‹ Xavier de MaistreChapitre 10 sur 34 · L. DE ViGNET · texte numérisé non relu

L. DE ViGNET

Ve zM. de zMareste à zM. de Vignet.

23 février 1825.

VOUS avez vu par le mot que j'ai ajouté à la lettre de Nasi que notre grande affaire était terminée. Ce n'est pas sans peine, je vous assure, et je n'en serais jamais venu à bout sans l'aide de M. Valéry. Voici l'histoire des négociations.

J'avais eu dans le principe l'intention de vendre une seule édition et non la propriété des trois opuscules pour réserver à l'auteur la faculté de publier ses œuvres complètes, si jamais la fantaisie lui en prenait. J'ai discuté avec la moitié des libraires de Paris. Personne n'en a voulu à un prix raisonnable, sous le prétexte que ces ouvrages étaient trop peu importants, trop peu volumineux, pour qu'on pût se tirer d'affaire avec une édition. Ce n'est qu'à la longue, m'a-t-on dit de toute part, et par la suite des temps que l'on peut espérer de rentrer dans ses déboursés et faire quelque bénéfice.

J'avais encore l:i ressource d'imprimer et de vendre pour le compte de l'auteur. Je me suis aperçu qu'il aurait fallu disposer d'une somme de 7000 à 8000 fr. pour opérer de la sorte. Restait la ressource d'aliéner la propriété ; elle m'a été conseillée par les personnes expertes en pareille matière. Je voulais avoir une somme d'argent disponible pour remplir les instructions de votre oncle, j'ai pris ce dernier parti. Je me suis adressé à une multitude de libraires. Les premiers m'ont offert 1200 fr., puis 1500, puis 1800. J'ai établi une concurrence entre ces messieurs. L'émulation avait porté la somme à 24.00, lorsque M. Valéry, grâce à son crédit de bibliothécaire du roi, a décidé de toute la hauteur de sa taille que les manuscrits valaient 6000 fr. Il lui a fallu plusieurs semaines pleines pour trouver un chaland. Il en est enfin venu à bout, mais, au moment de conclure, le libraire s'est dédît, et nous sommes restés le bec dans l'eau. Nous avons persisté à vouloir 6000 fr., et mal nous en a pris, car, en dernier lieu , les offres allaient en progression décroissante. Il nous a fallu borner nos exigences à 5000 fr., et je viens de conclure ou à peu près avec les libraires Dondey-Dupré et Ponthieu. L'impression est commencée et l'ouvrage paraîtra dans le courant d'avril, à l'époque des départs pour la campagne, époque toujours favorable aux ventes.

Il y aura deux ou trois volumes, suivant le bon plaisir des acheteurs. Tout l'ouvrage sera imprimé sur papier vélin, en très beaux caractères, édition de luxe, notes et préface de M. Valéry, le tout fort court et de bon goût. Le général comte de Lagarde, qui a

-sapasse longtemps en Russie et qui connaît notre aimable auteur, a ajouté quelques petites notes explicatives sur les localités (pour Kascambo et Prascovie). Je ferai annoncer le tout dans les journaux quoique nous soyons désintéressés dans la vente , mais tout simplement pour l'honneur des armes de notre amî absent et pour qu'il y ait chorus de louange sur l'œuvre et sur l'auteur. Il est bien entendu que le nom de M. de Maistre ne paraîtra pas sur le titre. On mettra seulement ; Par C auteur du Lépreux et du Voyage.

Nous avions jugé, vous et moi, que VExpédttion nocturne ne se soutiendrait pas avantageusement à côté du Voyage autour de ma chambre. Nos libraires littérateurs ont pensé tout différemment. M. Valéry est presque de leur avis; ils considèrent cette seconde partie comme au-dessus de la première, et c'est précisément ce dernier opuscule qui a fait conclure le marché. Suivant Barème, nous avions tort , vous et moi, et si je persiste dans ma première opinion, c'est tout simplement parce que je suis entêté.

J'ai réservé dans le marché quelques exemplaires pour vous, afin que vous puissiez les envoyer à Pétersbourg.

Voici le traité que j'ai passé avec les libraires. Envoyez-le bien vite à Pétersbourg. Que M. votre oncle ajoute au bas son autorisation dans les termes indiqués et qu'il vous renvoie cette pièce après avoir fait légaliser sa signature à l'ambassade de France. La promptitude est indispensable, parce que j'ai traité avec les libraires sans avoir aucun pouvoir légal. Ils m'ont cru sur parole et d'après de simples lettres, ce

qui est la même chose. Les billets pour la somme de 5000 fr. sont déposés chez M. Valéry. Les échéances sont de 6, 9 et la mois. Si l'on voulait de l'argent plus tôt, votre oncle n'a qu'à envoyer un bout de procuration à vous ou à moi pour négocier les dits billets, et nous trouverons la somme que l'on désirera sur la place.

Vous en savez maintenant autant que moi. De cœur,

Mareste.

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