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Fr. J'espère que vous ne l'écriviez pas ?
HR ou le moins possible.
2— Vous m’y faites songer : les verbes se conjuguent donc, les uns avec étre, les autres avec avoir ? |
— Oui, et M Ruslois le même verbe se: conjugue tantôt avec l’un, tantôt avec l’autre. Ce n’est pas sans intention que je vous ai dit tout à l'heure : « J'ai monté au Righi ». Je voulais marquer l’action. Je suis monté, comme Je suis demeuré, indique l’état qui en est la conséquence. Mais certains” verbes se conjuguent toujours avec l’auxiliaire éfre et c’est une faute de cuisinière de les affubler de l’auxiliaire avoir. Je n’admets point a tombé de la pluie, malgré quelques exemples, et même si je me lance dans la politique, je ne dirai jamais : « Nous avons convenu de faire ceci ou cela », mais « Nous sommes convenus ». Je ne dirai pas non plus — pardon, cela n'a aucun rapport, mais je le signale pendant
que j'y pense — je ne dirai sous aucun prétexte :
« Consentir un avantage à quelqu'un ».
— Pardon, fit M. Lancelot, les meilleurs - auteurs ont écrit consentir quelque chose.
— Maïs, non point, dis-je, consentir quelque chose à quelqu'un... Xavier, ne voyez-vous plus rien à m'apprendre des verbes ?
— Monsieur, dit-il, vous vous moquez de moi.
N’êtes-vous pas le maître et moi l’écolier ?
— Mais n'est-ce pas vous en ce moment qui me faites la leçon, et fort bien ?
— C'est la méthode socratique, dit M. Lancelot.
— Eh bien, dis-je, cette lecon est-elle finie ?
— Je suis du moins au bout de mon rouleau, répondit modestement Xavier.
— Nous pouvons donc passer à la règle des participes.
M. Lancelot soupira ; ; mais je ne me laissai point attendrir ni retarder, et je repris :
— Gette fameuse règle ne vous a point, j'ima-
gine, paru plus effrayante que toutes les préten-
dues difficultés de la conjugaison ?
—- Ah! Monsieur, repartit Xavier, quels sots que les professeurs empesés qui font de l'accord des participes un mystère aussi redoutable que ceux d'’Eleusis ! Ils n'’enseignent point leurs élèves, ils les initient, et l'effet de leurs incanta-
tions est qu'ils les abrutissent, ils les rendent :
stupides. Ces . malheureux gamins passent des mois sur un texte d’une demi-page qui se lit en cinq minutes et s’apprend en même temps. Ils n’y entendent rien et, durant toute leur existence, ils sèmeront leurs écrits de fautes qui devraient être honteuses, qui l’étaient jadis, qui héläs ! ne le sont plus.
— Votre zèle me charme. Mais récitez-moi donc ce texte d’une demi-page, puisque vous Île savez si bien.
— Monsieur, dit Xavier, le participe est conjugué tantôt avec l’auxiliaire avoir, tantôt avec
* l'auxiliaire étre. Dans le premier cas c’est avec le régime direct du verbe qu'il s'accorde, mais
seulement quand ce régime est placé avant le verbe : autrement il demeure invariable. Or, en français, le régime ne précède le verbe que s’il est pronom, personnel, relatif, ou interrogatif. J'ai lu des livres, les livres que j'ai lus.
Il suffit donc, pour ne jamais s’y tromper, de prendre garde au genre et au nombre de ces pronoms,
— Et pourtant que de gens s’y trompent! Estce donc qu'à cette règle si simple il y a d’innom- brables exceptions ?
— Une seule, Monsieur ! Molière a écrit, et l'usage est demeuré d'écrire comme lui :
Nous l'avons en dormant, Madame, échappé belle.
— Comment écririez-vous les dangers que j'ai courus ?
— R, u, s, naturellement.
— Et ceci : «Avant-hier, nous vous avons chronométré, M. Lancelot et moi, pendant les quarante-huit secondes que vous avez couru » P
— À, u, ru.
— N'est-ce pas une exception ?
— Où prenez-vous cela ? C’est la règle ellemême, mais il faut savoir l'appliquer avec intelligence. On court des dangers, on ne court pas des secondes, et vous m'avez chronométré pendant les quarante-huit secondes que ou pendant lesquelles j'ai couru.
— Bien !.,. La servante de M. Lancelot n'est pas toujours de bonne humeur : je l’ai entendue gronder dans sa cuisiné.
— Entendue, d, u, e: je l’ai entendue qui grondait.
— Mais elle a dû faire ce matin je ne sais quoi qui a fàché son maître; je l’ai entendu gronder.
— ÆEniendu invariable ; le pronom est le complément de gronder et point de j'ai entendu,
Vous ne me prendrez pas en défaut, je sais ie ; ce qu’on appelle au collège une analyse logique. — Comment donc analysez-vous cette phrase:
« Xavier n’a pas battu son record, il a cependant s. fait tous les efforts qu'il a pu?»
.. — Qu'il a pu faire, et pu reste invariable. Ce n’est pas davantage une exception.
.— Et «la maison qu’il a fait construire » ?
— Faire devant un infinitif est une sorte de verbe auxiliaire, mais nous reviendrons à ce cas particulier, s’il vous plaît, ainsi qu'à celui de laissé, quand nous aurons étudié le participe con- ee jugué avec être. | | a
— Je vous écoute. * do .
— Le participe passé conjugué avec être es s'accorde nécessairement avec le sujet de la phrase, puisqu'il est l’atiribut du sujet. Cela ne peut même pas s'appeler une règle. Il n'ya de difficulté, et encore tout apparente, que pour les verbes pronominaux ; mais c'est que le verbe étre est ici pour avoir, et l’on doit traiter le participe en conséquence. Ainsi « la peine que je. me suis donnée» signifie: « la peine que j'ai donnée à moi », « les livres que je me suis offerts », « les livres que j'ai offerts à moi ».
— Xavier, dis-je, n écrivez-vous point : « Elle s’est ri de moi » et « Elle s’est aperçue de ma tristesse » ? ; n
er Oui. : se : se Re
— Pourquoi ? Re ne
— Parce que. : : 3
— On ne saurait mieux répondre. Cela, en effet, ne se RUE, ni ne s'explique en aucune manière. = ie
re
Re
— Monsieur, ce n’est pas la première fois que - nous rencontrons dans la grammaire de ces choses qui ne s'expliquent ni ne se justifient, et que nous nous inclinons.
— Soit... À ce propos, je serais curieux de connaître votre opinion sur les participes passés de laisser et de faire, que tout à l’heure vous avez différé de me dire.
— Eh bien, Monsieur, ne vous paraît-il point qu’il y a, en de certaines locutions, bien de la ressemblance entre ces deux verbes, et que si J'ai pu qualifier d’auxiliaire l’un des deux, j'en aurais. pu aussi bien qualifier l'autre ? Par exemple, « faire construire une maison », n’estce point une phrase toute pareille à la « laisser construire » ?
— Qu'inférez-vous de là ?
— Qu'il est bizarre de traiter différemment les participes de deux verbes qui ont dans la phrase le même emploi. Comment ? Si vous parlez d’un médecin qui, selon les traditions de son art, tue ses clients et ses clientes, vous devrez dire, à moins qu'il ne vous prenne fantaisie de vous singulariser : « La femme qu’il a fait mourir » et « “La femme qu'il a laissée mourir » |
— Ne dites-vous pas, d'une enfant du sexe féminin : « Je l’ai vue naître » ?
— Mais, Monsieur, vous savez aussi bien que moi que ce: n’est pas du tout la même chose |
— Non... Pour laisser, la question n’est pas tranchée comme vous semblez le croire. Condillac est de votre avis, en vertu précisément
des raisons que vous alléguez, et veut que l’on dise d'un médecin meurtrier, « La femme qu'il a
laissé mourir ». Racine, à la deuxième scène du
deuxième acte de Brilannicus, a dit, en parlant de Junie :
Je l'ai laissé passer dans son appartement.
— Monsieur, dit Xavier, c'était peut-être pour éviter un vers faux.
— : Voilà, dis-je, une impertinence, ét qui va
contre votre intérêt. Vous devriez être bien heu-
reux que Racine abonde dans votre sens.
— Oui, Monsieur, j'en suis charmé, je lui
fais amende honorable et je vous demande par-
don. :
— On vous pardonne en faveur des progrès étonnants que vous ayez faits depuis deux jours. :
— Vous voulez dire : que vous m'avez fait faire. : |
— Que nous vous avons laissé faire, tout au
plus.
Je me tournai du côte de M. Lancelot.
— Monsieur, lui dis-je, notre disciple sera
bientôt fort au-dessus de ses maîtres. Hâtons
nous-mêmes cet événement ; communiquons-lui les derniers restes de science grammaticale que
nous ne lui avons pas jusqu'ici partagés et qui font, maintenant, toute notre supériorité sur lui, supériorité bien précaire. Tandis qu’il nous est loisible encore de lui apprendre quelque chose,
enseignons-lui lPadverbe, la préposition, la con-
jonction et l’interjection.
M. Lancelot fit un geste timide, « comme pour
me retenir et pour modérer mon train. Malgré toute sa bonne volonté, il ne peut s’accoutumer au rythme précipité de l’action et de la pensée modernes. |
— Ah! Monsieur, me dit-il, me permettrezvous de vous retarder, pour signaler à notre jeune ami, avant que nous disions adieu aux verbes, une faute aujourd'hui courante et détestable ? Je lis rarement — des livres, des romans imprimés depuis peu. J'y rencontre, à chaque page, des phrases ainsi conçues, dont je voudrais pouvoir attribuer l’incorrection aux typographes, ou aux correcteurs pRE tôt qu'à l’auteur:
« Il me regarda en face, je le regardais de même » ;
Ou encore :
« Je le pressai dans ses derniers retranchements, je l’interrogeais, il me répondit. »
— Eh ! Monsieur, fit Xavier avec un peu d'humeur, nous ne pouvons perdre notre temps à signaler toutes les fautes grossières ou imbéciles que péuvent laisser échapper les gens qui n’ont pas étudié la grammaire. Je faisais moimême à tout bout de champ celle-ci, jusqu’à l’autre semaine : je puis vous assurer que je ne la ferai plus, maintenant que j'ai copié mes paradigmes ; je n'avais nul besoin de votre avertissement.
— Xavier, dis-je, pour couper Don à cette petite querelle, qu'est-ce qu’un adverbe ?
— Monsieur, je le sais bien, mais je ne sais pas la définition.
— Trouvez-la |
SE Aidez- -moi.
— Je retournerai à Dis ain.
oo — Quoi ? fit Xavier tout pâle. Non, Monsieur, : vous n'y retournerez pas Ro Le
Di! que vous êtes tnt Ou plutôt que vous êtes primitif ! Vous croyez comme un Ancien, ou comme un sauvage, à la valeur absolue des mots, et vous prenez pour argent comptant tout ce qu'on vous dit. N’avez-vous pas l’esprit de comprendre que cette pe est un exemple de grammaire ? ”
— Vous auriez pu en choisir un autre !
— Soit !... «J’y retournerai définitivement... »
— Un jour ou l’autre... Que vous êtes taquin! Mais j'ai bon caractère. Eh bien, Monsieur, demain et définitivement sont des adverbes.
— Quel rôle jouent-ils dans la phrase?
— Il est clair qu'ils ajoutent Hot ie à
V idée du verbe.
— [ls la modifient.
— Ils la précisent, dit Xavier.
— Ils la déterminent, dis-je. . Maïs ne peu- . vent-ils tenir le même emploi auprès da un adjectif P | —.
— Sans doute.
— Qu même d'un autre adverbe : ÿ
== Oui.
— Vous savez done maintenant ce que EL
les adverbes. Ils marquent le lieu, le temps, la
quantité, l'affirmation, la négation, l'ordre ou la manière. Je ne vous les énumérerai point, ni les locutions adverbiales, comme à la hâte, par hasard, ou tout à coup, et je m'en tiendrais là si
l'adverbe de LCR ne ou ne pas, ne nous don-
nait une terrible tablature. Une première petite difficulté vient du ne explétif, qui tantôt est obligatoire, tantôt défendu, et tantôt facultatif. L'usage vous apprendra, et, je pense, vous apprendra vite, qu'il est indispensable d'écrire à moins que... ne
Car que faire en un gîte à moins que l’on ne songe ?
et que ce n’est pas une faute d'écrire avant que... ne, mais avant que est préférable.
— Je me le Hiens CpOnE dit. avais autorisé à écrire moins que rien, mais que je vous avais mis en garde contre cette locution : « Ce n’est pas rien » P — Oui. Vous m'aviez même promis que nous y reviendrions.
— Nous y voilà revenus. Écririez-vous :
« L'homme ne vit pas que de pain »?
— Tout le monde l'écrit!
— Tout le monde a tort. Ouvrez votre Littré à l’article que. Vous y lirez ceci :
« Cette construction est barbare, bien qu’au- « jourd’hui fort usitée. On n’en trouverait pas « un seul exemple dans toute la littérature fran- « çaise avant la fin du xvmr siècle. Le plus ancien « que j'aie rencontré est de Maurice Dupin, « petit-fils du maréchal de Saxe et père de « M®° Sand. C’est dans une lettre qu'il écrit à «sa mère en 1798. Je ne connais, avant cette « date, aucun exemple de pareille faute dans les « écrivains français. Grammaticalement, cette « construction signifie précisément le contraire
« de ce qu'on veut . faire dire quand on l'em- « or aujourd’hui.
« Et Littré allègue Don preuve ces deux vers. de Corneille :
Ils ont vu Rome libre autant qu'ils ont vécu Et ne l’auront point vue obéir qu’à son prince.
«Il est clair que Corneille entend : et ne l’auront vue obéir à personne sinon à son prince ; au lieu que, si la tournure que Littré condamne était licite, le vers de Corneille signifierait : et ne l’auront pas vue obéir seulement à son prince, mais aussi à d’autres maîtres. En d’autres termes, mon cher Xavier, toute la négation est contenue dans le ne ; vous n’en retranchez rien quand vous supprimez le pas, et quand vous l’ajoutez, vous n’y ajoutez rien.
Xavier ne semblait pas trop convaincu. Il réfléchit en silence quelques instants. M. Lancelot le regardait réfléchir en souriant avec béatitude. Soudain le visage de notre ne s’éclaira, il prit son air le plus malin.
— Monsieur, me dit-il, vous m'avez menacé tout à l'heure de retourner demain à Paris. Je ne sais point cacher ce que j éprouve fortement, et je vous ai trop laissé voir que cette menace me perçait le cœur.
— Comme vous exagérez |
— Si j'avais traduit mon sentiment par des
mots, n'aurais-je pas dit : « J’ai peur qu'il ne retourne à Paris demain »? Mais supposez que je fusse brouillé avec vous — tout arrive —
j'aurais dit : « j’ai bien peur qu'il n’y retourne pas ». Vous voyez donc, Monsieur, que ne,
loin d’être exactement la même chose que ne pas, est exactement le contraire.
J'avoue que je fus embarrassé. Xavier triomphait, je me sentais perdu, mais M. Lancelot se récria.
— Votre erreur vient, dit-il, mon cher Xavier, de ne savoir pas qu’il y a ne et ne...
— Comme il y a fagot et fagot, interrompit Xavier ironiquement.
— Sans doute, repartit avec une touchante innocence M. Lancelot. Quand vous dites « À moins qu'il ne retourne à Paris demain », ce ne est purement explétif, c’est-à-dire que l’on pourrait légitimement s’en passer, si l’usage ne voulait que l’on ne s’en passe point. Quand vous dites : « Je doute qu'il n’y retourne », ce ne est un peu plus qu’explétif et un peu moins
que négatif. De même quand vous dites : « Je crains qu'il n’y retourne » ; et au contraire il est pleinement négatif quand vous dites : « Je
crains qu'il n’y retourne pas ». |
— Tout cela est bien beau, Monsieur, dit Xavier, mais vous prenez une peine inutile. Je suis d'ores et déjà résolu de n’écrire jamais L'homme ne vil pas que de pain, non peut-être pour les raisons que vous me donnez, mais parce que je suis respectueux du bon usage, plus encore dé la tradition, et ne me soucie pas d'employer une façon de parler qui date de cènt vingt ans à peine. J'ajoute que je n’ai pas un culte pour George Sand; et il me suffit que son père soit le premier auteur responsable de
cette faute pour que je me pique de l’éviter. — Pratiquement, dis-je, c’est l’essentiel. Soyez
corréet. on ne vous demandera pas ne Ke vos potes Savez-vous quelle sorte de mot est alentour ? : a — Un adverbe. : se É e — Et autour ? tee à — Je sais qu’on a coutume de dire : «Îlne faut pas confondre autour avec alentour ». + — Il ne faut pas trop les distinguer non plus: car on disait jadis, et cela n'était point sans : grâce : Fee Le malheureux lion se déchire lui-même, ee Fait résonner sa queue à l’entour (ou alentour) de ses [flancs.
pr
On disait aussi :
Voulez-vous demeurer dedans la réverie?.
On disait encore :
Le lièvre était gîté dessous un maître chou.
Et cependant les grammairiens vous enseigneront qu'il ne faut pas confondre non plus dans et dedans, sous et dessous. Pourquoi?
. — Parce que, j'imagine, dessous et dedans sont des adverbes, sous et dans sont des pou pe tions.
— C'est cela même. Je vous prie d'admirer par quelle transition ingénieuse je vous ai fait passer de l’adverbe à la préposition. Elle est. aussi invariable et sert à marquer, entre deux personnes, ou deux objets, ou un objetet une personne, des rapports de lieu, de temps, de direction, d'attribution, de cause, de possession, d'origine, d'union, de séparation, de rapprochement, ou d'opposition. Le livre de Pierre, viens
avec moi, mourir pour la patrie : de, avec et pour sont des prépositions.
« Comme il est des locutions adverbiales, il est, vous le devinez, des locutions prépositives, c'est-à-dire des ensembles de mots qui tiennent lieu de prépositions, par exemple à cause de, à travers ou vis-à-vis. À propos de ce vis-à-vis, je vous recommande de ne jamais l’employer qu'au sens propre et point au sens d’envers ou à l'égard de. Cette façon de parler, qui nous vient de Genève, excitait les moqueries de Voltaire. Aujourd’hui elle est hélas ! usuelle et les acadé- - miciens mêmes l’emploient, mais l’Académie en corps la condamne, c’est l'essentiel.
« Certains adjectifs comme sauf, certains participes, comme allendu et excepté, ainsi que l’adverbe proche font office de prépositions. Que vous dirais-je de plus de cette partie du discours ? Je vous ferais injure si je vous rappelais qu'il ne faut pas prendre une préposition pour une autre, et dire la femme au voisin pour la femme du voisin. Les maîtres d'école vous enseigneront que près de et auprès de ne sont pas équivalents, mais que auprès marque plus de proximité : je n'en jurerais pas. En revanche, ils ne-vous enseigneront point que, si parmi a d'ordinaire pour complétement un pluriel ou un collectif, il est loisible et charmant d'écrire : « Parmi l’herbe et le thym ». Ils vous signaleront la différence de près de, préposition, qui veut dire sur le point et de prét à, adjectif, qui signifie disposé à : elle saute aux yeux ; mais ils vous défendront d'écrire prét de et ils auront tort, vu que les meilleurs auteurs leur ont désobéi
d'avance et que, si c’est une faute, vous péchez en belle compagnie. Enfin, vis-à-vis est la même ‘chose qu’en face, mais si vous dites vis-à-vis l’église en supprimant le de, vous témoignez que vous connaissez les finesses de la langue ; si vous dites en face l’église vous vous exprimez comme un boutiquier. Nous touchons au terme de notre étude.
— Oh!... fit Xavier. ”
— Ceci, dis-je, est une interjection, c’esta-dire un mot, un cri, jeté au beau milieu du discours pour traduire la douleur ou la joie, l’étonnement, la colère et en général toutes les passions, si je puis ainsi parler, explosives ou explosibles, |
—— Monsieur, dit sévèrement M. Lancelot, ces deux néologismes sont aussi condamnables l’un que l’autre.
Je m'excusai assez légèrement, puis je fis remarquer à Xavier que son oh! semblait être l'explosion d'un regret. Je lui remontrai que le sentiment d’avoir mené à bien une tâche et de l'avoir achevée est l’une des joies les plus certaines qui nous soient données ici-bas : elle nous est donnée rarement. ;
— Ce n’est pas mon opinion, me répondit-il avec une véritable tristesse. J'aime mon travail tandis que je le fais ; quand il est fini, il ne m'intéresse plus, je sens un grand vide, c’est comme si quelque chose mourait... Et puis rien ne vous retient plus à Milon. Vous voyez bien que ce n'était pas seulement un exemple de grammaire quand vous me disiez tout à l'heure : « Je retournerai à Paris demain ».
— Je n’y songe pas l |
— Votre tâche n’est pas finie, dit M. Lancelot. Vous avez oublié les conjonctions.
— La faute en est à Xavier, dis-je. Le oh ! qu'il a poussé est cause que j'ai donné un tour de faveur aux interjections. Je veux réparer mon oubli, mais ce n’est point ce qui retarderait fort mon départ si j'avais l'intention de partir... La conjonction, cher Xavier, sans doute le savez-vous déjà, sert à lier ensemble deux mois.
__ Et au besoin à les séparer, dit-il : Pierre et Paul, Pierre ou Paul.
— Où lie Pierre à Paul aussi bien que et; vous êtes un mauvais plaisant.
— Je n'ai pourtant pas envie de rire.
— Les conjonctions lient aussi l’une à l’autre deux propositions : « Je crois que je ne partirai pas demain ». Je ne vous donnerai point la liste des conjonctions usuelles. Je vous rappelle qu'on met un accent grave sur où adverbe pour le distinguer de ou conjonction ; que quant à s'écrit q, u, a, n, t, et quand, au sens de lorsque, prend un d; que quoique s'écrit en un seul mot et quoi que, qui signifie quelle que soil la chose que, en deux mots ; enfin que mnalgré que n’est pas synonyme de quoique et ne peut s'employer qu'avec le verbe avoir : « malgré que j'en aie ». De même en dépil que. Des barbares commettent, à tout bout de champ, l’horrible faute d’écrire malgré que pour quoique. Ils cherchent l'élégance : l’intention est louable, mais ce n’est pas en grammaire comme en morale, où l'intention fait le mérite de l'acte... Mon cher Xavier, vous en-savez
main us aussi Ve que
ie me nant
ue ni votre. he 1