‹ XVIIIme [dix-huitième] siècleChapitre 11 sur 27 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

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L'AMEUBLEMENT

L'ameublement sona Louis XIV. — Moditicationa aucceseives. — Boolle et le genre boulle. — Le genre cootonnié. — Uobilier de la bonrgeoieia. — Progria du confort et dn lue, — Description d'un hAtèl de fermier géitéisL — Le atf le rocaille. — Les èbènistea et les martihands amateurs : Creecent, Luare Duvani. — Las vemia Martin. — Lee incnutations sur porcelaine. — Le broDie doid et deelé : Oonthiéie. — Apo^ dn Inie mobilier & la.Teille de la rtTolntion.

L s'était opéré, sou» le règne de Louis XIV, une transformation à peu près complète de l'ameublement, accomplie toutefois avec une sorte de lenteur insensible et silencieuse ; car l'ameublement, à cette époque, semblait devoir être, de sa nature, définitif et durable. La mode n'imposait à personne ta condition de le changer, de l'augmenter, de l'enrichir sans cesse et hora de propos. Le mobilier était comme la maison, qu'on ne réparait, qu'on ne reconstruisait qu'en cas de nécessité urgente : on le gardait tel qu'il était, tel qu'il avait été pendant plusieurs générations, ou du moins pendant toute la durée d'une vie d'homme. En général , ce mobilier s'établissait et prenait sa place, à l'époque d'un mariage ou lors de l'installation d'une famille ; puis, tout était dit, on n'y songeait plus, on s'en ser-

vait, on le gardait , même vieux et usé , jusqu'à ce qu'il fût hors d'état de servir et de remplir son objet. Il est vrai que, dans l'origine, l'ameublement de ces vastes salles froides et nues, de ces chambres étouffées et sombres, de ces petits cabinets de conversation à peine garnis de chaises volantes, était ordinairement massif et solide, de bon style, presque majestueux, toujours sévère, lors même qu'il annonçait la richesse ou la magnificence; mais les pièces dont il se composait n'étaient pas nombreuses et se bornaient à l'indispensable : cela devait durer et durait longtemps.

Les beaux meubles de ce temps-là, les cabinets de Nuremberg, en marqueterie d'ivoire et d^écaille, ornés de peintures et de damasquinures d'or et d'argent, les armoires^ en ébène avec incrustations ou en vieux chêne noirci, les bahuts couverts en tapisserie ou en cuir doré, n'avaient pas été expulsés et mis à l'écart; ils restaient mêlés, comme curiosité ou comme souvenir, aux meubles de nouvelle forme, moins riches mais plus élégants, en bois sculpté ou travaillé dans un style plus simple et plus artistique. Cependant l'aspect général d'un intérieur aristocratique ou financier avait beaucoup changé, même en conservant çà et là les pièces de l'ancien mobilier, oîi le bois dur sculpté et doré avait conquis désormais une large place, à l'imitation de l'art italien, dans l'ameublement luxueux, surtout pour les guéridons, les cadres de miroirs et de tableaux, les lits de repos, les tabourets et les autres sièges. Cette dorure multipliée éclairait, égayait, enjolivait la salle la plus sombre, car la plupart des fenêtres n'étaient encore garnies que de petits carreaux de vitre, d'un verre épais et peu transparent, encadrés dans les lourds et nombreux croisillons de la croisée. On avait presque partout remplacé les solives apparentes des planchers supérieurs, par des plafonds en gypse uni, blanchi à la chaux ou décoré de quelques ornements peints ; le pavé ou le carrelage des salles était aussi généralement caché sous un parquetage formé de planches de bois de chêne, taillé et ajusté en compartiments de différents dessins, et frotté à la cire pour le rendre propre , comme on disait alors. Les chambres parquetées étaient celles où l'on couchait, où l'on se réunissait en compagnie, où l'on se retirait pour le travail du cabinet.

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Dans les chambres d'habitation , on n'admettait que des sièges rembourrés ou du moins garnis de coussins; sièges, avec ou sans dossiers, de toutes formes, de toutes grandeurs, toujours amples et parfois grandioses, d'un style majestueux et imposant. Les fauteuils à dos élevé, à bras largement ouverts et contournés, les canapés immenses à fonds saillants et rebondis, étaient recouverts de velours, ou de tapisserie à fleurs et sujets, ou de soie brochée, d'une couleur neutre et chatoyante. Il y avait des lits de diverses sortes : les uns, lits d'opparat ou ô^Jwnneur^ se trouvaient installés dans une alcôve fermée de rideaux mobiles ou derrière une balustrade dorée ; le dossier de sculpture , également doré , représentant des groupes de fleurs et d'oiseaux ou des rinceaux chargés de feuilles et de fruits avec un écusson d'ar- . moiries, touchait au mur et faisait face au point central de la balustrade ou de l'alcôve; le bois de lit était placé sur une estrade en tapisserie, à deux marches, et accompagné de quatre colonnes torses ou unies supportant une espèce d'entablement, avec frise et corniche; le dôme ou baldaquin, sculpté et doré, avec accessoires d'animaux fantastiques ou de figurines en relief, était garni au dedans de taffetas de couleur variée en huit ou dix pentes, et les rideaux, qui descendaient de ce baldaquin, bordés de franges d'or ou d'argent, pouvaient envelopper de tous côtés le lit, en manière de tente ou pavillon. On ne dormait pas d'ordinaire dans ces lits-là; on ne s'y couchait, on ne s'y montrait couché que dans les circonstances exceptionnelles, oîi il fallait, quoique malade ou infirme, recevoir du monde, en alcôve^ suivant l'expression consacrée. Les autres lits, dont les plus grands personnages faisaient usage, étaient de simples œuckes^ sans rideaux, qu'on avait soin de reléguer dans quelque arrièrechambre, et qu'on dérobait ainsi à la vue des allants et venants. On voyait en montre, dans les chambres ouvertes, des lus de repos ^ sur lesquels on s'étendait, tout habillé, pendant le jour, après le dîner, pour faire la sieste, selon la méthode espagnole et italienne; ces espèces délits, de dimension exiguë, étaient en bois léger, de bonne menuiserie, à bordure dorée, à dossier bas, plus ou moins orné, avec un ou deux matelas et un traversin couvert en velours ou en satin.

Quant aux lits de famille ou de ménage^ qu'il ne faut pas confondre avec les. lits de grandeur^ destinés aux gens mariés, puisque ces lits de famille pouvaient contenir quatre ou six personnes à la fois, ils n'étaient plus en usage, du moins dans les hautes classes sociales.

Les changements dans le costume en avaient amené d'autres dans l'ameublement. Les sièges s'étaient agrandis, pour encadrer les larges basques de Thabit de ville et les longues jupes à falbalas. Les miroirs, oîi il fallait aller, à chaque instant vérifier l'état de la perruque ou des boucles de la coiffure, s'étaient peu à peu élargis aux dépens de leur épaisseur primitive.

Ce fut seulement dans les maisons royales et dans quelques hôtels • et châteaux dès grands seigneurs, que l'on vit apparaître, sous l'intelligente impulsion de Colbert, les premiers produits de l'admirable manufacture de meubles que Louis XIV avait créée aux Gobelins, en la confiant à l'habile direction de le Brun. Tous les beaux meubles qui, pendant plus de trente ans, y furent fabriqués d'après les dessins des premiers artistes , ces meubles , presque ignorés de l'industrie privée , affectaient les formes les plus nobles, les plus pures, les plus correctes, qui correspondaient à leur destination royale ou princière.

Il y eut aussi, à la même époque, un merveilleux mobilier en argent, qui n'était visible que dans les appartements de Versailles, de Marly et de Fontainebleau ; il n'eut pas le temps de se répandre par imitation, et c'est à peine si d'opulents financiers, tels que Samuel Bernard, purent acquérir un petit nombre de ces meubles d'argent, chefs-d'œuvre de la sculpture d'ornement, dus à l'ingénieuse création de Bérain et de Germain. Ils ne furent épargnés, ni les uns ni les autres, lorsque le roi donna l'exemple de la soumission résignée à l'arrêt du conseil de 1689, qui ordonnait de porter aux hôtels des monnaies tous les objets en or et en argent, pour les transformer en numéraire. On conserva, du moins, beaucoup de meubles non moins précieux, dans la fabrication desquels l'or et l'argent n'avaient pas été ménagés. Les meubles de Boulle trouvèrent ainsi grâce devant la proscription barbare qui devait anéantir, en peu de jours, l'œuvre entière des sculpteurs en argent de la manufacture des Gobelms.

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André-Charles BouUe (né à Paris en 1642) était fils d'un ébéniste de Louis XIII, et appartenait à une nombreuse famille d'artistes en marqueterie, en dorure et en ciselure. Il les surpassa tous, et, en cherchant la perfection dans un art où il excellait, il avait réussi, dès les pre-

Pig. 171. — Pandule da Quidron, gtme Baille.

miers temps du règne de Louis XIV, à rajeunir le style des cabinets et des annoires que son père et son grand-père fabriquaient pour la maison du roi. Sa réputation était si bien établie, à l'âge de trente ans, que Colbert lui fit donner un logement dans la galerie du Louvre. On ne peut se faire idée du nombre de meubles en tous genres quo-le célèbre Boulle exécuta dans ses ateliers, durant plus de soixanf e-dix ans ; il mourut en 1732, fort pauvre, et après avoir lutté toute sa vie contre les créanciers.

Le triomphe de Boulle avait été Texécution, un peu lente il est vrai, de ce qu'on nommait le cabinet de marqtieterie du Dauphin, au château de Versailles : c'était une petite chambre offrant de tous côtés, et jusqu'au plafond, des glaces de miroirs, avec compartiments de bordures dorées sur un champ de marqueterie d'ébène, avec un parquet fait de bois de rapport et embelli de divers ornements, entre autres des chiffires de Monseigneur et de la Dauphine. (L C'est le chef-d'œuvre de Boulle et de son art, » dit Félibien , dans sa Description du château de Versailles. Le grand Dauphin s'était montré particulièrement passionné pour les ouvrages en marqueterie, et outre ceux de Boulle, qu'il eût voulu accaparer pour en remplir son château de Meudon, il faisait faire des meubles charmants en mosaïque de bois de couleur, par les Foulon, habiles ouvriers en bois de Sainte-Lucie, qui avaient leurs ateliers en Lorraine. Les meubles de Boulle, et ceux qu'on qualifiait defaqon Boulle^ étaient d'un style grave et sévère, et d'un aspect un peu sombre, malgré l'éclat des cuivres qui les décoraient; mais, après la mort de le Brun (1696), la manufacture des Gobelins, en passant sous la direction de Mignard, puis sous celle de Mansart, s'éloigna peu à peu des modèles que le Brun avait fait admettre par Louis XIV. Les lignes droites, qu'on préférait pour la fabrication des meubles d'apparat, cessèrent d'être scrupuleusement gardées ; on vit alors les bureaux, qui allaient bientôt se transformer en commodes pour les femmes, imposer, à la table qui les surmontait, des contours ondulants et capricieux, tandis que les avant-corps renfermant les tiroirs affectaient des courbes et des renflements bizarres, et que les pieds se contournaient en manière d'S. Ces formes saillantes, bombées et tortueuses , n'avaient été jusque-là essayées que pour les sièges, dans l'intérêt des personnes, qui avaient à redouter, pour s'asseoir, la rencontre désagréable des angles droits. On n'avait pas encore songé à modifier à la française les formes austères et monotones des grands cabinets^ en laque de Chine de toutes couleurs, avec des dragons et des monstres imaginaires, meubles de fantaisie qui ne pouvaient servir à aucun usage, à cause des innombrables tiroirs qui les garnissaient à l'intérieur, et que le voisinage des meubles de Boulle faisait paraître mesquins et grotesques.

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Dans la bourgeoisie, même dans la bourgeoisie aisée, le mobilier étîùt des plus simples et des plus modestes ; mais personne aussi ne s'en apercevait. Les meubles, peu nombreux, étaient en noyer cru, bruni par le temps, mais souvent assez soigneusement sculpté. La tenture des chambres était en vieux cuir gaufré, avec ornements de couleur, sinon en papier peint qui simulait le cuir ou qui représentait des scènes populaires et des sujets joyeux. L'inventaire de ces mobiliers bourgeois

Fltr. 1T9. — Cuiiimode en Inque aiKS oniFmsnt^ en bionH, ittrlbuéï i Cïffleri (Cua Amie de Grna). (1)

sera bientôt fait, et l'on peut affirmer qu'il était partout le même : une ■ armoire en bois de noyer ou de hêtre, une table du même bois, un ou deux châlits, garnis d'un tour de lit en futaine à fleurs ou en tapisserie de verdure vieille, une dizaine de sièges, tabourets, chaises, fauteuils, pliants, couverts de moquette ou de trip (étoffe de laine et de fil), des escabeaux en bois blanc, des chandeliers de cuivre, des

(1) UneEipodCJoablitarlqiie, orgunlite tn IBI4 isr I'AwkIiiUdd Iniiiisirlelle Itkllenno, tondte en leevioiu liprMdence d'taouieiu da prlncs Hnmbert, et qui ■ eo poDrrteuttU !■ rondiUoD d'an Kviét d'Art IndiuUiel à UUmh, ■ Uc oooiuiKndH iicDdactkHU tite-lnUmunto da fut do la*"" ilède, d'uri^ne (mnçal» ponr un grand nombre, fifratra

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pots d'étain, une chétive batterie de cuisine, un peu de vaisselle en terre yemissée et en faïence commune, deux ou trois estampes de sainteté, un crucifix et un bénitier suspendus à la muraille, de grands chenets de fer dans la cheminée, et c'était tout. Plusieurs générations avîùent vécu au milieu d'un chétif mobilier, et n'avaient pas souffert de ce genre de privation. Dans certains ménages, cependant, oh s'était glissé par hasard un peu plus de goût et de délicatesse, la chambre de parade était mieux meublée et d'une apparence plus décente et plus honorable : le lit, à colonnes torses, était couvert de serge verte et entouré de rideaux en futaine à iîeure, servant de tapisserie; le fauteuil et les chaises étaient rembourrés et garnis de cuir ou de velours ; il y avait même un miroir dans son cadre d'ébène ou de bois doré. C'est à peine si, au milieu du règne de Louis XV, les classes moyennes avaient eu la pensée de changer l'ameublement de leurs ancêtres et de se donner ^- "'■ - ""'^"î'' ^ !^ ""f des habitudes de vie plus confortable.

Dix ans avant la mort de Louis XIV, les traitants et les gens de finance, qui avaient les premiers, malgré les nouveaux édits somptuaires, fait renaître le luxe en France, employèrent des sommes considérables à l'ameublement de leurs maisons de ville et de campagne. Tapisseries de Beauvais et des Gobelins, meubles de Boulle, meubles de la Chine et du Japon, miroirs de Venise et de Nuremberg, tableaux de maîtres français et étrangers, vaisselle d'argent, porcelaines des Indes ; il n'y avait rien de trop riche ni de trop beau pour ces Turcaret, qui contribuèrent à ranimer toutes les industries de luxe. « Ne sait-on pas, dit le judicieux auteur des Bagatelles morales , ne sait-on pas que l'industrie augmente le commerce, en élevant les choses au-dessus de leur valeur ordinaire? Un diamant travaillé est d'un autre prix que le diamant brut. Nous avons au moins doublé l'industrie du siècle passé »

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La régence, qui fit et défit tant de fortunes, donna un essor eubit À toutes les industries de luxe, et surtout à celles qui se rattachaient à l'ameublement. La passion du bien-être et de ce qu'on a nommé de nos jours le confortable^ s'était emparée de quiconque était né riche ou l'était devenu ; on en vint à se dire tout naturellement qu'il ne suffisait pas d'être magnifiquement vêtu, d'aller en beau carrosse et de faire bonne chère : on s'aperçut que la vie intérieure gagnait

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beaucoup de charmes et d'agréments à s'environner de toutes les richesses et de toutes les élégances mobilières ; on se faisait ainsi honneur à soi-même, en honorant les personnes qu'on recevait chez soi. N'était-ce pas d'ailleurs prendre soin d'une partie de son existence, que de chercher à être assis et couché le mieux possible? De là toute une révolution dans l'ordonnance des lits et des sièges. Ceux-ci, .qu'on appelait meubles volants, ne s'élargirent pas, car les costumes d'hommes et de femmes avaient perdu, comme trop gênante, une bonne part de leur envergure ; mais ces meubles , qui s'offraient d'eux-mêmes au plaisir de la paresse ou plutôt de la nonchalance, devinrent encore plus commodes, en affectant des formes plus arrondies, avec des coussins plus moelleux. Aux canapés, qui ressemblaient à des trônes pompeux et fatigants, on fit succéder les sophas et les ottomanes, empruntés aux mœurs orientales; les parquets se couvrirent de tapis

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de Turquie et de Perse ; on multiplia les sièges ployants ou élastiques, les sièges d'étoffe , oii le bois ne se faisait sentir nulle part et qu'on appela plus tard ganaches^ crapauds^ etc., les tabourets bas et trapus, les coussins, les coussinets et les oreillers. Les grands lits à dais et à baldaquin se maintinrent dans les hôtels de Faristocratie et de la finance, mais, avant tout, on les transporta dans les chambres à coucher, qui ne servirent plus de salon : le rôle des ruelles était fini; on conserva les alcôves fermées à doubles rideaux mobiles, et ces alcôves, où le jour et le bruit n'arrivaient pas, devinrent des asiles impénétrables consacrés au sommeil, qui s'y prolongeait jusqu'à midi, tant qu'on tenait clos le double volet des fenêtres, car l'un de ces volets était rembourré, pour intercepter les bruits de la rue et la lumière du jour. Le lit avait été, d'ailleurs, mieux disposé pour un dormeur sybarite ; son aspect seul invitait au repos et ' aux rêves agréables : le damas de soie ou l'indienne à fleurs en couvrait les panneaux ; les matelas de fine laine et les oreillers en duvet deider s'élevaient en montagnes promptes à s'affaisser ; les colonnes cannelées se montraient à peine entre les plis des rideaux de damas ou d'indienne, selon la saison ; le baldaquin était devenu circulaire ou échancré, doré ou peint en gris tendre, couronné d'emblèmes mystérieux ; le fronton s'arrondissait, en étalant des guirlandes de fleurs et des colliers de perles, rehaussés de rosaces et de filets d'or.

La maison la plus hospitalière, quand c'était un hôtel, n'avait plus que trois salles ouvertes aux visites et aux invitations : le salon, le boudoir et la salle à manger. Les meubles trop massifs avaient été expulsés et mis au grenier; on n'avait gardé que les jolis meubles chinois, les charmants meubles de Boulle, en augmentant toujours le nombre des miroirs et des tapisseries, des consoles et des guéridons, des bronzes ciselés et des objets d'art, tableaux ou estampes richement encadrés, porcelaines de Chine et du Japon, pendules de cheminée en marbre et en cuivre doré, horloges à gaîne, cartels, flambeaux, candélabres, vases et brûle-parfums, dans la composition et l'exécution desquels on admirait le gracieux assemblage des arts réunis du sculpteur, du ciseleur et du doreur.

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La description écrite est bien insuffisante pour donner une idée exacte de ces merveilles d'ameublement ; il faut les aller chercher dans les vieux inventaires plutôt que dans les livres ; il faut les voir dans les tableaux, dans les estampes, où cet ameublement est représenté avec toutes ses magnificences, avec toutes ses recherches de goût. Voltaire, dans sa satire du Mondain^ qui date de 1736, a fait une esquisse pittoresque de la demeure d'un homme du monde, qu'on désignait alors sous cette qualification générique, un honnête Jiomrae :

Entrez chez lui : la foule des beaux-arts, Enfants du goût, se montre à nos regards. De mille mains Téclatante industrie De ces dehors orna la symétrie ; L'heureux pinceau, le superbe dessin Du doux Corrége et du savant Poussin Sont encadrés dans Por d'une bordure :

C'est Bouchardon qui fit cotte figure,

Et cet argent fut poli par Germain.

Des Qobelins l'aiguille et la teinture Dans ces tapis surpassent la peinture ; Tous ces objets sont vingt fois répétés Dans des trumeaux tout brillants de clartés ; De ce salon, je vois par la fenêtre, Dans des jardins, des myrtes en berceaux , Je vois jaillir de bondissantes eaux...

Dans le petit roman à! Angola (1746), que s'attribuait le chevalier de la Morlière et qui est indubitablement du duc de la Trémouille, la description est plus intime ; elle ne comprend que le boudoir : a Un lit de repos, en niche (voy. p. 453) de damas couleur de rose et argent; un paravent immense l'entourait. Le reste de l'ameublement y répondait parfaitement : des consoles et des coins (encoignures) de jaspe; des cabinets de la Chine chargés de porcelaines les plus rares ; la cheminée garnie de magots à gros ventre, de la tournure la plus neuve et la plus bouffonne, des écrans de découpures. »

Une description complète et minutieuse d'un appartement décoré, vers la même époque, avec tout le luxe et toute la recherche de l'élégance la plus raffinée, nous est fournie par un autre petit roman, d'une gtâce exquise, publié en 1758 sous le titre de la Petite maison^ et dont l'auteur n'est pas probablement J.-Fr. de Bastide. On peut attribuer au fermier général le Riche de la Popelinière , qui avait tant de goût en matière d'art décoratif, ce livre curieux, tout à fait inconnu, qui mérite d'être soigneusement analysé pour toute la partie descriptive.

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Entrons d'abord dans la salle à manger. Lee murs sont revêtus de Btuc aux couleurs variées à Tinfini ; c'est un ouvrage du fameux stucateur milanais Clerici, qui avait fait le salon de Ncuilly pour le comte d' Argenson, et le Rendez-vous de chasse de Saint -Hubert pour le roi. Les

Ftd. IM. — Con»leii

compartiments contiennent des bas-reliefs de même matière, par le sculpteur Falconet, qui y a représenté lee fêtes de Comus et de Bacchus. Vassé, sculpteur du roi, a fait les trophées qui ornent les pilastres de ta décoration. Ces trophées caractérisent les plaisirs de la chasse, de la pêche et de la bonne chère. De chacun de ces douze trophées sor-

tent autant de torchères en bronze doré, portant des girandoles à six branches, qui suffisent pour éclairer a giorno cette belle salle où les parois de stuc reflètent les lumières comme des miroirs. Passons ensuite dans le cabinet destiné à prendre le café : les lambris en sont peints, cou-

FLg.lBl. — Cuiailab[e-sppUquecnbroiizedoic;et)leLmiif>XV (ï M. FoIOl PtnaU ).

leur vert d'eau, et parsemés de sujets pittoresques rehaussés d'or. On trouve dans ce cabinet quantité de corbeilles remplies de fleurs d'Italie, et les meubles sont couverts de moire brodée en ch^nette. On se rend ensuite dans le cabinet de jeu : les lambris sont revêtus du plus beau laque de la Cliine ; les meubles sont en laque, également couverts d'étoffe des Indes brodée. Les girandoles, en cristal de roche, envoient des

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jets de lumière sur les porcelaines de Saxe et du Japon, que supportent des culs-de-lampe dorés avec art. Cette pièce assez vaste, dont le plancher se cache sous un tapis de pied à longue laine, pour amortir

le bruit des pas, communique, par deux portes, avec la salle à manger et le boudoir. Cette dernière porte est déguisée par une portière en tapisserie. Arrivons au salon qui donne sur le jardin : il est de forme circulaire, voûté en calotte, peinte par Halié, le peintre français qui se rapproche le plus de Boucher. Les lambris sont imprimés en couleur lilaa et euca-

drent de très-grandes glaces. Les dessus de porte, peints aussi par Halle, représenteot des sujets mythologiques. Le lustre et les girandoles, en porcelaine de Sèvres avec supports de bronze doré d'or moulu, complètent un éclairage doux et harmonieux, répété par les glaces.

La chambre à coucher, de forme carrée et à pans, est éclairée par trois fenêtres qui donnent sur le jardin, un jardin anglais et un parterre enchanteur. Elle se termine en voussure, et cette voussure contient, dans un cadre circulaire, un tableau peint par Pierre, représentant

Tlg. lii. — CoiuDla d'appUqu, d'aprie Cnrillée.

Hercule dans les bras de Mo-rphêe, réveillé par l'Amonr. Les lambris sontMmpriméB couleur de soufre tendre. Le parquet est en marqueterie mêlée de bois odorants d'amarante et de c^dre : des marbres de bleu turquin, de jolis bronzes et des porcelaines fines, sont rangés avec choix et sans confusion sur des tables de marbre en console, qui se trouvent dans les quatre angles de la pièce au-dessous des glaces qui les ornent. Le lit, en étoffe de Pékin jonquille chamarrée des plus riches couleurs, est renfermé dans une niche ou alcôve qui correspond à la fois avec la garde-robe et avec l'appartement de bains. La garderobe est tendue de gourgouran (étoffe de soie des Indes) gros vert, sur lequel sont suspendues les plus rares estampes de Cochîn, de Lebas

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et de Cars. Le meuble de cette petite pièce n'est composé que d'ottomanes, de sultanes et de duchesses.

Bans l'appartement de bains, dont dépend le cabinet de toilette, le marbre, les porcelaines, la mousseline n'ont pas été épargnés. Les lambris sont chargés d'arabesques exécutées par Pérot sur les dessins de Gillot, et distribués en compartiments avec beaucoup de goût. Des plantes marines montées en bronze par Caffieri, des pagodes, des cristaux et des coquilles, entremêlés très-habilement, décorent cette salle

dans laquelle sont ouvertes deux niches, l'une occupée par une baignoire argentée, l'autre par un lit de mousseline des Indes brodée et ornée de glands. Le cabinet de toilette, qui s'ouvre à côté de ce lit de repos, est revêtu de lambris peints par Hùet, représentant des fruits, des fleurs et des oiseaux entremêlés de guirlandes et de médaillons qui renferment de petits sujets galants dus au pinceau de Boucher. Il est terminé dans sa partie supérieure par une corniche élégante, surmontée de motifs d'architecture qui servent de bordure à une calotte surbaissée contenant une mosaïque en or avec des bouquets de fleurs peints par Bachelier. Des fleurs naturelles remplissent des jattes de porcelaine gros bleu rehaussé d'or ; des meubles garnis d'étofiie de même couleur, dont les bois d'aventurine ont été appliqués

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par Martin, achèvent de rendre dîgne d'une fée ou d'une reine ce réduit solitaire, qui témoigne de sa destination par une toilette d'argent, due à Tart de Torfévre-sculpteur Germain. Mais ce qui complète, ce qui surpasse tout ce qu'on vient de voir et d'admirer, c'est le boudoir, et l'on peut se dire, en le décrivant, que Paris en renfermait sans doute plusieurs centaines aussi riches et aussi artistement décorés. Toutes les murailles sont revêtues de glaces dont les joints sont masqués et déguisés par des troncs d'arbres artificiels, massés et feuilles de manière à former un quinconce qu'on croirait réel. Ces arbres sont jonchés de fleurs de porcelaine et de girandoles dorées qui produisent, avec leurs bougies roses et bleues, une lumière douce . et diaphane, que les glaces reflètent par gradation, à cause des gazes transparentes que l'on a étendues sur ces glaces, au fond de la pièce, où règne un demijour voluptueux. Dans une niche revêtue aussi de glaces, un lit de repos, enrichi de crépines d'or et accompagné de coussins de toutes grandeurs, s'appuie sur un parquet de bois de rose à compartiments. Enfin la menuiserie et la sculpture ont été peintes par Dardillon, qui, pour peindre les lambris et y appliquer l'or, avait inventé des ingrédients odorants, mêlés aux couleurs pour leur conserver un parfum spécial longtemps après qu'elles étaient séchées. Le bosquet naturel que figurait ce boudoir, exhalait donc de ses peintures et de ses dorures les odeurs combinées de la violette, du jasmin et de la rose.

Cette longue description, qui n'est qu'un extrait fort abrégé de l'original contemporain, représente, mieux que ne pourrait le faire une description technique des objets isolés, l'état de l'ameublement dans les maisons riches, sous le règne de Louis XV.

On n'en était pas arrivé tout d'un coup à cet excès de luxe, à ces raffinements de passion mobilière. Avant de tout sacrifier à la monomanie du bronze ciselé et doré, on avait eu la sculpture en bois, qui se prêtait à contrefaire les plus audacieuses excentricités des cuivres contournés en chicorées. Les cadres de glaces, les appliques supportant les bougies, les lustres même, les consoles, étaient en bois fouillé et sculpté avec un art inouï. On voyait partout des rocailles jetant des fleurs idéales, des rinceaux entortillés de branches et de feuillages^

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des végétations fantastiques enveloppant les chimères, les dragons et

na lie lir Blcbud failli».

les serpents, le tout doré de différents ors. Les consoles, qui devinrent les accessoires indispensables de tout ameublement, étaient dorées ou

peintes en couleur tendre ; leur décoration, chargée d'abord de rocailles, de guirlandes, de vases et de figurines, se fit bientôt plus sobre et se contenta d'enroulements de perles, de rubans et de feuillages. Les salons étaient peints en blanc à filets d'or, ou en bleu, ou en rose, avec des cadres de glaces et de tableaux toujours dorés et toujours sculptés. Les meubles étaient en vieux laque, ou en BouUe, ou en bois exotiques ; les sièges, couverts en satin broché de couleur pâle ou en étoffe de soie à colonne de teinte douce. Les garnitures de cheminée et de foyer offraient déjà le mélange du marbre avec le bronze, et les tapis soyeux de l'Orient semblaient avoir détrôné tout à fait les tapis flamands et français. Le caractère des peintures de plafonds, quand les plafonds étaient peints , avait dû se modifier, pour être en harmonie avec les couleurs claires et les demi-teintes des lambris et de l'ameublement : les peintres eux-mêmes affaiblissaient le coloris^ s'ils avaient à exécuter des sujets mythologiques ou allégoriques, et ils en venaient insensiblement à une gamme générale de couleur tendre, ou bleue, ou rose, ou verte, suivant la tendance particulière du pinceau de l'artiste. Par la même raison, les dessus de porte, qui avaient été longtemps de vrais tableaux de genre ou de nature morte, noircis et encrassés sous l'ancien vernis, recevaient de préférence quelques peintures légères en camaïeu ou en trompe-l'œil sculptural, ainsi que les plafonds, qui n'étaient jamais mieux enlevés que par des fonds de ciel azuré, encadrés de légers paysages et de bosquets fleuris, ou par des groupes de nuages au milieu desquels s'envolaient des oiseaux et des amours. Enfin, comme complément de ces intérieurs coquets où l'œil courait de surprise en surprise, les girandoles et les appliques étincelaient de cristaux, et les meubles meublants^ à dessus de marbre, supportaient toute une armée de potiches et de pots chinois, de magots et de monstres en vieille céramique orientale, de statuettes et de groupes en biscuit.

Cette passion de l'ameublement s'augmentait sans cesse, et les personnes qui en étaient atteintes n'avaient pas de plus sérieuse occupation. On avait hâte de jouir; on ne savait pas attendre au lendemain pour composer le mobilier de la nouvelle demeure qu'on s'était donnée, en

L'AMEUBLEMENT

la faisant bâtir et décorer par les plus habiles architectes ; or, la fabrication d'un mobilier à la mode n'était pas de ces travaux qu'on improvisait, d'autant plus que les bons ouvriers étaient assez rares et que les artistes en renom, ébénistes, fondeurs, ciseleurs, doreurs, tapissiers, etc., se trouvaient surchargés de commandes. Quelques-uns de ces artistes, comme le vieux André-Charles Boulle, ne livraient même qu'à regret les ouvrages qu'ils avaient longuement élaborés et, pour ainsi dire, caressés dans leurs ateliers. Ainsi, Pierre Crozat, le riche amateur qui fit bâtir un des plus beaux hôtels de la place Vendôme, fut obligé d'envoyer une sommation judiciaire au fameux Boulle et de lui faire un procès, pour le contraindre à livrer deux armoires et d'autres meubles, commandés et terminés depuis plusieurs années, et dont le fantasque ébéniste refusait de se dessaisir, quoique criblé de dettes, en préférant les garder dans son atelier de la rue Fromenteau, où il se plaisait à entasser ses plus parfaites créations. Crescent, l'ébéniste en titre du régent, rachetait lui-même les meubles qu'il avait fabriquées et vendus à des prix inférieurs, et il en remplissait des magasins, dans sa maison de la rue Notre-Dame des Victoires, au coin de la rue Joquelet, C'était donc chez les revendeurs et chez des marchands de curiosités et d'objets d'art, que les amateurs allaient faire leur choix ou adresser leurs demandes.

Lazare Duvaux, un de ces marchands et le plus en vogue, demeurait dans la rue Saint-Honoré, et sa boutique, oh l'on trouvait tous les genres de curiosités, notamment les plus riches pièces d'ameublement, était le rendez-vous permanent d'une foule d'acheteurs, qui venaient se fournir chez lui de toutes les belles choses qu'il faisait rechercher à l'étranger, ou qu'il allait en personne disputer aux fougueux enchérisseurs. Duvaux, qui s'intitulait orfèvre-joaillier du roi^ n'était pas, comme on l'a cru, un artiste fabricant, travaillant de ses mains ; il faisait fabriquer sans doute, il dirigeait très-intelligemment une fabrication quelconque, mais il ne fabriquait pas. Son principal rôle, comme celui de ses confrères et voisins, les Hébert, les Bazin, les Lebrun, les Dulac, etc., consistait à n'être qu'un connaisseur très-raffiné, un marchand très-habile et un honnête intermédiaire. Louis XV l'honorait

L'AMBUBLBMBNT.

d'une confiance particulière, et le chargeait d'acquérir, aux ventes célèbres, lea objets d'art et de curiosité qu'il avait jugés dignes de figurer dans les coUectioDS royales.

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La marquise de Pompadour avait aussi pleine confiance dans le goût et la probité de ce marchand. Personne, d'ailleurs, ne se connaissait mieux qu'elle en matière de curiosité, et elle eut à cet égard l'influence la plus favorable sur l'art mobilier du règne de Louis XV. C'est elle qui avait introduit ou plutôt répandu, à la cour et dans la société élégante, l'habitude de rechercher de curieux objets d'origine ancienne et

les produits les plus exquis de l'art oriental. On ne lui attribue donc que par erreur la responsabilité d'un style artistique, le plus étrange et le plus extravagant, qui fut en vogue avant elle, et qu'on nomme encore le style Pompadoiir. Elle avait signalé sans doute, au moment où son exemple fit loi en tontes questions d'art et de goût, une monstrueuse exagération dans le style rococo et dans le genre rocaille. Les meubles, ou du moins beaucoup d'entre eux, avaient pris des formes non-seulement arrondies à l'excès, mais encore bizarrement contournées , ventrues , bombantes, sinueuses , impossibles ; elle ne rejeta pas absolument les rocailles, qui étaient peut-être nées en France , mais qui s'étaient travesties au point de devenir ridicules et insupportables en passant par l'Allemagne, et qui auraient fini par envahir tous les arts décoratifs. M™ de Poiupadour inspira ou fit naître alors un style nouveau, dont la noble, élégante et gracieuse simplicité contrastait agréablement avec les orgies et les folies du grand style rococo, et qui devait, en se complétant, en se perfectionnant d'après les mêmes données, composer plus tard ce qu'on nomme le sfyle Louis XVI, M"" de Pompadour n'admettait les rocailles qu'avec une sorte de défiance et de réserve ; elle les appliquait de préférence à la monture en cuivre des porcelaines françaises et étrangères. Ce fi:t elle qui contribua le plus à propager la mode des fleurs en porcelaine, montées sur des tiges de bronze doré. Louis XV avait donc appris à apprécier, à distinguer les beaux

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