qui nous a envoyé des myriades de saints et de prophètes, ne nous a pas aussi donné un poëte assez inspiré par la grâce d'en haut pour éclipser le vieux Will , notre idole à nous autres aveugles et mondains Cavaliers.

— Oui , sans doute, Monsieur, répondit le colonel Everard ; je connais des vers composés par un ami de la république , qui , pesés dans une balance impartiale , peuvent égaler même la poésie de Shakspeare , et dans lesquels on ne trouve pas les aliments grossiers d'un goût dépravé, que ce grand poëte offrait quelquefois à l'appétit désordonné d'un auditoire encore à demi barbare.

— En vérité! s'écria le vieux chevalier retenant son courroux avec quelque peine; je voudrais connaître ce chef-d'œuvre de poésie. — Puis-je demander le nom de cet auteur illustre ?

— Ce doit être Vicars ou du moins Withers ' , dit le page supposé.

— Non, Monsieur, répliqua Everard, ni Drummond de Hawthornden,

\. Tous deux poètes du parti des puritains.

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ni lord Siii'ling '. lA «'opinuhmt les vers iiistitiei'oiit (;c que j'en ui dit, si vous excusez la uiédiocrité du débit ; car je suis plus habitué à parler à un bataillon <(u'à ceux qui aiment le conunerce des muses. C'est une dame qui parle; elle est égarée dans une foret ; nul sentier ne s'oti're à ses yeux , et d'abord elle s'exprime connue étant agitée par des craintes surnaturtîlles occasionnées par sa situation.

— Quoi ! s'écria sir Henry avec surprise; une pièce de théâtre, — et composée par un poète Tète-Ronde !

— C'est du moins une production dramatique, répondit Everard ; et il commença à débiter d'un ton simple , mais prouvant qu'il sentait bien ce qu'il récitait , les vers aujourd'hui si connus , mais alors presque ignorés, d'iui auteur dont la réputation reposait plutôt sur ses ouvrages polémiques et politiques ([ue sur la poésie sublime qui devait par la suite être le Hiunument éternel de son immortalité.

Le cœur de cette crainte un instant peut frémir; Mais l'homme vertueux à qui sa conscience, C.liampion intrépide, oBVe son assistance, ï)e ce joug >i lionleux sait tiieulôl s'alTrancliir....

— C'est mon opinion , Markham ! s'écria le chevalier , précisément mon opinion, — mieux exprimée peut-être, mais c'est exactement ce que je disais quand ces coquins de Têtes-Rondes prétendaient voir des esprits à Woodstock. — Poursuivez , je vous prie.

Everard continua :

Sainte Foi, dont les yeux sont pleins de piireté; Déesse aux ailes d'or, angélique Espérance; Aimable Chasteté, virginale Innocence; Groupe consolateur, soyez le bienvenu; Je vous vois, votre prix à mes yeux est connu. Oui , je crois que celui dont le bien est l'essence, Kt le mal l'instrument qui sert à sa vengeance, M'enverrait au besoin un ange piolecleur Pour défendre ma vie et garder mon honneur. — Ah ! me suis-je trompée, ou quelque noir nuage De la reine des nuits a-l-il terni l'image, Kt d'un voile argenté paré ses vêtements;'

— Le reste m'a échappé , dit Everard , et je suis même surpris que ma mcmoin» ait conservé un si long fragment.

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