‹ Xavier de MaistreChapitre 4 sur 34 · L. DE ViGNET · texte numérisé non relu

L. DE ViGNET

Du même au même.

Londres, 17 octobre 1823.

\ / OUS avez de la peine à concevoir, mon cher * Mareste, pourquoi je ne vous écris plus, après vous avoir annoncé ces manuscrits et les avoir tant recommandés à votre obligeance. Mais deux mots vont tout expliquer. J/s sont perdus, ou du moins, depuis deux mois et demi, je ne puis encore découvrir ce qu'ils sont devenus.

J'attendais, ainsi que je vous l'avais dit dans ma lettre du mois de juillet, une occasion pour envoyer jusqu'à vous ces denx opuscules, sans que les douanes les arrêtassent en chemin. Le i«>" août, un gentilhomme de l'ambassade d'Autriche, le comte de Colloredo, partait en courrier pour Paris, où il devait passer quelques jours avant de se rendre à Vienne. J'allai chez lui le matin, je lui parlai de mon rouleau de papiers. Il me dit qu'il s'en chargerait avec plaisir. Je lui répétai trois fois que s'il ne pouvait trouver place

dans son portefeuille, je le priais de le rendre au domestique qui le lui apporterait, et qui attendrait ses ordres à cet égard. Mon domestique à qui je le remis dans l'après-midi le porte adressé à vous à l'Ambassade d'Autriche. M. de Colloredo lui fait dire que le rouleau serait porté à Paris. Quatre jours après, je passe à l'ambassade. Le chargé d'affaires me dit, après avoir fouillé tous les recoins de la chancellerie, que le rouleau était parti et qu'il se souvenait de l'avoir vu mettre dans le portefeuille. J'attendis une semaine; je ne recevais rien de vous, mon cher ami. J'écrivis à M. de Thorn(?) secrétaire de l'ambassade d'Autriche à Paris, auquel j'avais recommandé le dit rouleau par une lettre remise en même temps à M. de Colloredo. M. de Thorn me répondit qu'il n'avait point vu ce rouleau, annoncé par ma lettre. Je me hâtai d'écrire à M. de Colloredo, à Vienne. J'ai attendu un mois. Il vient de me répondre que le rouleau avait sûrement été mis dans le portefeuille, et qu'il avait, sans doute, été égaré dans la chancellerie de l'ambassade, à Paris, ou porté à une fausse adresse. Le fait est qu'il est perdu, et que j'en suis désolé. Vous voyez cependant que je ne pouvais pas prendre plus de précaution. J'ai remué ciel et terre pour en avoir des nouvelles, mais vainement, et je ne sais par où commencer la lettre que je dois écrire à mon oncle pour lui annoncer cette ennuyeuse nouvelle. Au moins, mon cher Mareste, à présent que vous savez cette lamentable histoire, vous pouvez, si ces manuscrits égarés et tombés entre les mains de quelque forban littéraire, venaient à être annoncés dans les journaux, vous pouvez vous hâter

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d'écrire dans ces mêmes journaux, que cette publication est un vol manifeste, que l'histoire du major Kascambo et celle de Praskovie Lopouloff sont du comte de M., raconter l'accident avec les dates et les initiales, et poursuivre le dit forban comme un gueux. Ce cas arrivant, je prendrais moi-même l'affaire en mains, et la mènerais, je n'en doute pas, à la honte complète du vilain qui essayerait un vol de cette nature.

Mon oncle me charge de vous faire mille amitiés. Il se souvient de vous comme s'il vous avait vu hier. Vous aviez traduit en italien son Ode à la lune, et vous vous annonciez comme une vigoureuse plante. Il est heureux d'apprendre qu'elle se soit chargée de tant de beaux fruits. Il me dit qu'il serait charmé si vous vouliez être son correspondant à Paris, c'est-à-dire lui permettre de vous écrire deux lettres par an, pour vous interroger sur une foule de choses qui se font, se disent ou s'impriment dans votre Babylone.

Nous y avons vu clair, mon cher ami, dans cette guerre d'Espagne qui effrayait tous les nigauds en décembre dernier. La voilà finie par miracle, avec un bonheur et un honneur qui donnent aux Bourbons quinte et bisque pour l'avenir. Tout le reste ira à plaisir, si l'on est sage. L'opposition de la prochaine année va faire une pauvre figure, et le ministère grandira d'autant.

Adieu, mon cher Mareste, espérance et courage. Voilà ce que je désire pour vous et pour moi. Je vou« embrasse di cuore et suis tout à vous.

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