‹ Xavier de MaistreChapitre 3 sur 34 · L. DE VlGNET · texte numérisé non relu

L. DE VlGNET

II, Hill Street, Berkeley sq".

Du même au même.

Londres, i" août 1823.

VOILA, mon cher Mareste, les deux enfants de mon oncle, que vous m'avez promis de prendre sous votre protection. Je vous les confie et vous les recommande ben sette e sette<volte. Je pense avec un grand plaisir que leur entrée dans le monde sera, grâce à vous, heureuse et à l'abri de toute disgrâce pour la réputation. Vous avez tant d'esprit, vous connaissez tant de gens d'esprit, qu'à l'ombre de vos ailes, mes deux cousins germains pourront être bien reçus.

Nous les prônerons d'avance comme bien s'entend. Je vous enverrai dans quelques jours un article pour le Journal des Débats. Vous le ferez remettre à un de vos amis qui se chargera de ce soin, et qui fera luimême leur éloge dans le Drapeau blanc. Il faudra que vous tâchiez d'en faire dire du bien dans le Constitutionnel. Il n'y a dans ces manuscrits aucune phrase qui

ait trait, même indirectement, à la politique. Ainsi les ennemis peuvent les louer également, à moins que le livre ne les ennuie, ou qu'eux-mêmes n'ayent le diable au corps.

J'ai corrigé ici et là des points, des virgules, quelques mots un peu trop allobroges. Vous corrigerez les corrections. Je vous y autorise de tout mon cœur. Il semble que ce soit facile de changer vingt mots dans un opuscule insignifiant, et cependant, toute reflexion faite, ce n'est point aisé.

Le comte de Maistre (le feu chancelier), avait permis à son imprimeur, je ne sais plus lequel, de faire une édition du Voyage autour de ma chambre avec le Lépreux. Je ne sais point quelles furent les conditions de ce marché. Si rien ne s'y oppose, je voudrais faire imprimer le Lépreux avec le Major et Prasco'vie; car la touchante histoire de ce vilain galeux ne se trouve plus nulle part, et tout le monde la redemande. Elle porterait bonheur au reste. J'ai écrit à Paris pour connaître les susdites conditions. Je vous en instruirai au plus tôt. Ainsi, ne parlez point à un libraire avant d'avoir reçu une autre lettre de moi.

Mon oncle ne veut pas absolument que Ton réimprime le Voyage autour de ma chambre, ni que l'on fasse mention de son nom. Nous mettrons seulement, (si nous imprimons le Major et Prascovie seuls), par fauteur du Lépreux. Ensuite, dans les articles de journaux, nous le désignerons de telle manière que son nom ne soit pas plus clair.

Prascoijie était écrit dans le cours du manuscrit

tantôt par un k tantôt par un c ; mais lui l'a écrit de cette dernière façon sur le titre qui est seul de son écriture. Ainsi nous mettrons ler qui looks tett Barbarian. Je vous parlerai plus au long sur tous ses désirs dans ma prochaine lettre.

Je craignais, mon cher ami, que votre beau rêve n'eût échoué, puisque vous ne m'en disiez rien. Je suis bien affligé de voir mon pressentiment vérifié. Mes châteaux, comme les vôtres, se détruisent l'un après l'autre. Courage et patience et espérance dans le Grand Maitre, auquel vous croyez autant que nous.

Adieu, mon cher Mareste, je n'ai plus de temps et ma plume s'opiniâtre à ne vouloir plus écrire. Betienje me truly jours,

Page 1