L. DE ViGNET
P. S. — Si j'ai effacé le mot exclusivement à propos du privilège de réimprimer le Voyage autour de ma chambre, c'est que ce livre ayant paru il y a trente ans, hors de la France, sera probablement considéré comme retombé dans le domaine du commerce universel.
Ve oMzM. Vondey-Vupré à éM. de oMaresre.
Paris, le i" mars 1825.
Monsieur,
EN réponse au billet que vous nous faites l'iionneur de nous écrire cet après-midi, nous nous empressons de vous faire savoir que M. Valéry a déjà reçu les deux premières feuilles de l'ouvrage de M. de M*** et que même il nous a renvoyé la première bonne à tirer. Vous pouvez donc être rassuré sur la correction et la fidélité des épreuves. Le service est établi de manière à être continué ainsi jusqu'à I:i fin de l'impression.
Nous vous remercions, Monsieur, des renseignements que vous nous donnez sur votre envoi à MM. de M*** et de V***. Nous en attendrons l'issue.
Agréez, Monsieur, l'assurance de notre considération très distinguée.
Vos très humbles serviteurs,
DoNDEY-DuPRÉ, père et fils.
cM. de cMareste à zM. Valéry.
Rue S'-Lazare, 2 mars 1825.
Monsieur,
JE viens de recevoir la lettre ci-jointe de M. de Vignet. Vous verrez combien il tient à ce que V Expédition nocturne ne soit pas imprimée.
Je vais lui répondre : 1° Qu'il est trop tard maintenant, que le marché est conclu et qu'on ne peut plus revenir sur une chose faite. z° Que quoique je sois persuadé que Y Expédition n'a pas le même mérite que les deux Nowvelles Russes, cependant je suis loin de trouver cet ouvrage mauvais. 3° Qu'il est impossible que le nom de M. de Maistre ne soit pas prononcé dans la préface, attendu que Monsieur son frère dans l'édition faite chez Delaunay l'a nommé très positivement et plusieurs fois, et non par les initiales mais en toutes lettres ; que vouloir aujourd'hui faire un mystère d'un nom qui est connu de tout le monde, ce serait chose absurde, ridicule, complètement inutile, etc. 40 Que l'on ne parlera point de
• M"»* O. Cottu, ni du Mémorial catholique (association assez bouffonne par parenthèse). 50 Que l'impression est très avancée et qu'il faut laisser aller la chose.
Si vous pensez, Monsieur, que je doive ou puisse répondre différemment, veuillez, de grâce, me le mander.
Recevez, Monsieur, l'assurance des sentiments bien sincères de votre dévoué serviteur.
♦ DE Mareste.
Ve cM. Valéry à éM. de éMareste.
Ministère
de la
Maison du Roi
Paris, le 3 mars 1825.
Bibliothèques Monsieur,
J'AI lu avec attention la nouvelle lettre de M. de Vignet, et je vous avoue, peut-être témérairement, qu'elle ne m'a point causé une crainte aussi vive qu'à vous. Sur beaucoup de points et sur les plus importants, je vois que nous sommes en règle : le nom de \ Auteur du Lépreux est seul porté en tête des Nou- 'velles et de V Expédition ; la réimpression du Voyage est le fait licite du libraire ; il serait absurde, comme vous l'observez, de lui défendre de dire le nom de l'auteur que son voisin Delaunay a révélé en toutes lettres. Ce nom même ne sera point sur le frontispice, il sera indiqué dans une espèce de note bibliographique de six lignes, a la manière de Maradan, et jeté au verso de la seconde page. Le jugement de M. de Vignet sur cette malheureuse Expédition me parait toujours bien sévère, son bon goût est sans doute égaré par son tendre intérêt pour l'auteur: la surabondance, le vagabondage des idées sont excusées dans ces sortes d'ouvrages ; il y a, si l'on veut, des négli-
gences de style, mais que de traits, que d'expressions même les gens qui écrivent envieraient! 11 me semble aussi, Monsieur, pour continuer à exposer les motifs de ma confiance, que ma chétive préface ne contient aucun de ces gros éloges que redoute la modestie de M. de Maistre, puisque mes observations sur le talent de l'auteur ne sont jamais directes, et se rattachent à quelques observations littéraires sur le vrai, sur une certaine fausse peinture des mœurs, les redites et les lieux communs de la fiction, etc. Je n'ai jamais songé à parler de M^^^ Cottu qui a si ingénieusement gâté le Lépreux. Quant au trait sur Chateaubriand, j'en ai plaisanté avec lui-même et avec M"»» de Duras, et les ai prévenus que je le laisserais. Votre scrupule, si obligeamment exprimé. Monsieur, sur le 'vaste mélange de ci'vilisation et de barbarie de l'empire russe est peut-être extrême ; la barbarie dans ce sens n'est point une injure, et je ne crois pas d'ailleurs que les habitants des Iles aux renards ou des Iles Aléoutes ayent encore des prétentions aux bonnes manières. L'impression va toujours très vite, et je reçois chaque jour trois feuilles nouvelles et trois secondes.
Agréez, Monsieur, les nouvelles et sincères assurances de nos sentiments les plus distingués.
Valéry.
De zM. de zMareste à cM. de Vignet.
Paris, le 5 mars 1825.
MON cher ami, il m'a été impossible de revenir sur le marché conclu ; l'impression est déjà à plus de moitié achevée 5 il faut en prendre son parti. Je crois d'ailleurs que nous nous sommes un peu trop alarmés sur le succès de V Expédition. Certes, ce n'est pas un bon owvrage ; telle du moins est mon opinion ; mais au moyen de quelques coupures, du retranchement de quelques drôleries, peut-être un peu trop gaies, vu l'âge et la position de notre cher auteur, cette facétie passera inaperçue au milieu des charmantes Nouvelles mosconjites, du Lépreux réellement admirable et de notre vieille connaissance le Voyage. D'ailleurs cette Expédition a seule décidé les libraires et nous devons lui savoir gré de l'excellent marché qu'elle nous a fait conclure.
Sur les autres points, et sur les points importants indiqués dans votre lettre du 27 février, nous sommes en règle. Le nom de l'auteur ne paraîtra pas sur le titre des nouvelles ; on y mettra simplement : par
r Auteur du Lépreux de la cité WAoste. Quant à la réimpression du Voyage et du dit Lépreux, c'est le fait licite de tout libraire. Ces ouvrages imprimés à l'étranger sont tombés dans le domaine public et ils appartiennent au premier occupant; ne pas indiquer le nom de l'auteur dans la préface eût été une absurdité ridicule et parfaitement inutile. Dans l'édition faite par Delaunay, Monsieur votre oncle le chancelier a publié à son de trompe, dans un avertissement, les nom, prénom et qualités de son frère ; il a donné des détails sur sa vie privée, son bonheur conjugal, ses campagnes, ses voyages, ses occupations, etc., etc. Or vouloir faire aujourd'hui, dans une réimpression, un mystère de ce qui est connu de tout le monde, vous comprendrez que cela eût paru pour le moins extraordinaire. Tranquillisez-vous, au surplus, sur notre préface ; elle est simple, courte ; elle n'entre dans aucun détail et ne contient aucun de ces gros éloges que redoute la modestie de l'aimable auteuramateur. Ce qui est dit sur le talent de M. de Maistre n'est jamais direct et se rattache à quelques observations littéraires sur le vrai opposé à cette fausse peinture de mœurs actuellement à la mode, aux redites et aux lieux communs de la fiction. On n'a point songé à faire même allusion à l'œuvre de M^^e Cottu qui a si ingénieusement gâté le Lépreux. Quant au trait léger et spirituel sur M. de Chateaubriand, M. Valéry en a plaisanté avec lui-même et avec M™«= de Duras et l'a prévenu qu'on le laisserait. Il ne sera pas question du Mémorial catholique qui n'a rien à faire en ceci.
Nous paraissons à la fin de ce mois, ou au commencement d'avril ; nous serons très brillants, en beaux caractères, papier vélin, marges superbes, notes simples et de bon goût. En somme, nous ferons honneur à notre père.
Adieu, très cher Vignet; arrivez-nous bien vite. Le Sacre a lieu définitivement le 15 maîj des événements extérieurs peu probables pourraient seuls le retarder.
Mille amitiés à Hector d'Agoult.
Votre bien sincèrement dévoué,
Mareste.
P. S. • — N'oubliez pas dé m'envoyer de suite les pièces que vous recevrez de Pétersbourg.
De zM. de Vigner a cM. Je cMaresre.
VOICI, mon cher Mareste, une lettre de mon oncle; je pense qu'elle contiendra les papiers approuvés en due forme et aussi des regrets sur l'impression j ils viendront trop tard, Hoc erat infatis.
C'est ce soir que j'aborde votre affaire ; je n'ai pu encore joindre l'homme. Soyez sûr que j'y mettrai tout le zèle de la véritable amitié.
Adieu donc ; j'irai vous voir demain à la préfecture avant quatre heures.