XAVIER OÙ LES EN RE IENS
—- our, croiriez-vous que Tant de la grammaire savante et à la fois moderne où jai lu ces belles choses a l'impudence d'ajouter que solutionner remplace résoudre et qu'on ne dira bientôt plus émouvoir, mais émotionner?
: __ — Je le crois sans peine, si la grammaire dont ne ir Nous me parlez est à la fois moderne et savante. . Mais puis-je vous demander pourquoi vous avez été si ému — je n’ose dire émotionné —'d'apprendre que, sur quatre conjugaisons, 4 n'en = reste plus guère que deux qui VLVENLR er — Monsieur, parce que, à ce train-là, il n’en restera bientôt qu'une, et il me semble qu'alors nous serons, von au langage, tout ou à nègres. :
— Pour l’amour du français. mon cher x. ier, je vous embrasserais, si je pensais me cela vous
“à faire le moindre plaisir. | *FM. Lancelot nous interrompit. on — Puisque Xavier, dit-il, écrira qu il aspire : Si aie faire correctement, ne convient-il pas de lui | signaler ici la manie qu'ont les auteurs conter porains de forger des verbes inutiles et toujours, - bien entendu, de la première conjugaison ? Par. | exemple, ils ne disent plus qu'un ministre donn sa démission, maïs qu’il démissionne. Nous con tents de naturaliser le mot étranger de villégiature, ils ne disent même point aller en. use ture, mais villégiaturer. . Fos — Il y a ‘aussi, dis-je, les. extravagants qui écrivent cette histoire m Fete ot cette Jeune eue minsupporte, : è Can .. # — Ce sont des assassins, dit Xavier, “toujours En tranchant comme à cet de is :
é ae
— Prenez garde, dis-je, quelques-uns sont vos confrères.
— Monsieur, reprochez-vous à Théodore de Banville, que vous admirez, d’avoir partagé l’humanité entière en deux classes de gens, ceux qui aiment Shakespeare et les mouchards ?
— Je ne lui reproche pas d'être lyrique ni à vous d’être généreux. La seule chose que je ne vous pardonnerais point est l'indifférence en matière de grammaire. Mais revenons à nos remarques sur les verbes. Qu'est-ce qui vous; a frappé, après la pauvreté des conjugaisons 7 |
— Monsieur, c'est la pauvreté des temps.
Comme j'ai dû vous l’avouer, je ne suis pas très fort sur les langues classiques. J’ai néanmoins oui dire que les Grecs avaient un infinitif futur et un infinitif passé, de même un impératif futur et un impératif passé, et qu'ils ne disaient point, par exemple : « Je souhaite acquérir tel ou tel objet», mais : « Je souhaite de l'avoir acquis ». C’est là, jen conviens, une nuance à peine saisissable ; mais,- que nous ne puissions plus la saisir, ni l’exprimer, n'est-ce point le signe de notre infériorité, et le symptôme d' un progrès à l'envers ?
— Vous ne me ferez pas dire le contraire.
ni demeurer d'accord que cela soit très grave. L'infinitif passé ne nous manque pas. Les Grecs, . quand ils disaient : « Je dois venir », mettaient venir au futur infinitif, qui faisait double emploi avec l’idée du futur déjà contenue dans les mots je dois.
— Bien, dit Kver Je passe condamnation
sur ces raffinements ; mais je ne puis voir sans ennui que certains temps, ou mieux tous les temps de certains modes semblent tomber en désuétude, et que les verbes, si nous n'y prenons garde, seront bientôt réduits au seul mode indicatif, comme à la seule première conjugaison. Voilà encore qui nous rapproche du langage nègre, en attendant que nous adoptions le pur langage de nos Sénégalais et que nous mettions comme eux tous les verbes à l’infinitif, précédé d’un pronom pour indiquer la personne. Monsieur, je vais vous révéler une abomination, que je n’ai point apprise en lisant la grammaire, mais
en écoutant parler mes contemporains : le subjonctif est en train de mourir. Ils disent couram-
ment « Je doute qu’il viendra » pour «Je doute qu’il vienne ». Quant à l'imparfait du même mode, on y attache une idée de ridicule ; et quiconque ne se soucie point de passer pour un
pédant est réduit, quand il observe la concor-
dance des temps, à sourire comme pour s'en excuser et se moquer de soi-même.
— Il est vrai, dit M. Lancelot, que les impar-
faits du subjonctif sont quelquefois d’une forme
bien rébarbative et flattent peu l'oreille : on en.
est quitte pour tourner la phrase autrement,
mais la concordance des temps est une loi d al-
rain.
— Monsieur, dit Xavier. j'ai fait vœu.
observer toujours. On me blaguéera si on veut : j'ai un moyen sûr (il montra ses poings) de mettre les rieurs de mon côté. Cette règle est d’ailleurs facile comme bonjour, et pour s'en
faire un monstre, il faut être ignorant comme je.
l’étais hier encore. Croiriez-vous qu'avant de copier les verbes auxiliaires, je confondais Jj’eus, lu eus, il eut, avec que j'eusse, que tu eusses, qu’il eûl, el je fus, tu fus, il fut, avec que je fusse, que tu fusses, qu’il fût? C’est probablement l’apparente similitude des troisièmes personnes qui m'induisait en erreur. Ai-je besoin de vous dire que je me souciais de l’accent circonflexe qui Les distingue, autant qu’un poisson d’une pomme ?
— N'avez-vous pas, dis-je, observé que les autres difficultés de la conjugaison sont, pour la plupart, aussi simples, et qu'il suffit d’un peu d'attention, de raisonnement ou de pratique pour éviter toutes les fautes ?
— Je n'aurais eu, répondit Xavier, besoin d'aucun livre ni d'aucun maître pour apprendre, — non: pour deviner que, devant à, 'o, u, il faut mettre un e après le 4, une cédille sous le €, si l’on veut leur laisser le son doux. Je mange fait nous mangeons au pluriel et à! place devient il plaça au passé défini. Je savais également, sans le savoir, que les verbes qui ont au radical un e muet, comme semer, le changent en e ouvert au moyen d’un accent grave, et que les verbes en eler, eter, redoublent l’{ ou le £, à moins qu'ils ne prennent aussi l'accent. Une aimable fantaisie semble avoir présidé au choix des verbes en eler, eter, qui redoublent et de ceux qui ne redoublent pas. Pour plus de sécurité, je les chercherai jusqu'à nouvel ordre dans le dictionnaire. Je ne savais pas, mais je n'oublierai plus que céder, qui fait je cède à l'indicatif présent, fait je céderai au futur. Je vous promets que je ne mettrai plus d'accent aigu sur qguerir ni sur assener. Je n’en
192 XAVIER où LES. ENTRETIENS À
no point sur celer, «à ne vous rien or », cn sur déceler ; mais je ferai violence à ma raison = et j'en mettrai un sur recéler. J'écrirai: ous.
Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle ; :
mais j'écrirai: « Songes- a ». Jen ’abuserai pas d’ailleurs de cet s, etje n’outrerai pas jusqu'au cuir ou jusqu'au velours le soin de l'euphonie.
— Que pensez-vous des verbes irréguliers?
— Qu'il faut en dresser la liste et les apprendre par cœur, mais que ce n ‘est pas un sai de « con- : versation. ee
—— Pourquoi n’avez-vous pas copié. de para digme des verbes à la voix passive Den.
— Pour la bonne raison qu’en français Ja voix passive n'existe pas. Tous les temps des verbes passifs sont composés de FETE étre et du participe passé. | . — Et les verbes pronominaux? |
— Monsieur, me dit Xavier, je ne leur ai pas consacré cinq minutes. Je savais déjà qu'ils se … conjuguent avec deux pronoms, l’un sujet, l’autre complément, direct ou indirect, qui désignent la même personne : Je me loue, ou Je me donne.
C'est te es on Les nn. ie verbes ro
revient à son un de ns J’ai noté. nr particularités, ainsi que l'on peut supprimer dans certaines phrases Île pronom: à l'infinitif: « J'ut” monté au Righi et j'ai vu lever le soleil ». Les verbes pronominaux ou réfléchis se conjuguent toujours avec l’auxiliaire étre, et j 'éviterai ue mais d'écrire «Je mai de du mal » ». .