‹ XIXe siáecleChapitre 4 sur 19 · DISSERTATION · texte numérisé non relu

DISSERTATION

Comment Mallarmé conçoit -il les rapports du Poète et de la société dans ses premières oeuvres ?

Introduction. Lorsqu'en 1885, la gloire de Mallarmé se répandit

hors du cénacle des initiés , et que lectures et conférences firent connaître les œuvres du Maître aux profanes , ce furent les pièces du début qui conquirent le public. Il y retrouvait des thèmes, des procédés, un vocabulaire déjà vulgarisés par les Romantiques, Baudelaire, et le Parnasse, en particulier l'opposition du poète et de la foule et l'exaltation du poète, éternel paria de la société. Trois poèmes de jeunesse ont été composés par Mallarmé sur ce sujet : le Guignon, les Fenêtres^ le Pitre châtié.

Origine.

"LtGuignon est un des plus anciens poèmes de Mallarmé. Écrit en 1862, le Guignon fut publié par Y Artiste sous une forme tronquée, 5 tercets au lieu de 21, avant d'être repris par Verlaine dans les Poètes maudits^ puis de paraître dans l'édition générale des poésies de Mallarmé avec de très nombreuses et très importantes variantes, qui accentuent l'opposition entre le poète et la foule, déjà accusée dans la première rédaction.

Analyse.

Le poème comprend 21 tercets, en terza rima, le premier et le troisième vers rimant ensemble, le deuxième vers du premier tercet annonçant la rime du premier vers du second tercet et ainsi de suite. Le titre indique le sujet : au-dessus de la foule servile, les poètes, les mendieurs d'azur partent à la conquête de leur idéal. Parmi eux, les uns connaissent la gloiie et le bonheur en exploitant leur propre souffrance, mais les poètes maudits, ceux que fustige le Guignon, dont le rire inouï les prosterne, ceux-là n'ont d'autre ressource que d'aller ridiculement se pendre au réverbère.

Extraits: Tercet I. Au-dessus du bétail ahuri des humains

Bondissaient en clartés les sauvages crinières Des mendieurs d'azur le pied dans nos chemins...

Tercets VI et VII. Jls tettent la douleur comme ils tétaient le rêve

Et quand ils vont rythmant des pleurs voluptueux Le peuple s'agenouille et leur mère se lève.

Ceux-là sont consolés, sûrs et majestueux ; Mais traînent à leurs pas cent frères qu'on bafoue, Dérisoires martyrs de hasards tortueux.

Tercets ix et X. Ils pouvaient exciter aussi comme un tambour

La servile pitié des races à voix ternes Égaux de Prométhée à qui manque un vautour !

Non, vils et fréquentant les déserts sans citerne, Ils courent sous le fouet d'un monarque rageur. Le Guignon, dont le rire inouï les prosterne.

Tercet XXI. Quand en face tous leur ont craché les dédains,

Nuls et la barbe à mots bas priant le tonnerre, Ces héros excédés de malaises badins

Vont ridiculement se pendre au réverbère.

Commentaire. Ces extraits montrent que le poème se développe selon un plan régulier et clair :

# une première partie évoque la caravane des chercheurs de l'idéal amer ;

• une seconde partie distingue parmi les poètes, les poètes lyriques, qui ont conquis la gloire, sûrs et majestueux, allusion aux maîtres du Romantisme ;

# une troisième partie leur oppose les victimes du Guignon, intransigeants dans leur foi poétique et bafoués par tous, même par les autres poètes, qui soûlent d'encens le vainqueur dans la fête.

Mallarmé se range évidemment parmi les victimes, parmi ceux que raillent, sans les comprendre, les marmots et la vieille engeance des loqueteux... Le Guignon empêche non seulement les poètes d'être goûtés, admirés, fêtés, mais il les humilie à leurs propres yeux en réduisant leur inspiration à néant, en la contraignant à l'impuissance. Le poète rêvait d'une beauté parfaite, jeune et fraîche comme une rose; le Guignon la flétrit et la souille :

Grâce à lui, si Vune orne à point un sein fané

Par une rose qui nubile le rallume,

De la bave luira sur son bouquet damné...

Dans quelle mesure cette conception du poète estelle originale? — S'il est un thème commun à toutes les écoles poétiques du XIXe siècle, c'est bien l'opposition du poète et de la société. Les héros des drames de Victor Hugo, les Moïse, Stello, Chatterton de Vigny sont tous des êtres supérieurs méconnus par la multitude et haïs d'elle à cause même de leur supériorité. Théophile Gautier, Leconte de Lisle, Baudelaire partagent cette conviction et la développent dans leurs œuvres; le Guignon est un écho de leurs protestations.

Gautier.

# Le critique A. Thibaudet dans sa Poésie de Stéphane Mallarmé a relevé avec raison de nombreuses ressemblances entre le Guignon et un pcème de Gautier, Ténèbres, consacré, lui aussi, aux poètes malchanceux : Gautier avait pour le même sujet employé le même rythme dans Ténèbres... Le Guignon a été conçu presque certainement comme une suite et une contre-partie de Ténèbres. A l'appui de son hypothèse, Thibaudet cite des fragments de Gautier, dont la pensée, le mouvement et les images sont, en effet, très proches de ceux de Mallarmé. Le héros de celui-ci, tel Gérard de Nerval, va ridiculement se pendre au réverbère. Le destin des poètes n'est pas moins affreux dans Ténèbres :

Après la vie obscure une mort ridicule; Après le dur grabat une mort sans repos Au bord d'un carrefour où la foule circule...

Baudelaire. 0 L'influence de Baudelaire est plus complexe et plus

profonde. Au moment où il composait le Guignon, Mallarmé était un admirateur passionné des Fleurs du Mal, dont il imitait les Pièces retranchées, et dont il célébrait sans cesse l'éloge dans les lettres à ses amis Cazalis et Lefébure. Il est donc naturel que ce culte se transforme en imitation non seulement des thèmes poétiques, mais aussi des procédés formels. Le titre de la pièce est vraisemblablement tiré de la Préface que Baudelaire avait mis en tête de sa traduction des Histoires extraordinaires de Poë et dans laquelle il montrait le poète américain comme une victime du destin, du Guignon : Dans ces derniers temps, un malheureux fut amené devant nos tribunaux, dont le front était illustré d'un rare et singulier tatouage : Pas de chance... Il y a dans l'histoire littéraire des destinées analogues, de vraies damnations, — des hommes, qui portent le mot guignon écrit en caractères mystérieux dans les plis sinueux de leur front... Mallarmé, qui se décida à aller en Angleterre pour mieux goûter la poésie de Poë et qui unissait dans une même admiration Baudelaire et Poë ne pouvait laisser passer inaperçu un rapprochement aussi caractéristique. A plusieurs reprises, Baudelaire a célébré les poètes maudits dans les Fleurs du Mal, en particulier dans V Albatros, le Cygne et Bénédiction, qui présentent le poète comme un paria sublime, martyrisé par la multitude et opposant ses aspirations idéalistes à la bestialité de la fouie. L'Albatros, roi de l'Azur est embarrassé et gauche sur le pont du navire : Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Le Cygne, ouvrant le bec près d'un ruisseau sans eau, souille la blancheur de son plumage dans la poussière du chemin. Mallarmé s'est souvenu de ces deux poèmes: au premier, il emprunte l'azur, symbole de l'idéal et l'on sait qu'il lui consacrera tout une pièce ; du second, il tire un vers familier et pittoresque. Baudelaire adressait sa pensée à tous les malheureux qui s'abreuvent de pleurs — Et tettent la Douleur comme une bonne Louve. Mallarmé emploie la même image pour les poètes lyriques :

Ils tettent ta douleur comme ils tétaient le rêve...

Bénédiction de Baudelaire présente des analogies de fond et de forme peut-être plus frappantes encore : le double aspect du poète, vaincu et victorieux à la fois, est dépeint avec un vocabulaire tantôt réaliste, tantôt mystique. Mallarmé a conservé cette opposition, en insistant surtout sur les éléments réalistes. Baudelaire, énumérant les outrages que les profanes font subir aux poètes, écrivait :

Dans le pain et le vin destinés à sa bouche

Ils mêlent de la cendre avec d'impurs crachats.

Mallarmé, renchérissant, montre les enfants ridiculisant les infortunées victimes du Guignon :

Grâce à lui, si F un souffle à son buccin bizarre Des enfants nous tordront en un rire obstiné, Qui, le poing à leur cul, singeront sa fanfare.

Ce sont encore des vers d'un accent baudelairien, amer et rude ; ils caractérisent ces écrivains, qui ne savent utiliser ni leurs larmes pour émouvoir, ni leur éloquence pour flatter les puissants du jour, rebut de ce monde matérialiste :

Ils sont V amusement des râcleurs de rebec Des femmes, des enfants et de la vieille engeance Des loqueteux dansant quand le broc est à sec.

Retouchant plus tard cette strophe, Mallarmé renforcera le réalisme du second vers, en lui donnant un coloris « sartrien » :

Des marmots, des p... et de la vieille engeance.

En maniant les procédés du maître, le disciple a durci les traits et noirci les tons. Au lieu de l'apothéose finale de Bénédiction parmi les Trônes, les Vertus et les Dominations, à la place du diadème de pure lumière, le poète malchanceux ne connaît que la mort ridicule et la lueur blafarde du bec de gaz.

Originalité. Si le Guignon est un descendant direct du spleen bau-

delairien, il présente cependant quelques traits différents. Tout d'abord, l'admiration de Baudelaire n'a pas exclu d'autres admirations; des mots, des images, des procédés de style évoquent tantôt Gérard de Nerval, tantôt Leconte de Lisle. Mallarmé aurait-il montré les pèlerins de l'idéal Mordant au citron d'or de l'idéal amer, si Gérard de Nerval n'avait rappelé le souvenir de Dafné, mordant, elle aussi, un citron :

Reconnais-tu le temple au péristyle immense Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents...

Mais le fruit amer, qui était décrit dans le sonnet de Nerval, devient un symbole dans le poème de Mallarmé.

La comparaison des poètes avec la caravane dans le désert, les buccins, où ils soufflent, font songer à Leconte de Lisle. Un sentiment commun rapproche les deux écrivains plus étroitement que ces images : le refus d'implorer la pitié des masses et de livrer leur cœur en pâture à la curiosité du public. Mallarmé constate que les mendieurs d'azur auraient pu, comme tant d'autres, s'humilier devant les passions populaires :

Ils pouvaient exciter aussi comme un tambour La servile pitié des races à voix ternes...

Leconte de Lisle, en cette même année 1862, fait paraître dans la Revue Contemporaine \z sonnet des Montreurs, où il proclame son mépris à la fois pour les poètes lyriques et pour la foule. A cette dernière, il lance l'altier défi :

Je ne danserai pas sur ton tréteau banal...

Ces diverses influences, auxquelles on pourrait ajouter celle de Théodore de Banville, indiquent qu'en 1862, Mallarmé était encore dominé par l'école parnassienne. Mais de la combinaison de ces emprunts variés, résultent des éléments nouveaux, où la personnalité de Mallarmé

s e laisse deviner. Lui aussi, jeune, pauvre, épris d'idéal, se sent marqué par le destin; c'est une conviction qu'il exprime, et non un thème littéraire qu'il chante. La première version de la dernière strophe révèle l'ambition qui hantait alors le jeune poète :

Quand chacun a sur eux craché tous ses dédains, Nus, ensoiffés de grand et priant le tonnerre, Ces Hamlet abreuvés de malaises badins...

Par la suite, Mallarmé a remplacé Hamlet par le terme plus général de héros : l'un comme l'autre expriment le refus des compromissions avec le monde et le besoin d'évasion. C'est cette aspiration profonde — qui deviendra une hallucinante obsession lors des nuits angoissées de Tournon — que Mallarmé a exprimée par la couleur symbolique Y azur. Le blanc, autre symbole ^idéalité viendra, dans la version définitive, compléter l'image :

Des m end ieurs d'azur le pied dans nos chemins

(Strophe I)

Et laisse un bloc boueux du blanc couple nageur

(Strophe XI)

Conclusion. Le poète apparaît donc dans le Guignon comme un

être supérieur, détaché des ambitions terrestres, de la littérature utilitaire et courtisanesque comme des épanchements indiscrets. Son idéal est la Beauté, seule réalité, même si sa destinée terrestre est vouée à l'incompréhension et au ridicule. Le Pitre châtié et les Fenêtres complètent cette présentation du poète. Le premier poème, dont le titre évoque le Saut du Tremplin de Banville, exprime cette volonté de fuir la baraque, où fument les quinquets et de trouer dans le mur, une fenêtre, symbole transparent. Dans les Fenêtres, Mallarmé compare la vie humaine à un hôpital fétide; il crie son dégoût pour tous ceux qui sont vautrés dans le bonheur et s'accroche à toutes les croisées, où tournant le dos à la vie, il rêve d'infini :

Je me mire et me vois ange! et je meurs, et j'aime — Que la vitre soit Fart, soit la mysticité — A renaître, portant mon rêve en diadème, Au ciel antérieur où fleurit la Beauté!

Mais, hélas! Ici-bas est maître : sa hantise Vient m' écœurer parfois jusqu'en cet abri sûr, Et le vomissement impur de la Bêtise Me force à me boucher le nez devant l'azur.

Mallarmé avait-il déjà conscience que son propre destin serait^ en effet, toujours partagé entre la recherche de la poésie pure et les obsédentes besognes scolaires qu'imposent les nécessités quotidiennes? Il se refusait, en tout cas, à dégrader sa Muse, et reprochait parfois à son ami Emmanuel des Essarts, son goût du succès et de la facilité. Les grands artistes luttent dans l'obscurité et le silence pour créer l'œuvre parfaite sans souci des soirées mondaines ou des prix littéraires. Toute la correspondance avec Cazalis et Lefébure confirme la sincérité de ses conceptions poétiques : Le poète n'appartient pas à la terre.

Pailletés d'astres, fous d'azur, les grands bohèmes

Passent, fantasquement coiffés de romarin.

(Contre un poète parisien)

SUJETS VOISINS. i. Vous expliquerez ces vers de Mallarmé en mon-

trant quel idéal poétique ils révèlent :

Souvent la vision du Poète me frappe Ange à cuirasse fauve — il a pour volupté L'éclair du glaive, ou blanc songeur, il a la chape, La mitre byzantine et le bâton sculpté.

(Contre un poète parisien)

N. B. Cet extrait est tiré d'un sonnet dédié à Emmanuel des Essarts, le premier ami de Mallarmé et son introducteur dans le monde des Lettres. Le poète mondain, en habit noir, est humilié devant les Maîtres authentiques, Dante et Anacréon. On remarque l'emploi caractéristique de l'épi thète blanc, qui fait contraste avec la couleur faicve, chère à Victor Hugo et adoptée par les Parnassiens. Le sonnet est sensiblement contemporain du Guignon et il reflète les mêmes préoccupations, mais elles sont exprimées sur le mode ironique.

2. Après avoir expliqué ces lignes de Mallarmé, vous vous demanderez dans quelle mesure elles expriment l'idéal parnassien et tracent le programme propre du poète :

«... Qu'un philosophe ambitionne la popularité, je l'en estime. Il ne ferme pas les mains sur une poignée de vérités radieuses qu'elles enserrent... Mais qu'un poète — un adorateur du beau inaccessible au vulgaire — ne se contente pas du sanhédrin1 de l'art, cela m'irrite et je ne le comprends pas... O poète, vous avez toujours été orgueilleux; soyez plus, devenez dédaigneux. »

N. B. — Ce passage est extrait d'un important article de Mallarmé, publié par l' Artiste en 1862. C'est la première fois que le poète exposs publiquement la nécessité du mystère pour tous les arts, et en particulier pour la poésie. Il faudrait pour écarter les profanes importuns une langue immaculée et secrète : 0 fermoir d'or des vieux missels !

3. Vous expliquerez le sonnet le Sonneur en montrant quelle est la part de la description et celle du symbole.

N. B. — Les quatrains sont descriptifs ; le premier compose un frais tableau du matin, où tout rit dans la nature, où chante un angélus parmi la lavande et le thym ; le second, par un effet de dur contraste, que Mallarmé emploie souvent dans ses premières œuvres, révèle la misère du sonneur, qui ne jouit même pas de l'harmonie qu'il répand. Les tercets expliquent le sens de la description : ce sonneur triste et sans espoir est le poète, marqué par le guignon et incapable de réaliser ses aspirations à la pureté :

J'ai beau tirer le câble à sonner V Idéal, De froids péchés s'ébat un plumage féal.

4. Vous expliquerez et commenterez le poème Les Fenêtres en vous attachant plus particulièrement aux trois strophes suivantes :

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j'aime

— Que la vitre soit l'art, soit la mysticité — A renaître, portant mon rêve en diadème, Au ciel antérieur où fleurit la Beauté !

Mais, hélas, Ici-bas est maître : sa hantise Vient m'écœurer parfois jusqu'en cet abri sûr, Et le vomissement impur de la Bêtise Me force à me boucher le nez devant l'azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l'amertume, D'enfoncer le cristal par le monstre insulté Et de m'enfuir, avec mes deux ailes sans plume

— Au risque de tomber pendant l'éternité?

1. Sanhédrin: tribunal des Juifs. Le grand sanhédrin était un conseil suprême, qui siégeait à Jérusalem.

N. B. — Ce poème de 40 vers se divise en deux parties égales, la description de l'hôpital et la comparaison avec le poète. La description est réaliste et rappelle la manière de Baudelaire par ses rapprochements inattendus (encens fétide) et une application évidente à composer une atmosphère morbide. La seconde partie montre le poète luttant comme le moribond contre l'univers matériel qui l'écrase. La vitre, pour le poète, c'est l'illusion de l'art ou de la foi,. qui permet à l'homme d'échapper à la bestialité et de se croire momentanément ange. Avec des expressions qui font songer à Platon et à ses admirateurs delà Renaissance, Mallarmé évoque le monde des Idées pures, dont le poète éprouve la nostalgie et où il désire retourner pour vivre son rêve. Mais ce ciel antérieur est lui-même banni par la triste réalité : les besoins matériels, les élèves indociles, les formalités administratives, l'incompréhension du public. Le poète devant les contraintes de la vie éprouve des nausées et des mouvements de révolte ; il souhaite enfoncer le cristal, qui l'emprisonne, et qui laisse approcher le monstre au lieu de l'ange, pour s'enfuir dans l'au-delà. Mais ses ailes, ses désirs sont sans plume, c'est-à-dire sans moyen pour soutenir l'envol. Est-ce une allusion à cette impuissance poétique que Mallarmé a lui-même analysée? Ne serait-ce pas plutôt l'aveu de son absence de foi religieuse? N'ayant pas le secours de la religion, ne va-t-il pas au lieu de s'élever près des séraphins s'écrouler dans une chute sans fin? Cette effrayante perspective lui semble cependant préférable au contact de la Bêtise.

Les Fenêtres ne sont donc pas en opposition avec Y Azur ; elles traduisent seulement une crise de découragement du poète, qui cherche à s'évader hors de la société livrée aux bas appétits.

B) Le poète impressionniste

DISSERTATION, j^ Victor Hugo qualifiait Mallarmé de poète impressionniste. Cette définition vous paraît -elle yw* justifiée ?

Introduction. Victor Hugo eut le rare bonheur de survivre à toutes

les écoles de son temps et de saisir d'un coup d'oeil Poriginalité des jeunes poètes. Le qualificatif & impressionniste appliqué à Mallarmé est-il aussi exact que la célèbre définition des Fleurs du Mal : un frisson nouveau ?

Explication. Evitons d'abord un contre-sens : Victor Hugo n'a

pas voulu dire que Mallarmé était un poète-peintre, mais que sa manière rappelait celle des artistes impressionnistes, parce qu'au lieu de décrire l'objet, elle exprimait l'impression ressentie par le sujet devant lui. Le poème n'est pas non plus un exposé philosophique ou un développement oratoire, mais une succession d'impressions, dont l'ensemble compose une atmosphère suggestive. L'œuvre de Mallarmé correspond-elle à cette définition?

Discussion. Le mot de Victor Hugo s'appliquait aux pièces du dé-

but, puisque les éditions complètes des poésies sont postérieures à la mort du patriarche. Mais même dans les poèmes de jeunesse, on peut distinguer plusieurs tendances. Les uns, comme le Guignon, les Fenêtres , le Pitre châtié trahissent une influence parnassienne et les éléments descriptifs n'y sont pas rares; le poète cherche le trait original et manifeste une prédilection pour le réalisme pittoresque.

D'autres, remplis d'une grâce maniérée et subtile, révèlent un aspect durable de l'esprit de Mallarmé, une préciosité teintée de symbolisme, qui se manifestera plus tard dans les articles de la Dernière Mode et dans les Vers de circonstance. Le plus joli de ces poèmes est le sonnet intitulé Placet, qui deviendra le Placet futile

P/acet.

de l'édition des Poésies complètes. C'est une pochade voluptueuse et souriante, hypocrite comme une ingénue de Greuze et ironique comme un conte de Voltaire. Mallarmé l'adressa à Olympe Audouard, blonde directrice du journal littéraire, le Papillon, où parurent ses premiers vers :

J'ai longtemps rêvé d'être, ô duchesse! VHébé Qui rit sur votre tasse au baiser de tes lèvres; Mais je suis un poète, un peu moins qu'un abbé, Et n'ai point, jusqu'ici, figuré sur le Sèvres

Puisque je ne suis pas ton bichon embarbé Ni ton bonbon, ni ton carmin, ni tes jeux mièvres, Et qu'avec moi pourtant vous avez succombé, Blonde dont les coiffeurs divins sont les orfèvres,

Nommez-nous, — vous de qui les souris framboises Sont un troupeau poudré d'agneaux apprivoisés, Qui vont, broutant les cœurs et bêlant aux délires,

Nommez-nous, — et Boucher sur un rose éventail Aïe peindra, flûte aux mains, endormant ce bercail, Duchesse, nommez-nous berger de vos sourires.

La version définitive est plus éthérée et plus fluide, sans modifier pour cela les deux impressions qui sont à l'origine du sonnet : la blondeur des cheveux et le sourire des lèvres. Mallarmé n'était pas toujours l'infortuné Sonneur, tirant en vain le câble à sonner l'Idéal, condamné au suicide. Sa jeunesse savait sourire sans contrainte près d'amis fidèles et de spirituelles jeunes filles lors de joyeuses promenades en forêt de Fontamebleau. Ce sont ces heureux souvenirs transposés, qui inspirent cet impressionnisme optimiste et badin.

Apparition. La préciosité n'est pas complètement absente du

poème célèbre, Apparition. C'est encore un poème d'amour, mais d'un amour sincère, sans la perversité futile du sonnet Louis XV. Mallarmé l'a écrit lorsqu'il habitait encore Sens et qu'il venait de rencontrer sa future femme, Marie Gerhard. Est-ce l'hommage du

poète à sa fiancée? Est-ce plutôt, comme le suppose M. Mondor, révocation d'Ettie, la blonde Muse d'Henri Cazalis ? Est-ce le symbole de la jeunesse et de l'Amour? Toutes ces explications sont valables et se complètent. Tout souvenir précis se transforme en rêverie qu'idéalise l'art du poète :

La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs

Rêvant V archet aux doigts, dans le calme des fleurs

Vaporeuses, tiraient de mourantes violes

De blancs sanglots glissant sur Vazur des corolles.

C'était le jour béni de ton premier baiser.

Ma songerie, aimant à me martyriser,

S'enivrait savamment du parfum de tristesse

Que même sans regret et sans déboire laisse

La cueillaison d'un rêve au cœur qui l'a cueilli.

J'errais donc, l'œil rivé sur le pavé vieilli,

Quand, avec du soleil aux cheveux, dans la rue

Et dans le soir, tu m'es en riant apparue,

Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté

Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté

Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées

Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.

(Ed. N.R.F.)

Analyse. Ce poème, en apparence, est une succession de ta-

bleaux : les quatre premiers vers composent une scène mystique, où dominent les tons bleus et blancs, suaves et purs comme les peintures des préraphaélites anglais, Rossetti et Burne- Jones1. Les cinq vers suivants évoquent

1. L'école préraphaélite est une école de peintres du xixe siècle qui, s'inspirant des peintres italiens antérieurs à Raphaël, recherche la naïveté mystérieuse au lieu de la beauté resplendissante. Son influence fut considérable en Angleterre et en France, aussi n'est-il pas étonnant qu'elle se soit exercée sur VOphélie de Rimbaud que l'on rapproche de la Mort d'Ophélie du peintre anglais Millais (1829-1886) et sur V Apparition de Mallarmé où l'on peut voir un souvenir de Chant d'amour de Burnes- Jones. Préraphaélites et Symbolistes aiment les évocations stylisées et vaporeuses, et usent d'un art très raffiné pour produire une impression de fraîcheur et de naturel. L'influence de cette école anglaise sur Mallarmé est antérieure à celle des Impressionnistes français, car Mallarmé ne connut Manet que tardivement, lorsqu'il se fut installé rue de Rome.

la méditation amoureuse, qui suit le gage donné par la bien-aimée, le premier baiser. Puis, du rêve on revient à la réalité grise, aux vieilles maisons de Sens, aux rues étroites et mal pavées, mais ce morne décor est soudain illuminé par le retour de la jeune fille, qui concentre sur sa blonde chevelure épanouie tout l'or des derniers rayons (vers io-ii). Le rêve alors l'emporte à nouveau, la jeune fille rieuse s'efface et se métamorphose en fée diaphane, où ne subsiste que le chapeau de clarté, transposition idéalisée de la chevelure réelle. Le poène se termine par l'évocation de la pluie d'étoiles, neigeant des mains entr'ouvertes : gracieuse image, qui rappelle peintures et statues mystiques de saintes répandant des fleurs de leurs mains. Ainsi l'atmosphère de suavité immatérielle du début se trouve rétablie et complétée : les visions trop précises de la terre se sont évanouies pour laisser place au firmament, absolu de pureté et de blancheur.

Rêve et réalité. Les deux rêveries, qui finissent d'ailleurs par se con-

fondre, ont pour origine deux faits :

G la première est la chaste songerie amoureuse provoquée par la première victoire. Les lettres de Mallarmé à Cazalis témoignent de la sincérité de son amour; d'abord piqué de curiosité pour la jeune Allemande, puis bientôt épris sérieusement, le poète devait entraîner Marie à Londres et l'y épouser.

# La seconde est la transposition d'une sensation visuelle. Toute sa vie, Mallarmé fut sensible à la beauté des cheveux féminins, qui le troublaient : cheveux blonds d'Olympe Audouard, cheveux blonds de Marie et d'Ettie, cheveux blonds de son amie Méry-Laurent. Peut-être à cette impression directe doit-on ajouter un souvenir littéraire : en voyant apparaître, rieuse et blonde dans la pénombre sa Muse, te poète entendait chanter les vers de du Bellay :

Je vis sortir dessus ta verde rive

O fleuve mien! une Nymphe en riant...

U Apparition du soir du poète symboliste rejoint l'apparition de l'aube du poète de la Pléiade.

Correspondances. Les gracieuses images visuelles aux formes floues,

aux tendres coloris s'harmonisent avec les impressions musicales ; les séraphins, musiciens célestes, soutiennent de leur suave mélodie la songerie du poète : couleur et sons se confondent pour créer une atmosphère paradisiaque que viennent parfumer les blancs bouquets d'étoiles. Le rapprochement des rimes, groupées deux par deux, où dominent la fluidité des rimes féminines et le son étouffé des masculines, compose une phrase musicale sur trois notes mélancoliques : ouverture calme» sur la rime : pleurs /fleurs, souffrance plus aiguë exhalant sa plainte par la rime lancinante : cueilli /vieilli, rêve léger et apaisement final sur les rimes en e muet et en é, variations à peine sensibles du même son : clarté/ gâté; fermées /parfumées. Cette musicalité, qui se développera encore par la suite, montre un Mallarmé se détachant de la poésie visuelle des Parnassiens. Mieux que les formes et les couleurs, les sons sauront traduire ses rêves dans leur immatérialité.

Rythme. Le mouvement des vers met en valeur ces correspon-

dances entre les sons, les parfums et les couleurs. Tantôt le vers est coupé à l'hémistiche : La lune s9 attristait / Des séraphins en pleurs, tantôt pour évoquer une suite d'impressions, il se divise en trois membres et se prolonge par un rejet, suivi d'une longue pause: Rêvant / V archet aux doigts j dans le calme des fleurs. — Vaporeuses...

L'apparition de la jeune fille est annoncée par un rythme dansant, souple comme la démarche de Marie, et qui laisse la place d'honneur à l'impression essentielle : la chevelure auréolée :

Quand / avec du soleil aux cheveux / dans la rue...

La coupe, l'enjambement : et dans le soir, soulignent le contraste entre la banalité de cette rue foulée par la multitude vile et le rêve unique du poète, entre la tristesse du soir et la joie radieuse du rire :

... dans la rue Et dans le soir / tu m9 es j en riant / apparue...

Des allitérations, reprenant sans cesse le son s, traduisent la note haute et filée sur le violon, interrompue parfois par une brève dissonance, qui la souligne comme dans une mélodie de Ravel ou de Reynaldo Hahn :

Des blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles.

Conclusion. De ces analyses, on peut conclure que ce sont des

impressions et non des idées ou même des sentiments conscients et gouvernés par la raison, qui

suscitent l'inspiration de Mallarmé. Ce sont également des impressions que veut suggérer au lecteur le poète en l'arrachant au monde réel et en lui faisant entrevoir l'univers idéal, où tous les sens alliés permettent de connaître la Beauté. Le terme impressionniste ne doit donc pas être confondu avec sensualiste, car par delà les sensations et grâce au symbole, le poète transporte au paradis du rêve, où le corps s'évanouit et disparaît pour laisser le champ libre à l'âme.

SUJETS VOISINS. i. Vous expliquerez le poème Brise Marine en mon-

trant la transposition de la méditation en images sensibles et en comparant la pièce avec V Invitation au Voyage de Baudelaire :

La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres. Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres D'être parmi l'écume inconnue et les deux !...

2. Vous expliquerez le poème Soupir en étudiant la transformation du thème romantique de l'automne en paysage symbolique :

Fidèle, un blanc jet d'eau soupire vers l'azur ! — Vers l'azur attendri d'octobre pâle et pur...

3. Vous montrerez comment Mallarmé prend le contre-pied de l'éloge traditionnel du printemps et développe le thème du Spleen baudelairien dans Vere Novo {Renouveau de l'édition complète) :

Des crépuscules blancs tiédissent sur mon crâne... J'attends en m'abîmant que l'ennui se lève. Cependant l'azur rit dans la haie en éveil...

C) Vers l'Azur...

rtation. ^ Vous expliquerez et commenterez ce jugement sur l'oeuvre de Mallarmé: ...Le maniement et le travail assidu d'une même pensée que vous pressez jusqu'à ce qu'elle ait donné tout son suc, l'incubation opiniâtre et le labeur fixe, forment, je crois, le fond de votre talent. Vous revenez obstinément sur votre impression première, déjà très forte, et vous en faites jaillir ces poèmes tourmentés et sanglotants, pleins de crispations où, par places, à travers les surcharges de nouvelles idées, se déroulent fièrement des vers de premier jet... Si vous pouviez moins bien faire, je crois que vous feriez mieux.;.

{Lettre de Lefèbure à Mallarmé, 15 avril 1864)

Introduction. Lefèbure est avec Cazalis l'un des premiers et des

plus fidèles amis de Mallarmé. Celui-ci lui confie les ébauches de ses poèmes, ses méditations sur l'art, ses ambitions. Lefèbure est donc particulièrement qualifié pour juger du travail de son ami. Or c'est pendant le séjour à Tournon, de 1864 à 1866, que Mallarmé, sans rompre complètement avec le Parnasse, ni surtout avec Baudelaire, prend une claire conscience de son originalité et que, rejetant les facilités du lyrisme sentimental ou de la poésie oratoire, il vise à une poésie pure et parfaite. Le jugement de Lefèbure porte sur cette recherche de l'Absolu.

Explication. Trois idées importantes s'en dégagent :

# Le travail l'emporte sur l'inspiration.

# Il en résulte une œuvre difficile, tourmentée.

# Cet excès de conscience artistique nuit à la fécondité du poète et même à sa réussite. C'est en d'autres termes poser le problème des procédés artificiels dans l'art de Mallarmé et l'accuser d'impuissance et d'obscurité, les retouches successives faisant tort au premier jet spontané. Lefèbure met en garde son ami contre la stérilité, où risque d'aboutir son ambition forcenée de perfection.

Discussion. La correspondance de Mallarmé répond elle-même

à ces critiques; l'examen des retouches qu'il fit à ses premiers poèmes avant de les publier dans le Parnasse contemporain et l'analyse des œuvres composées à Tournon montreront dans quelle mesure elles sont justifiées aux yeux des lecteurs.

L'incubation opiniâtre. 9 La première affirmation paraît difficilement contestable. Toutes les lettres de Mallarmé témoignent d'un labeur acharné. Dans la petite ville de Tournon, sorti de sa classe, il ne songe qu'à son œuvre poétique. Ni l'affection de la femme, ni la présence de sa petite fille Geneviève, ne l'arrachent à son effrayant travail. Il avoue lui-même à ses amis qu'il en perd le sommeil et qu'il craint pour sa raison; il oppose son art méticuleux à la facilité de des Essarts, qui se contente d'égrener des images, et proclame en toute circonstance la nécessité de cet effort pour sortir de la prose et atteindre la véritable poésie. Voici quelques-unes de ses confidences sur sa peine à composer.

En février 1865, épuisé de fatigue, désespérant de terminer l'œuvre entreprise, il écrit à Cazalis : Quand, après une journée d'attente et de soif, vient l'heure sainte de Jacob, la lutte avec l'Idéal, je n'ai pas la puissance d'aligner deux mots... Un pauvre poète, qui n'est que poète — c'est-à-dire un instrument qui résonne sous les doigts des diverses sensations — est muet quand il vit dans un milieu où rien ne l'émeut...

On dira peut-être qu'il s'agit d'un affaissement passager du corps, dû au surmenage du professeur, mais d'autres plaintes révèlent bien que l'incapacité du poète à réaliser son idéal l'épuisé plus encore que ses cours au lycée. Parfois cependant la beauté d'un vers qu'il n'a vu nulle part ailleurs et qui chante à ses oreilles comme une voix vierge et inconnue le ranime. Toute sa vie se passe entre ces crises de désespoir et ces élans vers l'Idéal que rappelle l'émouvante lettre à Cazalis, véritable Credo du poète :

Hérodiade. ya{ a te raconter trois mois, à bien grands traits... Je

les ai passés, acharné sur Hérodiade, ma lampe le sait!

J'ai écrit Pouverture musicale, presque encore à l'état d'ébauche... Il me faudra trois ou quatre hivers encore pour achever cette œuvre... Malheureusement en creusant le vers à ce point, j'ai rencontré deux abîmes, qui me désespèrent. L'un est le Néant... L'autre vide que j'ai trouvé, est celui de la poitrine. Je ne suis vraiment pas bien..,

(Mars 1866)

Le secret. C'est cette même année 1866 qu'il découvre, à vingt-

quatre ans, le secret de sa poésie, fruit des veilles nocturnes, d'une application sans relâche et d'une conscience artistique sans défaut :

Pour moi, j'ai plus travaillé cet été que toute ma vie, et je puis dire que j'ai travaillé pour toute ma vie. J'ai jeté les fondements d'une œuvre magnifique. Tout homme a un secret en lui, beaucoup meurent sans l'avoir trouvé... Il me faut vingt ans pendant lesquels je vais me cloîtrer en moi, renonçant à toute autre publicité que la lecture à mes amis...

L'échec. Cette lutte avec l'Idéal le conduira aux confins de la

folie, comme il l'écrira à Lefèbure en 1868 : ... Je passe d'instants voisins de la folie entrevue à des extases équilibrantes... Or, cet état d'exaltation artistique n'est pas produit comme chez Baudelaire et Verlaine par des alcools, des stupéfiants ou la débauche, mais par un excès de méditation et par des scrupules inouïs, qui inquiètent ses confidents. Mallarmé se rend compte luimême qu'il a dépassé la limite de ses forces, et c'est presque avec soulagement qu'il constate son échec :

Je redescends dans mon moi abandonné pendant deux ans : après tout, des poèmes seulement teintés d'absolu, sont déjà beaux et il y en a peu, sans ajouter que leur lecture pourra susciter dans l'avenir le poète que j'avais rêvé...

Ces poèmes tourmentés. 0 Contrairement à ce que l'on pourrait croire en regardant le mince volume des œuvres de Mallarmé, celui-ci ne manquait pas d'inspiration et rimait avec facilité. Les vers de circonstance, les bouts-rimés, les adresses

versifiées prouvent qu'il aurait pu devenir un noète mondain, précieux et fertile. Lui-même le "avaketne l'a pas vou u, mettant un point d'honneur à ne rien laisser

imparfai^mêmedanssesexercicesdedébutantOrcom^é sa conscience artistique est de plus en plu exi™

surtout après 1866, il est amené à reprendre sel ^poèmes

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se transforment en symboles et par une succession oW

log.es entraînent le poète très loin de son point de départ

Parfois, ces retouches sont accessibles aux profanes

1 écrivain supprime une expression vague ou peu en

harmonie avec l'ensemble de la pièce; ifallège efgéné-

i.Placet faute \ • C est : le cas de Placet devenu Placet futile. La supér onte de la version définitive du premier vers sur la rédaction primitive est évidente. Au lieu de la sonorité banale et fade rêvé d'être et de l'interjection O duchesse qui brise le mouvement du vers, Mallarmé attaque S coup d'archet franc et sûr: Princesse/, puis remplace k gauche auxiliake par le vigoureux infinitif : TJalouser ledestm d'une Hibé... De même, les tercets ont subi des mod fications, qui ne sont plus des corrections, mais des transformations importantes de point de vue La première rédaction évoquait la couleur des moutons poudres qui s alliait au rose de l'éventail : ces deuTnotations ont été supprimées; le poème s'adresse plus à lame qu aux yeux. Le nom même de Boucher est efface; au heu d'un éventail réel, rose et blanc! rêve d une scène féerique : J

■■■Pour qu'Amour ailé d'un éventail

N y peigne flûte aux doigts endormant ce bercail.

m^ecf°ème a.gai?é non élément en harmonie, mals enpouvoir d évocation, où subsistent néanmoins

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Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres!

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