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Fig. 133. — Adresse illustrée d’un Marchand d’éventails.
le marquis de Mirabeau, réveillent, font oublier les peines passées et futures, réunissent la jeunesse, mais sous les yeux paternels, font naître les unions de convenance, les propositions de mariage, rappellent les souvenirs d’antique fraternité et parenté. »
Les boutiques étaient encore, comme autrefois, basses, étroites, obscures, enfumées, sans aucun ornement et sans autre signe extérieur qu’une enseigne peinte ; la plupart à demi ouvertes sur la rue , ou fermées par deux ou trois volets mobiles , avec une porte à vantail et à loquet ; quelquefois entièrement closes par un vitrage volant. Deux ou trois
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objets étalés sur une tablette extérieure annonçaient la nature du commerce auquel servait la boutique ; à l’intérieur, des marchandises entassées dans un espace exigu, privé d’air et de lumière; des bancs de bois et des tabourets couverts en paille, sur un solpavéouplanchéié, suivant la nature du négoce. Le marchand habitait ordinairement au-dessus de sa boutique , avec laquelle il se trouvait en communication au moyen d’une ouverture pratiquée au plancher, ou judas, qui lui permettait
Fig. 134. — Boutique d'une Marchande de modes. (Communiqué par M. Bonnardot.)
de voir sans être vu, et de répondre à chacun sans se déranger. Au reste, le même genre de commerce s’attachait encore traditionnellement à certains quartiers et à certaines rues, dont le nom correspondait plus ou moins à ce genre de commerce : les drapiers n’avaient pas quitté la rue de la Vieille-Draperie ; les orfèvres, le quaides Orfèvres ; les cordonniers, la rue de la Cordonnerie, etc. La solidarité commerçante retenait dans des habitudes de bon voisinage les marchands de la même confrérie. C’est seulement à partir de la régence, que les divers commerces s’éloignèrent peu à peu de leur centre primitif ; c’est alors que la rue Saint-Honoré, aux environs du Palais-Royal, vit s’établir des boutiques élégantes, où de brillants étalages faisaient appel aux convoitises des passants : les orfèvres et les bijoutiers, les marchandes de modes (fig. 134) et de chaussures, les fourreurs (fig. 135) et les bimbelotiers, commen-
LE COMMERCE
cèrent à éblouir les yeux, pour forcer les bourses à s’ouvrir. Tout le monde était riche ou se croyait riche, en ce temps-là, et jamais le commerce de luxe ne fit de plus gros bénéfices.
De cette époque date le luxe de quelques marchands enrichis, qui oubliaient les mœurs de leurs ancêtres et qui voulaient imiter les finan-
Fig. 135. — Boutique d’un Fourreur. (Tiré de l’Encyclopédie.)
ciers et les gros bourgeois : (( Chaque bourgeois commerçant, artisan même un peu aisé, écrivait le marquis de Mirabeau en 1755, a sa maison de campagne où tout va par écuelles, comme l’on dit. » Toutefois , d’après le témoignage du baron de Besenval, « le luxe était bien éloigné des progrès étonnants qu’il a faits depuis. » Le marchand fut le dernier à se donner les jouissances de ce luxe, qui avait fait sa fortune. Le marquis de Mirabeau, qui ne pardonne pas aux dépenses immodérées que la vanité imposait aux petits comme aux grands, nous représente avec indignation (( ce marchand, qui dort aujourd’hui la grasse matinée, et se fait remplacer dans sa boutique par un garçon de surcroît, chèrement loué; dont la femme porte couleurs, rubans, dentelles et diamants, au lieu du noir tout uni, qu’elle ne mettait encore qu’aux bons jours; qui brûle de la bougie ; qui prend le café et fait jour-
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nellement sa partie de quadrille; il s’ensuit que ce marchand, obligé, pour vivre selon son état, de fournir toutes ces choses à sa très-digne moitié, et, de son côté, de figurer comme les autres (c’est le mot), peut, en conscience, prélever cette dépense sur ses fournitures. »
Fig. 136. — Adresse illustrée d'un Ingénieur, fabricant d'instruments; d’après Eisen.
Ce marchand enrichi à force de petits calculs, de gains accumulés, de lucres opiniâtres et mystérieux, n’était pas , en effet, le négociant armateur, qu’un écrivain économiste (Bedos) nous représente, en 1779, comme l’arbitre des destinées du commerce maritime, (( analysant les avis de ses correspondants, ayant sous les yeux ses engagements à payer, vérifiant les sommes en caisse, calculant les effets en portefeuille,
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inventoriant ses marchandises en magasin, celles qui sont sur les flottes, évaluant ses vaisseaux en charge et en décharge. » Malheureusement, ce négociant 'patriote avait subi, pendant la guerre, des pertes irréparables, et le gouvernement n’avait rien fait ou presque rien, pour protéger les navires marchands, qui sillonnaient toutes les mers. Un grand nombre de ces navires avaient été capturés par les Anglais, qui augmentaient sans cesse leur marine militaire pour détruire notre commerce et pour nous enlever nos colonies, que le négoce et l’agriculture avaient rendues si florissantes. La Compagnie des Indes, quelle que fût la prospérité de ses établissements au Canada , au Bengale, à Madagascar, à Saint-Domingue, ne se soutenait qu’à force d’emprunts, et employait toutes ses ressources à payer des troupes, à équiper des vaisseaux de guerre, à faire enfin le commerce à main armée. Dupleix, gouverneur de cette Compagnie à Pondichéry, et Mahé de la Bourdonnais, gouverneur des îles de Bourbon et de Maurice, furent jaloux l’un de l’autre et devinrent ennemis irréconciliables : cette haine annihila tous les succès de leurs armes ; les Anglais poursuivirent avec une invincible énergie l’œuvre de destruction qu’ils avaient entreprise contre la Compagnie des Indes : le comte de Lally se vit contraint, par la famine, de leur ouvrir les portes de Pondichéry (15 janvier 1761). La France perdit successivement toutes ses colonies dans les Indes orientales et une partie de celles de l’Amérique. Son commerce extérieur était presque anéanti, malgré la prospérité toujours croissante de l’île de Saint-Domingue, où la production du sucre, du café, du coton, de l’indigo et du cacao donnait de-s revenus plus certains et plus durables que les mines d’or du Mexique et du Pérou. La Compagnie des Indes, surchargée de dettes qu’elle ne pouvait éteindre, n’était plus même capable de mettre à profit des privilèges sur lesquels reposait son institution; elle n’avait plus de raison d’exister, en face de la liberté du commerce, qui devenait la base du nouveau code de l’économie politique. Elle se dessaisit alors de tous ses droits et de tous ses biens, entre les mains du roi, qui se chargea de payer les dettes et d’indemniser les actionnaires (17 février 1770). Mais, quinze ans plus tard, on reconnut que le commerce d’importation et d’exportation avait trop à souffrir de
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cette liberté absolue, tant préconisée par les économistes : ici, une concurrence désordonnée et inintelligente accumulait sur un même point des marchandises de même nature et les frappait d’un rabais général; là, le manque total des marchandises demandées accusait la négligence ou l’ignorance des expéditeurs ; l’approvisionnement du royaume se trouvait ainsi tantôt insuffisant et tantôt exagéré. On en revint donc au principe du monopole et de la protection. Le roi institua une nouvelle Compagnie des Indes (14 avril 1785), qui fut investie, pour sept années seulement, du droit exclusif de commercer par terre et par mer depuis le Cap de Bonne-Espérance jusque dans les mers des Indes et jusqu’en Chine et au Japon. Le port de Lorient devait être, en France, le centre unique des expéditions et des arrivages maritimes. Les éclatants succès de la marine française dans les mers des Indes pouvaient faire espérer que la nouvelle Compagnie prendrait sa revanche des échecs ruineux que l’Angleterre avait fait subir au commerce maritime de la France; mais déjà la révolution imminente avait formulé son fatal axiome politique : « Périssent les colonies plutôt qu’un principe ! )) La liberté du commerce fut rétablie, et la Compagnie des Indes supprimée.
Dans le cours du dix-huitième siècle, la balance du commerce avait été, en quelque sorte, paralysée ou dérangée par les théories des économistes, qui traitaient à priori les questions commerciales et qui voulaient réformer, à un nouveau point de vue, toutes les lois et tous les règlements organiques. Les négociants, par bonheur, ne lisaient pas ces gros volumes et ces brochures multipliées que la liberté du commerce avait fait sortir de terre; ils s’occupaient exclusivement de leurs opérations, soumises à l’épreuve de l’expérience. C’était surtout le commerce des grains qui servait de texte aux plus étranges controverses de l’économie politique. La question n’était, il est vrai, que trop souvent de circonstance; car l’agiotage, n’ayant plus à tenir compte de l’ancienne réglementation, qu’on laissait tomber en désuétude, accaparait les blés et les farines, les faisait disparaître du marché, en haussait le prix selon son caprice, et ne se souciait pas d’affamer ou d’inquiéter les populations. La famine, réelle ou factice,
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entretenue ou prolongée par des spéculateurs inhumains, prouvait, de temps à autre, que la liberté du commerce, comme l’avait dit Montesquieu, était bien différente de la liberté du commerçant. On prétendit que, dans ces tristes circonstances où le peuple manqua de pain , lorsque les greniers des monopoleurs regorgeaient de blé, Louis XV lui-même avait spéculé sur la subsistance de ses sujets ; Louis XV s’était borné à écouter, en bâillant, les argumentations économiques du docteur Quesnay. La liberté du commerce des grains ne fut proclamée qu’en 1774,
Fig. 137. — Nouveau pavillon fleurdelisé des vaisseaux marchands français.
(D'après Les Pavillons ou Bannières que la plupart des nations arborent en mer; chez David Mortier, à Amsterdam; 1718, )
par une ordonnance de Louis XVI et de Turgot. Les économistes et les philosophes applaudirent à cette mesure , qu’ils avaient préconisée d’avance dans leurs écrits; mais la pratique vint encore une fois donner un démenti à la théorie, et l’on reconnut, après un malheureux essai , que le commerce des grains avait besoin, plus que tout autre commerce, d’être surveillé et dirigé par des lois de police. Ce fut seulement en 1787, sous l’inspiration de l’assemblée des notables, qu’on rétablit cette liberté du commerce des grains , praticable et même avantageuse dans les bonnes années, mais funeste et impossible après de mauvaises récoltes, et tramant à sa suite, comme deux compagnes fidèles, la famine et l’émeute.
L’abus, la frénésie des systèmes économiques ne devait pas s’arrê-
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