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aigre subitement comme trente-six potées de moutarde.
— Ici, Schnaps ! vociltTa-t-il. Ici, sale coclion ! Prends garde à toi, salopiot î Si je te pince, je vais te raboter les fesses, et comme il faut !
On entendit un bruit de chaînes violemment secouées, quelques claquements de fouet, un gémissement de tramway mal graissé qui stoppe ;* puis ce fut le silence.
Schnaps avait son compte.
— Sonnes-tu ? demanda la dame.
— Non, répondit l'homme.
— Pourquoi ne veux-tu pas sonner ?
— Je ne refuse pas de sonner, fît l'homme. Je n'ai aucune raison pour cela. Au moment oii tu m'as questionné, je ne sonnais pas. Je t'ai donc répondu : « Non. » C'est-à-dire : « Non, je ne sonne pas en ce moment ; si tu crois que je suis en train de sonner, tu le trompes. » Mais, main-^ tenant, je vais sonner.
— Tu vas sonner maintenant ? Ah !
— Oui. Cela t'étonne ou te contrarie ?
— Non, non, pas le moins du monde. Lorsque tu m'as annoncé que tu te préparais à sonner, j'ai tout bonnement répondu : (( Ah ! » pour te montrer que j'avais bien entendu, que j'avais saisi le sens exact de tes paroles. Est-ce que cela n'est pas correct ?
— ThaVs correct ! fit l'homme.
Il tira le pied de biche, et au même instant, la porte verte s'ouvrit. Un jeune mousse vêtu d'une livrée écarlate et nanti d'un visage d'écureuil parut, sa toque galonnée à la main, et dit :
— M'sieur et dame !
— Tu chantes très bien, mon petit ami, déclara la dame.
— Je ne chante pas bien, répondit le mousse, mais je fais ce que je peu?-:, et ce que je fais, il y en a beaucoup qui ne sont pas fichus de le faire.
— Mousse, demanda l'homme, est-ce que là chose est prête ?
— Quelle chose, Votre Honneur ?
— La chose en question.
— Tout est paré. Votre Honneur.
— Et ces messieurs, sont-ils là ? Lorsque je dis : (c Sont-ils là ? » entends-moi bien, mousse : je ne te demande pas s'ils sont ici, à cette place que nous occupons... Je vois bien qu'ils ne sont pas ici. Je désire simplement savoir s'ils sont dans la maison ou sur le territoire qui l'environne.
— Ils sont sur le bowling-green au fond du jardin, Votre Honneur. Si Votre Honneur veut me suivre, je vais La conduire.
— Va ! fit l'homme : nous te suivons.
Après avoir traversé la cour d'entrée, le parterre néerlandais, le jardin anglais et le parc, l'homme, la femme et leur guide entrèrent dans une petite prairie, au milieu de laquelle se balançait un aérostat.
Près de ce ballon, cinq gentlemen fumaient de longues pipes hollandaises en dégustant des bières britanniques. Et il y avait apparemment quelques instants déjà qu'ils avaient entrepris de se rafraîchir, car, si le nombre des bouteilles
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vides qu'ils avaient rejetées sur le gazon était moins fabuleux que celui des étoiles qui grouillent au firmament, il était quatre fois plus considérable, certes, que celui des petits astres blancs qui constellent l'azur de ton drapeau, libre Amérique.
Dès qu'ils eurent aperçu les nouveaux arrivants, les cinq gentlemen se levèrent et saluèrent, avec des gestes parallèles et d'identiques sourires.
L'homme et sa compagne s'inclinèrent également, puis ils furent s'asseoir dans la nacelle du ballon, 011 le groom rutilant ne tarda pas à leur apporter de la bière d'York, des pipes de Gouda et du tabac de la Semois.
Après avoir longuement bu, à l'instar de leura amis, l'homme et la femme allumèrent leurs pipes et, doucement, se mirent à fumer.
Au bout d'un petit temps, le visiteur mâle se découvrit.
II se découvrit et, s'adressant aux cinq distingués buveurs, ou plus particulièrement peut-être à celui qui paraissait être le syndic de la bande :
— Camarades ! cria-t-il, êtes-vous prêts à m'entendre ?
— Camarades ! êtes-vous prêts à l'entendre ? demanda le président, en se tournant vers sesacolytes.
Les quatre gentlemen s'inclinèrent affirmativement ; sur quoi, le président lança :
— Nous sommes prêts !
L'homme reprit :
— Ma vie était entre vos mains : vous pou-
viez me noyer, me pendre, me brûler, m'asphyxier, me guillotiner, m'étouffer, m'empoisonner ou me faire lâchement poignarder par des Napolitains de bas étage. Vous ne l'avez pas fait. Si je suis ici en ce moment, cette pipe à la main et ce vague sourire sur les lèvres, c'est à vous que je le dois. Merci.
— Il n'y a pas de quoi ! murmura le chef. L'homme poursuivit :
— « Ami, m'avez-vous dit, sois notre homme: notre homme de bronze et notre homme de paille, notre homme de confiance, notre homme d'affaires, notre homme du monde et, au besoin, notre homme d'équipe ! Sois notre homme m'avez-vous dit, et il ne te sera fait aucun mal. » Ai-je été votre homnte ainsi que vous l'entendiez ?
— Oui.
— Ai-je fidèlement exécuté tous vos ordres et me suis-je prêté sans murm.urer à toutes vos fantaisies ? Xuit et jour, me suis-je tenu à votre disposition ? Où il vous a plu de m'envoyer, suis-je allé ? Suis-je revenu d'oii j'étais toutes et quantes fois il vous a semblé bon de me rappeler ? Ai-je gardé le silence sur ce que vous vouliez celer ? Ai-je dit toutes les choses qu'il vous agréait que je disse ?
— Oui.
— Mes actes, mes gestes, mes grimaces et mes tics sont-ils constamment restés en accord avec vos désirs ?
— Oui.
— J'étais seul. Vous m'avez dit : « Sois deux !