‹ Xavier; ou, Les entretiens sur la grammaire françaiseChapitre 10 sur 30 · MELPOMÈNE · texte numérisé non relu

MELPOMÈNE

Xavier, quand ïl étudiait, élait ce que des

pédants appellent « léger ». Je ne lui reprochais -

pas (M. Lancelot encore moins) cette légèreté qui nous semblait naturelle et charmante. L’impertinence même de ses reparties ne trahissait que la vivacité de son intuition, et nous lui savions gré de nous marquer, par toutes les espiègleries qu'il se permettait, ensemble l'intérêt et le plaisir qu'il voulait bien prendre à nos leçons. Il ne s’en permettait plus aucune dès qu’il était assis devant la table, dans la salle à manger. Il devenait soudain l'élève le plus appliqué, le moins dissipé. Il prenait un air concentré.

Sauf pour dévorer, il ne desserrait plus les dents. On voyait bien que le repas était pour lui l'affaire sérieuse, et que l’école était « le jeu », comme chez les Romains. -

Je me flattais cependant que, sans une la fin du déjeuner, sitôt après avoir satisfait aux premières exigences de son appétit, il se déridât et, tout comme M. Jourdain, mais avec plus de grâce, il nous témoignât hautement sa joie d’avoir, en une seule matinée, appris tant

de belles choses. IL n’en fut rien. Le filleul de M. Lancelot s'arrêta, en effet, un moment, pour souffler ; mais il garda son visage sévère, et même chagrin, et contre mon espérance il ne trouva qu'à se plaindre du peu que nous lui avions enseigné.

— Vrai! dit-il, si nous allons de ce train-là, c'est dans six mois que nous aborderons la dixième partie du discours. Votre pari est déjà perdu.

— Je ne veux point, dit M. Lancelot d’un tom glacé, critiquer la méthode socratique ; mais «elle est un peu trainante. Il est vrai que nous n'avons guère avancé ce matin ; encore a-t-on laïssé de côté — est-ce par mégarde ou à dessein ? — des notions qui me semblent importantes et nécessaires.

— Allons, bon ! fit Xavier.

— On vous a longuement parlé dé l’accent tonique, et on ne vous a rien dit de l’aigu, du grave, ni du circonflexe ! On a omis de vous instruire qu’un e peut être ouvert, fermé, ou muet !

— Parce que je le sais ! dit Xavier en haussant

les épaules.

. — Comme vous savez tout, par hypothèse, dit M. Lancelot; mais puisqu'il s’agit précisément de faire ressortir toute cette science qui vous est infuse ?... Pour.en finir avec les préliminaires, je serais curieux de vérifier si vous avez aussi quelque connaissance innée de la constitution et.de la formation des mots.

— Certainement ! dit Xavier

(Ma doctrine de la réminmiscence chatouillait

agréablement sa vanité, et il avait à à cœur de la . justifier.) — Bah? fit M. Lancelot. Mais ces note, pour commencer par le commencement, où viennent-ils ?

— La plupart du ft.

— De quel latin ? Celui de Cicéron, ou le populaire ?

— Le populaire, répondit Xavier à tout | — Et n'ont-ils point, dit M. Lancelot, deux façons, fort différentes, de passer du latin at français, une façon qui est elle-même POP et une qui est savante? ie — Oui ! dit Xavier. Ne à — Prenez garde, dis-je à M. Lancelot, qu'à votre- ee tour vous lui dictez ses réponses.

— 1] faut bien l'aider un peu... Menton que je vous ai mis sur la voie, mon cher Xavier, devinez la différence des deux procédés de dérivation, le populaire et le savant. de — Eh bien, dit Xavier, j imagine que le peuple, qui mange la moitié des mots, les a mis en français comme il les prononçait en lalin, et que les savants ont tenu compte de l'orthographe. | — Mais, dis-je, n'ont point tenu ORRE de l'accent. EN — [ls ont eu deux fois tort, dit Xavier.

Cette réplique enchanta le bon M. Lancelot, qui ne pratique point le nil admirari. | se — Concevez-vous, reprit-il, que d’un seul mot F latin puissent venir deux mots op lun.

savant, l’autre peuple? :

— Sans doute, dit Xavier.

— . exemple, mobilem a fait?

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