‹ Xavier; ou, Les entretiens sur la grammaire françaiseChapitre 12 sur 30 · TERPSICHORE · texte numérisé non relu

TERPSICHORE

C’ est en vain que on tenta de bete son propre récord des deux cents mètres. Je ee que j'en éprouvai une déception très vive ; mais enfin je me fis une raison, et le dépit du jeune :

coureur me sembla disproportionné. Il avait des larmes plein les yeux! Je sais bien qu'Achille (autre guerrier léger à la course) pleurait p pour. un rien, et j'avais dit la veille cette imperti- . nence : « L’héroïsme n’exige aucune maturité d'esprit ». Mais nous ne sommes plus au tem de la guerre de Troie, etil me parut, tranchor le mot, ridicule qu'un aviateur couvert. de gloir … pleurât comme Achille ou comme un eufant, parce qu’il m'avait pas ss selon la charmante | expression des Grecs, € plus rapide que”. luimême». à Ce qui mit le comble à sa colère fat que le . bon M. Lancelot, chronométreur peu expéri- __ ménté, profita déloyalement de cette incompétence __ pour fausser le résultat. Le descendant du sous- diacre janséniste adopta la morale accommodante L des jésuites, ses ennemis héréditaires: € © il ne sentait pas LHparAte de deu “

secondes de plus, ik en déclara quatre de moins. Mais Xavier me regarda et lut a vérité sur mon visage.

— Pourquoi me trompez-vous ? dit-il : à M. Eancelot confus en frappant du pied.

Ses larmes s'étaient soudain taries, ses yeux lançaient des éclairs. Puis il bouda et, pour nous punir de sa défaite, alla s’enfermer dans sa chambre. Je ne m'amusai guère, tête à tête avec mon hôte jusqu’au diner. Quand on nousannonça que la soupe était servie, comme il ne reparaissait point, nous fûmes saisis d'inquiétude. Nous l’appelâmes, il ne nous entendit point.

— Si vous montiez? me dit M. Lancelot, qui n’osait monter lui-même, craignant, j'imagine, qu’il n’eût attenté à ses jours.

Je n'écoutai que mon courage et gravis l'es- Calier. Je frappai, je ne reçus point de réponse. J'ouvris la porte et je vis d’abord Xavier sur son lit, qui dormait profondément : le bel animal était fatigué. Il se réveilla en sursaut et me demanda d’un air farouche ce qu'on lui voulait. Je lui dis que le dîner était sur la table. [Il aecueïllit cette nouvelle avec un grand dédain. Il consentit de descendre, par égard pour M. Lancelot et par amitié pour moi; mais il m'avertit qu’il avait l'estomac à l'envers et qu’il n’avalerait pas une bouchée. fl ne mangea pas moins comme un ogre; mais, dès qu'il avait nettoyé son assiette, il se rendormaït. Aucun entretien suivi n'était possible. [l ne futquestion ni de grammaire

ni d'autre chose.

__ Aussitôt après le café, il me pria de be reconduire jusqu'à sa chambre, ou plutôt de FY remonter, .

et prétendit que, si on le laissait aller seul, il se casserait sûrement le cou dans l'escalier. Je me prêtai à cette comédie, qui ne m’ennuyait pas ; mais je sentis une véritable détresse quand je retournai dans le salon, avec la perspective d’y demeurer plus d’une heure seul avec M. Lancelot.

J avais sommeil, probablement par contagion, ae

j'eusse préféré de rentrer chez moi. Rien n'intéressait plus M. Lancelot dès que Xavier nous avait faussé compagnie. Mais nous eussions l’un et l’autre plutôt subi le martyre que d’enfreindre

la règle et de nous quitter avant le temps du

couvre-feu.

Je restai par devoir de politesse; nous fûmes dignes tous deux de nos oncles les solitaires ; si le pauvre Flaubert avait pu nous voir, notre cérémonie l'aurait exaspéré. Nous avions, par - bonheur, une seule et même pensée, partant un sujet de conversation : notre élève pouvait nous sevrer de sa présence, il ne pouvait pas nous empêcher de songer à luiet d’en parler.

— Hélas! j'ai bien des remords, me dit sérieusement M. Lancelot. Je vois que nous ne savons

pas le divertir, et Je crains que nous n’v soyons

encore plus malpropres demain: que nous ne l'avons été aujourd’hui.

— Pourquoi? dis-je.

— Nous avons, me répondit-il, déjà plus

avancé notre besogne que Xavier ne le croit, que peut-être ne Île croyez-vous, Monsieur.

Toutefois, les matières que nous avons traitées jusqu'ici avaient encore un certain air de prolégomènes et de généralités. L’exorde, en toutes sortes d'oraisons, a toujours on ne sait quoi

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