HOTEL DE TANANARIVE, CHAMBRE
les mollets de leurs propriétaires et d'avoir parfois impudiquement voltigé dans le demi-jour des garçonnières esthétiques, au risque d'éborgner les peintures symboliques dont s'enorgueillissent ces séjours, les bas éprouvent encore le besoin de vadrouiller la nuit pour leur propre compte.
Lorsqu'on les quitte, ils prennent des airs las, des attitudes de petites saintes Nitouche exténuées, et, flasques, se laissent choir comme des choses mortes. Mais, dès que vous avez soufflé la bougie, voilà qu'ils commencent leurs pérégrinations, explorant les dessous des meubles, se faufilant sous les tapis, se glissant parmi les vêtements amoncelés, si bien que, le matin, quand il s'agit de les dénicher, il n'y a absolument rien de fait.
Après un quart d'heure de recherches, pourtant, Odyle aperçut les siens, qui, du fronton de l'armoire à glace, la lorgnaient sournoisement, ainsi que deux petits serpents moqueurs.
Elle les enfila, boucla sur eux la soie rutilante des jarretières ; puis, s 'étant rapprochée du lit, elle entreprit d'imiter le cri du jabiru.
(( Drôle d'idée ! » diriez-vous, si je ne prenais la sage précaution de vous confier qu'il y avait un monsieur emmi le dodo.
Cette révélation faite, je suppose que vous trouverez cela tout naturel. A qui n'est-il pas arrivé, en effet, d'éveiller un compagnon, mâle ou femelle, avec le chant national du jabiru, du choucas ou de tout autre oiselet ?
Au gloussement poussé par M^® de Buthen-
blant, le gentleman répondit par un petit jappement de chien de prairie ; puis, ayant envoyé paître les oreillers qui l'opprimaient :
— Chères lectrices, fit-il, ne me reconnaissezvous pas ? C'est moi qui suis Maubeck le journaliste.
Habitué à parler constamment au public, Maubeck adorait ce genre de plaisanteries.
Lorsqu'il annonçait une nouvelle ou racontait une anecdote à ses amis, il lui arrivait communément de débuter par ces mots : « Notre excellent confrère Maubeck nous fait parvenir la note suivante, que nous nous hâtons d'insérer. )>
Odyle ne fut donc pas autrement surprise de l'entendre apostropher ses lectrices absentes ; eWe vint à lui, baisa gaminement le point terminus de son nez, et, comme il cherchait à la retenir pour lui communiquer « sous toutes réserves » quelque document de la plus haute importance, preste, elle se dégagea, en disant :
— Dis donc, mon vieux, pas de blagues, hein ? Tu sais qu'il est neuf heures ?...
— Ouâ ! fit Maubeck. Tu rigoles ?
— Pas le moins du monde. C'est sérieux. Look up ! Neuf moins quatre au beffroi... Ainsi, tu vois, tu n'as qu'à pédaler au plus près si tu veux arriver à temps. Il te faut d'abord aller chez Jules le coiffeur, ensuite chez Barjau, le chapelier, puis chez le tailleur...
— Eh bien, et toi, petite tomate ?
— Moi ? Ne t'inquiète pas de moi. La couturière doit m'apporter mes frusques ici, ainsi (j.ue la blanche fleur du divin oranger. Quant à