‹ Xavier Marmier, sa vie et ses œuvresChapitre 5 sur 17 · LE VOYAGEUR · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR

Pour les hommes que leurs affaires clouent au logis, pour ceux qui s'enferment dans une retraite nonchalante, rien n'est plus agréable que de suivre, de son fauteuil, les pérégrinations d'un voyageur, d'assister à ses découvertes, de s'associer aux péripéties de ses aventures, à ses déboires ou à ses dangers, de vivre de sa vie, de l'accompagner, sur des mers de glaces, ou dans les régions que le soleil brûle.

Suave mari magno, turbantibus œquora ventis, E terra magnum alterius spectare laborem.

Ce succès des récits de voyages se comprend surtout pour les livres de Marmier.

Ils sont remplis de savantes remarques, d'anecdotes curieuses et de fraîches descriptions. Rien de plus varié que les tableaux qu'ils nous présentent ; c'est un panorama changeant et mobile, un spectacle dont la décoration se transforme avec une capricieuse rapidité. Ses livres sont de plus écrits par un littérateur aimable qui aime la nature et les voyages avec passion, comme il faut les aimer pour les raconter avec charme et nous intéresser.

Dans un de ses nombreux livres, Bacon, ce philosophe pratique, a imaginé un jour de composer un programme à l'usage des voyageurs. Il exige que le touriste apprenne la langue et l'histoire des contrées qu'il visite et qu'il étudie avec soin les arts et les sciences qui font la réputation ou la gloire de ces contrées. C'est presque demander au voyageur d'être une encyclopédie vivante ; mais ce programme difficile, Marmier en a rempli toutes les rigoureuses conditions; polyglotte hors de pair, historien consciencieux, il a tout étudié et son érudition est des plus étendues ; il est doué en outre d'une faculté brillante dont ne parlait pas Bacon, je veux parler du sentiment de la na-

ture que ne donnent ni l'étude ni la réflexion, que le ciel et les muses capricieuses accordent à quelques privilégiés, à quelques favoris. La nature le séduit ; de grands arbres, des montagnes, une splendide soirée d'été, un beau lac, les sapins de la forêt Noire, qui lui rappellent ceux qu'il admirait dans son enfance, l'attendrissent, l'enthousiasment; il aime la nature autant que l'aimait l'auteur de Paul et Virginie, qui passait des heures entières à contempler un fraisier sur le bord de sa fenêtre, aux faibles rayons d'un pâle soleil. Marmier a d'autres qualités, il s'intéresse sur sa route à des détails que d'autres dédaigneraient. Il veut connaître l'industrie, le commerce, les problèmes sociaux, l'agriculture, la politique, la littérature de chaque contrée. Ici une page qui nous instruit, où sont discutées les plus graves questions ; à côté, des anecdotes divertissantes ; plus loin, des descriptions empreintes de poésie, des réflexions émanées du cœur qui nous touchent ou nous émeuvent.

Marmier a une autre qualité, il est sincère, il est naturel ; il a le talent de s'approprier ce qu'il voit, <\e le graver dans sa mémoire et de le reproduire par la plume avec une précision presque in-

faillible. Ce n"est pas un esprit inventif, c'est un esprit minutieux et exact ; son procédé consiste à voir d'abord, à étudier ensuite, et enfin à consigner le résultat, la somme de ses observations et de ses études. Certains voyageurs voyagent sans voir, comme on le raconte de M. de Chateaubriand, qui fit la plus admirable description d'Athènes, sans sortir, clit-on, de la maison hospitalière de M. Fauvel ; il est des écrivains qui publient des livres sur un pays sans l'avoir jamais visité, comme M. Laboulaye, pour qui l'Amérique était devenue une seconde patrie et qui a raconté l'histoire politique, économique, sociale, des États- Unis sans jamais avoir pris le temps d'y séjourner vingt-quatre heures. Marmier n'admet pas cette façon par trop commode de faire connaître un peuple. Il veut donner à ses lecteurs une idée vraie des pays qu'il parcourt. Il peint d'après nature, émaillant sa prose des pensées soudaines que la vue des objets et des lieux fait naître. Combien de pages ont été composées sur la table d'une auberge ou sur la pierre du grand chemin. Ses impressions, ses jugements, il nous les livre en toute franchise, sans s'inquiéter s'il suit la route convenue ou s'il s'en écarte, avec une sincérité

que l'on n'a jamais songé à contester, car pour rien au monde il n'altérerait la vérité.

Cette passion pour la vérité fait de ses peintures des tableaux complets, des photographies ; il n'aspire pas aux merveilleuses trouvailles, il sait que les découvertes n'arrivent pas toujours à ceux qui y aspirent, mais il étudie plus à fond que ses devanciers des contrées moins connues, celles qui renferment une nature plus poétique, plus grandiose , des populations plus neuves, des mœurs plus pures, des habitudes plus originales. Il n'est animé dans son récit que de sentiments honnêtes, nobles et élevés, il se montre plein de respect pour tout ce que l'on doit aimer et respecter; plein d'attachement aux saines doctrines, il recueille et vénère les traditions de gloire que les institutions chrétiennes et monarchiques ont semées sur le monde. Son âme s'ouvre aux inspirations héroïques du passé, son cœur compatit à toutes les infortunes ; partout se manifeste dans ses œuvres la pitié pour tout ce qui souffre, la sympathie pour la faiblesse. Le malheur l'attire, les mœurs simples le touchent. Les pauvres gens, la cabane du paysan, la hutte du pêcheur sur la grève abandonnée, le captivent.

Aussi comprend-on que sans frapper l'imagination par des scènes surprenantes et imprévues, il se fasse lire, estimer, apprécier pour la bonté de son cœur, la vérité et le charme de ses récits.

Ajoutons que Marmier est l'homme du monde qui peut et sait le mieux voyager. Il est né voyageur comme d'autres sont nés poètes. Il a l'audace et la persévérance, la finesse et la pénétration du coup d'œil. Il ne craint ni la fatigue, ni l'éclat du soleil, ni les rigueurs du froid, ni les intempéries des saisons ; il a une santé robuste que rien n'altère, qui lui permet de se passer ses caprices, de dédaigner les grandes lignes, les diligences, malles-poste ou voies ferrées, de cheminer çà et là à sa fantaisie. Sa souplesse à se plier aux mœurs, aux coutumes du pays, sa bonne grâce souriante, la patience de bon goût avec laquelle il supporte les privations, les ennuis, les contretemps, lui conquièrent bien vite la faveur des habitants. En retour de cette facilité qui lui est naturelle, il obtient de leur sympathie, en quelques mois, en quelques jours, plus de renseignements et d'indications que ne leur en arracherait, après de longues années, la morgue désa-

gréable ou l'air important de certains personnages.

Les pays du Nord ont été surtout l'objet de ses études, il en aime ce qu'il appelle « leur terrible beauté, » il en admire les vieilles mœurs, les vieux monuments, les légendes ; il n'y a pas un conte de l'immense recueil des frères Grimm qu'il ne possède à fond, pas d'auteur allemand dont il ne connaisse en détail la biographie et qui ne lui apporte un enseignement agréable ou utile à l'occasion, ce qui ne l'empêche pas de faire à l'Allemagne deux reproches, sa cuisine et ses hôtels ; sa cuisine est mauvaise, ses hôtels chers ; il s'en explique plaisamment dans sa correspondance avec sa nièce : « La bonne Allemagne a appris à grossir ses comptes depuis le temps où j'y venais pour la première fois, mais elle n'a pas amélioré sa cuisine. Il en coûte cher dans ses hôtels pour vivre, et l'on vit mal. Depuis que j'ai quitté la frontière de France, nulle part il ne m'a été possible d'avoir une bonne tasse de café. Quelle différence avec notre casino d'été où nous étions si bien traités et à si bas prix, où nous faisions de si joyeux déjeuners entre les sapins et les oiseaux.... »

Ses livres sur le Nord sont nombreux. Les premiers nous font connaître l'Islande, le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande, le Spitzberg ; les seconds nous promènent en Allemagne, en Hollande, en Russie.

De toutes ces contrées, l'Allemagne est le pays queMarmier a le mieux connu. A l'époque où il l'a parcourue, les habitants étaient de braves gens, simples, naïfs, rêveurs, mélancoliques, amoureux, qui, loin de nous détester, avaient des sympathies pour la France.

Depuis 1832, date de son premier passage du Rhin, il a visité l'Allemagne maintes fois ; il en a étudié la poésie, en publiant sa dissertation sur Gœthe, il en a appris la langue. Rédacteur en chef pendant dix ans de la Revue germanique, il a été avec l'Allemagne dans une sorte de communion intime ; rien de ce qui intéressait l'un n'est resté étranger à l'autre. C'est à dételles conditions que l'on acquiert le droit de parler d'un pays.

Son Voyage pittoresque (partie méridionale) est comme un résumé de l'Allemagne : histoire, géographie, descriptions, anecdotes, portraits, poésies sous ses diverses formes, tout s'y mêle, tout s'y

trouve à sa place, non pas dans l'ordre solennel et un peu trop visible des livres didactiques, mais au courant de la plume et au hasard un peu arrangé du railway, de la chaise de poste et du bateau à vapeur.

Nous n'indiquerons que les grandes étapes: Strasbourg, Stuttgard, Ulm, Munich, Innsbruck, une des plus fraîches, des plus riantes villes qui soient au monde, Trieste, Laybach, Vienne, enfin la Hongrie avec ses splendeurs et la Bohème avec cette admirable ville de Prague, éclatante comme un mirage de l'Orient.

Les frères Rouargue illustrèrent le volume de leurs plus belles eaux-fortes. A un an de distance, en 1859, nouveau volume, contenant une étude détaillée et complète de l'Allemagne septentrionale ; cette fois encore les mêmes artistes s'associèrent à Marinier pour que le burin le plus ferme et le plus net vînt en aide au poétique et consciencieux écrivain. Le Voyage pittoresque forme ainsi un magnifique ouvrage, plein de verve, de sincérité, de fraîcheur d'esprit et de talent, tout rempli de descriptions poétiques, de réflexions attendries, d'anecdotes, de scènes de mœurs, d'incidents de voyages. Un jour Marinier est arrêté à

la frontière de Bavière comme un malfaiteur, faute d'une signature sur un passeport, et ne peut qu'après de nombreuses et très vives protestations obtenir sa mise en liberté.

Un autre jour il est invité à dîner chez cet excellent grand-duc de Weimar, mais il apprend qu'il ne peut se présenter à la cour avec son chapeau rond et sans épée à la ceinture. Son hôtesse y pourvoit : « J'ai là, dit-elle, pour les invités du prince, une épée avec son ceinturon, ci, 4 groschen (14 sous) ; un chapeau à trois cornes, 4 groschen; une chaise à porteurs, 10 groschen. Total, 18 groschen. En voulez-vous?» Deux heures plus tard, Marinier se rendait au palais I'épée au côté, le chapeau à galons sous le bras et en chaise, comme un marquis du xvnie siècle, et cela pour 18 groschen, ce n'était pas cher; il y était accueilli avec une très grande bienveillance, ce qui valait mieux que sa mésaventure sur la frontière. Ces bonnes aubaines étaient fréquentes.

A Copenhague il passe une charmante journée chez la reine douairière, qui lui fait servir « de bien mauvaises pêches ne mûrissant qu'en serre chaude, mais que l'on considère à Copenhague

comme des trésors. » Enfin, il est si bien reçu chez la reine et chez les ministres qu'il serait volontiers resté dans ce pays, « sans un horrible froid qui glaçait sa vieillesse. »

A Hambourg, dans cette même année, autre surprise ; nous copions une lettre à sa nièce :

« A Hambourg, je rencontre M. le comte de Paris voyageant avec sa jeune femme, qui est un modèle de grâce, de douceur et de candeur, et il m'invite à déjeuner et à dîner, et nous passons toute la journée ensemble, et il me fait promettre d'aller le rejoindre à Ludwigslust, où il allait visiter sa grand-mère. J'y ai été, j'ai revu cette bonne princesse qui, il y a vingt-cinq ans, me recevait à Ludwigslust, qui a maintenant quatre-vingt-huit ans et garde toutes ses facultés. J'ai dîné chez elle en grande pompe avec le souverain du pays, sa femme, sa mère et ses enfants, aux sons d'une musique militaire, et quand j'ai voulu, à l'heure de mon départ, régler mon compte à l'hôtel, on m'a dit que la grande-duchesse avait défendu de recevoir un centime de mon argent. Elle regrettait de n'avoir pu me donner une chambre dans son palais, et voulait que je fusse au moins d'une autre façon logé par elle. Tu vois, ma chère petite,

que ton oncle n'est pas trop mal traité ; j'aimerais cependant mieux le casino de Bàle et la maison du Petit Huningen. »

Un de ses meilleurs livres sur le Nord a pour titre : De l'Est à l'Ouest, souvenirs d'un voyageur. C'est une excursion rapide de l'Allemagne à l'Amérique, de la Sibérie aux sources du Nil. L'histoire ancienne ou contemporaine, la géographie, la littérature, les arts, la politique, les impressions de voyage, les récits et les descriptions pittoresques, défilent pêle-mêle dans ces pages souvent sans lien, mais jamais sans intérêt. Ici, ce ne sont pas seulement des descriptions que nous rencontrerons dans ces deux volumes, ce sont des détails, des renseignements curieux sur des écrivains, sur des artistes dont les noms plus que les œuvres nous sont connus. Marmier retrace la physionomie de Thorwaldsen, de Jean Paul, d'Anderson, etc. La plupart de ces biographies sont de véritables petits romans.

Gomme dans la plupart de ses livres, Marmier a la noble ambition de moraliser, de rendre meilleur. C'est ainsi que clans le récit de la vie d'Andersen, il montre ce que peut la force de la persévérance el de la volonté. Le poète danois est parti

des plus humbles rangs du peuple pour s'élever, à travers mille obstacles semés sur ses pas, au plus haut degré de la gloire littéraire dans sa patrie. Nous voudrions citer des extraits de cette biographie, où abondent les péripéties soudaines, les coups de théâtre imprévus, les incidents burlesques ou poignants, biographie digne de la plume d'Andersen lui-même, la plus aimable figure de la littérature danoise, sinon de toute la littérature du Nord.

Mentionnons encore un excellent volume, Un été au bord de la Baltique et de la mer du Nord, où le voyageur nous dépeint les antiques cathédrales, les châteaux ruinés, les forteresses démantelées, Dantzig, la vieille place de guerre toujours conquise, Oliva, la sainte abbaye du xne siècle, Marienbourg, avec son château fort si longtemps redouté, la côte dé la Poméranie, l'île de Rugen elle-même et enfin Hambourg et Helgoland.

Marmier ne se contente pas de décrire avec une exactitude pittoresque les villes et les contrées qu'il visite, il en ranime l'histoire, il y joint comme dans ses autres livres des renseignements curieux et des extraits bien choisis dans les littératures locales, il émaille le tout d'anecdotes.

Citons ces quelques lignes, peinture de mœurs amusante :

« L'apparition des oiseaux de passage est pour les Helgolandais, comme jadis celle des cailles pour les Israélites dans leur marche à travers le désert, un événement qui met tout le monde en émoi. Hommes et femmes, chacun court à la bienheureuse curée. Les travaux habituels sont abandonnés. Les prêtres eux-mêmes, dans l'exercice solennel de leurs fonctions, ne résistent pas à l'entraînement universel. Le dimanche on a vu plus d'un prédicateur fixer tout à coup les yeux sur les fenêtres de l'église, s'arrêter au beau milieu de son sermon pour s'écrier : Mes frères, voici les bécasses! Aussitôt il descendait de la chaire, la communauté se précipitait en tumulte hors de la nef, et chacun allait s'armer de son fusil et de ses lacets. Un voyageur raconte qu'une fois même cette importante migration fit interrompre un mariage. Les fiancés étaient à l'autel; le prêtre allait leur donner la bénédiction nuptiale, quand soudain un cri retentit à la porte de l'église : Les bécasses! les bécasses! Soudain parents et amis, les témoins et les convives de la noce se précipitent au dehors. Le prêtre ne peut résister à l'en-

traînement général, et la cérémonie commencée le matin ne s'acheva que le soir, après une longue chasse.... »

Les pages que Marmier a consacrées à la Hollande sont remarquables. Il n'éprouve que de la sympathie pour les vertus sérieuses des Hollandais, cette race d'hommes calme et réfléchie, qui ne se laisse pas séduire par les rêves de gloire et de fortune des autres peuples, et qui a toujours résisté au malheur avec un courage et une patience héroïques. Il apprécie ces villes, industrieuses et sa vantes, passionnées pour le commerce et les longues études, Leyde, la ville classique de la philosophie et de l'érudition; Harlem, fière de ses tulipes; il étudie et commente, avec un bon goût éclairé et les lumières d'une critique intelligente, la littérature ancienne et moderne de ce curieux et honnête pays.

Les lettres sur la Russie renferment toute une étude sérieuse sur ce vaste empire, sur la noblesse, sur ses privilèges, son hospitalité, sur le clergé, sur le peuple, sur le servage, sur la presse, sur le mutisme des journaux russes, sur la révolution de Pologne, sur la violation de toutes les promesses faites à ce pays, sur d'héroïques légendes, sur Gra-

covie, ville libre et ville asservie. Marmier a, comme il le dit, tout observé, sans aucun esprit de parti; il a été renseigné par les personnes les plus honorables, dans les hautes classes de la société; son témoignage est d'un haut prix. Marmier donne sur le servage les plus curieux détails; c'est la mainmorte aggravée; mais bien qu'assujettis à la loi de soumission absolue qui pèse sur eux dès leur enfance, les paysans ne maudissent point leur destinée héréditaire et n'aspirent pas à en conquérir une autre. Le mot d'affranchissement ne fait souvent que les effrayer; ils préfèrent à la liberté le patronage puissant d'un maître qui leur donne la sécurité. Marmier cite des traits d'affection touchante, d'admirable dévouement émanés d'habitants des campagnes. Mais il reconnaît que le jour viendra où le servage prendra fin. Il ne dissimule point ses sympathies pour la Pologne, la douloureuse impression qu'il a éprouvée à l'aspect des deux capitales de l'ancien royaume, les fautes que ce pays a commises, les luttes intestines qui en ont amené le partage. Il ajoute : « Aujourd'hui, ses erreurs mêmes, ses jours de désordre et d'anarchie ne doivent inspirer qu'un sentiment de pitié, car il les a cruellement expiés : il a été roi, et il

est esclave; il a dominé de vastes contrées, et de toutes ses conquêtes il ne lui reste plus un lambeau de terre. Il a été, sous les murs de Vienne, plus grand que l'Autriche, dans mainte bataille plus fort que la Russie, pendant des siècles entiers plus puissant que la Prusse, et il a été lacéré par la Prusse et l'Autriche, écrasé par la Russie!

« Au fond des souffrances humaines, le ciel, dans sa commisération, a laissé l'espérance. C'est là le dernier sentiment de consolation qui reste aux Polonais, à ceux qui gémissent sur les ruines de leur patrie. »

Dans son livre Du Danube au Caucase, Marmier nous apprend à aimer et à plaindre ces pauvres provinces danubiennes que les luttes de l'Orient et de l'Occident ont eues si souvent pour champ de bataille. Il parcourt les tristes annales de la Moldavie et de la Valachie, il évoque les souvenirs du passé; sa pensée se reporte vers les grands événements dont l'Orient était à cette époque le théâtre et amène des comparaisons instructives ou piquantes entre l'histoire d'autrefois et celle de notre époque; à ces pages instructives dans lesquelles il déploie comme toujours de remarquables qualités de paysagiste, s'ajoutent des apprécia-

tions sur la littérature, sur la poésie de ces contrées lointaines.

En parcourant les provinces voisines de Constantinople, Marinier rend hommage au courage, à l'énergie de ces peuples qui, soumis aux exactions, aux outrages de la Turquie, n'ont pas perdu leur nationalité, qui souffrent la persécution depuis longtemps et restent invariablement chrétiens. Mais si le christianisme triomphant refoule l'invasion turque vers sa source, c'est au profit de la Russie; Marmier ne prétend pas louer le despotisme et l'intolérance de ce rude gouvernement, mais il admire en lui une force capable peut-être de résister au tlot révolutionnaire qui, après avoir envahi l'Europe, tente aujourd'hui de monter jusqu'à lui. Comme il le fait remarquer dans les Nouveaux récits de voyages, « la Russie a gardé le respect de l'autorité. Le paysan russe unit Dieu et le czar dans la même vénération. Cette obéissance passive, cet attachement au souverain rend la Russie capable de persévérance dans les œuvres qu'elle entreprend. La souveraineté du czar étend chaque jour ses limites vers les points les plus reculés, dans les régions glacées de la Sibérie. Qui sait si elle ne s'avancera pas directement sur l'Inde

et n'inquiétera pas sérieusement la puissance anglaise? »

Le livre eut d'autant plus de lecteurs que la question d'Orient était, à l'époque où il parut, l'objet de toutes les préoccupations. Bien que favorable à la Russie, il fut cependant interdit dans l'empire du czar, probablement à cause des sympathies de l'auteur pour la Pologne, interdiction qui contribua a son succès, surtout en Russie.

Les Lettres sur V Adriatique et le Monténégro ne justifient pas tout d'abord leur titre. Marinier, qui aime avec passion l'air des hautes cimes, promène tout d'abord le lecteur à travers les sites pittoresques de la Suisse, puis il s'attarde dans les plaines de la Lombardie; mais quand il arrive à Venise, quand il passe en Dalmatie, dans les sombres rochers des montagnes Noires, son récit s'anime, se colore; l'émotion gagne l'écrivain et se communique au lecteur.

Comment ne pas s'émouvoir en présence de cette Venise, reine déchue de l'Adriatique, encore splendide dans sa déchéance avec ses palais merveilleux ? Gomment ne pas songer à la gloire de la France, dans cette antique Raguse, célèbre par sa longue indépendance, ses admirables résistances,

et où se retrouve encore vivant le souvenir de notre pays, de ses armées, de l'illustre maréchal dont Raguse a formé le titre ducal ? Gomment ne pas s'attendrir sur cette misérable peuplade établie sous les pâles et arides scolgi dalmates ? Comment ne pas admirer ce peuple de héros qui, dans un vrai nid d'aiglons, n'eut d'autre pensée que de défendre son indépendance et sa religion contre le sabre des musulmans ? Ses batailles sont bien un peu mêlées de brigandages, mais ce ne sont que représailles contre les sanglantes violences de leurs ennemis. Marmier a surpris cette race guerrière au milieu de ses apprêts de combat. A de brillantes descriptions, au charme des souvenirs, il a allié celui de la poésie ; avec sa connaissance profonde des langues et des littératures il nous a donné d'admirables traductions des plus beaux passages de la poésie slave, serbe ou morlaque. La nature agreste et naïve de cette littérature est relevée par sa pureté et sa noblesse.

La Suisse était trop pittoresque pour être décrite à la hâte par le poète voyageur. Il l'a parcourue tout jeune, il y revient à diverses époques de sa vie, il lui consacre un gros volume orné de gravures et qui se compose d'excellentes pages. Il n'y

dissimule point son profond attachement au catholicisme, son dédain pour « les bons réformateurs ou pour les patriotes qui commencent leur tapage révolutionnaire, » sa prédilection pour les cantons catholiques, même pour le Valais, « qui, au milieu d'une enceinte protestante, a gardé sa foi, et où le catholicisme subsiste comme une source vivifiante. » Il soutient, contre l'opinion commune, que l'industrie y est aussi développée, l'instruction aussi répandue que dans les cantons protestants, dans les cantons de Vaud et de Berne. Ces appréciations parurent contestables au moment où elles furent publiées, mais chacun rendit hommage au talent de l'écrivain. Les expressions les plus heureuses, les images les plus justes, coulent sans effort de sa plume; certaines de ses descriptions forment un délicieux ensemble, son récit d'une ascension au Suchet est un modèle de style simple et attachant. Saussure ne réussit pas mieux à faire passer devant nos yeux les paysages grandioses des Hautes-Alpes.

Comme dans tous ses voyages, Marmier a recueilli un très grand nombre de légendes suisses qu'il a su raconter avec beaucoup d'art ; c'est une des meilleures parties du livre. Les légendes

intéressent le lecteur, bien que l'on puisse leur reprocher d'être souvent les mêmes par tous pays, ou de se répéter avec des variantes peu sensibles.

Enfin, au nombre de ses œuvres les mieux réussies, comment ne pas classer ce qui a trait à la Franche-Comté ? C'est avec bonheur que Marmier nous ramène, dans une série de livres excellents, au pays de ses prédilections et de ses jeunes années, aux campagnes qu'il n'a pu oublier malgré ses longues absences, et que pour lui les souvenirs de l'enfance ont consacrées. La Franche- Comté, la Lorraine, l'Alsace, les rives du Doubs, Strasbourg, Colmar, les Vosges, le Jura, les premières pentes des Alpes, tout ce pays qui n'a pour rival que la Suisse, forment le cadre de plusieurs des fictions poétiques qu'il s'est plu à raconter.

La Franche-Comté a été surtout dépeinte avec la touchante affection d'un fils; elle lui a inspiré quelques-unes des plus belles pages qu'on ait écrites de notre temps. Pour Besançon, « la ville guerrière, » pour les vallons de la Doye, pour les rives fleuries de la Bienne, pour le village de Mouthier, « ceint comme d'un diadème par des monts escarpés d'où jaillissent des cascades aux flots d'écume, » pour les environs de Pontarlier,

son pays, pour nos pelouses, nos verts sapins, nos hêtres majestueux, nos montagnes, pour toute cette nature souriante et forte, souvent sublime, des paysages du Doubs et du Jura, Marmier a trouvé des couleurs d'un vif éclat et d'une rare fermeté, avec une inspiration plus émue encore, s'il est possible, que pour ses précédentes peintures.

En réalité tous les livres de Marmier sur l'Europe sont très substantiels, très étudiés, très complets. L'ensemble de l'œuvre du spirituel et consciencieux touriste forme une sorte d'encyclopédie où l'homme du monde, le lecteur frivole, trouve le passe-temps le plus agréable, où le savant trouve à s'instruire, où l'histoire pourra puiser avec autant de sécurité que de profit.

Les livres sur l'Amérique, sur le Canada, où la nature toute-puissante déploie ses plus solennelles beautés, sur l'île de Cuba, « qui s'épanouit dans un printemps perpétuel sous le ciel d'or des tropiques et qui serait, sjns la fièvre jaune, le paradis terrestre, » ne sont pas inférieurs à ceux dont nous venons de donner une analyse rapide. Mais le ton change pour les contrées si différentes des pays du Nord.

En Amérique, les qualités de l'écrivain se dé-

ploient plus à l'aise; le sujet, il est vrai, s'y prêtait merveilleusement, par sa variété pour ainsi dire infinie et par ses continuels contrastes. Rien n'échappe au regard attentif du voyageur ; c'est partout une curieuse et spirituelle étude de mœurs encadrée dans de pittoresques descriptions ; mais Marinier a été atteint au cœur par la révolution de 1848, il a quitté la France en misanthrope, blessé des excès, des violences de la démagogie, inquiet de l'avenir de sa patrie. La relation de son séjour parmi les Yankees se ressent de cette surexcitation nerveuse ; elle ne ressemble en rien à ses récits habituels, sérieux et calmes ; il y a plus de verve, plus d'esprit critique, plus de causticité; le voyageur n'aime pas, n'estime pas les Américains, il ne dissimule pas ses impressions. Ce qui le frappe, ce qui le choque profondément, ce sont les mœurs américaines, le manque d'urbanité, la recherche égoïste de la fortune, l'avidité dans le gain, les habitudes grossières, la soif de l'or, le mercantilisme de ce peuple ; il est désagréablement surpris, un peu fourvoyé et mal à l'aise, mais il est venu pour voir, il regarde et il raconte, c'est l'intérêt et l'impartialité de son livre, car, à force de regarder, il voit quelquefois le

bien et le signale par devoir. Marmier est un raffiné, un poète, qui ne pouvait se trouver heureux dans un pays où l'on est absorbé par le besoin de s'enrichir et la lutte implacable pour la vie, où à force d'attacher son regard vers la terre on a désappris de lever les yeux vers le ciel, où rien ou presque rien n'est donné aux délassements de l'esprit , aux joies du cœur ; aussi, pour échapper à l'écœurement que lui cause le contact de cet inévitable milieu, d'une rudesse quasi sauvage, Marmier s'enfuit au Canada ; il y retrouve la France, non pas la France de nos jours, mais celle du temps de Louis XIV, ses mœurs et ses vertus chrétiennes, sa langue et sa politique. Sa belle humeur lui revient à la Louisiane, à Québec, à Saint-Laurent, aux bouches du Mississipi ; le Canada, c'est pour Marmier comme une oasis dans le désert américain; c'est là que son cœur se dilate. « Je suis ressuscité, » s'écrie-t-il à Montréal ; et il manifeste avec bonheur ses vives sympathies, son admiration pour notre ancienne colonie, si fidèle aux traditions de ses pères, si énergique, si courageuse : « Nos chers Canadiens, écrit-il (Souvenirs de voyage à travers le Canada), ils ont été au xviii6 siècle comme dans les

derniers temps nos belles provinces d'Alsace et de Lorraine, ils ont été abandonnés par une de ces horribles transactions qu'on appelle des traités de paix. Ils étaient en bien petit nombre et bien peu en état de se défendre quand l'Angleterre les prit, persuadée qu'elle allait promptement les angliciser. Ah ! comme ils ont combattu pour garder leur religion, leur idiome, leur nationalité ! On glorifie le courage qui se manifeste sur le champ de bataille en une heure d'effervescence. N'est-il pas plus admirable le courage de chaque jour qui se maintient résolument dans une lutte pénible pendant de longues années? »

Son séjour au Canada lui laisse les plus doux souvenirs. « Souvent, dit-il dans son livre sur la littérature canadienne, je revois les riantes maisons de Montréal, le merveilleux promontoire de Québec, les forêts de sapins solennelles et profondes comme celles des montagnes de Franche-Comté.... Quelle admirable nature, quelle variété de tableaux, d'une beauté sauvage, d'une grandeur superbe, d'une grâce infinie! » Le Canada, Marmier le dépeint avec l'enthousiasme ardent d'un sincère patriotisme ; il a des accents puissants, entraînants, pour célébrer l'héroïque

dévouement de ces fils de famille courant chercher au loin les hasards et les combats, il raconte cette lutte dans laquelle nous avons sacrifié sans profit le meilleur de notre sang. Si quelque chose peut nous consoler d'un pareil désastre, c'est que nous avons laissé dans cette contrée des traditions vivaces qui se perpétueront. Le Canada reste français par la langue, par le cœur, par les institutions même. Son chant national est une naïve chanson de France. Le Canada, Marmier en apprécie non seulement les mœurs hospitalières, l'esprit religieux, mais la littérature ; il connaît tous les auteurs en renom; il s'efforce de les faire connaître à Paris. N'étaient-ce pas des Français? « Comment, écrit-il, voir sans émotion les livres canadiens en songeant à leur origine ? Ils ont été composés dans la contrée qui fut la nouvelle France; ils viennent à travers l'Océan nous rappeler le beau pays découvert par nos marins, défriché par nos laboureurs, glorifié par nos soldats, sanctifié par nos religieuses et nos missionnaires. » La plupart de ces livres, les œuvres de Bedard, de Chauveau, de de Gaspé, de Faillon, Faucher, Laverdière, Le Moine, Sulle, Tache, etc., occupaient une place d'honneur dans sa bibliothèque.

De cette France américaine, Marmier passe à l'Algérie. Dans son livre : En divers pays, il conduit son lecteur à Alger, à Bougie, à Gherchell, à Staouéli. Il raconte la conquête de ces villes, les différents faits d'armes qui les ont illustrées. Le plus souvent ce sont des appréciations personnelles ; parfois Marmier a réussi à recueillir et à grouper, d'après les relations de différents voyageurs, les traits saillants et pittoresques, les détails curieux, les faits dignes d'attirer l'attention. Ce qui était disséminé dans de longs ouvrages plus utiles à la science qu'intéressants pour le public, Marmier a su le mettre en relief, le rehausser de l'éclat et du charme dont sa plume habile sait revêtir tout ce qu'elle touche.

C'est ainsi que dans un Jivre qui a pour titre : En pays lointains, Marmier conduit le lecteur jusque dans les zones torrides de l'Afrique, à travers les sables brûlants du Sahara, sur les pas de Stanley, le hardi voyageur qui s'était juré de retrouver Livingstone ou de périr. Il apprécie les mœurs, les superstitions, les souffrances de ces tribus sauvages, avilies par l'ignorance et la tyrannie à ce point que l'esclavage des Européens devient pour elles une délivrance. Ici encore,

Marinier est intéressant à lire, parce qu'il s'assimile avec talent ce que d'autres voyageurs ont raconté eux-mêmes et que l'on s'instruit agréablement avec lui.

Un assez grand nombre de ses livres ne se composent pas de voyages suivis, réguliers ; ce sont des fragments, des impressions qui n'ont d'autre lien qu'une physionomie commune de bonne grâce et de vive intelligence. Dans son livre : En Amérique et en Europe, l'auteur passe sans plus de façon de la Havane aux îles Shetland, de la Hollande à Kazan. Il en est de même dans Souvenirs d'un voyageur, où nous visitons tout d'abord le Paraguay, où Marmier nous raconte l'histoire gracieuse comme une légende d'un Suédois retenu dans ce pays par la volonté toute-puissante du tyran Francia ; puis nous revenons en Europe, en Danemark, en Norvège, à Berlin. Dans un autre de ses livres, Nouveaux récits de voyages, Marmier mène le lecteur aux confins de l'Europe et de l'Asie, dans les déserts brûlés de l'Afrique, en Amérique, au Guatemala, où il nous trace un tableau affligeant de la situation matérielle et morale de ce pays sans patriotisme, n'ayant qu'un mobile: l'intérêt personnel, où la

liberté n'existe ni dans les mœurs ni en politique, ce qui justifierait le mot de Leibnitz : « Il n'y a si méchant prince sous lequel il ne vaille mieux vivre que dans une démocratie. »

Partout, sur sa route, Marmier ne recueille pas seulement les traditions populaires, il recueille plus fidèlement encore les traditions chevaleresques, il n'est pas de faits de guerre, d'actes d'héroïsme qu'il ne soit heureux de remettre en lumière ; chevauchant à travers les âges, il redresse les torts de l'histoire, il sauve de l'oubli des noms dignes de vivre, il arrache la gloire à ceux qui l'ont volée, il la rend à ceux qui ont combattu pour les grands intérêts de l'humanité, la religion, l'honneur et la liberté; nous regrettons de ne pouvoir donner ici de nombreux extraits de ses œuvres ; que le lecteur ouvre seulement un de ses livres, Un été au bord de la Baltique, il y trouvera des pages magnifiques en l'honneur des chevaliers de l'ordre Teutonique, auxquels il n'a manqué qu'un historien, dignes émules des chevaliers du Temple et des chevaliers de Rhodes ; c'est grâce à Marmier que le nom de l'héroïque Blume doit sa célébrité.

Il y a aussi çà et là, dans ses productions, des

critiques, des traits de satire, des pages philosophiques qui rappellent Vauvenargues, des aperçus politiques qui, pour la malicieuse bonhomie des boutades, valent ceux de Henri Heine. Marinier saisit toutes les occasions de combattre les tendances matérialistes de la société actuelle, l'agiotage, la passion des richesses; il a horreur de la guerre ; c'est ainsi qu'il appréciera notre époque en ces termes : « En quels signes éclatants se montre la civilisation nu bienheureux temps où nous vivons? Les romans à deux sous et les nouveaux instruments de guerre, les modestes salaires des pauvres condamnés à un juste mépris et les gros bénéfices de la Bourse honorés d'une respectueuse considération. » Sur la guerre il écrira ces lignes :

« Pour moi, il y a une coutume religieuse que, dans ma foi chrétienne, je ne puis comprendre. Quand deux armées se sont livré une grande bataille, celle qui n'a perdu que dix mille hommes et qui en a tué quinze mille adresse à Dieu un hymne de reconnaissance, et, si le lendemain l'ennemi lui en tue seize mille, cet ennemi, à son tour, chante un Te Deum. J'en demande bien pardon à mes maîtres spirituels, maisjenepuis

me faire à l'idée d'un Dieu de miséricorde, d'un Dieu de bonté, d'un Dieu de justice béni par des hommes qui viennent d'en égorger tant d'autres, et dont les trois quarts ou ignorent ou condamnent la vraie cause de la guerre. »

Dans son Dictionnaire universel, P. Larousse, que son républicanisme éloignait de Marmier, a été forcé de reconnaître ses éminentes qualités, sa forme de style élégante et pure, son bon goût sans pédantisme, ses aperçus fins, ingénieux et justes. Il a publié ces lignes : « M. Xavier Marmier, ce voyageur bienveillant, à l'esprit ouvert, ce conteur sincère et naturel, cet homme du monde aimable, a considérablement écrit d'une plume agréable, facile et spirituelle.... Ses livres, qui contiennent des tableaux si variés et si divers, qui promènent le lecteur chez presque toutes les nations civilisées et l'initient à leurs mœurs et à leurs littératures, sont d'une lecture aussi instructive qu'attachante. »

Ce jugement est le nôtre et on ne saurait mieux dire.

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