LARGUEZ LES AMARRES
La maison était blanche. La porte, verte. C'était une des plus blanches maisons de Pantin. C'était la porte la plus verte du monde. Si verte que les vieux messieurs du pays la venaient contempler chaque matin afin de réconforter leurs pauvres yeux, gâtés par les veilles.
Au-dessus de cette porte, à côté d'une plaque d'assurances, et non loin d'un nid d'hirondelles s'étalaient deux panonceaux dorés, sur chacun desquels on pouvait lire l'inscription suivante :
ÉTITDES DE MOEURS
Mais on pouvait également ne pas la lire.
Vers cinq heures du soir, un homme s'arrêta devant cet immeuble.
Seul ? Non. Une dame l'accompagnait, qui fit halte, elle aussi, au seuil du paisible édifice.
Comme il allait sonner, l'homme entendit chanter de l'autre côté de la porte.
Il appuya sur le hras de la femme sa main, ponctuée de longs poils noirs, et dit :
— Écoute !
— Qu'est-ce qu'il y a ? fit-elle.
— On chante...
— On chante ?
— Oui.
Quelqu'un chantait en effet.
Qui ? On. Quoi ? Ceci :
Trois petits oiseaux en bas âge, Par un beau matin de juillet, Grignotaient un grain de millet Dans un bosquet du voisinage.
Ils trottinaient allègrement Parmi le thym et l'herbe fraîche, Quand, muni d'une canne à i)êche, Parut un chasseur allemand !
Pa-rut un chasss-eur allle-mand !...
Hérissant ses ailes légères, Lui dit...
... Ce que dit au féroce étranger le plus jeune des trois oiseaux, il fut impossible de l'apprendre, car, soudain, de furieux aboiements éclatèrent, qui, presque aussitôt, furent suivis de ululem^ents terribles et de sinistres glapissements. A son grand regret, l'anonyme chanteur dut interrompre sa petite rapsodie patriotique.
Sa voix, un instant auparavant plus douce el plus caressante qu'un gargarisme au miel, devint