‹ Xavier; ou, Les entretiens sur la grammaire françaiseChapitre 8 sur 30 · NE VIRE S · texte numérisé non relu

NE VIRE S

d'autrui, mais, à rebours, l’en faire sortir. C'est ce que pratiquait Socrate par le moyen de ses interrogations et qu'il appelait accoucher les esprits. Il disait, étant fils de sage- -femme, qu'il exerçait le même métier que sa mère.

- Xavier était encore si enfant qu’à ces mots il

fit un petit ricanement, comme un gamin devant

qui on parle de ce qu'il ne doit pas entendre. M. Lancelot devint fort rouge. Je poursuivis :

— Pour les connaissances d'ordre métaphysique ou rationnel, et pour les idées générales que l’humanité a lentement acquises, Ja théorie de Socrate est plausible. Elle semble, à première vue, plus douteuse en ce qui concerne les connaissances grammaticales. Toutefois, notre opinion sur ce point dépend de la croyance que nous adoptons quant à l’origine du langage. Oserai-je vous demander, Monsieur, quelle est votre doctrine ?

— Hélas ! Monsieur, je n’en ai point. Ces

spéculations sont bien ambitieuses pour moi.

Dieu m'en préserve ! -

— Vous ne tenez pas pour article de foi que le langage nous a été révélé ?

— Cela ne me parait point rites ni indispensable.

— Nous aurions bien de la peine à l’accepter aujourd'hui... Si le langage n’est point révélé, il s’est formé, il s’est développé naturellement. Ses lois (dont la grammaire a découvert ou dégagé quelques-unes) sont des lois naturelles. D'où ïl suit que. nous apportons en naissant une expérience grammaticale, accumulée pour ainsi dire par les générations qui nous ont précédés, et que

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