L. DE ViGNET
P. S. — Je reçois à l'instant votre lettre du 23 et vous remercie iterum atque iterum. Je suis bien fâché de voir VExp'edition nocturne acheminée avec les Deux Moscovites^ car, entre nous, c'est détestable dans toute la force du terme. Adieu, je vous écrirai plus au long incessamment. Tout ce que vous m'avez envoyé partira pour Pétersbourg demain matin.
Du même au même.
Bruxelles, 27 février 1825.
MON cher Mareste, je viens d'envoyer à mon oncle, avec la lettre que vous m'avez écrite le 23, le modèle de déclaration qu'il doit renvoyer à vous ou à moi, et qu'il renverra dans tous les cas et en tout état de cause.
Je lui écris aussi que je vous consulte par ce courrier, sur la question de savoir :
i" Si en alléguant de nouvelles instructions reçues du comte de Maistre par mon canal, et que vous ne connaissiez pas lors de la conclusion du marché, il vous serait possible, sans rien gâter à l'affaire, et sans rendre les billets déposés entre les mains de M. Valéry, de faire retarder l'impression jusqu'à ce que l'approbation définitive nous fut arrivée de Pétersbourg ;
ï° Si en leur rendant, par exemple, deux billets de 800 francs et en leur laissant avec la faculté de réimprimer le Voyage autour de ma chambre, le Lépreux et les Deux Mosco'vites, ils ne consentiraient pas à vous rendre le manuscrit de VExp'edition nocturne qui ne serait pas imprimée ni avec, ni séparément.
Bien entendu, mon cher Mareste, qu'il n'y aurait, à leur soumettre ces nouvelles propositions, non seulement aucun inconvénient pour vous, mais pas le plus petit ennui, et à plus forte raison, le moindre désagrément. Dans ce cas, le marché subsistant, non seulement avec ratification, mais avec approbation pleine et entière et empressée de la part de mon oncle, lequel j'avertis aussi que je regarde ces modifications comme presque impossibles à introduire dans le marché déjà conclu.
Si je vous en parle même (et tout à fait, tra noi, dans le cas où vous les jugerez impossibles) c'est que je partage pleinement, mon cher ami, votre opinion sur {'Expédition nocturne qui est non seulement mauvaise, mais très mauvaise et qui nuira aux Deux Moscovites. Je vous en ai parlé de la même manière quand je vous ai renvoyé ce manuscrit, et si vous m'en aviez dit un mot, dans le cours de la négociation, j'aurais joint péremptoirement mon opposition formelle à votre avis négatif. Voyez donc, cher Mareste, en votre âme et conscience, si sans le désagrément le plus minime, vous pouvez faire aux imprimeurs la proposition dont je vous ai parlé, pour reprendre le manuscrit liitY Expédition nocturne. Offrez-leur 1600 fr. s'il le faut et encore, s'ils l'exigent, 400 fi. de plus que je payerai de ma bourse ; car je tremble à l'idée du cri universel qui va s'élever contre cette Expédition que Dieu bénisse ! Citez-moi tant que vous voudrez, dites que vous n'agissiez que sub spe rati, que le neveu connaît les intentions de l'oncle, etc. ; mais ne faites rien, malgré tout mon désir et notre intérêt de
Sauver la réputation de notre auteur, si cela doit, je vous le répète, vous causer un ennui quelconque. Voilà nos faits clairement posés.
Quant à la préface, j'ai pleine sécurité à la savoir confiée à une main aussi habile et aussi amie que celle de M. Valéry; mais veuillez, cependant, en lui faisant mes compliments les plus distingués, l'avertir de ma part, que le nom de mon oncle ne doit être écrit nulle part, pas même en lettres initiales, mais seulement désigné par ces mots V Auteur du Lépreux et avec les éloges qu'un homme d'aussi bon goût jugera convenables. Il en est de même pour le nom du comte de Maistre (le chancelier) si M. Valéry jugeait à propos de le désigner au souvenir des hommes.
Ensuite, il est essentiel, et je sais que mon oncle y tient beaucoup, qu'aucune mention ne soit faite de la singulière édition du Lépreux faite par y[^^ O. C. non plus que des éloges que le Mémorial catholique lui a donnés. La famille de Maistre est, par sa position et ses antécédents, tellement liée à tout ce qui se fait dans une intention catholique, même en apparence ou par des mains maladroites, qu'elle serait obligée de désavouer formellement tout ce que ses amis pourraient faire pour la venger des niaiseries où son nom aurait été employé mal à propos. Veuillez, je vous prie, recommander ceci à M. Valéry comme très essentiel. Je souhaite à M'"^ O. C. et à ses amis, paix sur la terre et gloire aux cieux lors même qu'ils se donnent le ridicule de refaire le Lépreux.
Adieu, mon cher Mareste, j'attends votre première
lettre avec impatience. Il me tarde aussi de vous revoir et à ce propos, dites-moi ce que l'on sait de certain sur l'époque du Sacre; car c'est vers ce temps que je dois aller à Babylone. J'espère que nous nous verrons alors bien souvent. Il me tarde d'être présenté à M'"® la baronne de Mareste à qui vos amis doivent être reconnaissants pour le bonheur que sa société vous donne. Adieu, croyez-moi sincèrement tout
votre